jeudi 29 décembre 2016

Bienheureux PIERRE le VÉNÉRABLE, abbé bénédictin



Pierre de Montboissier dit Pierre le Vénérable était le neuvième abbé de Cluny dès 1122


BENOÎT XVI


AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 14 octobre 2009

 Pierre le Vénérable


Chers frères et soeurs,

La figure de Pierre le Vénérable, que je veux présenter dans la catéchèse d'aujourd'hui, nous ramène à la célèbre abbaye de Cluny, à sa "dignité" (decor) et à sa "splendeur" (nitor) - pour reprendre des termes récurrents dans les textes de Cluny - dignité et splendeur, que l'on peut admirer en particulier dans la beauté de la liturgie, voie privilégiée pour parvenir à Dieu. Cependant, plus encore que ces aspects, la personnalité de Pierre rappelle la sainteté des grands abbés de Cluny:  à Cluny "il n'y eut pas un seul abbé qui ne fût un saint", affirmait en 1080 le Pape Grégoire vii. Parmi ceux-ci s'inscrit Pierre le Vénérable, qui réunit en lui un peu de toutes les vertus de ses prédécesseurs, bien que déjà à son époque Cluny, face aux Ordres nouveaux comme celui de Cîteaux, commençât à ressentir certains symptômes de crise. Pierre est une exemple admirable d'ascète rigoureux avec lui-même et compréhensif avec les autres. Né autour de 1094 dans la région française de l'Auvergne, il entra encore enfant au monastère de Sauxillanges, où il devint moine profès et ensuite prieur. En 1122, il fut élu Abbé de Cluny, et occupa cette charge jusqu'à sa mort, qui eut lieu le jour de Noël 1156, comme il l'avait désiré. "Aimant la paix - écrit son biographe Rodolphe - il obtint la paix dans la gloire de Dieu le jour de la paix" (Vie, I, 1, 17; PL 189, 28).

Ceux qui le connurent en exaltèrent la douceur distinguée, l'équilibre serein, la maîtrise de soi, la rectitude, la loyauté, la lucidité et la capacité particulière de médiateur. "Il est dans ma nature même - écrivait-il - d'être profondément porté à l'indulgence; à cela m'incite mon habitude à pardonner. Je suis habitué à supporter et à pardonner" (Ep. 192, in:  The Letters of Peter the Venerable, Harvard University Press, 1967, p. 446). Il disait aussi:  "Avec ceux qui haïssent la paix nous voudrions, si possible, être toujours pacifiques" (Ep. 100, l.c., p. 261). Et il écrivait à propos de lui-même:  "Je ne suis pas de ceux qui ne sont pas contents de leur sort,... dont l'esprit est toujours dans l'anxiété ou dans le doute, et qui se plaignent parce que tous les autres se reposent et qu'ils sont les seuls à travailler" (Ep. 182, p. 425). De nature sensible et affectueuse, il savait conjuguer l'amour pour le Seigneur avec la tendresse envers sa famille, en particulier envers sa mère, et envers ses amis. Il cultivait l'amitié, de manière particulière à l'égard de ses moines, qui se confiaient habituellement à lui, sûrs d'être accueillis et compris. Selon le témoignage de son biographe "il ne méprisait ni ne repoussait personne" (Vie, 1, 3:  PL 189, 19); "il apparaissait à tous aimable; dans sa bonté innée il était ouvert à tous" (ibid., I, 1:  PL 189, 17).

Nous pourrions dire que ce saint abbé constitue un exemple également pour les moines et les chrétiens de notre époque, marquée par un rythme de vie frénétique, où les épisodes d'intolérance et d'incommunicabilité, les divisions et les conflits ne sont pas rares. Son témoignage nous invite à savoir unir l'amour pour Dieu avec l'amour pour le prochain, et à ne pas nous lasser en renouant des relations de fraternité et de réconciliation. C'est en effet ainsi qu'agissait Pierre le Vénérable, qui se retrouva à la tête du monastère de Cluny pendant des années qui ne furent pas très sereines, en raison de différentes causes extérieures et internes à l'abbaye, réussissant à être dans le même temps sévère et doté d'une profonde humanité. Il avait l'habitude de dire:  "On pourra obtenir davantage d'un homme en le tolérant, plutôt qu'en l'irritant avec des plaintes" (Ep. 172, l.c., p. 409). En raison de sa charge, il dut effectuer de fréquents voyages en Italie, en Angleterre, en Allemagne et en Espagne. L'abandon forcé de la quiétude contemplative lui pesait. Il confessait:  "Je vais d'un lieu à l'autre, je m'essouffle, je m'inquiète, je me tourmente, entraîné ci et là; à un moment j'ai l'esprit tourné vers mes affaires et à un autre vers celles des autres, non sans une grande agitation de mon âme" (Ep. 91, l.c., p. 233). Bien qu'ayant dû composer avec les pouvoirs et les seigneuries qui entouraient Cluny, il réussit cependant, grâce à son sens de la mesure, à sa magnanimité et à son réalisme, à conserver sa tranquillité habituelle. Parmi les personnalités avec lesquelles il entra en relation, il y eut Bernard de Clairvaux, avec lequel il entretint une relation croissante d'amitié, malgré la diversité de leurs tempéraments et de leurs points de vue. Bernard le définissait:  "un homme important occupé dans des affaires importantes" et il le tenait en grande estime (Ep. 147, éd. Scriptorium Claravallense, Milan 1986, VI/1, pp. 658-660), alors que Pierre le Vénérable définissait Bernard comme la "lanterne de l'Eglise" (Ep. 164, p. 396), "forte et splendide colonne de l'ordre monastique et de toute l'Eglise" (Ep. 175, p. 418).

Avec un sens ecclésial très vif, Pierre le Vénérable affirmait que les événements du peuple chrétien devaient être vécus dans "l'intimité du cœur" par ceux qui comptent au nombre des "membres du corps du Christ" (Ep. 164, l.c., p. 397). Et il ajoutait:  "Qui ne sent pas les blessures du corps du Christ n'est pas nourri par l'esprit du Christ", partout où elles peuvent se produire (ibid.). Il nourrissait en outre attention et sollicitude également pour ceux qui étaient en dehors de l'Eglise, en particulier pour les juifs et les musulmans:  pour favoriser la connaissance de ces derniers il fit traduire le Coran. Un historien récent observe à cet égard que:  "Au milieu de l'intransigeance des hommes du Moyen-âge - même les plus grands d'entre eux - nous admirons ici un exemple sublime de la délicatesse à laquelle conduit la charité chrétienne" (J. Leclercq, Pierre le Vénérable, Jaka Book, 1991, p. 189). D'autres aspects de la vie chrétienne lui étaient chers, tels que l'amour pour l'Eucharistie et la dévotion envers la Vierge Marie. Sur le Très Saint Sacrement, il nous a laissé des pages qui constituent "un des chefs-d'œuvre de la littérature eucharistique de tous les temps" (ibid. , p. 267), et sur la Mère de Dieu il a écrit des réflexions éclairantes, en la contemplant toujours en étroite relation avec Jésus Rédempteur et avec son œuvre de salut. Il suffit de citer cette élévation inspirée qu'on lui doit:  "Je te salue, Vierge bénie, qui a mis en fuite la malédiction. Je te salue Mère du Très-Haut, épouse de l'Agneau très doux. Tu as vaincu le serpent, tu lui as écrasé la tête, lorsque Dieu que tu as engendré l'a anéanti... Etoile resplendissante de l'orient, qui mets en fuite les ombres de l'occident. Aurore qui précède le soleil, jour qui ignore la nuit... Prie le Dieu qui est né de toi afin qu'il dénoue notre péché et, après le pardon, nous concède la grâce et la gloire" (Carmina, PL 189, 1018-1019).

Pierre le Vénérable nourrissait également une prédilection pour l'activité littéraire et en possédait le talent. Il notait ses réflexions, persuadé de l'importance d'utiliser la plume comme une sorte de charrue "pour semer sur le papier la semence du Verbe" (Ep. 20, p. 38). Même s'il ne fut pas un théologien systématique, ce fut un grand explorateur du mystère de Dieu. Sa théologie plonge ses racines dans la prière, notamment liturgique, et parmi les mystères du Christ, sa prédilection allait à la Transfiguration, dans laquelle se préfigure déjà la Résurrection. C'est lui qui introduisit cette fête à Cluny, en composant pour elle un office spécial, où se reflète la piété théologique caractéristique de Pierre et de l'Ordre de Cluny, tout entière tendue à la contemplation du visage glorieux (gloriosa facies) du Christ, en y trouvant les raisons de cette joie ardente que distingue son esprit et rayonne dans la liturgie du monastère.

Chers frères et sœurs, ce saint moine est assurément un grand exemple de sainteté monastique, nourrie aux sources de la tradition bénédictine. Pour lui l'idéal du moine consiste à "adhérer avec ténacité au Christ" (Ep. 53, l.c., p.161) dans une vie de clôture se distinguant par l'"humilité monastique" (ibid.) et le dévouement au travail (Ep. 77, l.c., p. 211), ainsi que par un climat de contemplation silencieuse et de louange permanente à Dieu. La première et la plus importante occupation du moine, selon Pierre de Cluny, est la célébration solennelle de l'office divin - "œuvre céleste et la plus utile de toutes" (Statuta, I, 1026) - qu'il faut accompagner par la lecture, la méditation, la prière personnelle et la pénitence observée avec discrétion (cf. Ep. 20, l.c., p. 40). De cette manière toute la vie résulte imprégnée d'un amour profond pour Dieu et d'amour pour les autres, un amour qui s'exprime dans l'ouverture sincère au prochain, dans le pardon, et dans la recherche de la paix. Nous pourrions dire, pour conclure, que si ce style de vie uni au travail quotidien constitue pour saint Benoît l'idéal du moine, celui-ci nous concerne tous également, il peut être, dans une large mesure, le style de vie du chrétien qui veut devenir un authentique disciple du Christ, caractérisé précisément par une forte adhésion au Christ, par l'humilité, par le dévouement au travail, par la capacité de pardon et de paix.

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Je suis heureux de saluer les pèlerins francophones, notamment les Petites Sœurs des Pauvres et leurs amis, venus à Rome pour la canonisation de Jeanne Jugan, ainsi que les diocésains de Périgueux et Sarlat, avec leur Évêque, Mgr Michel Mouïsse. Vous aussi, soyez toujours des témoins ardents de la miséricorde de Dieu pour les plus petits et les plus faibles. Avec ma Bénédiction apostolique ! 

© Copyright 2009 - Libreria Editrice Vaticana




Bienheureux Pierre le Vénérable

Huitième abbé de Cluny ( 1156)

Élu abbé de Cluny le 22 août 1122, dans un contexte troublé, quelque temps après la mort d'Hugues II dont l'abbatiat a duré à peine trois mois, Pierre de Montboisier est sans doute la dernière grande figure marquante de Cluny... Personnalité attachante et sensible, homme de prière et de cœur, Pierre le Vénérable laisse une œuvre riche: de nombreuses lettres, des hymnes et des apologies, entre autres...


