lundi 30 juillet 2012

Saint ABDON et saint SENNEN, martyrs


Saint Abdon et saint Sennen

Martyrs

(† 254)

Saint Abdon et saint Sennen, nobles persans, avaient été comblés de biens et d'honneurs par les rois de Perse, qui les avaient investis des premières dignités de l'Etat. Cependant, leur piété et leur zèle pour la foi catholique surpassaient leurs immenses richesses et la noblesse de leur sang.

L'empereur Dèce, grand ennemi du christianisme, remporta une victoire décisive contre les rois persans, devenant par le fait même, maître absolu de plusieurs pays. Ce prince inique résolut d'exterminer les chrétiens dans tout son empire. Abdon et Sennen ressentirent une profonde affliction en voyant les cruelles injustices dont l'indigne empereur accablait les fidèles qui étaient chaque jour victimes d'odieux procédés. D'un commun accord, ils s'appliquèrent de tout leur pouvoir à fortifier et encourager leurs frères chrétiens. Ils ensevelissaient les martyrs, sous peine d'encourir eux-mêmes la terrible colère de leur nouveau souverain.

Dèce, instruit de leurs actions, commanda de les arrêter et de les conduire devant son tribunal. Usant d'abord de douceur à leur égard, il essaya de leur persuader qu'il était redevable de sa vitoire aux dieux de l'empire, et qu'il était de toute justice qu'ils les adorassent.

Les deux frères répondirent à Dèce que les vaincus avaient adoré les mêmes faux dieux que lui, et n'en avaient cependant pas moins perdu la bataille. Que pour eux, ils n'adoreraient jamais que le seul vrai Dieu, créateur du ciel et de la terre, et Son Fils Jésus-Christ qui donnait la victoire aux uns et permettait que les autres fussent vaincus à cause des desseins cachés de Sa Providence.

Dèce leur déclara qu'il tenait à tout prix et sous peine de mort, qu'ils adorassent les mêmes dieux que lui. «La seule raison nous démontre, grand Prince, qu'il ne peut pas y avoir plusieurs dieux: deux maîtres souverains ne sauraient subsister dans l'empire. Ce que vous appelez des dieux ne sont que des démons, les singes de la Divinité dont les hommes sont dupes. Il n'y a qu'un seul Dieu, et c'est ce seul Dieu, notre souverain Maître et le vôtre, que nous adorons.» «Je saurai bien venger nos dieux de vos blasphèmes, et vous faire repentir de votre impiété!» répliqua l'empereur.

Ne pouvant supporter plus longtemps les propos que saint Abdon et saint Sennen lui tenaient, Dèce ordonna de charger de chaînes les martyrs et de les enfermer dans une obscure prison; et quand il s'en retourna pour triompher, il les amena avec lui afin qu'ils servissent d'ornements à son triomphe. Il les fit ensuite comparaître devant les membres du sénat leur disant qu'il ne tenait qu'à eux de recouvrer leurs richesses et leurs dignités, et d'arriver aux premières charges de l'empire; que pour cela, il leur fallait seulement sacrifier aux dieux. Abdon et Sennen répondirent à l'empereur qu'ils ne reconnaissaient qu'un Dieu, Jésus-Christ, et n'adoreraient jamais des idoles qui n'étaient que des démons.

Ils furent renvoyés en prison, et le lendemain, traînés dans l'amphithéâtre où l'on devait, par force, leur faire fléchir le genou devant la statue du soleil. Les martyrs, ayant insulté cette statue, furent fouettés cruellement, et on lâcha contre eux deux lions et quatre ours. Ces animaux se couchèrent à leurs pieds et devinrent leurs gardiens de telle façon, que personne n'osait s'approcher d'eux; enfin, des gladiateurs vinrent mettre fin aux jours des martyrs.

Une fois décapités, les bourreaux attachèrent les pieds des martyrs et traînèrent leurs corps en présence de l'idole du soleil. On les laissa là pendant trois jours, sans sépulture, dans l'intention d'inspirer de la frayeur aux chrétiens. Au bout de ce temps, le sous-diacre Quirin enleva les précieuses dépouilles et les ensevelit dans sa maison.

Tiré de l'Abbé Jouve, 1886, deux. éd. tome 3, p. 163-167 -- F.E.C. Edition 1932, p. 265-266 -- Boll., Paris, 1874, tome IX, p. 125-127

SOURCE : http://magnificat.ca/cal/fr/saints/abdon_sennen.html

« Abdon et Sennen souffrirent le martyre sous l'empereur Dèce, car cet empereur, puissant à Babylone et dans d'autres provinces, y trouva des chrétiens qu'il ramena avec lui à Cordoue, où il les fit périr dans divers supplices. Et deux princes du pays, Abdon et Sennen, recueillirent les corps de ces martyrs et les ensevelirent avec honneur. Décius les envoya à Rome chargés de chaînes, et ils furent amenés devant le sénat et devant l'empereur, et on leur dit que s'ils voulaient sacrifier, on leur rendrait leurs États, sinon, qu'ils seraient livrés aux bêtes. Ils restèrent fermes, et ils crachèrent au visage des idoles ; et on les conduisit au cirque, où l'on lâcha deux lions et quatre ours. Et ces animaux ne leur firent aucun mal ; au contraire, ils se mirent à les protéger. Alors on perça les martyrs à coups d'épée, et, après leur avoir lié les pieds, on les traîna et on les jeta près du temple du Soleil. Et, après qu'ils y eurent demeuré trois jours, le sous-diacre Quirin les recueillit et les ensevelit dans sa maison. Ils souffrirent vers l'an du Seigneur deux cent cinquante-trois. Au temps de Constantin, il fut révélé où étaient leur corps, et ils furent transportés dans la ville de Pontien, où le Seigneur confère, par leur ministère, de grandes grâces au peuple. »

Jacques de Voragine, La Légende Dorée, traduite du latin et précédée d'une notice historique et bibliographique par M. G. D., Paris, Librairie de Charles Gosselin, 1843



La Depositio martyrum et le Hiéronymien de 354 annoncent aujourd’hui les martyrs Abdon et Sennen au cimetière de Pontien, au lieu-dit ad Ursum pileatum sur la via Portuense. Les sources liturgiques du VIIe siècle sont unanimes à fournir les textes de leur messe. Depuis lors, les saints Abdon et Sennen ont toujours appartenu au sanctoral romain.

Leçon des Matines avant 1960.

Troisième leçon. Sous l’empire de Dèce, Abdon et Sennen, Perses de nationalité, furent accusés d’ensevelir dans leurs propriétés les corps des Chrétiens qu’on laissait sans inhumation. L’empereur les ayant fait arrêter, on voulut qu’ils sacrifiassent aux dieux ; mais ils s’y refusèrent, proclamant d’une manière très énergique la divinité de Jésus-Christ. Ils eurent à supporter une étroite détention, et lorsque Dèce revint à Rome, il les fit marcher, chargés de chaînes, devant son char de triomphe. Entraînés à travers la ville devant les statues des dieux, ils crachèrent sur ces idoles, en signe d’exécration, ce qui leur valut d’être exposés aux ours et aux lions, mais ces bêtes féroces n’osèrent pas les toucher. Enfin après les avoir immolés par le glaive, on leur lia les pieds et on traîna leurs corps devant l’idole du soleil, mais ils furent secrètement enlevés de ce lieu, pour être ensevelis par les soins et dans la maison du Diacre Quirinus.

Dom Guéranger, l’Année Liturgique

Dans les décrets de l’éternelle Sagesse, la noble contrée située au delà du Tigre ne doit ouvrir qu’après l’Occident ses arènes aux combats du martyre. Là aussi, à l’heure dite, Jésus aura par milliers ses témoins, nullement inférieurs à leurs devanciers, étonnant par de nouvelles formes d’héroïsme la terre et les cieux. Mais voici qu’impatients du délai, deux nobles Persans trouvent le secret de ravir la palme aujourd’hui même. C’est Rome qui, plus véritablement qu’elle ne le croit, les immole à son éternité. Après avoir soldé pour leur lointain pays à la ville reine le tribut de leur sang, ils protégeront nos Églises latines et seront propices aux vœux qui monteront vers eux de la terre d’Occident. La France ne sera pas la moins bien partagée dans la distribution de leurs reliques saintes ; et la ville d’Arles-sur-Tech, en Roussillon, gardera jusque sous les yeux de la génération incroyante des derniers temps le sarcophage à la source jamais tarie d’où leurs bienfaits s’écoulent avec l’eau mystérieuse.

Écoutez ceux qui vous implorent, ô Martyrs ! Puisse la foi triompher un jour en ces régions de la Perse, qui jadis virent éclore tant de fleurs empourprées ornant maintenant les parterres du ciel. Pour vous, prévenant les temps marqués pour la lutte à votre terre natale, vous sûtes rencontrer ailleurs l’occasion du combat, et vous créer dans la mort une patrie nouvelle à laquelle s’est dévouée votre âme. Bénissez en nous les concitoyens de votre libre choix, et faites-nous parvenir à l’éternelle et commune patrie des enfants de Dieu ?



Bhx cardinal Schuster, Liber Sacramentorum

Saints Abdon et Sennen, martyrs.

Station dans le cimetière de Pontien « ad ursum pileatum ».

Aujourd’hui le Calendrier Philocalien porte cette note stationnale : 177 Kal. Aug. Abdos et Semnes in Pontiani, quod est ad ursum pileatum.

Les Actes des deux martyrs ont subi de telles interpolations de faits légendaires qu’ils n’inspirent pas confiance. Cependant les antiques monuments du cimetière de Pontien y suppléent ; là, en effet, dans la crypte sépulcrale d’Abdon et Sennen, nous voyons encore représentés ces martyrs dans leurs habits persans, recevant les couronnes du Sauveur.

Au VIIe siècle, leurs reliques furent transportées du souterrain dans une basilique supérieure. Cependant l’hypogée où était le tombeau primitif demeura toujours en grande vénération ; on y creusa même un baptistère où l’on voit peinte la croix gemmée sortant des eaux. Plus tard, Grégoire IV (826) transféra les corps des saints Abdon et Sennen dans le titulus Marci.

La Messe est du Commun sauf les pièces suivantes :

Prière. — « O Dieu, qui avez répandu sur les saints Abdon et Sennen une grâce si abondante qu’ils arrivèrent à la gloire du martyre ; accordez à vos fidèles le pardon de leurs fautes, afin que par les mérites de vos saints ils échappent à tout péril ». Aux yeux de la chair et du monde, les adversités représentent des maux et des châtiments qu’on subit mais qu’on n’aime pas. Aux yeux de la foi, au contraire, les croix et le martyre lui-même sont des grâces précieuses que Dieu réserve à ses plus intimes amis.