(Narthex, le site dédié aux arts sacrés, au patrimoine, principalement religieux et à la création contemporaine)

Au cours de l'audience générale du 14 octobre 2009, le Pape a évoqué la figure de Pierre le Vénérable, "exemple admirable d'ascèse avec lui-même et compréhensif avec les autres". Né en 1094, Pierre le Vénérable fut élu en 1122, "Abbé de la célèbre abbaye bénédictine de Cluny", et mourut en 1156. "Il cultivait l'amitié, spécialement avec ses moines qui se confiaient habituellement à lui, sûrs d'être écoutés et compris", a dit le Saint-Père.

"Ce saint abbé -a poursuivi Benoît XVI- est aussi un exemple pour les moines et les chrétiens d'aujourd'hui, marqués par un rythme de vie frénétique où les épisodes d'intolérances, de non-communication, de divisions et de conflits ne sont pas rares. Son témoignage nous invite à savoir lier l'amour de Dieu à l'amour du prochain, et à ne pas cesser de renouer des relations de fraternité et de réconciliation". Il a ensuite souligné que Pierre le Vénérable "affirmait avec un vif sentiment ecclésial, que les vicissitudes du peuple chrétien doivent être senties dans l'intimité du cœur par ceux qui sont des membres du Corps du Christ. Et il ajoutait: Celui qui ne sent pas les blessures du Christ où qu'elles se manifestent, n'est pas nourri de l'esprit du Christ. Il manifestait aussi son attention et sa sollicitude pour ceux, aussi, qui se trouvaient en dehors de l'Église, en particulier les juifs et les musulmans. Pour mieux les connaître, il fit traduire le Coran". Le Pape a également souligné "l'amour de l'Eucharistie et la dévotion à la Vierge Marie" de Pierre le Vénérable, ainsi que "sa prédilection pour l'activité littéraire pour laquelle il avait quelque talent... Même s'il ne fut pas un théologien systématique, il fut un grand chercheur du mystère de Dieu. Sa théologie trouvait sa racine dans la prière, spécialement dans la liturgie, et, parmi les mystères du Christ, son préféré était celui de la Transfiguration préfigurant la Résurrection. Il introduisit à Cluny cette fête, de "la contemplation du visage glorieux du Christ". Pour Pierre le Vénérable, "l'idéal du moine consistait à adhérer au Christ avec ténacité" par la "contemplation silencieuse et la louange constante à Dieu... Si ce style de vie, uni au travail quotidien constituait, pour saint Benoît, l'idéal du moine -a conclu le Pape-, il peut aussi l'être, dans une large mesure, pour tout chrétien désirant devenir un authentique disciple du Christ, et cela se traduit par une adhésion tenace au Christ, l'humilité, le labeur et la capacité de pardon et de paix". (source: VIS 091014 - 420)



À l’abbaye de Cluny en Bourgogne, l’an 1156, le bienheureux Pierre le Vénérable, abbé. Homme pacifique, d’une gravité souriante, il dirigea l’Ordre de Cluny selon les préceptes de la primitive observance avec équité et discrétion ; il a laissé de nombreux écrits nourris d’Écriture Sainte.

Martyrologe romain

SOURCE : http://nominis.cef.fr/contenus/saint/313/Bienheureux-Pierre-le-Venerable.html

PIERRE LE VENERABLE, le dernier des grands Abbés de Cluny
 
Entré très jeune dans la vie monastique et ayant reçu une solide formation, Pierre le Vénérable est élu Abbé en 1122 dans des circonstances troublées, confronté à son prédécesseur Pons de Melgueil et à ses partisans. De plus, à ce moment-là, devant l'apparition de nouvelles formes de vie monastique, notamment celle de Cîteaux, et leurs prétentions à une vie plus évangélique, il va savoir réformer sa communauté avec sagesse, l'assainir dans son économie et la maintenir dans un état de grande ferveur selon l'esprit des premiers Abbés de Cluny. Enfin, par son ouverture d'esprit et sa charité, il va accueillir Pierre Abélard, violemment attaqué par St Bernard et condamné au concile de Sens en 1140 pour les propos de ses écrits jugés non conformes à la saine doctrine de l'Eglise.

SES ORIGINES, SES ANNÉES DE FORMATION.
 
Né ves 1094, Pierre de Montboissier, dit le Vénérable (1), est issu d'une famille seigneuriale d'Auvergne, appartenant à l'aristocratie. Dès son enfance, il est offert par ses parents comme oblat à l'abbaye de Sauxcillanges, voisine du domaine de Montboissier dont les seigneurs sont depuis longtemps les bienfaiteurs. C'est là qu'il acquiert les fondements d'une vaste et solide culture littéraire dont témoignent ses ouvrages. Selon la coutume des monastères rattachés à Cluny, Pierre se rend à l'abbaye-mère pour y faire sa profession monastique.C'est à Pâques 1109, peu de temps avant la mort de l'Abbé Hugues. Il y passe sans doute quelque temps avant de revenir à Sauxillanges, près de Clermont-Ferrand.

Quelque temps après, il est nommé à Vézelay par le nouvel Abbé Pons de Melgueil. Malgré son jeune âge, nous dit son biographe Raoul de Sully, il y exerce les fonctions de maître d'école et de prieur claustral, entre 1116 et 1120. Il dut s'acquitter de ses charges de façon satisfaisante puisque dès 1120 il est nommé prieur de Domène dans le Dauphiné près de Grenoble. Là, il entretient avec ses nouveaux voisins, les chartreux, de bonnes relations qu'il gardera toute sa vie. Le gouvernement de cet humble prieuré qui ne comptait qu'une dizaine de religieux le prépare à sa tâche future.

LE NEUVIÈME ABBÉ DE CLUNY (1122-1156) : une succession mouvementée.
 
A Cluny, le successeur de St Hugues, Pons de Melgueil, après quelques années d'un bon gouvernement, se heurte à des difficultés croissantes. Comme il se montre prodigue et versatile, ses moines finissent par demander sa démission à Rome. Apprenant cela, Pons se précipite à Rome dans des conditions qui ne sont pas claires, se démet plus ou moins volontairement de sa charge d'Abbé. Le pape Calixte II informe alors les moines clunisiens qu'il leur faut choisir un nouvel Abbé. Après la mort prématurée de l'Abbé Hugues II, les moines se rattachant à Cluny se réunissent à nouveau en chapitre conventuel. Parmi eux, se trouve Pierre de Montboissier, alors prieur de Domène. Dès que les moines l'aperçoivent, ils l'acclament comme l'envoyé de Dieu et le choisissent comme Abbé.

Elu Abbé le 22 Août 1122 à l'âge de trente ans, Pierre reçoit la bénédiction abbatiale des mains d'Anséri, évêque de Besançon. Il affronte alors la grande épreuve de sa vie. En effet, les débuts de son abbatiat furent troublés par les remous issus du gouvernement de l'Abbé Pons qui eut encore l'audace, en son absence, de se présenter devant Cluny à la tête d'une petite armée. Celle-ci mit à sac l'abbaye. Pons est alors convoqué à Rome et condamné. Il meurt misérablement en prison, emporté par la peste. Son corps sera ramené à Cluny.

(1) Appellation qui lui fut donnée par l'empereur d'Allemagne, Frédéric Barberousse, en 1153

Pierre le Vénérable, conscient de la gravité de la situation, se met, sans tarder, à l'écoute de ses moines, partage leur vie liturgique et régulière, pour découvrir de l'intérieur les difficultés d'une comunauté divisée et en pleine crise économique. Voici ce qu'il nous rapporte, vingt-six ans après son entrée en charge : « J'ai trouvé alors une église grande, religieuse, illustre, mais très pauvre. Les dépenses étaient considérables ; les revenus, comparés aux dépenses, presque nuls. La maison comptait plus de trois cents frères, alors que de ses propres ressources elle en pouvait nourrir à peine cent. La récolte rassemblée de tous les doyennés était consommée dans l'espace de quatre mois et parfois de trois. Le vin récolté d'un peu partout ne suffisait jamais pour deux mois et parfois même pour un seul. » Ceci nous étonne, vu la quantité de terres, de domaines appartenant à Cluny. Au temps de l'Abbé Hugues, l'abbaye recevait plus d'argent qu'elle en avait besoin. Mais lorsque Pierre prit en mains les affaires de la communauté, leur état était lamentable. A cette époque, l'Europe passait d'un système d'économie domaniale, fondé sur le bon rendement et les rapports des revenus en nature, à un système monétaire qui faisait son entrée dans le monde commercial.

Pierre le Vénérable intervint donc à partir de 1130 afin de réorganiser la gestion. Il renforça en particulier les pouvoirs du cellérier sur les régisseurs laïques qui abusaient de leur situation et gardaient pour eux une grande part des profits. Mais, surtout, il enjoignit de diminuer le plus possible le volume des produits agricoles commercialisés et donc d'en revenir à une économie visant à se suffire sur place. Ce qui obligea à rationaliser la production à partir du couple vin-céréales et à répartir les cultures selon la nature des terroirs. Pour cela, s'inspirant du système des moines cisterciens, il multiplia les convers, religieux illettrés, d'origine paysanne, qui coûtent moins cher à entretenir que la main-d'oeuvre laïque ou les tenanciers.

Dans cette oeuvre, il fut conseillé et assisté par l'évêque de Winchester en Angleterre, Henri, frère du roi Etienne de Blois, qui s'est retiré à Cluny et qui met à la disposition de la communauté sa fortune immense, accrue du trésor de son église épiscopale.


SON IDEAL DE VIE MONASTIQUE.
 
Pierre le Vénérable doit toute sa formation à Cluny. Il considère la vie des moines comme « une vie cachée en Dieu dans le Christ. » Il éprouve de l'admiration pour ceux qui réalisent ce programme, en particulier les chartreux. Il encourage chez certains de ses religieux diverses formes de vie solitaire dans le monastère même ou des ermitages situés dans les environs. Lui-même, au retour de voyages harassants, n'hésite pas à venir y séjourner quelque temps ou à s'entretenir un instant avec quelques frères. Il s'agit d'un érémitisme mitigé. Tout en restant ermite de coeur, il préfère le combat de la vie comunautaire où les plus jeunes sont épaulés et stimulés par l'exemple et la fidélité des plus anciens.
Toutefois, il garde une conception exclusivement contemplative du monachisme : on s'y sanctifie par le renoncement à soi-même et la vie de prière. Celle-ci consiste dans l'accomplissement exact et assidu de l'office divin accompagné par la lecture spirituelle, la méditation et l'oraison.

Pierre développe en particulier la beauté dans la liturgie. Son biographe nous rapporte à son sujet : « Il était si solennel dans les offices divins et les solemnisait avec tant de solennité qu'il se rendait par là agréable aux anges et aux hommes, car Dieu est glorifié en ses saints par ces solennités. » Dans la rénovation de la liturgie qu'il opère, la moitié de ses décrets sont consacrés au culte. Et c'est dans la liturgie qu'il réalise lui-même l'unité de sa vie intérieure et extérieure. En toute occasion, s'il veut obtenir un bienfait, demander la guérison spirituelle d'un moine, il fait préparer un autel et célèbre les divins mystères avec une grande ferveur qui fait l'admiration de tous. Par ailleurs, sa contemplation est toute centrée sur le Christ en gloire. Impressionné par le Christ transfiguré, il compose un office de la Transfiguration qu'il introduit à Cluny.

C'est encore un homme cultivé qui aime lire et écrire. Au premier rang de ses lectures se trouve la Bible. Il la cite souvent et y fait allusion par manière de réminiscences. Puis viennent les Pères de Eglise : après St Augustin, son auteur préféré reste cependant St Grégoire le Grand, très apprécié dans sa communauté.

Parmi ses écrits, la correspondance, environ deux cents lettres, tient une grande place. Là, il se révèle comme un ami tendre et fidèle, d'une parfaite égalité d'humeur, toujours content, d'une gravité souriante. Dans ses principaux traités où il cherche à défendre la foi de l'Eglise et à éclairer celle des fidèles, il manifeste sa curiosité intellectuelle. Dans son ouvrage « Contre les Juifs », il utilise le Talmud d'un israëlite converti d'Huesca en Aragon ; de même, dans celui : « Contre les Sarazins », il encourage la traduction de divers documents. En 1142, tandis qu'il séjourne en Espagne, il fait traduire par une équipe de savants le Coran en latin. Mais son oeuvre importante, au point de vue monastique, est le « Livre des Merveilles », le « De Miraculis », un recueil de récits destinés à l'édification des moines, où il cherche avant tout à exalter le monachisme clunisien et à présenter le monastère de Cluny comme une citadelle imprenable devant les assauts du diable et des forces du Mal.

SA RÉFORME AU SEIN DE LA COMMUNAUTÉ.
 
Devant les abus apparus sous l'abbatiat de Pons de Melgueil et les critiques de St Bernard, représentant du nouveau monachisme, qui reproche aux moines de Cluny une vie relâchée, Pierre le Vénérable va réagir progressivement avec modération pour ne point heurter la sensibilité de ses religieux. Il va prendre son temps pour élaborer toute une série de décrets, de statuts, qu'il fait approuver par le chapitre général de la Congrégation, réuni à Cluny le troisième dimanche de Carême de l'année 1132, c'est -à-dire le 13 mars 1132. Le moine historien Ordéric Vital nous a laissé le récit de cette assemblée grandiose avec deux cents prieurs et mille deux cents moines venus de partout. Avec émotion et fierté, car il y a participé, il décrit la majestueuse procession se rendant de l'église St Pierre à la chapelle de la Vierge.

Finalement, ces statuts ne furent promulgués que vers 1146-1147. Ils insistent particulièrement sur la liturgie et tendent sans innover à restreindre quelque peu la splendeur de certaines cérémonies (restriction du luminaire). Ils enjoignent désormais d'être très prudent dans les monastères pour l'accueil des enfants (oblats), des malades et des vieillards. Il est souligné que l'aumône sera faite à Cluny à cinquante pauves seulement. Quant à la vie quotidienne, l'obligation du silence quelque peu oubliée est rétablie. Pierre le Vénérable veut qu'elle soit observée même dans les lieux de travail et à l'infirmerie. Il loue le « saint travail des mains » mais sans faire allusion aux gros travaux ruraux. Il enjoint de mieux s'appliquer aux tâches intellectuelles et de ne pas s'endormir sur les livres destinés à la méditation. Le jeûne du vendredi est rétabli, l'usage de la viande est autorisé uniquement pour les malades ; le vin arômatisé, mêlé de miel et d'épices, ne sera servi que le jour du Jeudi-Saint. Le vêtement doit exclure le port de certaines fourrures et de tissus précieux.

Ces mesures prennent en considération une bonne part des critiques de St Bernard, mais elles ne sont en aucune manière une ouverture vers le nouveau monachisme. Elles ne vont pas dans le sens d'une très rude austérité, d'une pauvreté vécue. Elles n'exaltent pas le travail manuel comme une ascèse fondamentale. Bref, elles ont pour fin de restaurer le monachisme clunisien selon les anciennes coutumes élaborées par les premiers Abbés de Cluny. Il s'agit de refaire de Cluny le modèle d'un certain monachisme qui ne soit pas le nouveau monachisme et qui présente un certain type de moine adonné par-dessus tout à l'office divin et à la prière, afin de venir en aide au salut des hommes et de mieux supplier le Seigneur d'accueillir les âmes des défunts, assistant enfin très charitablement les pauvres.


SES VOYAGES.
 
Pierre le Vénérable n'était pas en charge de la seule maison de Cluny. Il avait la responsabilité d'un immense corps répandu sur une bonne part de l'Europe et qui comptait quelque mille deux cents maisons. A ce titre, il dut entreprendre toute une série de voyages qui le menèrent dix fois en Italie, deux fois en Angleterre, une fois en Espagne, une fois en Allemagne. A ces voyages lointains, s'en ajoutent quatre autres dans diverses parties de la France ou dans des régions proches de Cluny.

Chacun de ces voyages était, soit motivé par la vie de la Congrégation qu'il s'agissait de consolider et d'étendre encore, soit aussi par des nécessités financières. Ainsi, lors de son voyage en Angleterre au printemps 1130, Pierre était en quête d'argent et il semble bien que le roi Henri Ier Beauclerc lui en donna suffisamment pour lui permettre de payer les travaux d'achèvement de la grande église - Cluny III - que le pape Innocent II va consacrer le 25 octobre de cette même année 1130.

Cependant, il appréhendait en particulier les voyages en Italie. De santé fragile, il avait rapporté de son séjour à Rome en octobre 1126 un paludisme tenace qui le tint immobilisé depuis le milieu de l'hiver 1126 jusqu'à Pâques 1127. Par ailleurs, il redoutait les grandes chaleurs d'Italie qui, disait-il, le faisaient « fondre comme cire. » Il y avait aussi le danger des mauvaises rencontres. A trois reprises, il fut assailli sur la route par des hommes en armes. La deuxième de ces attaques fut bel et bien crapuleuse. De retour du concile de Pise en 1135, Pierre et sa suite furent assaillis par des bandits et perdirent dans cette aventure argent, bagages et vivres. Certains furent blessés et d'autres gardés captifs. On comprend aisément que la seule idée de ces voyages représentait pour Pierre une véritable épreuve. Seuls l'amour de Cluny et le souci de maintenir la cohésion de la Congrégation furent les mobiles assez puissants pour vaincre sa répugnance et le décider chaque fois de se remettre en route.
Un de ses derniers voyages le conduisit en Espagne, de mars à octobre 1142. Il voulait, d'une part visiter les maisons clunisiennes qui se trouvent en Castille dans la région de Burgos, d'autre part il semble avoir eu l'intention de se rendre à St Jacques de Compostelle. Mais un autre objectif l'en ampêcha. Pierre tenait en effet à rencontrer à Salamanque le roi Alphonse VII pour lui rappeler ses obligations. Quelque quatre-vingts ans auparavant, en 1063 probablement, le roi Ferdinand, son arrière grand-père, s'était engagé à verser chaque année mille pièces d'or à Cluny. Après avoir été irrégulièrement versé jusqu'en 1095, ce tribut avait été compensé par des dons en nature, terres ou monastères. Quand Pierre se mit en route en 1042, Cluny n'avait rien reçu en espèces depuis plus de dix ans. Pressé par lui, Alphonse VII lui donna l'abbaye St Pierre de Cardena et quelques autres maigres compensations, mais elles étaient, semble-t-il, très éloignées des besoins réels de Cluny en numéraire. Toutefois, comme nous l'avons déjà souligné, l'objet de ce voyage était également la rencontre, peu après Pampelune, à Najera, de quatre savants versés dans la connaissance de l'arabe et les embaucheer au prix fort pour une traduction du Coran en latin.

Finalement tous ces déplacements tiennent peu de place dans la vie de Pierre le Vénérable. En additionnant les jours, les semainnes et les mois passés hors de l'abbaye, on obtient le nombre total de huit ans environ. Ce chiffre est considérable. Il semble bien qu'il place Pierre en tête de tous les Abbés de Cluny ; même St Hugues, dans sa longue existence, n'avait pas autant voyagé, un peu moins de six ans. Pourtant, il reste tout de même vingt-six années d'abbatiat passées à Cluny ; la place laissée dans la vie de Pierre pour l'office divin est donc restée considérable.

SA MORT
 
Depuis longtemps déjà Pierre le Vénérable songeait à la mort. Voici ce qu'il écrivait à son ami Geoffroy, évêque de Chartres : « Souvenez-vous que ni vous ni moi n'avons plus un long temps à passer en cette vie misérable. Vous êtes le plus âgé, et je ne suis plus un jeune homme. Que nous reste-t-il donc à faire, sinon que toutes nos pensées se dirigent vers le pontife suprême et l'évêque de nos âmes, Jésus, que tout notre coeur le désire, que tout en nous, l'homme intérieur et l'homme extérieur, tende vers lui. Déjà, voici que selon sa parole, le voleur nocture s'apprête à perforer notre demeure corporelle. Déjà le maître de la maison se hâte de venir, déjà le cri qui retentit au milieu de la nuit éveille ceux qui dorment et leur dit : « Voici venir l'époux, sortez au devant de lui. A quoi bon servira d'être évêque plus longtemps ? A quoi bon plus longtemps être Abbé ? » (P.L. 189, Lettre 43, Livre IV, col. 381)

Pierre le Vénérable ne se croyait pas nécessaire. Il était tout prêt à passer dans ce nouvel état de vie avec la même simplicité qu'il avait mise à devenir Abbé. Il désirait seulement mourir un jour de fête et il avait choisi Noël. Son voeu fut exaucé. Alors qu'il était encore en bonne santé la veille de Noêl, il mourut au matin du jour de Noël 1156, à l'heure même, précise la chronique de Cluny, où nous croyons qu'est né le Verbe de Dieu, fils de la Vierge Mère. Son biographe Raoul de Sully raconte que Pierre recommandait régulièrement à ses amis de la Grande Chartreuse lors du Pèlerinage qu'il faisait là chaque année de prier pour une intention qu'il n'avait jamais dévoilée et qui était précisément de mourir le jour de Noël. Ainsi, lui qui avait toujours célébré avec une joie et une dévotion particulières le mystère de la Nativité durant le temps de son pèlerinage terrestre, recueillit le fruit de sa dévotion en étant introduit au repos de l'éternité à l'heure même de la Nativité.

Quand on l'eut dépouillé de ses vêtements pour le laver, on s'aperçut que le cadavre était devenu « plus pur que le verre et plus blanc que la neige », portant déjà en lui-même quelque chose d'une admirable beauté céleste. Les moines purent ainsi vaquer à la joie des offices de Noël sans en être empêchés par la toilette funèbre. Mais cette allusion à la Transfiguration renvoie également à la dévotion connue de Pierre à l'égard de cette fête. Plus encore sans doute - et lui-même l'avait souligné à propos de sa propre mère - le corps de l'homme qui vit totalement sous l'emprise de la grâce, « sans tache ni ride », apparaît déjà sur cette terre comme un signe précurseur de la gloire future.