La première lecture (II Cor., VI, 4-10) est tirée de la péricope déjà assignée au premier dimanche de Carême, et où l’Apôtre trace, en couleurs vigoureuses, un tableau des vertus qui font partie à ses yeux de missionnaire, de l’idéal du digne ministre du Christ : travaux, privations, peines, munificence, douceur à l’égard du prochain sans en attendre aucune reconnaissance, et sans même trop s’étonner si aujourd’hui on est en renom chez les peuples et si demain on est couvert d’injures. A l’Apôtre, le Christ seul suffit.

Le verset alléluiatique est le suivant : « Alléluia (Sap., III, i). La vie des justes est dans la main de Dieu, et les cruels persécuteurs ne peuvent y attenter ». Cette pensée doit nous inspirer une grande paix dans les persécutions contre la foi. Les impies ne peuvent faire contre l’Église plus que Dieu ne le leur permet ; et même en ce cas, ils sont simplement comme la cognée entre les mains du Père céleste, avec laquelle il émonde l’arbre pour qu’il porte un fruit plus abondant.

La première lecture évangélique assignée en ce jour dans le Lectionnaire de Würzbourg (Matth. XXIV, 4-13) : Videte ne quis vos seducat, se trouve dans le Missel le 15 février. La seconde — Item alia — servait probablement de texte de rechange, et c’est celle qui est communément indiquée pour la messe vigiliale des Apôtres. Au lieu des deux précédentes, le Missel aujourd’hui en indique une troisième (Matth. V, 1-12) qui jadis était également assignée, le 10 juillet, à la fête des sept Frères martyrs. On la retrouve aussi le Ier novembre. Il s’agit du Sermon sur la Montagne et des béatitudes entendues non dans le sens où les veut le monde, qui, dans son évangile, proclame bienheureux celui qui est riche, celui qui jouit, celui qui est très puissant ; mais au sens chrétien, qui considère la douleur, le travail, le fait de souffrir persécution pour la vertu, de refréner la colère et les passions, comme un moyen efficace pour acquérir la vie éternelle.

Sur les oblations. — « Que le sacrifice que nous vous offrons, Seigneur, à l’occasion du natale de vos martyrs, brise les liens de nos fautes et nous obtienne la grâce de votre miséricorde ». Le Sacramentaire Gélasien porte la collecte suivante : Munera tibi, Domine, pro sanctorum martyrum Abdo et Senis occisione deferimus ; qui dum finiuntur in terris, facti sunt cælesti luce perpetui [1]. Un juste jugement menace l’impie. Il brise le joug suave du Seigneur pour revendiquer son autonomie et sa liberté, et au contraire, il se constitue esclave du démon et de sa passion elle-même. Omnis qui facit peccatum,servus est peccati [2]. Il n’est aucune servitude plus dure et plus honteuse que d’être esclave de soi-même.

Aujourd’hui le Sacramentaire Grégorien a une préface propre : Vere dignum... Deus : et te laudare mirabilem Dominum in Sanctis tuis, quos ante constitutionem mundi in æternam tibi gloriam præparasti, ut per eos huic mundo veritatis tuæ lumen ostenderes ; quos ita Spiritu veritatis armasti, ut formidinem mortis per infirmitatem carnis evincerent. De quorum collegio sunt martyres tui Abdon, et Sennes, qui in Ecclesiæ tuæ prato sicut rosæ et lilia floruerunt ; quos Unigeniti tui Sanguis in prælio confessionis, roseo colore perfudit, et ob præmium passionis, niveo liliorum splendore vestivit. Per quem maiestatem tuatn etc [3].

Après la Communion. — « Que ce divin Mystère, Seigneur, nous purifie de nos vices, en sorte que nos vœux, accompagnés de la médiation de vos martyrs Abdon et Sennen, méritent d’être accueillis ». Le Sacramentaire Gélasien contient cette autre collecte : Populum tuum, Domine, perpetua munitione defende, nec difficulter quod pie, quod iuste postulat consequatur, cui Sanctorum tuorum merita suffragantur [4].

Nous demandons souvent des grâces au Seigneur ; mais parfois l’obscurcissement dû à nos passions nous empêche de voir juste, et nos désirs sont désordonnés. — Nescitis quid petatis [5]. — L’Église veut donc aujourd’hui nous enseigner une méthode merveilleuse de prière. Il faut d’abord purifier notre cœur, pour obtenir le sens de Dieu ; nous pourrons ensuite demander avec une pleine confiance, mais à cette condition : quæ tibi sunt placita postulare [6], comme nous le disons dans une collecte [7], suppliant au besoin les saints d’intercéder pour nous.

Comme les Actes des saints Abdon et Sennen rapportent que les cadavres de ces princes persans furent jetés ante simulacrum Solis, on construisit une église en leur honneur à cet endroit, c’est-à-dire en face de l’amphithéâtre Flavien, près du piédestal du colosse de Néron. Cette église, érigée au moyen âge, était encore debout au temps de saint Pie V.

[1] Seigneur, nous vous présentons nos dons en l’honneur de la passion des saint martyrs Abdon et Sennen : qui, pendant qu’ils terminaient le cours de leur vie sur la terre, sont devenus éternels par la lumière céleste.

[2] Ioan., VIII, 34 : Quiconque commet le péché est esclave du péché.

[3] Et nous vous louons, Seigneur, dans vos Saints, que vous avez préparé pour vous dans la gloire éternelle avant la constitution du monde, pour montrer par eux à ce monde la lumière de votre vérité ; Et ainsi vous les avez armés de l’Esprit de vérité, pour qu’ils puissent vaincre la crainte de la mort par la faiblesse de leur chair. Et de ce collège font partie vos martyrs Abdon et Sennen, qui ont fleuri dans le prés de votre Église comme les roses et les lys ; Et le Sang de votre Fils unique, dans le combat de la confession de la foi, les a aspergés de rouge, et par la récompense de la passion, les a vêtus de la splendeur de neige des lys.

[4] Seigneur, défendez d’un secours éternel votre peuple, qu’il obtienne facilement ce qu’il demande pieusement et justement, puisqu’il est soutenu des mérites de vos Saints.

[5] Matth. 20, 22 ; Marc. 10, 38 : Vous ne savez pas ce que vous demandez.

[6] Demander ce qui vous plaît.

[7] 9ème dimanche après la Pentecôte : collecte : Mercredi de la 4ème semaine de Carême, Super populum.

Dom Pius Parsch, Le guide dans l’année liturgique

Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice.

1. Saint Abdon et saint Sennen. — Jour de mort : 30 juillet, vers 250. Tombeau : à Rome, dans le cimetière de Saint-Pontien. Au VIIe siècle, leurs reliques furent déposées dans l’église supérieure. Grégoire IV transporta leurs corps, en 826, à Saint-Marc. Leur vie : Abdon et Sennen étaient Persans. Sous l’empereur Dèce, accusés d’ensevelir les corps des chrétiens abandonnés à la voirie, ils furent mis aux fers sur un ordre de ce tyran. Comme ils refusaient obstinément d’offrir l’encens aux idoles et proclamaient Jésus leur Seigneur et Dieu, on les jeta dans une étroite captivité. Plus tard, lorsque Dèce revint à Rome, on les fit paraître, chargés de chaînes, à son triomphe. Conduits de force à travers la ville devant les statues des dieux, ils crachèrent sur ces idoles ; ce qui leur valut d’être exposés aux ours et aux lions, mais ces bêtes féroces n’osèrent pas les toucher. Ils furent enfin frappés du glaive ; on leur lia alors les pieds, et on traîna leurs corps devant l’idole du soleil. Les chrétiens les emportèrent secrètement, et le diacre Quirinus les ensevelit dans sa maison, au cimetière de Saint-Pontien. On conserve encore en cet endroit une antique peinture murale qui représente les deux martyrs, en leurs costumes persans, au moment où ils reçoivent du Seigneur la couronne de la victoire.

Pratique : « Ensevelir les morts », c’est pour avoir pratiqué cette œuvre de miséricorde temporelle que saint Abdon et saint Sennen rendirent au Christ le suprême témoignage de leur sang. Ils ensevelissaient les martyrs, et, martyrs à leur tour, ils furent également ensevelis par des mains charitables. Ceci nous rappelle le respect qu’il faut avoir pour la liturgie des morts.

2. La Messe (Intret). — Elle est en partie extraite du Commun des martyrs. Les lectures et les oraisons sont propres. Nous trouvons aujourd’hui un bel exemple du caractère dramatique de la célébration de la messe dans les temps anciens. C’est un spectacle composé de quatre scènes distinctes où interviennent, tour à tour, les saints martyrs, le Christ, le chœur (nous-mêmes) et l’Église.

Transportons-nous par la pensée au tombeau de nos martyrs. Au cours de la vigile nocturne, nous avons entendu la lecture des actes des martyrs ; c’est maintenant l’heure de la messe. Les saints sont présents à nos côtés. Le chœur exprime les sentiments qu’il éprouve au cours de l’action. Sentiments humains au début. Nous entendons, rendus avec un grand réalisme, les soupirs des victimes enchaînées, dans les affres de leur prison, nous voyons comment va bientôt couler leur sang. La nature se révolte, elle réclame justice.

C’est maintenant l’Église qui parle pour revendiquer les intérêts de ses enfants ; les martyrs ont acquis de grands mérites qui doivent obtenir aux fidèles le pardon de leurs fautes (Oraison).

Les martyrs eux-mêmes interviennent alors (à l’Épître, comme assez souvent) ; ils nous encouragent par le récit de leur vie : « Frères, montrons-nous dignes ministres de Dieu par une grande constance dans les tribulations, dans les nécessités, dans les angoisses, sous les coups, dans les prisons... » Les saints peuvent prendre ce passage à la lettre, et ils nous exhortent à une sorte de martyre selon nos diverses conditions : « dans les émeutes, dans les travaux, les veilles, les jeûnes ; par la pureté, par la longanimité, par la bonté... » Qui que nous soyons, riches ou pauvres, estimés ou méprisés, servons le Seigneur ! De nouveau, les martyrs nous disent ce qu’ils furent pendant leur vie : nous sommes « considérés comme des imposteurs, et pourtant nous sommes véridiques... comme des mourants, et pourtant nous vivons : comme des pauvres, nous qui en enrichissons un grand nombre ; comme des gens dénués, nous qui possédons tout ». Cette Épître dans la bouche de nos saints est singulièrement touchante et saisissante.

A l’entendre, nous (le chœur), nous nous faisons une idée nouvelle du martyre : « Dieu est glorifié dans ses saints, admirable dans sa majesté... » (Graduel).

Voici enfin apparaître le Christ, Roi des martyrs. Nous l’entendons proférer les béatitudes : « Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice. Bienheureux êtes-vous lorsque les hommes vous maudissent et vous persécutent. Réjouissez-vous et tressaillez de joie, car votre récompense sera grande dans les cieux » (Évangile).

Le chœur ne sait plus dire autre chose que ces mots : « Dieu est admirable dans ses saints » (Offertoire). Le Sacrifice peut maintenant commencer, le sacrifice du Christ sur le tombeau des martyrs, double sacrifice bien que ne faisant qu’un dans cette union de la tête et des membres. Notre mère l’Église supplie de nouveau que les liens des martyrs nous délivrent des liens du péché.