On ne saurait s'étonner que ses moines aient voulu voir en lui la réalisation exemplaire de son enseignement. Sans solliciter du St Siège une canonisation (dont la procédure officielle se cherchait encore), ils le placèrent au nombre des saints Abbés de Cluny fêtés, de nos jours, le 11 mai, d'après le calendrier liturgique. Peu de temps après sa mort, son ami Pierre de Celle, écrivant au successeur de Pierre de Cluny, lui décerna à son tour le nom de saint.



Pierre le Vénérable (1092/94 – Noël 1156), neuvième abbé de Cluny (1122-1156), fut un des plus grands abbés de ce prestigieux monastère qu’il réforma en profondeur. Il fut aussi un des grands hommes de son temps, par sa science comme par sa charité. Son amour de la vérité le conduisit à combattre les hérésies aussi bien que le judaïsme et l’islam, mais par la parole et par l’écrit, et non par la force des armes. Au contraire de son contemporain et ami saint Bernard, il n’approuvait pas les croisades.
 
Un trait remarquable révélera sa charité : quand Abélard, dénoncé par saint Bernard, fut condamné pour hérésie à être enfermé à vie dans un couvent, Pierre le Vénérable l'accueillit fraternellement à Cluny. Après sa mort, l’abbé conduisit secrètement son corps à l'abbaye du Paraclet dont Héloïse était l’abbesse, et, à la demande de cette dernière, il rédigea une absolution plénière des péchés en faveur d'Abélard.
 
Pour ce qui est de l’islam, il jugeait inconcevable de combattre cette religion sans la connaître, et il fit réaliser la toute première traduction du Coran en latin. Elle fut l’œuvre de quatre lettrés, dont un musulman… Elle servit, moyennant diverses adaptations, jusqu’au XVIIe siècle. Ensuite de quoi il composa un traité Contra sectam Sarracenorum (Contre la secte des Sarrazins).
 
En voici le début, dont le ton, comme on verra, tranche singulièrement avec celui que prennent d’habitude les polémistes :

« Au nom du Père et du Fils, Pierre, Français de nation, chrétien de religion, et, par ses fonctions, abbé de ceux que l'on appelle moines, aux Arabes fils d'Ismaël, observant la loi de celui qu'on nomme Mahomet. Il semble étrange, il l'est peut-être en effet, qu'un homme éloigné de vous par de grandes distances, parlant un autre langage, ayant une profession, des mœurs, un genre de vie, tout différents des vôtres, écrive, du fond de l'Occident, à des hommes qui habitent les contrées de l'Orient, qu'il dirige ses attaques contre des gens qu'il n'a jamais vus et ne verra peut-être jamais, qu'il vous attaque, non par les armes comme le font souvent les chrétiens, mais par la parole, non par la force, mais par la raison, non par la haine, mais par l'amour, par un amour tel, cependant, qu'un chrétien peut l'éprouver envers des ennemis du Christ, tel que les apôtres l'éprouvaient autrefois pour les gentils qu'ils invitaient à embrasser la loi du Christ; tel enfin que Dieu lui-même le portait aux païens qui servaient la créature et non le Créateur, et qu'il détourna par ses apôtres du culte des idoles et des démons. Il les aima avant d'être aimé d'eux ; il les reconnut avant d'être reconnu par eux ; il les appela à lui quand ils le méprisaient encore ; il leur prodigua ses bienfaits quand ils ne lui faisaient que du mal ; il prit en pitié ceux qui périssaient ; par un pur effet de sa bonté, les arracha à leur perte éternelle. »

Ce traité était comme d’ordinaire enluminé.


Bienheureux Pierre le Vénérable

Abbé de Cluny

Pierre le Vénérable naît dans la noble famille des Montboissier, entre 1092 et 1094, en Auvergne.

Il entre très jeune au monastère clunisien de Sauxillanges en Auvergne, puis gravit les échelons de la carrière clunisienne : il fut notamment nommé écolâtre et prieur à l'abbaye de Vézelay, dans les années 1116/1117, par le nouvel abbé de Cluny, Pons de Melgueil. Certains lui ont attribué le programme iconographique des chapiteaux de l'abbatiale romane de Vézelay.

Il voyage beaucoup et joue un rôle diplomatique important, notamment lors de l’élection pontificale lorsqu’il reconnaît en 1130 le Pape Innocent II (Gregorio Papareschi, 1130-1143), contre l’antipape Anaclet II (Pietro Pierleoni, 1130-1138).

Son activité intellectuelle fait de lui un représentant de la renaissance du XIIe siècle. Il fait traduire le Coran en latin, Lex Mahumet pseudoprophete. Connu comme polémiste, il rédigera ensuite des traités pour réfuter les doctrines israélites et musulmanes. En effet, il recommande d'établir des débats argumentés avec les théologiens des autres religions, plutôt que des Croisades.

Sa devise est : « La règle de saint Benoît est subordonnée à la charité ». Les accusations de Bernard de Clairvaux (St Bernard) contre Cluny avaient été violentes et Pierre y avait répondu avec une dignité qui lui avait assuré la victoire. Il s'est ensuite réconcilié avec Bernard dont il est devenu l'ami et parfois, tout de même, son charitable critique.

Quand Abélard, également dénoncé par le très contemplatif St Bernard, est condamné comme hérétique à être enfermé dans un couvent, Pierre le Vénérable l'accueille à Cluny comme un frère. À la mort d'Abélard, Pierre cède furtivement son corps à l'abbaye du Paraclet, dont Héloïse est abbesse, et rédige l'absolution plénière suivante : « Moi, Pierre, abbé de Cluny, j'ai reçu Pierre Abélard dans le monastère de Cluny et cédé son corps, furtivement apporté, à l'abbesse et aux religieuses du Paraclet. Par autorité de Dieu tout-puissant et de tous les saints, je l'absous d'office de tous ses péchés. » Cette absolution fut, selon la coutume d'alors, gravée au-dessus du tombeau d'Abélard par l'abbesse.

Considéré par l'historiographie du XXe siècle comme le dernier des grands abbés de Cluny, Pierre succède à son oncle Hugues II de Semur. Il combat également l’hérésie de Pierre de Bruys. Il réforme l'abbaye de Cluny, en proie à des difficultés financières. Il réforme le domaine seigneurial pour assurer le train de vie des moines (Dispositio rei familiaris).

Les inventaires qui sont constitués (Constitutio expense cluniaci) sont une précieuse source pour les historiens, avec des données sur les rendements, les semences, les techniques agricoles…

Il est l'auteur d'un livre « Les merveilles de Dieu » et aussi d'un traité contre les juifs : Aduersus Iudœorum inueteratam duritiem.

Pierre le Vénérable meurt le 25 décembre 1156.

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PIERRE LE VÉNÉRABLE (1092 env.-1156)
Né en Auvergne, dans la famille de Montboissier, Pierre fut élevé au grand prieuré de Sauxillanges, qui dépendait de l'ordre de Cluny. Moine à seize ans, il fut écolâtre, puis prieur de Vézelay et, en 1120, de Domène, près de Grenoble. Il n'avait que trente ans quand il fut, en 1122, élu abbé de Cluny, à la place de l'abbé Ponce, obligé de démissionner. Après un voyage en Terre sainte, celui-ci voulut reprendre son abbaye ; repoussé et débouté de ses prétentions, il mourut emprisonné à Rome en 1127. Héritant de la charge d'un ordre immense, qui jouissait d'un prestige incomparable et continuait de s'accroître, Pierre eut la sagesse de l'organiser. En 1132, il réunit le premier chapitre général. Il rédigea des statuts concernant la liturgie et les observances. On a retenu son conflit avec saint Bernard en l'exagérant : il s'agissait de la rivalité entre un ordre qui se trouvait en possession d'un passé prestigieux de plus de deux siècles, était solidement implanté et possédait à Cluny la plus belle église de la chrétienté, et un ordre récent, dont les petites abbayes se multipliaient vite, avec la fraîcheur et l'impétuosité de la jeunesse. En fait, Pierre et Bernard s'estimèrent, mais le premier ne partageait pas la fougue du second. Courageusement, l'abbé de Cluny prit sous sa protection le malheureux Abélard vieillissant, condamné par le concile de Sens. Le grand dialecticien plaisait à l'abbé de Cluny, qui s'intéressait à la théologie, combattait par la plume les hérétiques, faisait traduire le Coran pour discuter avec les musulmans, accroissait notablement la bibliothèque de Cluny. Poète, Pierre était capable de composer d'un seul jet des hymnes. Agréable conteur, il rassemblait dans un recueil de Miracles des anecdotes curieuses. Ses lettres le montrent ami tendre et fidèle, d'une parfaite égalité d'humeur, toujours content, d'une gravité souriante. Abbé du plus grand monastère de la chrétienté, il ne dédaignait personne. Il sut apprécier le charme des humbles débuts de la Grande-Chartreuse. Pierre, qu'en 1153 l'empereur Frédéric Barberousse avait surnommé Vénérable, mourut, comme il l'avait désiré, le jour de Noël. Bien qu'il n'ait pas été canonisé formellement, l'ordre bénédictin l'honore le 11 mai avec ses quatre grands prédécesseurs, Odon, Maïeul, Odilon et Hugues, en reconnaissant en lui un des exemples les plus parfaits de l'abbé selon saint Benoît.
Jacques DUBOIS, « PIERRE LE VÉNÉRABLE (1092 env.-1156)  », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le  . URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/pierre-le-venerable/

SOURCE : http://www.universalis.fr/encyclopedie/pierre-le-venerable/

Controverse Cluny-Cîteaux : réponse de Pierre le Vénérable à Saint Bernard
Cette lettre de Pierre le Vénérable1 à Bernard de Clairvaux2 attestent des différences d'interprétation de la règle de saint Benoît, à laquelle se réfèrent ces deux ordres (dits du coup "bénédictins"). A partir du IXe siècle, la majorité des monastères adoptent la règle de saint Benoît (de Nursie), mais en tirent chacun des "coutumes" différentes. Pour les Cisterciens, c'est le travail et l'ascèse, qui sont présents dans la règle de saint Benoît, qui sont valorisés. Les Clunisiens, eux, n'ont pas des positions aussi dures concernant les conditions de vie des frères, ce qui, entre autres choses, a amené les premiers à critiquer les seconds. C'est dans ce contexte que se situe cette réponse de l'abbé de Cluny.

Vous nous reprochez, dit Pierre aux Cisterciens, de ne point prolonger assez le noviciat ; mais Jésus n'a-t-il pas dit à un jeune homme :"si vous voulez être parfait, allez, vendez ce que vous avez et donnez-le aux pauvres". Jésus a-t-il attendu que la vocation du jeune homme fût perdue ?
Vous nous reprochez de porter des fourrures ; mais la règle de Saint Benoît n'a-t-elle pas prescrit d'habiller les frères selon les saisons et la qualité des lieux ?

Vous nous reprochez nos habits, nos lits, notre nourriture ; mais tout cela n'est-il pas laissé par Saint Benoît à la discrétion de l'abbé ? En quoi donc violons-nous la règle ?

Vous nous reprochez de recevoir les moines fugitifs, même après leur troisième fuite ; mais qui peut imposer des bornes à la miséricorde ?