SOURCE : http://www.introibo.fr/30-07-Sts-Abdon-et-Sennen-martyrs

Voir aussi : http://hodiemecum.hautetfort.com/archive/2007/07/30/30-juillet-st-abdon-et-st-sennen-seigneurs-persans-martyrs-a.html

dimanche 29 juillet 2012

Sainte MARTHE, vierge et disciple


SAINTE MARTHE

Vierge

(+ vers l'an 81)

Sainte Marthe était soeur de Marie Madeleine et de Lazare. C'est elle qui dirigeait la maison de Béthanie et s'en montrait digne par sa douceur et son amabilité envers les siens, par sa charité envers les pauvres et par l'hospitalité si dévouée qu'elle offrait au Sauveur et à Ses disciples. Un jour, Marthe était absorbée par les soins domestiques, tandis que Madeleine se tenait aux pieds de Jésus. Marthe se plaignit:

"Seigneur, dites donc à Marie de venir m'aider, ne voyez-Vous pas qu'elle me laisse toute la charge?

– Marthe, Marthe, lui dit le Maître, vous vous agitez trop. Une seule chose est nécessaire; Marie a choisi la meilleure part, et elle ne lui sera point enlevée."

C'est Marthe qui fit prévenir Jésus de la maladie, puis de la mort de son frère Lazare: "Seigneur, Lui dit-elle, dès qu'elle L'aperçut, si Vous eussiez été ici, mon frère ne serait pas mort." Et Jésus lui donnant des paroles d'espérance: "Seigneur, ajouta-t-elle, je crois que Vous êtes le Christ, Fils du Dieu Vivant."

Après la mort de la Très Sainte Vierge, Marthe subit le sort de Lazare et de Madeleine: exposée par les Juifs endurcis sur une frêle barque, à la merci des flots irrités, elle est portée avec les siens vers les beaux rivages de la Provence. Là elle participe à l'apostolat de son frère Lazare, qui devint évêque de Marseille, et à la sainte vie de Madeleine.

Marthe est devenue célèbre par l'enchaînement d'un dragon. Au moment où elle commençait à prêcher la foi sur les rives du Rhône, un monstre effroyable, connu sous le nom de Tarasque, jetait la terreur dans toute la contrée. Un jour que Marthe annonçait la parole divine dans la ville de Tarascon, la foule s'écria: "Si vous détruisez le dragon, nous embrasserons votre foi.

– Si vous êtes disposés à croire, répondit Marthe, tout est possible à celui qui croit." Et seule elle s'avance vers la caverne du monstre. Pour combattre cet ennemi, Marthe se munit du signe de la Croix; le monstre baisse la tête et tremble. Elle s'avance, l'enlace avec sa ceinture et l'amène comme un trophée de victoire aux habitants, et bientôt la Tarasque tombe écrasée sous les coups vengeurs de tout le peuple. En triomphant de ce monstre, Marthe avait triomphé du dragon infernal.

Marthe s'établit dans la ville, devenue chrétienne, se fit la servante des pauvres, et fonda une communauté de vierges.

Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Tours, Mame, 1950.


Sainte-Marthe


D'après les écritures, Sainte Marthe est la soeur de de Marie-Madeleine et de Lazare. Saint Jean affirme qu'elle fut témoin de la résurrection de son frère. C'est elle qui dirigeait la maison de Béthanie avec charité et hospitalité envers les pauvres. Si dévouée qu'elle offrait l'hospitalitéau Sauveur et à Ses disciples. Lc 10:38-42: Comme ils faisaient route, il entra dans un village, et une femme, nommée Marthe, le reçut dans sa maison. Celle-ci avait une soeur appelée Marie, qui, s'étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole. Marthe, elle, était absorbée par les multiples soins du service. Intervenant, elle dit : " Seigneur, cela ne te fait rien que ma soeur me laisse servir toute seule ? Dis-lui donc de m'aider. " Mais le Seigneur lui répondit : " Marthe, Marthe, tu te soucies et t'agites pour beaucoup de choses ; pourtant il en faut peu, une seule même. C'est Marie qui a choisi la meilleure part ; elle ne lui sera pas enlevée. " Jn 12:1-2: Six jours avant la Pâque, Jésus vint à Béthanie, où était Lazare, que Jésus avait ressuscité d'entre les morts. On lui fit là un repas. Marthe servait. Lazare était l'un des convives.

C'est Marthe qui fit prévenir Jésus de la maladie, puis de la mort de son frère Lazare: Jn 11:1-29: Il y avait un malade, Lazare, de Béthanie, le village de Marie et de sa soeur Marthe. Marie était celle qui oignit le Seigneur de parfum et lui essuya les pieds avec ses cheveux ; c'était son frère Lazare qui était malade. Les deux soeurs envoyèrent donc dire à Jésus : " Seigneur, celui que tu aimes est malade. " A cette nouvelle, Jésus dit : " Cette maladie ne mène pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu : afin que le Fils de Dieu soit glorifié par elle. " Or Jésus aimait Marthe et sa soeur et Lazare. Quand il apprit que celui-ci était malade, il demeura deux jours encore dans le lieu où il se trouvait ; alors seulement, il dit aux disciples : " Allons de nouveau en Judée. " Ses disciples lui dirent : " Rabbi, tout récemment les Juifs cherchaient à te lapider, et tu retournes là-bas ! " Jésus répondit : " N'y a-t-il pas douze heures de jour ? Si quelqu'un marche le jour, il ne bute pas, parce qu'il voit la lumière de ce monde ; mais s'il marche la nuit, il bute, parce que la lumière n'est pas en lui. " Il dit cela, et ensuite : " Notre ami Lazare repose, leur dit-il ; mais je vais aller le réveiller. " Les disciples lui dirent : " Seigneur, s'il repose, il sera sauvé. " Jésus avait parlé de sa mort, mais eux pensèrent qu'il parlait du repos du sommeil Alors Jésus leur dit ouvertement : " Lazare est mort, et je me réjouis pour vous de n'avoir pas été là-bas, afin que vous croyiez. Mais allons auprès de lui ! " Alors Thomas, appelé Didyme, dit aux autres disciples : " Allons, nous aussi, pour mourir avec lui ! " A son arrivée, Jésus trouva Lazare dans le tombeau depuis quatre jours déjà. Béthanie était près de Jérusalem, distant d'environ quinze stades, et beaucoup d'entre les Juifs étaient venus auprès de Marthe et de Marie pour les consoler au sujet de leur frère. Quand Marthe apprit que Jésus arrivait, elle alla à sa rencontre, tandis que Marie restait assise à la maison. Marthe dit à Jésus : " Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. Mais maintenant encore, je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l'accordera. " Jésus lui dit : " Ton frère ressuscitera. " - " Je sais, dit Marthe, qu'il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour. " Jésus lui dit : " Je suis la résurrection. Qui croit en moi, même s'il meurt, vivra ; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Le crois-tu ? " Elle lui dit : " Oui, Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, qui vient dans le monde. " Ayant dit cela, elle s'en alla appeler sa soeur Marie, lui disant en secret : " Le Maître est là et il t'appelle. " Celle-ci, à cette nouvelle, se leva bien vite et alla vers lui.

Selon la légende, après la mort de la Très Sainte Vierge Marie, Marthe subit le sort de Lazare et de Madeleine: exposée par les Juifs endurcis sur une frêle barque, à la merci des flots, elle est portée avec les siens vers les beaux rivages de la Provence. Là elle participe à l'apostolat de son frère Lazare, qui devint évêque de Marseille, et à la sainte vie de Marie-Madeleine.

Sainte Marthe convertit les habitants d'Aix-en-Provence en accomplissant un miracle.

La légende raconte qu'après la mort de Jésus, autour de l'an 48 de notre ère, Marthe, venant de Palestine, se rendit en Provence avec son frère Lazare et sa soeur Madeleine. Elle s'installa d'abord à Avignon, puis, débarqua à Tarascon au moment où sévissait la Tarasque.

La Tarasque est un monstre amphibie dont l'aspect est décrit en détail dans "La légende dorée" de Jacques de Voragine. "Il y avait à cette époque [...] un dragon moitié animal-moitié poisson, plus épais qu'un boeuf, plus long qu'un cheval avec des dents semblables à des épées et grosses comme des cornes, qui était armé de chaque côté de deux boucliers." [Le monstre] était venu par mer de la Galatie d'Asie; [il] avait été engendré par Léviathan, serpent très féroce qui vit dans l'eau, et d'un animal nommé Onachum, qui naît dans la Galatie.

Dans l'iconographie chrétienne, la Tarasque est plutôt représentée comme un monstre à tête de lion dont le dos est couvert d'épines possédant six pattes avec des griffes et une queue de serpent.

La Tarasque répandait la terreur autour de Tarascon. Hantant le Rhône, la bête perturbait la navigation et se plaisait à faire chavirer les navires. Lors de ses incursions sur les rives du fleuve, au temps où la forêt était encore dense, elle dévorait moutons, enfants et bergers. C'est àSainte Marthe que revient l'honneur d'avoir dompté le dragon.

Le peuple demanda à Marthe de le délivrer de la bête. La sainte aurait alors dompté miraculeusement le dragon par un simple signe de croix. Une autre version de la légende rapporte que c'est en l'aspergeant d'eau bénite qu'elle le maîtrisa. Mais on s'entend pour dire qu'après la sainte intervention, le monstre devint doux comme un agneau. Marthe l'attacha avec sa ceinture et, docile comme un chien en laisse, la Tarasque fut livrée au peuple qui la fit périr à coups de lames et de pierres.

« Vie de Sainte-Marthe » - Anonyme XIVème siècle: "Il y avait dans ce temps-là, au-dessus du Rhône, entre Arles et Avignon, un drac, mi-poisson mi-bête, plus gros qu'un œuf et plus long qu'un cheval, qui avait des dents tranchantes comme une épée; et il se tenait dans l'eau, quand il le voulait et dans le bois quand il le désirait et tuait tous ceux qui passaient par le chemin, près du bois. Quant à ceux qui passaient sur l'eau, il faisait chavirer leurs barques et les tuait aussi. Le drac était venu par la mer, de Galatie, et il avait été engendré en Asie par Léviathan, qui est un serpent d'eau très féroce et très cruel et par Bonac, bête qui naît dans le pays de Galatie, et a une nature telle que sur ceux qui veulent la poursuivre, et sur une étendue d'un arpent, elle jette sa fiente comme un trait, si bien que tout ce qu'elle touche brûle comme du feu. C'est vers cette bête qu'alla sainte Marthe. Elle la trouva dans le bois en train de manger un homme; elle jeta alors sur le drac de l'eau bénite tout en faisant sur lui le signe de croix. Aussitôt la bête fut soumise comme une brebis et Marthe l'attacha de sa ceinture; et, sans attendre le peuple la tua à coups de lances et de pierres. Ce drac était appelé la Tarasque, et c'est pour cette raison que le lieu est dit Tarascon. Il était autrefois appelé Narluc, ce qui veut dire «lieu noir » parce qu'il y avait là de grands bois sombres. Après quoi sainte Marthe demeura là, avec la permission de saint Maximin, son maître et elle restait en oraison. Elle créa en ce lieu un couvent de femmes, en honneur de sainte Marie-Madeleine, et elle y mena une vie très rude, ne vivant que de pain et d'eau, une fois par jour, et s'agenouillant cent fois le jour et la nuit pour prier Dieu."