Vous nous reprochez de négliger le travail des mains ; mais l'oisiveté ne s'évite-t-elle pas aussi bien par la prière, la lecture et les sains exercices ? […]

Vous nous reprochez de ne pas avoir d'évêque propre ; mais n'avons-nous pas pour évêque le premier de tous, le pontife romain ? Et ne faut-il pas quelque orgueil aux Cisterciens pour oser s'élever contre les privilèges des papes ?

Vous nous reprochez de posséder des biens qui doivent appartenir aux clercs et non pas aux moines ; mais n'avons-nous pas le droit de recevoir les oblations des fidèles, puisque nous prions continuellement pour eux, que nous faisons des aumônes et pratiquons des bonnes oeuvres ? […]

Ne savez-vous pas, lui dit-il qu'il y a des règles qui ne changent jamais, et d'autres qui sont plus variables, selon les temps et les lieux ? Entre les préceptes immuables, je compte l'amour du prochain, l'humilité, la chasteté, la véracité, et plusieurs autres principes qui ne peuvent jamais fléchir. Mais à côté de ceux-là, n'y a-t-il pas des règles variables ? N'est-ce pas la charité et les nécessités du bien qui doivent l'emporter toujours ? pourquoi a-t-on abrogé par exemple, la loi qui défendait aux évêques de changer de sièges si ce n'est pour veiller plus charitablement aux intérêts des églises ? […] Pourquoi Saint Grégoire le Grand a-t-il permis d'abord aux prêtres anglais de conserver leurs femmes, si ce n'est par la crainte charitable de les faire chanceler dans leur foi nouvelle ? La charité, la charité, voilà la grand loi de tous les changements humains, soit pour les ordres monastiques, soit pour tout le reste. Et puisque Dieu a dit que la charité contenait la loi et les prophètes, pensez-vous que la règle de Saint Benoît soit seule au-dessus de la charité ? […]

Tout le monde sait, dit-il, de quelle manière les maîtres séculiers traitent leurs serfs et leurs serviteurs. Ils ne se content pas du service usuel qui leur est dû ; mais ils revendiquent sans miséricorde les biens et les personnes, les personnes et les biens. De là, outre les cens accoutumés, ils les surchargent de services innombrables, de charges insupportables et graves, trois ou quatre fois par an, et toutes les fois qu'ils le veulent. aussi voit-on les gens de la campagne abandonner le sol et fuir en d'autres lieux. Mais, chose plus affreuse, ne vont-ils pas jusqu'à vendre, pour de l'argent, pour un vil métal, les hommes que Dieu rachète au prix de son sang ? Les moines, au contraire, quand ils ont des possessions, agissent bien d'autre sorte. Ils n'exigent des colons que les choses dues et légitimes ; ils ne réclament leurs services que pour les nécessités de leur existence ; ils ne les tourmentent d'aucun exaction, ils ne leur imposent rien d'insupportable : s'ils les voient nécessiteux, ils les nourrissent de leur propre substance. Ils ne les traitent pas en esclaves, en serviteurs, mais en frères […] Et voilà pourquoi les moines sont propriétaires à aussi bon titre, à meilleur titre même que les laïcs.

Pierre le Vénérable, Lettres, dans M. P. Lorain, Histoire de l'abbaye de Cluny, Paris, 1845.

Footnotes

1. Pierre le Vénérable, abbé de Cluny de 1122 à 1156.

2. Bernard de Fontaines, abbé de Clairvaux de 1115 à 1153.

Clairvaux est une des quatre premières abbayes-"filles" de Cîteaux, avec la Ferté, Pontigny et Morimond.




BENEDICT XVI

GENERAL AUDIENCE

Saint Peter's Square


Wednesday, 14 October 2009


Peter the Venerable


Dear Brothers and Sisters,

Peter the Venerable who I would like to present at today's Catechesis takes us back to the famous Abbey of Cluny, to its decor (decorum) and nitor (clarity) to use terms that recur in the Cluny texts a decorum and splendour that were admired especially in the beauty of the liturgy, a privileged way for reaching God. Even more than these aspects, however, Peter's personality recalls the holiness of the great abbots of Cluny: in Cluny "there was not a single abbot who was not a saint", Pope Gregory VII said in 1080. These holy men include Peter the Venerable who possessed more or less all the virtues of his predecessors although, under him, in comparison with the new Orders such as Cîteaux, Cluny began to feel some symptoms of crisis. Peter is a wonderful example of an ascetic strict with himself and understanding of others. He was born in about 1094 in the French region of Auvergne, he entered the Monastery of Sauxillanges as a child and became a monk there and then prior. In 1122 he was elected Abbot of Cluny and remained in this office until he died, on Christmas day 1156, as he had wished. "A lover of peace", his biographer Rudolph wrote, "he obtained peace in the glory of God on the day of peace" (Vita, I, 17; PL 189, 28).

All who knew him praised his refined meekness, his serene equilibrium, rectitude, loyalty, reasonableness and his special approach to mediation. "It is in my nature" he wrote, "to be particularly inclined to indulgence; I am urged to this by my habit of forgiveness. I am accustomed to toleration and forgiveness" (Ep. 192, in: The Letters of Peter the Venerable, Harvard University Press, 1967, p. 446). He said further: "With those who hate peace let us always seek to be peacemakers" (Ep. 100, loc. cit., p. 261). And he wrote of himself: "I am not the type who is discontented with his lot... whose mind is always tormented by anxiety or doubt and who complains that everyone else is resting while they are the only ones working" (Ep. 182, p. 425). With a sensitive and affectionate nature, he could combine love for the Lord with tenderness to his family members, especially his mother, and to his friends. He cultivated friendship, especially with his monks who used to confide in him, certain that they would be heard and understood. According to his biographer's testimony: "he did not look down on anyone and never turned anyone away" (Vita, 1, 3: PL 189, 19); "he appeared friendly to all; in his innate goodness he was open to all" (ibid., 1,1: PL. 189, 17).

We could say that this holy Abbot also sets an example to the monks and Christians of our day, marked by a frenetic pace, when episodes of intolerance, incommunicability, division and conflict are common. His testimony invites us to be able to combine love of God with love of neighbour and not to tire of building relations of brotherhood and reconciliation. Effectively Peter the Venerable acted in this way. He found himself in charge of the Monastery of Cluny in years that were far from tranquil for various reasons, both within the Abbey and outside it, and managed to be at the same time both strict and profoundly human. He used to say: "One may obtain more from a man by tolerating him than by irritating him with reproach" (Ep. 172, loc. cit., p. 409). By virtue of his office he had to undertake frequent journeys to Italy, England, Germany and Spain. He found it hard to be wrenched from the quiet of contemplation. He confessed: "I go from one place to the next, I hurry, I am anxious, I am tormented, dragged here and there: my mind now on my own affairs and now on those of others, not without great mental agitation" (Ep. 91, loc. cit., p. 233). Although he was obliged to navigate between the powers and nobles who surrounded Cluny, he succeeded in preserving his habitual calm, thanks to his sense of measure, magnanimity and realism. Among the important figures with whom he came into contact was Bernard of Clairvaux with whom he maintained a relationship of increasing friendship, despite the differences of their temperaments and approaches. Bernard described him as: "an important man, occupied with important affairs" and held him in high esteem (Ep. 147, ed. Scriptorium Claravallense, Milan 1986, VI/1, pp. 658-660), while Peter the Venerable described Bernard as a "lamp of the Church" (Ep 164, p. 396), and a "strong and splendid pillar of the monastic order and of the whole Church" (Ep. 175, p. 418).

With a lively sense of Church, Peter the Venerable affirmed that the vicissitudes of the Christian people must be felt in the "depths of the heart" by those who will be numbered "among the members of Christ's Body" (Ep. 164, ibid., p. 397). And he added: "those who do not smart from the wounds of Christ's body are not nourished by the Spirit of Christ", wherever they may be produced (ibid.). In addition, he also showed care and concern for people outside the Church, in particular Jews and Muslims: to increase knowledge of the latter he provided for the translation of the Qur'an. A historian recently remarked on this subject: "In the midst of the intransigence of medieval people, even the greatest among them, we admire here a sublime example of the sensitivity to which Christian charity leads" (J. Leclercq, Pietro il Venerabile, Jaca Book, 1991, p. 189). Other aspects of Christian life dear to him were love for the Eucharist and devotion to the Virgin Mary. On the Blessed Sacrament he has left passages that constitute "one of the masterpieces of Eucharistic literature of all time" (ibid., p. 267) and on the Mother of God he wrote illuminating reflections, contemplating her ever closely related to Jesus the Redeemer and his work of salvation. It suffices to present his inspired prayer: "Hail, Blessed Virgin, who put execration to flight. Hail, Mother of the Most High, Bride of the meekest Lamb. You have defeated the serpent, you crushed its head, when the God you bore destroyed it.... Shining Star of the East who dispelled the shadows of the west. Dawn who precedes the sun, day that knows no night.... Pray God who was born of you to dissolve our sin and, after pardoning it, to grant us his grace and his glory" (Carmina, PL 189, 1018-1019).

Peter the Venerable also had a predilection for literary activity and a gift for it. He noted his reflections, persuaded of the importance of using the pen as if it were a plough, to "to scatter the seed of the Word on paper" (Ep. 20, p. 38). Although he was not a systematic theologian, he was a great investigator of God's mystery. His theology is rooted in prayer, especially in liturgical prayer, and among the mysteries of Christ he preferred the Transfiguration which prefigures the Resurrection. It was Peter himself who introduced this feast at Cluny, composing a special office for it that mirrors the characteristic theological devotion of Peter and of the Cluniac Order, which was focused entirely on contemplation of the glorious Face (gloriosa facies) of Christ, finding in it the reasons for that ardent joy which marked his spirit and shone out in the monastery's liturgy.

Dear brothers and sisters, this holy monk is certainly a great example of monastic holiness, nourished from the sources of the Benedictine tradition. For him, the ideal of the monk consists in "adhering tenaciously to Christ" (Ep. 53, loc. cit., p. 161), in a cloistered life distinguished by "monastic humility" (ibid.) and hard work (Ep. 77, loc. cit., p. 211) as well as an atmosphere of silent contemplation and constant praise of God. The first and most important occupation of the monk, according to Peter of Cluny, is the solemn celebration of the Divine Office "a heavenly action and the most useful of all" (Statutes, I, 1026) to be accompanied by reading, meditation, personal prayer and penance observed with discretion (cf. Ep. 20, loc. cit., p. 40). In this way the whole of life is pervaded by profound love of God and love of others, a love that is expressed in sincere openness to neighbour, in forgiveness and in the quest for peace. We might say, to conclude, that if this lifestyle, combined with daily work, was the monk's ideal for St Benedict, it also concerns all of us and can be to a large extent the lifestyle of the Christian who wants to become an authentic disciple of Christ, characterized precisely by tenacious adherence to him and by humility, diligence and the capacity for forgiveness and peace.



To special groups

Dear Brothers and Sisters,

I offer a warm welcome to the English-speaking pilgrims present at today's Audience, including the pupils and staff from St Andrew's High School, Carntyne, Glasgow, and other school and university groups from England and Norway. May your visit to Rome be a time of deep spiritual renewal. Upon all of you I invoke God's Blessings of joy and peace!