Marthe s'établit dans la ville, devenue chrétienne, se fit la servante des pauvres, et fonda une communauté de vierges.

Sainte Marthe mourut à Tarascon vers l'an 81. Depuis lors, de nombreux pèlerins visitent la collégiale Sainte-Marthe, érigée à sa mémoire près du château du roi René



29 juillet

Sainte Marthe


Marthe et Marie étaient deux s½urs, proches non seulement par la chair mais aussi par la foi ; toutes deux s'étaient attachées au Seigneur, toutes deux servaient d'un même c½ur le Seigneur présent dans la chair. Marthe l'accueillit comme on a coutume d'accueillir les voyageurs. Mais elle était la servante qui accueille son Seigneur, la malade son Sauveur, la créature son Créateur. Elle accueillit celui dont elle allait nourrir le corps afin d'être elle-même nourrie par l'Esprit. En effet, le Sei­gneur a voulu prendre la nature de l'esclave et, dans cette nature d'esclave, recevoir des esclaves sa nourriture, non par nécessité, mais par bonté. Car ce fut de la bonté, que de se laisser nourrir. Oui il avait un corps, qui le faisait avoir faim et soif.
Ainsi donc, le Seigneur fut accueilli comme un hôte, lui qui « est venu chez les siens, et les siens ne l'ont pas reçu, mais tous ceux qui l'ont reçu, il leur a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu. » Il adopte des esclaves pour en faire des frères, il rachète des captifs pour en faire ses cohéritiers. Mais que personne par­mi vous n'aille dire : « Heureux, ceux qui ont eu le bonheur d'ac­­cueil­lir le Christ dans leur propre maison ! » Ne vous plai­gnez pas, ne protestez pas parce que vous êtes nés à une épo­que où vous ne voyez pas le Seigneur dans sa condition char­nelle : il ne vous a pas privés de cet honneur. « Chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces petits, dit-il, c'est à moi que vous l'avez fait. »
D'ailleurs, Marthe, toi qui es bénie pour ton service bien­fai­sant, permets-moi de te le dire : la récompense que tu cher­ches pour ton travail, c'est le repos. Maintenant tu es prise par toutes les activités de ton service, tu cherches à nourrir des corps mor­tels, aussi saints qu'ils soient. Lorsque tu seras venue à la patrie, trou­veras-tu un voyageur a qui offrir l'hospitalité ? un affamé à qui rompre le pain ? un assoiffé a qui donner à boire ? un mala­de à visiter ? un plaideur à réconcilier ? un mort à ensevelir ?
Dans la patrie, il n'y aura plus tout cela. Alors, qu'y aura-t-il ? Ce que Marie a choisi. Là nous serons nourris, nous n'aurons plus à nourrir les autres. Aussi ce que Marie a choisi trouvera là sa plénitude et sa perfection : de cette table abondante de la parole du Seigneur, elle ne recueillait alors que les miettes. Voulez-vous savoir ce qu'il y aura là-bas ? Le Seigneur le dit lui-même, en parlant de ses serviteurs : « Vraiment, je vous le dis, il les fera mettre à table, et circulera pour les servir. »



SAINTE MARTHE

[L'interprétation du nomme saincte Marthe. Marthe peut estre dicte ainsi côme sacrifiant ou amaigrissant: elle sacrifia à Ihùcrist quant elle le hostella : et luy administra le pain et le vin de quoy luy-mesme sacrifia son sainct corps : amaigrissant, car elle amaigrit son corps par penitence si dîme il s’ensuit après] *.

Marthe, qui donna l’hospitalité à J.-C., descendait de race royale et avait pour père Syrus et pour mère Eucharie. Son père fut gouverneur de Syrie et de beaucoup de pays, situés le long de la mer. Marthe possédait avec sa soeur, et du chef de sa mère, trois châteaux, savoir Magdalon, Béthanie et une partie de la ville de Jérusalem. On ne trouve nulle part qu'elle se soit mariée, ni qu'elle ait eu commerce avec aucun homme. Or, cette noble hôtelière servait le Seigneur et voulait que sa soeur le servît aussi; car il lui semblait que ce n'était pas même trop du monde tout entier pour le service d'un hôte si grand. Après l’ascension du Seigneur, quand les apôtres se furent dispersés, elle et son frère Lazare, sa soeur Marie-Magdeleine, ainsi que saint Maximin qui les avait baptisés et auquel elles avaient été confiées par l’Esprit-Saint, avec beaucoup d'autres encore, furent mis par les infidèles sur un navire dont on- enleva les rames, les voiles et les gouvernails, ainsi que toute espèce d'aliment. Sous la direction de Dieu, ils arrivèrent à Marseille. De là ils allèrent au territoire d'Aix où ils convertirent tout le peuple à la foi. Or, sainte Marthe était très éloquente et gracieuse pour tous. Il y avait, à cette époque;- sur les rives du Rhône, dans un bois entre Arles et Avignon, un dragon, moitié animal, moitié poisson, plus épais qu'un boeuf, plus long qu'un cheval, avec des dents semblables à des épées et grosses comme des cornes, qui était armé de chaque côté de deux boucliers; il se cachait dans le fleuve d'où il ôtait la vie à tous les passants et submergeait les navires. Or, il était venu par mer de la Galatic d'Asie, avait été engendré par Léviathan, serpent très féroce qui' vit dans. l’eau, et d'un animal nommé Onachum, qui naît dans la Galatie : contre ceux qui le poursuivent, il jette, à la distance d'un arpent, sa fiente comme un dard et tout ce qu'il touche, il le brille comme si c'était du feu. A la prière des peuples, Marthe alla dans le bois et l’y trouva mangeant un homme. Elle jeta sur lui de l’eau bénite et lui montra une croix. A l’instant le monstre dompté resta tranquille comme un agneau. Sainte Marthe le lia avec sa ceinture et incontinent il fut tué par le peuple à coups de lames et de pierres. Or, les habitants du pays appelaient ce dragon Tarasque et en souvenir de cet évènement ce lieu s'appelle encore Tarascon,au lieu de Nerluc, qui signifie lieu noir, parce qu'il se trouvait là des bois sombres et couverts. Ce fut en cet endroit que sainte Marthe, avec l’autorisation de son maître Maximin et de sa soeur, se fixa désormais et se livra sans relâche à la prière et aux jeunes. Plus tard après avoir rassemblé un grand nombre de soeurs, elle bâtit une basilique en l’honneur de la bienheureuse vierge Marie. Elle y mena une vie assez dure, s'abstenant d'aliments gras, d'oeufs, de fromage et de vin, ne mangeant qu'une fois par jour. Cent fois le jour et autant de fois la nuit, elle fléchissait les genoux.

Elle prêchait un jour auprès d'Avignon, entré la ville et le fleuve du Rhône, et un jeune homme se trouvait de l’autre côté du fleuve, jaloux d'entendre ses paroles, mais dépourvu de barque pour passer, il se dépouilla de ses vêtements et se jeta à la nage ; tout à coup il est emporté par la force du courant et se noie aussitôt. Son corps fut à peiné retrouvé, deux jours après ; on l’apporta aux pieds de sainte Marthe pour qu'elle le ressuscitât. Elle se prosterna seule, les bras étendus en forme de croix sur la terre et,fit cette prière : « O Adonay, Seigneur J.-C., qui avez autrefois ressuscité mon frère Lazare, votre ami, mon cher hôte, ayez égard à la foi de ceux qui  m’entourent et ressuscitez cet enfant. » Elle, prit, parla main ce jeune homme qui se leva aussitôt et reçut le saint baptême. Eusèbe rapporte au VIIe livre de son Histoire ecclésiastique (1), que l’Hémorrhoïsse, après avoir, été guérie, fit élever dans sa cour ou son verger, une statue à la ressemblance de J.-C., avec une robe et sa frange, comme elle l’avait- vu, et elle avait pour cette tarage une grande vénération. Or, les herbes croissant aux pieds de la statue et qui n'étaient bonnes à rien auparavant, dès lors qu'elles atteignaient à la frange,acquéraient une telle vertu que beaucoup d'infirmes qui en faisaient usage étaient guéris. Cette Hémorrhoïsse que le Seigneur guérit; saint Ambroise dit (Sermon XLVI. ) que ce fut sainte Marthe, Saint Jérôme de son côté rapporte, et l’Histoire tripartite confirme (Lib. VI, c. XLI.), que Julien l’apostat fit enlever la statue élevée par l’Hémorrhoïsse et,y substitua la sienne; mais la foudre la brisa.

Or, le Seigneur révéla un an d'avance à sainte Marthe le moment de sa mort : et pendant toute cette année, la fièvre ne la quitta point. Huit jours avant son trépas, elle entendit les choeurs des anges qui portaient l’âme de sa soeur au ciel. Elle rassembla de suite `sa communauté de frères et de soeurs : « Mes compagnons et très doux élèves, leur dit-elle, je vous en prie, réjouissez-vous avec moi, parce que je vois les choeurs des anges portant en triomphe l’âme de ma soeur au trône qui lui a été promis. O très belle et bien-aimée soeur ! vis avec ton maître et mon hôte dans la demeure bienheureuse! » Et aussitôt sainte Marthe, pressentant sa mort prochaine, avertit ses gens d'allumer des flambeaux autour d'elle et de veiller jusqu'à son trépas. Au milieu de la nuit qui précéda le jour de sa mort, ceux qui la veillaient s'étant laissé appesantir par le sommeil, un vent violent s'éleva et éteignit toutes les lumières, et la sainte qui vit une foule d'esprits malins, prononça cette prière : « O Dieu, mon père, mon hôte chéri, mes séducteurs se sont rassemblés pour me dévorer ; ils tiennent écrites à la main les méchancetés que j'ai commises : mon Dieu, ne vous éloignez pas de moi, mais venez à mon aide. » Et voilà qu'elle vit sa soeur venir à elle; elle tenait à la main une torche avec laquelle elle alluma les flambeaux et les lampes : et tandis qu'elles s'appelaient chacune par leur nom, voici que J.-C. vint et dit : Venez, hôtesse chérie, et où je suis, vous y serez avec moi. Vous  m’avez reçu dans votre maison, et moi je vous recevrai dans mon paradis ; ceux qui vous invoqueront, je les exaucerai par amour pour vous. » L'heure de sa mort approchant, elle se fit transporter dehors, afin de pouvoir regarder le ciel ; et elle ordonna qu'on la posât par terre sur de la cendre; ensuite qu'on lui tînt une croix devant elle : et elle fit cette prière : « Mon cher hôte, gardez votre pauvre petite servante ; et comme vous avez daigné demeurer avec moi, recevez-moi de même dans votre céleste demeure. » Elle se fit ensuite lire la Passion selon saint Luc, et quand on fut arrivé à ces mots : « Mon père, je remets mon âme entre vos mains », elle rendit l’esprit. Le jour suivant qui était un dimanche, comme on célébrait les laudes auprès de son: corps, vers l’heure de tierce, Notre-Seigneur apparut à saint Front qui célébrait la messe à Périgueux, et qui, après l’épître, s'était endormi sur sa chaire: « Mon cher Front, lui dit-il, si vous voulez accomplir ce que vous avez autrefois promis à notre hôtesse, levez-vous vite et suivez-moi. » Saint Front ayant obéi à cet ordre, ils vinrent ensemble en un instant à Tarascon où ils chantèrent des psaumes autour du corps de sainte Marthe et firent tout l’office, les autres leur répondant; ensuite ils placèrent de leurs mains son corps dans le tombeau. Mais à Périgueux, quand on eut terminé ce qui était à chanter, le diacre qui devait lire l’évangile, ayant éveillé l’évêque en lui;demandant la bénédiction, celui-ci répondit à moitié endormi : « Mes frères, pourquoi me réveillez-vous? Notre-Seigneur J.-C.  m’a conduit où était le corps de Marthe, son hôtesse, et nous lui avons donné la sépulture: envoyez-y vite des messagers pour nous rapporter notre anneau d'or et nos gants gris que j'ai ôtés afin de pouvoir ensevelir le corps; je les ai remis au sacriste et les ai laissés par oubli, car vous  m’avez éveillé si vite! » On envoya donc des messagers qui trouvèrent tout ainsi que l’évêque avait dit; ils rapportèrent l’anneau et un seul gant, car le sacriste retint l’autre comme preuve de ce qui s'était passé. Saint Front ajouta encore : « Comme nous sortions de l’église après l’inhumation, un frère de ce lieu, qui était habile dans les lettres, nous suivit pour demander au Seigneur de quel nom il l’appellerait. Le Seigneur ne lui répondit rien, mais il lui montra un livre qu'il tenait tout ouvert. à la main, dans lequel rien autre chose n'était écrit que ce verset : « La mémoire de mon- hôtesse qui a été pleine de justice sera éternelle; elle n'aura pas à craindre d'entendre des paroles mauvaises au dernier jour (Ps. III). » Le frère, qui parcourut chaque feuillet du livre, y trouva ces mots écrits à chaque page. Or, comme il s'opérait beaucoup de miracles au tombeau de sainte Marthe, Clovis, roi des Francs, qui s'était fait chrétien et qui avait été baptisé par saint Remy, souffrait d'un grand mal de reins; il vint donc au tombeau de la sainte et y obtint une entière guérison. C'est pourquoi il dota ce lieu, auquel il donna une terre d'un espace de trois milles à prendre autour sur chacune des rives du Rhône, avec les métairies et les châteaux, en affranchissant le tout. Or, Manille, sa servante, écrivit sa vie; ensuite elle alla dans l’Esclavonie où, après avoir prêché l’évangile, elle mourut en paix dix ans après le décès de sainte Marthe.
* Consulter les Monuments de l’apostolat de sainte Madeleine et de sainte Marthe , par M. Faillon et le Bréviaire romain.

(1) Il revient sur ce récit dans son commentaire sur saint Luc, mais sans prétendre que c'est Marthe. - Cf. Nicéphore Callixte, Iib. X, XXX.


La Légende dorée de Jacques de Voragine nouvellement traduite en français avec introduction, notices, notes et recherches sur les sources par l'abbé J.-B. M. Roze, chanoine honoraire de la Cathédrale d'Amiens, Édouard Rouveyre, éditeur, 76, rue de Seine, 76, Paris mdcccci




Sainte Marthe

Elle est celle qui accueille, qui ouvre sa maison, son porte-monnaie et son cœur, la parfaite maîtresse de maison, une foi à toute épreuve. Du solide. Elle a reçu le Christ à plusieurs occasions et l'Evangile nous dit, dans le passage qui relate la résurrection de Lazare (Jean 11, 1-46), que « Jésus aimait Marthe et Marie sa sœur, et Lazare. » C'étaient de riches notables et sûrement de bons maîtres car Maximin qui fut leur intendant, Marcelle et Suzanne qui étaient à leur service les suivirent dans leur exil jusqu'en Provence.

On oppose souvent Marthe à Marie, sa sœur, qui est celle qui écoute, assise aux pieds de Jésus: « Marthe, Marthe, tu t'inquiètes et t'agites pour beaucoup de choses; pourtant il en faut peu, une seule même. C'est Marie qui a choisi la meilleure part; elle ne lui sera pas enlevée. » (Luc 10, 41-42)

On retrouve une dernière fois Marthe dans l'Evangile à l'occasion de la deuxième onction, chez Simon le Lépreux. Elle était venue aider au service. On l'imagine efficace et discrète.

La suite, c'est la tradition de Provence qui nous la transmet: Après leur arrivée en Camargue, Lazare et les siens se dispersèrent. Marthe remonta le Rhône , apporta la foi à Avignon, et même jusqu'à Pernes. Mais c'est à Tarascon qu'elle s'installa après avoir débarrassé la région de la célèbre Tarasque, un animal redoutable qui semait la terreur. Elle y construisit près du Rhône un oratoire et sa maison.

De toute la chrétienté on vint en pèlerinage à Tarascon. Les miracles étaient innombrables. Le trésor de l'église débordait des cadeaux somptueux offerts à la sainte en reconnaissance des grâces obtenues. Mais personne ne fit autant pour elle que Louis XI. Il lui offrit une superbe chasse reliquaire* en or massif de 25 kg où l'on plaça son crâne. Qu'est-il devenu? Notre Bulletin n°16 raconte qu' « en 1793, le conseil municipal contraint d'envoyer à la monnaie de Marseille l'argenterie de l'église, s'efforça d'en excepter la chasse d'or, mais il fut obligé de céder aux ordres du district. Personne à ce moment-là ne pensa à retirer du reliquaire le chef de la sainte ni un autre ossement considérable renfermé dans un reliquaire en forme de bras, et ces deux reliques furent perdues par suite d'une imprévoyance. »

De reliques, il ne reste aujourd'hui à Tarascon que des fragments d'os et un reliquaire qui n'est que la copie de celui offert par Louis XI. Par contre, le bras gauche et la main de Marthe avaient été offerts au prieuré royal de Notre Dame de Cassan au XVe siècle. On peut les vénérer encore aujourd'hui à l'église de Roujan. « Cette main, précise également notre Bulletin n°16, qui est mince et petite, et ce bras sont encore revêtus de leur peau, excepté une partie du bras, d'où quelqu'un, par une dévotion débordante a détaché, disait-on, la peau qui manque. De plus, les doigts de la main possèdent leurs ongles, tous parfaitement entiers, à l'exception de celui du pouce qui a été pareillement enlevé par excès de piété. »



Sainte Marthe domptant la Tarasque. Anonyme. Chambéry. XVe.


La fête de Ste Marthe apparaît dans le calendrier franciscain en 1263 (réforme de St Bonaventure) au jour octave de Ste Marie-Madeleine. Elle se retrouve dans le Missel de la Chapelle papale d’Avignon et connaît un certain essor aux XIVe et XVe siècles grâces aux récits provençaux. D’abord au rang de fête simple, elle fut élevée comme semidouble par St Pie V.

N’oublions pas qu’à chaque messe d’obsèques, c’est Ste Marthe qui professe la divinité de Notre-Seigneur : « Je crois que tu es la Messie, le Fils du Dieu vivant, celui qui doit venir dans le monde » [1], tandis que le Dies Iræ nous rappelle la miséricorde du Seigneur pour sa sœur : ‘Qui Maríam absolvísti’ [2].

[1] Jn. 11, 27.

[2] Vous avez absous Marie-Madeleine.

Leçons des Matines avant 1960.

Au deuxième nocturne.

Quatrième leçon. Marthe, issue de parents nobles et riches, est célèbre par l’hospitalité qu’elle donna au Seigneur. Après l’ascension de Jésus dans les cieux, les Juifs s’emparèrent d’elle, de son frère, de sa sœur, de Marcelle leur servante et de beaucoup d’autres Chrétiens, parmi lesquels Maximin, l’un des soixante-douze disciples, qui avait baptisé toute cette famille. Marthe fut embarquée sur un vaisseau sans voiles ni rames, et exposée à un naufrage certain sur l’immensité de la mer ; mais la main de Dieu dirigea le navire, qui les conduisit tous sains et saufs à Marseille.

Cinquième leçon. Leur prédication, jointe à ce miracle, convertit à Jésus-Christ les habitants de cette ville, puis ceux d’Aix et les populations voisines. Lazare fut créé Évêque de Marseille, et Maximin, Évêque d’Aix. Madeleine, qui avait eu coutume de se tenir aux pieds du Seigneur et d’écouter sa parole, alla s’enfermer dans une vaste caverne sur une haute montagne, afin de jouir de la meilleure part qu’elle s’était réservée, à savoir la contemplation du bonheur céleste ; elle y vécut trente ans, privée de tout rapport avec les hommes, et chaque jour les Anges relevaient dans les airs pour qu’elle entendît les louanges des esprits célestes.

Sixième leçon. Pour ce qui est de Marthe, dont l’éminente sainteté de vie et la charité provoquèrent l’amour et l’admiration de tous les Marseillais, elle se retira avec quelques femmes d’une haute vertu dans un lieu solitaire ; elle y vécut de longues années avec une grande réputation de piété et de prudence. Enfin, après s’être illustrée par des miracles et avoir prédit longtemps à l’avance le jour de sa mort, elle s’en alla vers le Seigneur, le quatrième jour des calendes d’août. A Tarascon on entoure son corps d’une grande vénération.

Au troisième nocturne.

Lecture du saint Évangile selon saint Luc. Cap. 10, 38-42.

En ce temps-là : Jésus entra dans un village, et une femme nommée Marthe, le reçut dans sa maison. Et le reste.

Homélie de saint Augustin, Évêque. Sermo 26 de verbis Domini

Septième leçon. Les paroles de notre Seigneur Jésus-Christ qu’on vient de lire dans l’Évangile, nous rappellent qu’il est une seule chose à laquelle nous devons tendre, au milieu des soins multiples de ce monde. Or, nous y tendons comme étrangers et non comme citoyens ; comme étant sur la route et non dans la patrie ; comme aspirants et non comme possesseurs. Tendons-y néanmoins, et tendons-y sans paresse et sans relâche, afin de pouvoir y arriver un jour. Marthe et Marie étaient deux sœurs, sœurs non seulement par la chair, mais par la religion ; toutes deux s’attachèrent au Seigneur ; toutes deux d’un commun accord, servirent le Seigneur pendant les jours de sa vie mortelle.