Lastly my thoughts turn to the young people, the sick and the newlyweds. Dear friends, tomorrow we shall be celebrating the Feast of St Teresa of Avila, Doctor of the Church. May this great Saint witness to you, dear young people, that authentic love cannot be separated from truth: may she help you, dear sick people, to understand that the Cross of Christ is a mystery of love that redeems human suffering. For you, dear newlyweds, may she be a model of fidelity to God, who entrusts a special mission to each one.

© Copyright 2009 - Libreria Editrice Vaticana



Blessed Peter de Montboissier, OSB Abbot (PC)

(also known as Peter the Venerable)

Born in Auvergne, France, in 1092; died at Cluny on December 25, 1156; feast day formerly on December 25.


Peace was the greatest virtue of Peter de Montboissier, who was born of a noble Auvergne family. Peter was educated at Sauxillanges (a Cluniac monastery) and made his profession about 1109. A few months after the death of Saint Hugh, fourth of the great abbots of Cluny, Peter was sent to Vezelay, first as a student and then, from age 20, as the prior.

In 1120, he was named prior of the monastery of Domene near Grenoble, France, where the proximity of La Grande Chartreuse allowed him to get acquainted with the sons of St. Bruno, a remarkable friendship that sustained him during the course of his heavy burdens.

On August 22, 1122, he was elected abbot of Cluny (age 30). At the news Peter sighed, "Please God that they might have made a better choice." Meanwhile others remarked pityingly about his youth--a fault that time cures even among monks. Nevertheless, Peter generously accepted the "bondage of authority" though he would have preferred the "liberty of obedience." It was a huge task because Cluny Abbey at that time governed 400 monks in the monastery in addition to 2,000 houses all over Europe--reaching into Asia.

Nevertheless, Peter was one of the most eminent churchmen of his age, and during the 34 years of his governance Cluny retained its position as the greatest and most influential abbey in Christendom. Peter succeeded in regulating abbey finances and raising the standards of studies. He himself was a poet and theological writer of distinction.

In 1124 (or 1125) Peter returned from visiting the Aquitaine and was faced with an armed force led by Pontius, the abbot he had succeeded, who took over Cluny while he was away. For months he had to retake the abbey and assure himself of sufficient resources. Without allowing himself to become too absorbed in material tasks, he centered his efforts on the reform of the cloistral discipline, the frequent meetings of general chapters, and the progress of studies. He promulgated statues full of wisdom and good sense on the observances and monastic liturgy. Both Peter and Pontius were summoned to Rome, where Pope Honorius II sentenced Pontius to prison.

In the interests of the Church and Cluny, Peter made several voyages: six to Rome, two to Spain (one in 1139), and even to England (1130). His delicate health could not withstand the effort. He could not stand the climate of Italy, and each trip to Rome seemed to him to be literally formidable, that is, dreadful, for he had to pass through the "Alpine glaciers and their ancient horror." Further south, everything went against him, "ailments and elements." "The air of Rome generally causes early death among people from my land," he wrote the pope.

Peter then became involved in a controversy with Saint Bernard, who accused Cluny of too relaxed a rule--a charge that led Peter to put into effect reforms in the Cluniac houses. One of Peter's greatest concerns was the protection of the traditions of Cluny, attacked by the rather narrow dynamism of the Cistercian orders that wanted to be faithful to the letter of the monastic rule. In this painful conflict between black monks and white monks, the gentle abbot of Cluny would have to withstand the burning zeal of Bernard. Dom Peter himself recognized that, with the Abbot of Clairvaux, he was "the one who always gave in to the one who never gave in." A good sign, as Someone said, "and if anyone would go to law with thee and take thy tunic, let him take thy cloak as well; and whoever forces thee to go for one mile, go with him two" (Matt. 5:40-41).

Thus, when we look at the life and message of Abbot Peter, we always return to the theme of peace, serenity, and charity. Without a doubt St. Bernard established peace between parties, cities, and opposing lords, but at the price of battles and harshness. Bernard never accepted defeat, and he pushed his will right to the end with an intrepid faith but also with an obstinate zeal. Peter and Bernard got along passably well outside of the crusades and councils. Perhaps in Peter's gentleness and quiet goodness lies the best proof of his concept of man.

Bernard, on the contrary, by seeking, in effect, the continual triumph of the spirit over the body, lived in a state of constant tension and struggle. Impenitent scuffler and fiery integrator that he was, Bernard thundered out condemnations and excommunications. From the Rule of St. Benedict, Bernard was quick to single out the instructions to apply to rebellious and hard- hearted monks: "the blight of excommunication, beatings with rods, the iron which strikes."

Peter preferred other instructions from the same Chapter 28 of the Rule of St. Benedict, more gentle and efficacious: "the unguents of exhortation, the remedy of the Divine Scriptures and, what is worth even more, his prayers and those of all his brothers"; and above all that order St. Benedict gives the abbot: "Be loved rather than feared." Peter, like his Master, knew what was inside man; he benefitted from the wise equilibrium born of respect of concrete reality, and he waited in peace, without false calmness but in a firm hope, for the triumph of God. His zeal was transformed into indulgence and patience.

He offered Peter Abelard (of Heloise and Abelard fame) shelter at Cluny in 1140, convinced the pope to lighten Abelard's sentence and reconciled Bernard and Abelard.

Peter wrote against Petrobrusian heretics in southern France, defended the Jews, attended the synod of Rheims that denounced the teachings of Bishop Gilbert de la Porree, and had a voluminous correspondence with his contemporaries.

He ruled Cluny for 34 years, during which the monastery was the greatest and most influential in Christendom. There is no doubt the Peter of Cluny chose to die on December 25 because he wished to be obscure--for 30 years he prayed and asked others to pray for his death of the feast of the Incarnation. Yearly he went to the saints of Chartreuse, whom he greatly loved, and asked them to entreat the Lord for this favor.

Dom Peter knew that true strength is not violence, but gentleness; and he will obtain for us these graces of every day, which are not small because they make us live, we and everyone else, in peace. He knew it was better to be a saint, than to be called a saint. For his smiling seriousness, his understanding of human nature transformed by the mystery of the Incarnation, his humor, his gentle goodness, Peter deserves our veneration.

He died at Cluny after preaching about the Solemnity of Christmas to his monks, and was buried at the very southern end of the ambulatory in the abbey church. His tomb was violated in 1562 and razed in 1792, but some remains were discovered in 1931, concealed in the stable. Though his cult has never been formally approved, he is venerated in the diocese of Arras and is included in French martyrologies (Benedictines, Delaney, Encyclopedia). 



SOURC E : http://www.saintpatrickdc.org/ss/1229.shtml

Blessed Peter of Montboissier

(Better known as PETER THE VENERABLE).

Born in Auvergne, about 1092; died at Cluny, 25 December, 1156. His mother, Blessed Raingarde, offered him to God in the monastery of Sauxillanges of the Congregation of Cluny, where he made his profession at the age of seventeen. He was only twenty years old when he was appointed professor and prior of the monastery of Vézelay, and he discharged his duties in that house, and later in the monastery of Domene, with such success that at the age of thirty he was elected general of the order. The order, which then counted not less than 2000 houses throughout Europe, was in need of reform. The abbot had begun this work when his predecessor, the Abbot Pontius, who had been deposed by the pope, attempted to be reinstated in his office by violence. Our saint had to face other attacks made on his order by St. Bernard himself, who did not fail however to acknowledge the eminent virtue of Peter and was the first to call him Venerable. Peter resisted the attacks with both firmness and meekness, and took occasion of them to write the rules of the Congregation of Cluny, one of the most complete and perfect codes of religious life. He was prominent in resisting the schism caused by the antipope Anacletus II, after the death of Honorius II (1130). With St. Bernard, he was the soul and the light of the General Council of Pisa (1134), and having encouraged Innocent II to stand firm in the midst of persecutions, he predicted the end of the schism, which happened in 1138.
During a visit to Spain (1139) he became interested in Mohammedanism and had the Koran for the first time translated into Latin. He made several journeys to Rome, where the popes entrusted him with delicate missions, and he accompanied Eugene III to the Council of Reims (1147), where the doctrines of Gilbert de la Poree were condemned. Kings and emperors came to him for advice and in the midst of his labours he found time to write numerous letters, valuable theological works on the questions of the day, the Divinity of Christ, the Real Presence, against the Jews and the Mohammedans, and concerning the statutes and the privileges of his order, besides sermons and even verses. Theologians praise the precision of his teaching. When Abelard's doctrine had been condemned at Soissons, Peter opened his monastery to him, reconciled him with St. Bernard and with the pope, and had the joy of seeing him spend the rest of his life under his guidance. He died on Christmas Day, according to his wish, "after a sublime sermon to his brethren on the mystery of the day". Honoured as a saint both by the people and his order, he was never canonized; Pius IX confirmed the cult offered to him (1862).

Sources

Petri Venerabilis opera in P.L., CLXXXIX; RODULPHUS, Vita Petri Venerabilis in P.L., CLXXXIX, 5 - 27; MARIE AND DUCHESNE, Bibliotheca Cluniacensis, 589-618; MARTENE, Amplissima Collectio, VI, 1187 - 1202; Gallia Christiana, IV, 1137 - 1140; PIGNOT, Histoire de l'ordre de Cluny, III, 49 - 509; DEMI-MUID, Pierre le Venerable et la vie monastique au XIIme siecle (Paris, 1895).

Fournet, Pierre Auguste. "Blessed Peter of Montboissier." The Catholic Encyclopedia. Vol. 10. New York: Robert Appleton Company, 1911. 29 Dec. 2016 <http://www.newadvent.org/cathen/10525b.htm>.

Transcription. This article was transcribed for New Advent by Kenneth M. Caldwell. Dedicated to the memory of Don McGonigle.

Ecclesiastical approbation. Nihil Obstat. October 1, 1911. Remy Lafort, S.T.D., Censor. Imprimatur. +John Cardinal Farley, Archbishop of New York.




San Pietro il Venerabile Abate di Cluny


Francia, 1094 ca - Cluny, Francia, 1156

Martirologio Romano: Nel monastero di Cluny in Burgundia, nell’odierna Francia, beato Pietro il Venerabile, abate, che resse l’Ordine monastico secondo i precetti della primitiva osservanza e compose numerosi trattati.