Huitième leçon. Marthe le reçut comme on reçoit un hôte, mais c’était néanmoins la servante qui recevait son Seigneur, une malade qui recevait son Sauveur, la créature qui recevait son Créateur. Elle le reçut pour lui donner la nourriture du corps, et pour recevoir de lui la nourriture de l’âme. Car le Seigneur a voulu prendre la forme d’esclave, et, dans cette forme d’esclave, être nourri par ses serviteurs, et cela par bonté, non par nécessité. Ce fut en effet de sa part une bonté que de se laisser nourrir. Sans doute, il avait une chair sujette à la faim et à la soif ; mais ignorez-vous que des Anges lui apportèrent à manger, quand il eut faim au désert ? Si donc il a voulu être nourri, ç’a été dans l’intérêt de quiconque le nourrissait. Et quoi d’étonnant, puisqu’il a fait ainsi du bien à une veuve, en nourrissant par elle le saint Prophète Élie, qu’il avait nourri auparavant par le ministère d’un corbeau ? Est-ce qu’il est impuissant à nourrir le Prophète, pour l’envoyer à cette veuve ? Nullement, mais il se proposait de bénir la pieuse veuve, en raison du service rendu à son serviteur.

Neuvième leçon. C’est donc ainsi que le Seigneur fut reçu en qualité d’hôte ; « lui qui est venu chez lui, et les siens ne l’ont point reçu, mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné le pouvoir d’être faits enfants de Dieu » [3], adoptant des esclaves et les prenant pour enfants, rachetant des captifs et les faisant ses cohéritiers. Qu’il n’arrive cependant à aucun de vous de dire : ô bienheureux ceux qui ont eu l’honneur de recevoir le Christ dans leur propre maison ! Garde-toi de te plaindre et de murmurer de ce que tu es né à une époque où tu ne vois plus le Seigneur en sa chair. Il ne t’a point privé de cette faveur. « Chaque fois que vous l’avez fait à un de ces plus petits d’entre mes frères, dit-il, c’est à moi que vous l’avez fait » [4]. En voilà assez sur la nourriture corporelle à offrir au Seigneur. Quant à la nourriture spirituelle qu’il nous donne, nous en dirons quelques mots à l’occasion.

[3] Jn. 1, 11.

[4] Matth. 25, 40.

La vision de sainte Marthe. La mort de sainte Marthe.
Speculum historiale. V. de Beauvais. François. XVe.

Dom Guéranger, l’Année Liturgique

Madeleine, cette fois, avait été la première au-devant du Seigneur. Huit jours à peine étaient écoulés depuis son glorieux passage, que rendant à sa sœur le bon office qu’elle en reçut autrefois [5], elle venait lui dire à son tour : « Le bien-aimé est là, et il t’appelle ». Et Jésus, prenant les devants, paraissait lui-même : « Viens, disait-il, « mon hôtesse ; viens de l’exil, tu seras couronnée » [6]. Hôtesse du Seigneur, tel sera donc au ciel comme ici-bas le nom de Marthe et son titre de noblesse éternel.

« En quelque ville ou village que vous entriez, disait l’Homme-Dieu à ses disciples, informez-vous qui en est digne, et demeurez chez lui » [7]. Or, raconte saint Luc, il arriva que comme ils marchaient, lui-même entra en un certain village, et une femme nommée Marthe le reçut dans sa maison [8], Où chercher plus bel éloge, où trouver plus sûre louange de la sœur de Madeleine, que dans le rapprochement de ces deux textes du saint Évangile ?

Ce certain lieu où elle fut, comme en étant digne, élue par Jésus pour lui donner asile, ce village, dit saint Bernard [9], est notre humble terre, perdue comme une bourgade obscure dans l’immensité des possessions du Seigneur [10]. Le Fils de Dieu, parti des cieux, faisait route à la recherche de la brebis perdue, guidé par l’amour [11]. Sous le déguisement de notre chair de péché [12], il était venu dans ce monde qui était son œuvre, et le monde ne l’avait point connu [13] ; Israël, son peuple, n’avait pas eu pour lui, même une pierre où il pût reposer sa tête [14], et l’avait laissé dans sa soif mendier l’eau des Samaritains [15]. Nous, ses rachetés de la gentilité, qu’à travers reniements et fatigues il poursuivait ainsi, n’est-il pas vrai que sa gratitude doit être aussi la nôtre pour celle qui, bravant l’impopularité du moment, la persécution de l’avenir, voulut solder envers lui notre dette à tous ?

Gloire donc à la fille de Sion, descendante des rois, qui, fidèle aux traditions d’hospitalité des patriarches ses premiers pères, fut bénie plus qu’eux dans l’exercice de cette noble vertu ! Plus ou moins obscurément encore, ils savaient pourtant, ces ancêtres de notre foi, que le désiré d’Israël et l’attente des nations devait paraître en voyageur et en étranger sur la terre [16]. Aussi, eux-mêmes pèlerins d’une patrie meilleure, sans demeure fixe [17], ils honoraient le Sauveur futur en tout inconnu se présentant sous leur tente [18] ; comme nous leurs fils dans la foi des mêmes promesses, accomplies maintenant, vénérons le Christ dans l’hôte que sa bonté nous envoie [19]. Pour eux comme pour nous, cette relation qui leur était montrée entre Celui qui devait venir et l’étranger cherchant un asile, faisait de l’hospitalité, fille du ciel, une des plus augustes suivantes de la divine charité. Plus d’une fois, la visite d’Anges se prêtant sous des traits humains aux bons offices de leur zèle, manifesta en effet la complaisance qu’y prenaient les cieux [20]. Mais s’il convient d’estimer à leur prix ces célestes prévenances dont notre terre n’était point digne, combien pourtant s’élève plus haut le privilège de Marthe, vraie dame et princesse de la sainte hospitalité, depuis qu’elle en a placé l’étendard au sommet vers lequel convergèrent tous les siècles de l’attente et ceux qui suivirent !

S’il fut grand d’honorer le Christ, avant sa venue, dans ceux qui de près ou de loin étaient ses figures ; si Jésus promet l’éternelle récompense à quiconque, depuis qu’il n’est plus avec nous [21], l’abrite et le sert en ses membres mystiques : celle-là est plus grande et mérita plus, qui reçut en personne Celui dont le simple souvenir ou la pensée donne à la vertu dans tous les temps mérite et grandeur. Et de même que Jean l’emporte sur tous les Prophètes [22], pour avoir montré présent le Messie qu’ils annonçaient à distance ; ainsi le privilège de Marthe, tirant son excellence de la propre et directe excellence du Verbe de Dieu qu’elle secourut dans la chair même qu’il avait prise pour nous sauver, établit la sœur de Madeleine au-dessus de tous ceux qui pratiquèrent jamais les œuvres de miséricorde.

Si donc Madeleine aux pieds du Seigneur garde pour elle la meilleure part [23], ne croyons pas que celle de Marthe doive être méprisée. Le corps est un, mais il a plusieurs membres, et tous ces membres n’ont pas le même rôle ; ainsi l’emploi de chacun dans le Christ est différent selon la grâce qu’il a reçue, soit pour prophétiser, soit pour servir [24]. Et l’Apôtre, exposant cette diversité de l’appel divin : « Par la grâce qui m’a été donnée, disait-il, je recommande à tous ceux qui sont parmi vous de ne point être sage plus qu’il ne convient d’être sage, mais de se tenir à la mesure du don que Dieu départit à chacun dans la foi » [25]. O discrétion, gardienne de la doctrine autant que mère des vertus [26], que de pertes dans les âmes, que de naufrages parfois, vous feriez éviter !

« Quiconque, dit saint Grégoire avec son sens si juste toujours, quiconque s’est donné entièrement à Dieu, doit avoir soin de ne pas se répandre seulement dans les œuvres, et tendre aussi aux sommets de la contemplation. Cependant il importe extrêmement ici de savoir qu’il y a une grande variété de tempéraments spirituels. Tel qui pouvait vaquer paisible à la contemplation de Dieu, tombera écrasé sous les œuvres ; tel que l’usuelle occupation des humains eût gardé dans une vie honnête, se blesse mortellement au glaive d’une contemplation qui dépasse ses forces : ou faute de l’amour qui empêche le repos de tourner en torpeur, ou faute de la crainte qui garde des illusions de l’orgueil et des sens. L’homme qui désire être parfait doit à cause de cela s’exercer dans la plaine d’abord, à la pratique des vertus, pour monter plus sûrement aux hauteurs, laissant en bas toute impulsion des sens qui ne peuvent qu’égarer les recherches de l’esprit, toute image dont les contours ne sauraient s’adapter à la lumière sans contours qu’il désire voir. A l’action donc le premier temps, à la contemplation le dernier. L’Évangile loue Marie, mais Marthe n’y est point blâmée, parce que grands sont les mérites de la vie active, quoique meilleurs ceux de la contemplation » [27].

Et si nous voulons pénétrer plus avant le mystère des deux sœurs, observons que, bien que Marie soit la préférée, ce n’est pourtant point dans sa maison, ni dans celle de Lazare leur frère, mais dans la maison de Marthe, que l’Homme-Dieu nous est montré faisant séjour ici-bas avec ceux qu’il aime. Jésus, dit saint Jean, aimait Marthe, et sa sœur Marie, et Lazare [28] : Lazare, figure des pénitents que sa miséricordieuse toute-puissance appelle chaque jour de la mort du péché à la vie divine ; Marie, s’adonnant dès ce monde aux mœurs de l’éternité ; Marthe enfin, nommée ici la première comme l’aînée de son frère et de sa sœur, la première en date mystiquement selon ce que disait saint Grégoire, mais aussi comme celle de qui l’un et l’autre dépendent en cette demeure dont l’administration est remise à ses soins. Qui ne reconnaîtrait là le type parfait de l’Église, où, dans le dévouement d’un fraternel amour sous l’œil du Père qui est aux cieux, le ministère actif tient la préséance de gouvernement sur tous ceux que la grâce amène à Jésus ? Qui ne comprendrait aussi les préférences du Fils de Dieu pour cette maison bénie ? L’hospitalité qu’il y recevait, toute dévouée qu’elle fût, le reposait moins de sa route laborieuse que la vue si achevée déjà des traits de cette Église qui l’avait attiré du ciel en terre.

Marthe par avance avait donc compris que quiconque a la primauté doit être le serviteur : comme le Fils de l’homme est venu non pour être servi, mais pour servir [29] ; comme plus tard le Vicaire de Jésus, le prince des prélats de la sainte Église, s’appellera Serviteur des serviteurs de Dieu. Mais en servant Jésus, comme elle servait avec lui et pour lui son frère et sa sœur, qui pourrait douter que plus que personne elle entrait en part des promesses de cet Homme-Dieu, lorsqu’il disait : « Qui me sert me suit ; et où je serai, là aussi sera mon serviteur ; et mon Père l’honorera » [30]. Et cette règle si belle de l’hospitalité antique, qui créait entre l’hôte et l’étranger admis une fois à son foyer des liens égaux à ceux du sang, croyons-nous que dans la circonstance l’Emmanuel ait pu n’en pas tenir compte, lorsqu’au contraire son Évangéliste nous dit qu’« à tous ceux qui le reçurent il a donné le pouvoir d’être faits enfants de Dieu » [31]. C’est qu’en effet « quiconque le reçoit, déclare-t-il lui-même, ne reçoit pas lui seulement, mais le Père qui l’envoie » [32].

La paix promise à toute maison qui se montrerait digne de recevoir les envoyés du ciel [33], la paix qui ne va point sans l’Esprit d’adoption des enfants [34], s’était reposée sur Marthe avec une incomparable abondance. L’exubérance trop humaine qui d’abord s’était laissée voir dans sa sollicitude empressée, avait été pour l’Homme-Dieu l’occasion de montrer sa divine jalousie pour la perfection de cette âme si dévouée et si pure [35]. Au contact sacré, la vive nature de l’hôtesse du Roi pacifique dépouilla ce qu’il lui restait de fébrile inquiétude ; et servante plus active que jamais, plus agréée qu’aucune autre [36], elle puisa dans sa foi ardente au Christ Fils du Dieu vivant [37] l’intelligence de l’unique nécessaire et de la meilleure part [38] qui devait un jour être aussi la sienne. Oh ! quel maître de la vie spirituelle, quel modèle ici Jésus n’est il pas de discrète fermeté, de patiente douceur, de sagesse du ciel dans la conduite des âmes aux sommets [39] !

Jusqu’à la fin de sa carrière mortelle, selon le conseil de stabilité que lui-même il donnait aux siens [40], l’Homme-Dieu resta fidèle à l’hospitalité de Béthanie : c’est de là qu’il partit pour sauver le monde en sa douloureuse Passion ; c’est de Béthanie encore que, quittant le monde, il voulut remonter dans les cieux [41]. Alors cette demeure, paradis de la terre, qui avait abrité Dieu, la divine Mère, le collège entier des Apôtres, parut bien vide à ceux qui l’habitaient. L’Église tout à l’heure nous dira par quelles voies, toutes d’amour pour nous Gentils, l’Esprit de la Pentecôte transporta dans la terre des Gaules la famille bénie des amis de l’Homme-Dieu.

Sur les rives du Rhône, Marthe restée la même apparut comme une mère, compatissant à toutes misères, s’épuisant en bienfaits Jamais sans pauvres, dit l’ancien historien des deux sœurs, elle les nourrissait avec une tendre sollicitude des mets que le ciel fournissait abondamment à sa charité, n’oubliant qu’elle-même, ne se réservant que des herbes ; et en mémoire du glorieux passé, comme elle avait servi le Chef de l’Église en sa propre personne, elle le servait maintenant dans ses membres, toujours aimable pour tous, affable à chacun. Cependant les pratiques d’une effrayante pénitence étaient ses délices. Mille fois martyre, de toutes les puissances de son âme Marthe la très sainte aspirait aux cieux. Son esprit, perdu en Dieu, s’absorbait dans la prière et y passait les nuits. Infatigablement prosternée, elle adorait régnant au ciel Celui qu’elle avait vu sans gloire en sa maison. Souvent aussi elle parcourait les villes et les bourgs, annonçant aux peuples le Christ Sauveur [42].

Avignon et d’autres villes de la province Viennoise l’eurent pour apôtre. Tarascon fut par elle délivré de l’ancien serpent [43], qui sous une forme monstrueuse perdait les corps comme au dedans il tyrannisait les âmes. Ce fut là qu’au milieu d’une communauté de vierges qu’elle avait fondée, elle entendit le Seigneur l’appeler en retour de son hospitalité d’autrefois à celle des cieux. C’est là qu’aujourd’hui encore elle repose, protégeant son peuple de Provence, accueillant en souvenir de Jésus l’étranger. La paix des bienheureux qui respire en sa noble image, pénètre le pèlerin admis à baiser ses pieds apostoliques ; et en remontant les degrés de la crypte sacrée pour reprendre sa route dans cette vallée d’exil, il garde, comme un parfum de la patrie, le souvenir de l’unique et touchante épitaphe : SOLLICITA NON TURBATUR ; zélée toujours, elle n’est plus troublée.

Entrée pour jamais comme Madeleine en possession de la meilleure part, votre place, ô Marthe, est belle dans les cieux. Car celui qui sert dignement s’acquiert un rang élevé, dit saint Paul, et sa confiance est grande à juste titre dans la foi du Christ Jésus [44] : le service que les diacres dont parlait l’Apôtre accomplissent pour l’Église, vous l’avez accompli pour son Chef et son Époux ; vous avez bien gouverné votre maison [45], qui était la figure de cette Église aimée du Fils de Dieu. Or, assure encore le Docteur des nations, « Dieu n’est point injuste, pour oublier vos œuvres et l’amour que vous avez témoigné pour son nom, vous qui avez servi les saints » [46]. Et le Saint des saints, devenu lui-même votre hôte et votre obligé, ne nous laisse-t-il pas déjà entrevoir assez vos grandeurs, lorsque parlant seulement du serviteur fidèle établi sur sa famille pour distribuer à chacun la nourriture au temps voulu, il s’écrie : « Heureux ce serviteur que le Maître, quand il viendra, trouvera agissant de la sorte ! en vérité, je vous le dis, il l’établira sur tous ses biens » [47]. O Marthe, l’Église tressaille en ce jour où le Seigneur vous trouva, sur notre terre des Gaules, continuant de l’accueillir en ces plus petits où il déclare que nous devons maintenant le chercher [48]. Il est donc venu le moment de la rencontre éternelle ! Assise désormais, dans la maison de cet hôte fidèle plus qu’aucun aux lois de l’hospitalité, vous le voyez faire de sa table votre table [49], et se ceignant à son tour, vous servir comme vous l’avez servi [50].

Du sein de votre repos, protégez ceux qui continuent de gérer les intérêts du Christ ici-bas, dans son corps mystique qui est toute l’Église, dans ses membres fatigués ou souffrants qui sont les pauvres et les affligés de toutes sortes. Multipliez et bénissez les œuvres de la sainte hospitalité ; que le vaste champ de la miséricorde et de la charité voie ses prodigieuses moissons s’accroître encore en nos jours. Puisse rien ne se perdre de l’activité si louable où se dépense le zèle de tant d’âmes généreuses ! et dans ce but, ô sœur de Madeleine, apprenez à tous, comme vous-même l’avez appris du Seigneur, à mettre au-dessus de tout l’unique nécessaire, à estimer à son prix la meilleure part [51]. Après la parole qui vous fut dite moins pour vous que pour tous, quiconque voudrait troubler Madeleine aux pieds de Jésus, ou l’empêcher de s’y rendre, verrait à bon droit le ciel froissé stériliser ses œuvres.

[5] Johan. XI, 28.

[6] Raban. De vita B. M. Magd. et S. Marthae, XLVII.

[7] Matth. X, 11.

[8] Luc. X, 38.

[9] Bern. Sermo II in Assumpt. B. M. V.

[10] Baruch III, 24-25.

[11] Psalm. XVIII ; Matth. XVIII, 12.

[12] Rom. VIII, 3.

[13] Johan. I, 10.

[14] Matth., VIII, 20.

[15] Johan. IV, 6, 7.

[16] Jerem. XIV, 8, 9.

[17] Heb. XI, 8-16.

[18] Gen. XVIII, 1-5 ; XXIII, 6 ; XXVI, 28.

[19] Matth. XXV, 35, 40 ; Reg. S. P. Benedicti, LIII.

[20] Heb. XIII, 2.

[21] Marc, XIV, 7.

[22] Luc. VII, 28.

[23] Ibid. X, 42.

[24] Rom. XII, 4-7.

[25] Ibid. 3.

[26] Reg. S. P. Benedicti, LXIV.

[27] Moral, in Job. V, 26, passim.

[28] Johan. XI, 5.

[29] Matth. XX, 26-28.

[30] Johan. XII, 26.

[31] Ibid. 1, 12.

[32] Marc, IX, 36.

[33] Matth. X, 12, 13.

[34] Rom. VIII, 15.

[35] Luc. X, 41.

[36] Cf. Matth. XXVI, 6 ; Johan. XII. 2.

[37] Johan. XI, 27.

[38] Luc. X, 42.

[39] Johan. XI.

[40] Luc. X, 7.

[41] Ibid. XXIV, 5o.

[42] Raban. De vita B. M. Magd. et S. Marthae, XLI.

[43] Apoc. XX, 2.

[44] I Tim. II, 13.

[45] Ibid. 4.

[46] Heb. VI, 10.

[47] Matth. XXIV, 46, 47.

[48] Ibid. X, 42 ; XVIII, 5 ; XXV, 40.

[49] Luc. XXII, 3o.

[50] Ibid. XII, 37.

[51] Ibid. X, 38-42.

Sainte Marthe domptant la Tarasque. Heures à l'usage de Rome. XVIe.


Bhx cardinal Schuster, Liber Sacramentorum

Dans le Missel romain on peut reconnaître comme des stratifications successives. D’abord un fond romain, de caractère exclusivement local, où ont place de préférence les martyrs des divers cimetières suburbains, avec des formulaires toujours différents, pleins d’enthousiasme, riches d’art et de sentiment. Viennent ensuite d’autres stratifications qui maintenant recouvrent presque le fond primitif ; elles sont constituées par les fêtes introduites après le XIIIe siècle et, même en faisant abstraction du côté littéraire des formules, on y chercherait en vain un concept unique, un système, un plan organisé.

Ce sont des fêtes simplement alignées, sans aucun lien entre elles, de saints détachés des calendriers locaux des diverses Églises du monde catholique, dont très souvent le culte a été répandu et popularisé par les diverses familles religieuses dont les membres exercent leur apostolat aujourd’hui dans tel diocèse, demain dans tel autre.

Le Missel romain a fini de la sorte par perdre son caractère propre ; mais il en est résulté un double avantage.

Une fois sorti de l’enceinte des murs de la Ville, le Sacramentaire de l’Église apostolique est devenu le livre liturgique du monde entier ; et pour mieux correspondre à cette nouvelle destination le calendrier, au lieu de représenter exclusivement les fastes sanglants de la capitale du catholicisme, a fait place à une représentation des principaux saints des divers diocèses.

Ces considérations expliquent comment la fête de sainte Marthe, hôtesse du Sauveur, prend aujourd’hui la place de la double station sur la voie Aurélia et sur la voie de Porto, en l’honneur des martyrs mentionnés tout à l’heure. Rome elle-même, où jadis ces saints étaient l’objet d’un culte si populaire, les a presque oubliés maintenant, si bien que la douce sœur de Lazare qui était aimée par le Sauveur d’une façon spéciale, — diligebat Iesus Martham [52] — jouit presque à elle seule de tous les honneurs de la fête de ce jour.