Pierre de Montboissier nacque nella regione francese dell’Alvernia, verso il 1094, da nobile famiglia. I genitori, Maurizio e Ragengarda, lo offrirono al Signore e, quando era ancora bambino, entrò nel priorato di Sauxillanges. Professò a quindici anni. Ricoprì, ancora giovane, la carica di priore claustrale, la più importante dopo l’abate, a Vèzelay e poi di priore conventuale nel monastero di Domène (Grenoble). Il 22 agosto 1122 fu eletto nono abate di Cluny. È considerato l'ultimo dei grandi abati del celebre cenobio che governò fino alla morte. Nel 1125 dovette fronteggiare uno scisma interno a causa dei contrasti con il suo predecessore, Ponzio, deposto da papa Callisto II a seguito di un periodo di cattiva amministrazione. Pietro procedette ad un riordino disciplinare ed economico, riformò l’abbazia con la Dispositio rei familiaris. Gli inventari indicati nella Constitutio expense cluniaci costituiscono oggi una fonte preziosa per gli storici, attestando redditi, semenze, tecniche agricole utilizzate a quei tempi. Nel 1130 svolse un importante ruolo diplomatico con l'elezione al papato di Innocenzo II che riconobbe, contro l’antipapa Anacleto II. Pietro il Venerabile viaggiò molto, si recò in Germania, numerose volte in Italia e in Spagna per discutere con abati e vescovi del pericolo dell’avanzata dei mori. A Toledo fece tradurre il corano da un gruppo di lavoro composto dall’inglese Robert Kennet, da  un arabo e guidato da Pietro di Toledo. La traduzione fu ultimata nel 1143 e, nonostante alcuni errori, fu il punto di partenza per le future trattazioni del Corano, fino al secolo XVII. Pietro rifiutò i racconti leggendari che in Occidente si facevano su Maometto, delineando un quadro storico della diffusione dell’islam. Probabilmente, leggendo queste opere, p. Abelardo si ispirò per il personaggio del filosofo nella sua ultima opera Dialogo tra un filosofo, un giudeo e un cristiano, scritta a Chalon-sur-Saône. San Pietro il Venerabile si recò due volte in Inghilterra nel tentativo di portare sotto l’egida di Cluny l’abbazia di Peterborough ma non vi riuscì. Durante il discusso regno di Re Stefano (1135-54), entrò in contatto con suo fratello Enrico di Blois, vescovo di Winchester e monaco cluniacense. Alla morte di Stefano, divenuto re il rivale Enrico II, Enrico di Blois tornò a Cluny dove, guidato da Pietro, concluse i suoi anni religiosamente. 


Verso il 1138 Pietro il Venerabile scrisse l’Epistola adversus petrobrusianos, un trattato contro i seguaci di Pietro di Bruys attivi nel sud della Francia. Ebbe inoltre un ruolo determinante nella contesa tra Abelardo e S. Bernardo di Clairvaux a seguito della scomunica del primo nel Concilio di  Sens, convocato su richiesta di Bernardo per condannare la teologia abelardiana e le sue tesi sulla Trinità. San Pietro ospitò a Cluny Abelardo, che era in viaggio per Roma per incontrare Innocenzo II. In seguito, con la sua mediazione, Bernardo e Abelardo si riconciliarono e anche la scomunica fu sospesa. Pietro accolse quindi l’anziano Abelardo in una prioria cluniacense dove trascorse gli ultimi anni della sua vita. Egli stesso provvide alla sua sepoltura nel monastero femminile di Paraclete, presso Troyes, dov’era badessa Eloisa. Pietro scrisse un epitaffio in cui mise a confronto il pensiero di Abelardo, Socrate, Platone e Aristotele.

Nella sua lunga vita il santo abate, mantenendosi teologicamente ortodosso, trattò giudei ed eretici sempre con grande rispetto. Per questioni dottrinali, ben sei volte si recò a Roma. Affrontò i lunghi e disagevoli viaggi anche se non sempre in buona salute. Grande letterato, costituì nella biblioteca dell’abbazia un importante fondo librario di circa cinquecento manoscritti con le opere dei primi padri della Chiesa.Vasta la sua fama di intellettuale e teologo, scrisse trattati, omelie e inni. Per comporre amava ritirarsi in luoghi solitari. È celebre l’inno “Coelum gaude, terra plaude”. Le sue opere sono ancora oggi di continua trattazione e studio.

Pietro fu aperto ai problemi della Chiesa e della società. Fu attento alla funzione dell’Impero di Bisanzio tanto da schierarsi a favore del mantenimento del rito greco. Dal ricco epistolario a noi pervenuto spiccano le riflessioni sull'importanza dell’amicizia e del ruolo dei laici nella Chiesa. In un periodo complesso, Pietro governò con equilibrio, signorilità e concretezza il vasto impero monastico di Cluny che contava al termine del suo priorato 400 monaci e 2000 case sottoposte. Vi erano entrati anche alcuni suoi fratelli che abbracciarono la vita religiosa, come anche fece sua madre quando rimase vedova. Pietro, soprannominato il “Venerabile” da Federico Barbarossa, morì il 25 dicembre 1156.



Autore: Daniele Bolognini


SOURCE : http://www.santiebeati.it/Detailed/83180.html

BENEDETTO XVI

UDIENZA GENERALE

Piazza San Pietro

Mercoledì, 14 ottobre 2009


Pietro il Venerabile


Cari fratelli e sorelle,

la figura di Pietro il Venerabile, che vorrei presentare nell’odierna catechesi, ci riconduce alla celebre abbazia di Cluny, al suo «decoro» (decor) e al suo «nitore» (nitor) – per usare termini ricorrenti nei testi cluniacensi – decoro e splendore, che si ammirano soprattutto nella bellezza della liturgia, via privilegiata per giungere a Dio. Più ancora che questi aspetti, però, la personalità di Pietro richiama la santità dei grandi abati cluniacensi: a Cluny “non ci fu un solo abate che non sia stato un santo”, affermava nel 1080 il Papa Gregorio VII. Tra questi si colloca Pietro il Venerabile, il quale raccoglie in sé un po’ tutte le virtù dei suoi predecessori, sebbene già con lui Cluny, di fronte agli Ordini nuovi come quello di Cîteaux, inizi a risentire qualche sintomo di crisi. Pietro è un esempio mirabile di asceta rigoroso con se stesso e comprensivo con gli altri. Nato attorno al 1094 nella regione francese dell’Alvernia, entrò bambino nel monastero di Sauxillanges, ove divenne monaco professo e poi priore. Nel 1122 fu eletto Abate di Cluny, e in tale carica rimase fino alla morte, avvenuta nel giorno di Natale del 1156, come egli aveva desiderato. “Amante della pace – scrive il suo biografo Rodolfo – ottenne la pace nella gloria di Dio il giorno della pace” (Vita, I,17: PL 189,28).

Quanti lo conobbero ne esaltarono la signorile mitezza, il sereno equilibrio, il dominio di sé, la rettitudine, la lealtà, la lucidità e la speciale attitudine a mediare. “È nella mia stessa natura – scriveva - di essere alquanto portato all’indulgenza; a ciò mi incita la mia abitudine a perdonare. Sono assuefatto a sopportare e a perdonare” (Ep. 192, in: The Letters of Peter the Venerable, Harvard University Press, 1967, p. 446). Diceva ancora: “Con quelli che odiano la pace vorremmo, possibilmente, sempre essere pacifici” (Ep. 100, l.c., p. 261). E scriveva di sé: “Non sono di quelli che non sono contenti della loro sorte, … il cui spirito è sempre nell’ansia o nel dubbio, e che si lamentano perché tutti gli altri si riposano e loro sono i soli a lavorare” (Ep. 182, p. 425). Di indole sensibile e affettuosa, sapeva congiungere l’amore per il Signore con la tenerezza verso i familiari, particolarmente verso la madre, e verso gli amici. Fu un cultore dell’amicizia, in modo speciale nei confronti dei suoi monaci, che abitualmente si confidavano con lui, sicuri di essere accolti e compresi. Secondo la testimonianza del biografo, “non disprezzava e non respingeva nessuno” (Vita, I,3: PL 189,19); “appariva a tutti amabile; nella sua bontà innata era aperto a tutti” (ibid., I,1: PL, 189,17).

Potremmo dire che questo santo Abate costituisce un esempio anche per i monaci e i cristiani di questo nostro tempo, segnato da un ritmo di vita frenetico, dove non rari sono gli episodi di intolleranza e di incomunicabilità, le divisioni e i conflitti. La sua testimonianza ci invita a saper unire l’amore a Dio con l’amore al prossimo, e a non stancarci nel riannodare rapporti di fraternità e di riconciliazione. Così in effetti agiva Pietro il Venerabile, che si trovò a guidare il monastero di Cluny in anni non molto tranquilli per varie ragioni esterne e interne all’Abbazia, riuscendo ad essere al tempo stesso severo e dotato di profonda umanità. Soleva dire: “Da un uomo si potrà ottenere di più tollerandolo, che non irritandolo con le lamentele” (Ep. 172, l.c., p. 409). In ragione del suo ufficio dovette affrontare frequenti viaggi in Italia, in Inghilterra, in Germania, in Spagna. L’abbandono forzato della quiete contemplativa gli pesava. Confessava: “Vado da un luogo all’altro, mi affanno, mi inquieto, mi tormento, trascinato qua e là; ho la mente rivolta ora agli affari miei ora a quelli degli altri, non senza grande agitazione del mio animo” (Ep. 91, l.c., p. 233). Pur dovendosi destreggiare tra poteri e signorie che circondavano Cluny, riuscì comunque, grazie al suo senso della misura, alla sua magnanimità e al suo realismo, a conservare un’abituale tranquillità. Tra le personalità con cui entrò in relazione ci fu Bernardo di Clairvaux con il quale intrattenne un rapporto di crescente amicizia, pur nella diversità del temperamento e delle prospettive. Bernardo lo definiva: “uomo importante, occupato in faccende importanti” e aveva grande stima di lui (Ep. 147, ed. Scriptorium Claravallense, Milano 1986, VI/1, pp. 658-660), mentre Pietro il Venerabile definiva Bernardo “lucerna della Chiesa” (Ep. 164, p. 396), “forte e splendida colonna dell’ordine monastico e di tutta la Chiesa” (Ep. 175, p. 418).

Con vivo senso ecclesiale, Pietro il Venerabile affermava che le vicende del popolo cristiano devono essere sentite nell’“intimo del cuore” da quanti si annoverano “tra i membri del corpo di Cristo” (Ep. 164, l.c., p. 397). E aggiungeva: “Non è alimentato dallo spirito di Cristo chi non sente le ferite del corpo di Cristo”, ovunque esse si producano (ibid.). Mostrava inoltre cura e sollecitudine anche per chi era al di fuori della Chiesa, in particolare per gli ebrei e i musulmani: per favorire la conoscenza di questi ultimi provvide a far tradurre il Corano. Osserva al riguardo uno storico recente: “In mezzo all’intransigenza degli uomini del Medioevo – anche dei più grandi tra essi –, noi ammiriamo qui un esempio sublime della delicatezza a cui conduce la carità cristiana” (J. Leclercq, Pietro il Venerabile, Jaca Book, 1991, p. 189). Altri aspetti della vita cristiana a lui cari erano l’amore per l’Eucaristia e la devozione verso la Vergine Maria. Sul Santissimo Sacramento ci ha lasciato pagine che costituiscono “uno dei capolavori della letteratura eucaristica di tutti i tempi” (ibid., p. 267), e sulla Madre di Dio ha scritto riflessioni illuminanti, contemplandola sempre in stretta relazione con Gesù Redentore e con la sua opera di salvezza. Basti riportare questa sua ispirata elevazione: “Salve, Vergine benedetta, che hai messo in fuga la maledizione. Salve, madre dell’Altissimo, sposa dell’Agnello mitissimo. Tu hai vinto il serpente, gli hai schiacciato il capo, quando il Dio da te generato lo ha annientato… Stella fulgente dell’oriente, che metti in fuga le ombre dell’occidente. Aurora che precede il sole, giorno che ignora la notte… Prega il Dio che da te è nato, perché sciolga il nostro peccato e, dopo il perdono, ci conceda la grazia e la gloria” (Carmina, PL 189, 1018-1019).

Pietro il Venerabile nutriva anche una predilezione per l’attività letteraria e ne possedeva il talento. Annotava le sue riflessioni, persuaso dell’importanza di usare la penna quasi come un aratro per “spargere nella carta il seme del Verbo” (Ep. 20, p. 38). Anche se non fu un teologo sistematico, fu un grande indagatore del mistero di Dio. La sua teologia affonda le radici nella preghiera, specie in quella liturgica e tra i misteri di Cristo, egli prediligeva quello della Trasfigurazione, nel quale già si prefigura la Risurrezione. Fu proprio lui ad introdurre a Cluny tale festa, componendone uno speciale ufficio, in cui si riflette la caratteristica pietà teologica di Pietro e dell’Ordine cluniacense, tesa tutta alla contemplazione del volto glorioso (gloriosa facies) di Cristo, trovandovi le ragioni di quell’ardente gioia che contrassegnava il suo spirito e si irradiava nella liturgia del monastero.

Cari fratelli e sorelle, questo santo monaco è certamente un grande esempio di santità monastica, alimentata alle sorgenti della tradizione benedettina. Per lui l’ideale del monaco consiste nell’“aderire tenacemente a Cristo” (Ep. 53, l.c., p. 161), in una vita claustrale contraddistinta dalla “umiltà monastica” (ibid.) e dalla laboriosità (Ep. 77, l.c., p. 211), come pure da un clima di silenziosa contemplazione e di costante lode a Dio. La prima e più importante occupazione del monaco, secondo Pietro di Cluny, è la celebrazione solenne dell’ufficio divino – “opera celeste e di tutte la più utile” (Statuta, PL 189, I, 1026) – da accompagnare con la lettura, la meditazione, l’orazione personale e la penitenza osservata con discrezione (cfr Ep. 20, l.c., p. 40). In questo modo tutta la vita risulta pervasa di amore profondo per Dio e di amore per gli altri, un amore che si esprime nella sincera apertura al prossimo, nel perdono e nella ricerca della pace. Potremmo dire, concludendo, che se questo stile di vita unito al lavoro quotidiano, costituisce, per san Benedetto, l’ideale del monaco, esso concerne anche tutti noi, può essere, in grande misura, lo stile di vita del cristiano che vuole diventare autentico discepolo di Cristo, caratterizzato proprio dall’adesione tenace a Lui, dall’umiltà, dalla laboriosità e dalla capacità di perdono e di pace.


Saluti:

Chers frères et soeurs, 

Je suis heureux de saluer les pèlerins francophones, notamment les Petites Sœurs des Pauvres et leurs amis, venus à Rome pour la canonisation de Jeanne Jugan, ainsi que les diocésains de Périgueux et Sarlat, avec leur Évêque, Mgr Michel Mouïsse. Vous aussi, soyez toujours des témoins ardents de la miséricorde de Dieu pour les plus petits et les plus faibles.
Avec ma Bénédiction apostolique!

Dear Brothers and Sisters, 

I offer a warm welcome to the English-speaking pilgrims present at today’s Audience, including the pupils and staff from Saint Andrew’s High School, Carntyne, Glasgow, and other school and university groups from England and Norway. May your visit to Rome be a time of deep spiritual renewal. Upon all of you I invoke God’s blessings of joy and peace!

Liebe Brüder und Schwestern! 

Von Herzen heiße ich die über zehntausend deutschsprachigen Pilger und Besucher hier auf dem Petersplatz willkommen. Besonders begrüße ich die Teilnehmer der Diözesanwallfahrt des Bistums Limburg in Begleitung von Bischof Franz-Peter Tebartz-van Elst mit dem Orchester und den Chören des Limburger Doms und danke herzlich für das Geschenk, das sie uns mit ihrem Gesang gemacht haben. Petrus Venerabilis lädt uns ein, Christus in der Schönheit der Liturgie zu begegnen und seine Liebe im Alltag nachzuahmen. So können auch wir in unserer oft hektischen Zeit zu geistlichen Ruhepolen und Quellen der Freundschaft und der Gemeinschaft werden.
Dabei bestärke euch der Allmächtige Gott mit seinem Segen.

Queridos hermanos y hermanas: 

Saludo a los peregrinos de lengua española, en particular a los grupos acompañados por el Cardenal Carlos Amigo Vallejo, Arzobispo de Sevilla, a las Superioras Mayores de las Mercedarias de la Caridad, así como a los demás grupos procedentes de España, Chile, México y otros países latinoamericanos. Que el ejemplo de Pedro el Venerable impulse a todos a vivir como verdaderos discípulos de Cristo.

Muchas gracias por vuestra atención.

Dirijo uma saudação particular de boas-vindas aos peregrinos de língua portuguesa, com votos de que a presença na cidade dos Apóstolos Pedro e Paulo fortaleça a vossa adesão a Jesus Cristo e o desejo de servi-lo através do amor ao próximo, do perdão e da busca pela paz. O Pai do Céu derrame os seus dons sobre vós e vossas famílias, que de coração abençôo.

Saluto in lingua croata:

S velikom radošću pozdravljam sve hrvatske hodočasnike, a posebno mlade iz župe Svete Obitelji kao i vjernike župe Blaženoga Alojzija Stepinca iz zagrebačke nadbiskupije. Neka vas Gospodin obilno blagoslovi i uvijek vas prati svojom pomoću. Budite mu vjerni i zahvalni. Hvaljen Isus i Marija!

Traduzione italiana:

Con grande gioia saluto i pellegrini croati, particolarmente i giovani della parrocchia della Sacra Famiglia, come pure i fedeli della parrocchia del Beato Luigi Stepinac nell’Arcidiocesi di Zagabria. Il Signore vi benedica abbondantemente e vi accompagni sempre con il suo aiuto. Siategli fedeli e riconoscenti. Siano lodati Gesù e Maria!

Saluto in lingua polacca:

Bardzo serdecznie pozdrawiam pielgrzymów polskich, a szczególnie Siostry Franciszkanki Rodziny Maryi i uczestników niedzielnej kanonizacji Arcybiskupa Zygmunta Szczęsnego Felińskiego. Wraz z wami cieszę się tym nowym polskim świętym. Naśladujcie jego odwagę, żywą wiarę i zaufanie Bożej Opatrzności. Niech on wyjedna wam obfitość Bożych łask i pomyślność waszej Ojczyzny. Niech będzie pochwalony Jezus Chrystus.

Traduzione italiana:

Saluto cordialmente i pellegrini polacchi e in modo particolare le Suore Francescane della Famiglia di Maria e i partecipanti alla canonizzazione dell’Arcivescovo Zygmunt Szczęsny Feliński, celebrata domenica scorsa. Mi rallegro insieme con voi per questo nuovo santo polacco. Seguite il suo coraggio, la sua viva fede e la sua fiducia nella Providenza Divina. Egli interceda per voi l’abbondanza delle grazie di Dio e la prosperità della vostra Patria. Sia lodato Gesù Cristo.

Saluto in lingua slovacca:

Srdečne pozdravujem slovenských pútnikov z Brestova, Ladomerskej Viesky, Revúcej ako aj z Farnosti Svätej Rodiny z Bratislavy-Petržalky. 

Bratia a sestry, v tomto mariánskom mesiaci vás pozývam do školy Panny z Nazareta. Od nej sa učte milovať Boha a blížnych. S láskou žehnám vás i vašich drahých. 

Pochválený buď Ježiš Kristus!

Traduzione italiana:

Saluto cordialmente i pellegrini slovacchi provenienti da Brestov, Ladomerská Vieska e Revúca, come pure quelli della Parrocchia Santa Famiglia di Bratislava-Petržalka.

Fratelli e sorelle, in questo mese mariano vi invito a mettervi alla scuola della Vergine di Nazaret per imparare da Lei ad amare Dio e il prossimo. 

Con affetto benedico voi ed i vostri cari.

Sia lodato Gesù Cristo!

Saluto in lingua ucraina:

Звертаюсь із щирими вітаннями до українських паломників.

Дорогі, дякую вам за візит, і сердечно молячись за постійну Божу допомогу для вас і для ваших родин, від щирого серця уділяю вам особливе Благословення, поширюючи його на увесь український народ.

Слава Ісусу Христу!

Traduzione italiana:

Rivolgo un cordiale saluto ai pellegrini ucraini.

Carissimi, vi ringrazio per la vostra visita e, mentre invoco ben volentieri su di voi e sulle vostre famiglie la continua assistenza divina, cordialmente vi imparto una speciale Benedizione, che estendo all’intero popolo ucraino. 

Sia lodato Gesù Cristo!

Saluto in lingua ungherese:

Nagy szeretettel köszöntöm a magyar híveket, elsősorban azokat, akik Mélykútról, Székesfehérvárrólés a számomra oly kedves Münchenből érkeztek.

Október hónapját a szent rózsafüzér jegyében töltjük. Fedezzétek föl újra a Szűzanyával való közösséget ezen ősi imádság erejével. 

Apostoli áldásommal. Dicsértessék a Jézus Krisztus!

Traduzione italiana:

Con affetto saluto i fedeli di lingua ungherese, specialmente coloro che sono venuti da Mélykút, da Székesfehérvár e da Monaco in Baviera, che per me è così cara. In questo mese di ottobre, dedicato al Santo Rosario, vi propongo di riscoprire la comunione con la Vergine Maria, in virtù di questa antica preghiera. Con la Benedizione Apostolica!

Sia lodato Gesù Cristo!

* * *

Rivolgo il mio cordiale benvenuto ai pellegrini di lingua italiana. In particolare saluto i delegati della Famiglia di Radio Maria, provenienti dai vari Continenti e li incoraggio a proseguire la loro importante opera a servizio della diffusione del Vangelo. Saluto i rappresentanti del Villaggio don Bosco di Tivoli, accompagnati dal Vescovo Mons. Mauro Parmeggiani; cari amici, il centenario della nascita del vostro fondatore, il compianto don Nello Del Raso, sia occasione propizia per continuare fedelmente la sua intuizione educativa. Saluto il gruppo dei Consoli di Milano e della Lombardia e li incoraggio ad operare con rinnovato impegno in favore dell’uomo e della sua dignità.

Il mio pensiero va infine ai giovani, ai malati ed agli sposi novelli. Carissimi, celebreremo domani la festa di santa Teresa d’Avila, Dottore della Chiesa. Questa grande Santa testimoni a voi, cari giovani, che l’amore autentico non può essere scisso dalla verità; aiuti a voi, cari malati, a comprendere che la croce di Cristo è mistero di amore che redime l’umana sofferenza. Per voi, cari sposi novelli, sia modello di fedeltà a Dio, che affida ad ognuno una speciale missione.

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