Le Martyrologe Hiéronymien assigne à la mémoire des Sorores Lazari le 19 janvier : Ierusolyma Marthæ et Mariæ sorores Lazari, jour où, à Rome, se célébrait un groupe de martyrs aux noms presque semblables : Maris et Marthe, parents d’Audifax et d’Abachum.

Le nom de Marthe apparaît au contraire dans le Martyrologe d’Usuard le 27 décembre, mais il est joint à celui de Lazare, et il y est dit qu’en leur honneur on construisit une basilique à Béthanie.

La localisation de l’activité apostolique de la famille de Béthanie en France est donc de beaucoup postérieure à cette tradition primitive.

Les Grecs comptent généralement Marie et Marthe parmi les Myrrhophores, et ils les réunissent en une seule solennité le second dimanche après Pâques.

La messe de sainte Marthe a été introduite très tardivement dans le Missel. A Rome, une église en l’honneur de la sœur de Lazare doit son origine à saint Ignace de Loyola qui érigea à côté un refuge pour les femmes perdues. En 1538 les serviteurs du palais pontifical s’unirent en confrérie et, avec la permission de Paul III, édifièrent eux aussi, derrière l’abside de Saint-Pierre, une église dédiée à sainte Marthe qui fut plusieurs fois par la suite restaurée par les Souverains Pontifes et détruite sous Pie XI.

La messe est du commun des Vierges (Dilexísti) ; la lecture évangélique tirée de saint Luc (X, 38-42), nous montre Marthe toute affairée pour accueillir avec honneur dans sa maison le Divin Sauveur. La sœur aînée de Lazare est anxieuse et se trouble au milieu des soins domestiques tandis que Marie, tranquille, se nourrit de la parole divine aux pieds de Jésus.

Le Sauveur reprend bien Marthe de cet excès de préoccupation, mais il ne blâme point son zèle, qui, d’ailleurs, venait de son caractère ardent.

Les voies par lesquelles le Seigneur conduit les âmes sont très diverses ; l’une pourra être plus parfaite que l’autre, mais chacune a la sienne propre par quoi elle doit se sanctifier. La grâce ne violente pas la nature, mais la perfectionne ; aussi, quoique saint Jean nous dise que Jésus aimait Lazare, Marie et Marthe, les deux sœurs conservent toujours dans l’Évangile leur caractère respectif. Marie a plus de sensibilité ; dès lors, si elle est ordinairement plus adonnée au recueillement, elle est aussi la femme aux initiatives hardies et géniales, aux attitudes plus courageuses. Dilexit multum, et comme il n’a pas de mesure, ainsi l’amour ne connaît-il pas de difficultés.

La vertu de Marthe est moins exceptionnelle et plus accessible. La sœur aînée de Lazare est une bonne ménagère, diligente, affectionnée et condescendante jusqu’à tolérer ce surplus de travail que lui vaut le caractère différent de Marie. Dans l’accomplissement de ses devoirs, elle regarde les choses surtout du côté pratique. Cependant le Sauveur l’aime beaucoup, parce que si Marie, insatiable, reçoit de lui l’aliment spirituel, Marthe, au contraire, est une tendre mère pour lui et pour ses disciples considérés, à Béthanie, comme faisant partie de la maison.

Donc malgré la différence de caractère de Marie, de Marthe et de Lazare, Jésus les aimait tendrement parce que — et cela est toujours essentiel dans l’Église en une si grande variété de vocations — il était sincèrement aimé par eux en retour.

[52] Jn. 11, 15 : Jésus aimait Marthe.


Dom Pius Parsch, Le guide dans l’année liturgique

Marthe, Marthe, tu t’inquiètes... Une seule chose est nécessaire.

1. Sainte Marthe. — Huit jours exactement après la fête de sainte Marie-Madeleine, l’Église célèbre celle de sa sœur moins connue, Marthe. A part les quelques mots que nous en disent les Évangiles, nous ne savons rien de certain sur elle. Une tradition veut qu’elle soit venue en Provence, en compagnie de saint Lazare, son frère, et de sainte Marie-Madeleine, sa sœur, et qu’elle ait délivré le pays d’un monstre qui y semait la terreur. Son tombeau serait à Tarascon. Contentons-nous de voir en elle la bonne maîtresse de maison, et de prêter sans cesse l’oreille, pendant notre vie, à la parole que lui adressa Jésus et qui nous rappelle si bien notre but suprême : « Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et tu t’agites pour bien des choses. Une seule est nécessaire ». Les deux sœurs nous représentent la religion sous ses deux aspects : la vie contemplative et la vie active. (La fête de sainte Marthe fut introduite assez tard dans le missel).

2. La Messe et la prière des Heures. — La messe est celle du commun des Vierges (Dilexísti), excepté l’Évangile, récit de la visite du Sauveur à Marthe et à Marie. — Voici le beau commentaire que nous en donne saint Augustin, à Matines : « Les paroles de Notre Seigneur que nous venons de lire dans l’Évangile nous rappellent qu’il est une chose à laquelle nous devons aspirer au milieu des soucis multiples de notre vie terrestre. Or, nous y tendons comme étrangers et non comme citoyens, comme des gens qui sont sur la route et non dans la patrie, par le désir, sans en jouir encore. Tendons-y cependant sans paresse et sans relâche afin de pouvoir y arriver véritablement un jour. Marthe et Marie étaient deux sœurs, sœurs non seulement selon la chair, mais selon l’Esprit. Toutes deux s’attachèrent au Seigneur ; toutes deux servirent le Seigneur, d’un commun accord pendant sa vie mortelle. Marthe le reçut comme on reçoit des hôtes ; c’était néanmoins la servante qui recevait son Seigneur, la malade qui recevait son Sauveur, la créature qui recevait son Créateur. Elle le reçut pour lui donner la nourriture corporelle, elle qui devait en recevoir la nourriture spirituelle ».


Saint Martha

Saint Martha was sister to Mary and Lazarus, and lived with them at Bethany, a small town two miles distant from Jerusalem, a little beyond Mount Olivet. Our Blessed Redeemer had made his residence usually in Galilee, till in the third year of his public ministry he preached chiefly in Judæa, during which interval he frequented the house of these three holy disciples. Martha seems to have been the eldest, and to have had the chief care and direction of the household. It appears from the history of the resurrection of Lazarus that their family was of principal note in the country.
In the first visit, as it seems, with which Jesus honoured them, St. Luke tells us that St. Martha showed great solicitude to entertain and serve him. She forgot the privilege of her rank and riches, and would not leave so great an honour to servants only, but was herself very busy in preparing every thing for so great a guest and his holy company. Mary sat all the time at our Saviour’s feet, feeding her soul with his heavenly doctrine. In this she found such inexpressible sweetness, and so great spiritual advantage, that she forgot and contemned the whole world, and would suffer nothing to draw her from her entertainment with her God, or make her lose any one of those precious moments. At his sacred discourses her heart was inflamed, her pure soul seemed to melt in holy love, and in a total forgetfulness of all other things she said to herself, with the spouse in the Canticles: My beloved to me, and I to him, who feedeth among the lilies; that is, with chaste souls, or among the flowers of virtues.
St. Austin observes that this house represents to us the whole family of God on earth. In it no one is idle, but his servants have their different employments, some in the contemplative life, as recluses; others in the active; as, first, those who labour for the salvation of souls in the exterior functions of the pastoral charge; secondly, those who, upon pure motives of charity, serve the poor or the sick; and, lastly, all who look upon their lawful profession in the world as the place for which God had destined them, and the employment which he has given them; and who faithfully pursue its occupations with a view purely to accomplish the divine will, and acquit themselves of every duty in the order in which God has placed them in this world. He is the greater saint, whatever his state of life may be, whose love of God and his neighbour is more pure, more ardent, and more perfect; for charity is the soul and form of Christian perfection.
But it has been disputed whether the contemplative or the active life be in itself the more perfect. St. Thomas answers this question, proving from the example of Christ and his apostles, that the mixed life, which is made up of both, is the most excellent. This is the apostolic life, with the care of souls, if in it the external functions of instructing, assisting, and comforting others, which is the most noble object of charity, be supported by a constant perfect spirit of prayer and contemplation. In order to this, a long and fervent religious retirement ought to be the preparation which alone can form the perfect spirit of this state; and the same must be constantly nourished and improved by a vehement love and frequent practice of holy retirement, and a continued recollection, as Christ during his ministry often retired to the mountains to pray; for that pastor who suffers the spirit of prayer to languish in his soul, carries about a dead soul in a living body, to use the expression of St. Bonaventure. The like interior spirit must animate; and some degree of assiduity in the like exercises, as circumstances will allow, must support those who are engaged in worldly employments, and those who devote themselves to serve Christ’s most tender and afflicted members, the poor and the sick, as Martha served Christ himself.




St. Martha

Mentioned only in Luke 10:38-42; and John 11, 12, sqq. The Aramaic form occurs in a Nabatæan inscription found at Puteoli, and now in the Naples Museum; it is dated A.D. 5 (Corpus Inscr. Semit., 158); also in a Palmyrene inscription, where the Greek translation has the form Marthein, A.D. 179.

Mary, Martha, and Lazarus are represented by St. John as living at Bethania, but St. Luke would seem to imply that they were, at least at one time, living in Galilee; he does not mention the name of the town, but it may have been Magdala, and we should thus, supposing Mary of Bethania and Mary Magdalene to be the same person, understand the appellative "Magdalene". The words of St. John (11:1) seem to imply a change of residence for the family. It is possible, too, that St. Luke has displaced the incident referred to in Chapter 10. The likeness between the pictures of Martha presented by Luke and John is very remarkable. The familiar intercourse between the Saviour of the world and the humble family which St. Luke depicts is dwelt on by St. John when he tells us that "Jesus loved Martha, and her sister Mary, and Lazarus" (11:5). Again the picture of Martha's anxiety (John 11:20-21, 39) accords with the picture of her who was "busy about much serving" (Luke 10:40); so also in John 12:2: "They made him a supper there: and Martha served." But St. John has given us a glimpse of the other and deeper side of her character when he depicts her growing faith in Christ's Divinity (11:20-27), a faith which was the occasion of the words: "I am the resurrection and the life." The Evangelist has beautifully indicated the change that came over Martha after that interview: "When she had said these things, she went and called her sister Mary secretly, saying: The Master is come, and calleth for thee."

Difficulties have been raised about the last supper at Bethania. St. John seems to put it six days before the Pasch, and, so some conclude, in the house of Martha; while the Synoptic account puts it two days before the Pasch, and in the house of Simon the Leper. We need not try to avoid this difficulty by asserting that there were two suppers; for St. John does not say that the supper took place six days before, but only that Christ arrived in Bethania six days before the Pasch; nor does he say that it was in the house of Martha. We are surely justified in arguing that, since St. Matthew and St. Mark place the scene in the house of Simon, St. John must be understood to say the same; it remains to be proved that Martha could not "serve" in Simon's house.