lundi 2 avril 2012

Sainte MARIE l'ÉGYPTIENNE, pénitente



Sainte Marie l'Égyptienne

Née en Egypte vers 343, elle échappe à ses parents à l'âge de douze ans pour aller vivre une      vie de débauche à Alexandrie. Partie avec un groupe de pèlerins à Jérusalem, elle s'employa à les pervertir, mais, arrivée au Saint-Sépulcre, elle resta clouée sur le seuil et, découvrant l'abîme de ses péchés, s'en remit à la Vierge. Après s'être approchée des sacrements, elle fut guidée par Notre-Dame au désert où elle vécut près de cinquante ans dans la pénitence la plus austère. Le moine Zozime qui venait lui apporter la communion chaque jeudi Saint aux dernières années de sa vie la trouva morte dans sa cellule en 421 ou 422.

SOURCE : http://www.paroisse-saint-aygulf.fr/index.php/prieres-et-liturgie/saints-par-mois/icalrepeat.detail/2015/04/02/5845/-/sainte-marie-l-egyptienne

Introduction à Vie de sainte Marie l’Égyptienne



par le hiéromoine Nicolas Molinier

Le don de l’Esprit ne consiste pas seulement en cet accomplissement de sa personne. Cette perfection ne serait rien si elle n’était mise au service de la vocation de tout homme à entrer dans l’intimité divine. Tout ce travail solitaire de régénération trouve sa perfection dans le mouvement apostolique de son cœur. Marie l’Égyptienne mène une vie angélique, unissant étroitement le service de la liturgie céleste et celui de la divine philanthropie. L’amour de Dieu ne saurait se diviser, opposer le premier commandement au second. De fait, Marie l’Égyptienne a fait siennes les pensées et les volontés divines. C’est pourquoi, rencontrant abba Zosime, elle commence d’abord par s’inquiéter des affaires de l’Église, de l’empire, de la vie des chrétiens. Il ne s’agit pas là d’une vaine curiosité mondaine, mais du désir aimant de voir la paix divine s’étendre à toute créature.

Habitée par l’Esprit-Saint, elle a le cœur pur. Elle sonde les cœurs et les reins. Elle connaît les pensées cachées et perçoit chacun dans la lumière de Dieu. Sans l’avoir jamais rencontré, Marie l’Égyptienne connaît le nom et la dignité sacerdotale d’abba Zosime. C’est dire qu’elle a une juste perception du mystère de sa vocation personnelle. Elle peut contempler en lui le nom prononcé de toute éternité par le Père dans le sein de la sainte Trinité et qui le constitue. Elle voit la place assignée par Dieu à abba Zosime dans le corps du Christ qu’est l’Église et lui transmet avec autorité, de la part de Dieu, des recommandations et des directives. Cela ne l’empêche pas d’accepter de lui les services voulus par Dieu, et de donner tous les signes de la soumission à son autorité sacerdotale.

Mais ce qui constitue son œuvre apostolique est bien moins ce qu’elle transmet de la part de Dieu, que son être même transfiguré par le don de Dieu et le récit des merveilles accomplies en sa faveur. Elle montre à abba Zosime qu’il est encore bien éloigné de la perfection mais surtout avive en lui le désir d’avoir part à l’Esprit qui confère un tel accomplissement et une telle beauté spirituelle.

Après la mort de la sainte, et jusqu’à nos jours, beaucoup trouveront dans cette confession, mieux qu’un exemple, une assistance. Et cette aide, ce renouvellement de leur courage dans l’élan vers Dieu, les remplit d’étonnement et d’émotion de sorte qu’ils gardent toutes ces choses et les méditent dans leur cœur. Tel est le stade qui nous est ouvert maintenant ".

Extrait de l’introduction du hiéromoine Nicolas Molinier à sa traduction de la Vie de sainte Marie l’Égyptienne, éditée par le monastère Saint-Antoine-le-Grand (Font-de-Laval, 26190 St Laurent-en-Royans France).



Vie de Sainte Marie l’Égyptienne


par saint SOPHRONE, Patriarche de Jérusalem

La vie de sainte Marie l'Égyptienne est un des plus remarquables exemples de conversion et de pénitence de toute l'histoire chrétienne. La mémoire de cette sainte est célébrée solennellement le cinquième dimanche du Grand Carême, ainsi que le 1er avril. Sa vie, écrite par saint Sophrone de Jérusalem (550-638), est lue pendant l’office du Grand Canon de saint André de Crête, le jeudi de la quatrième semaine du grand Carême, et un tropaire en son honneur y est chanté à la fin de chaque ode du Grand Canon.

La mémoire de saint Sophrone, patriarche de Jérusalem et grand défenseur de la foi orthodoxe contre les hérésies du VIIe siècle, est célébrée le 10 mars et celle de saint Zosime le 4 avril.

LES MIRACLES DE DIEU

Sceller le secret du roi est bien, révéler les faits de l’action divine est louable. Telles furent les paroles de l’Ange à Tobie après le miracle de la guérison de sa cécité et après tous les dangers qu’il traversa et dont il se libéra par sa piété.

Ne pas garder les secrets du roi est chose dangereuse et effrayante ; taire les miracles de Dieu est dangereux pour l’âme. C’est pourquoi, mû par la crainte de taire ce qui est divin, et me remémorant le châtiment promis à l’esclave qui, ayant reçu de son maître un talent, l’a enfoui dans la terre et a, sans aucun profit, caché ce qui lui avait été donné pour le faire fructifier, – je ne tairai pas le saint récit parvenu jusqu’à nous. Que nul n'hésite à me croire, moi qui ai écrit ce que j’ai entendu ; que nul ne pense que j’invente des fables, subjugué par la grandeur des miracles. Que Dieu me préserve de mentir et de falsifier un récit dans lequel est cité son saint Nom. Il n’est pas raisonnable, à mon sens, de nourrir des pensées peu élevées, indignes de la grandeur du Verbe fait homme et de ne pas avoir foi en ce qui est dit ici. S’il se trouve des lecteurs qui, surpris par cette merveilleuse parole, se refusent à y croire, que Dieu leur soit miséricordieux ; car, songeant à la faiblesse de la nature humaine, ils considèrent comme invraisemblables les miracles relatés sur les hommes. Mais j’aborde le récit des faits survenus dans notre génération, tel que me l’a conté un homme pieux qui, dès son enfance, a été habitué à la Sainte Parole. Et que l’on ne dise pas, pour justifier l’incrédulité, qu’il est impossible de nos jours d’observer de tels miracles. Car la grâce du Père, se déversant d’une génération sur l’autre par le canal des âmes saintes, crée des amis de Dieu et des prophètes, ainsi que l’enseigne Salomon. Mais il est temps de commencer ce saint récit.

PÈRE ZOSIME

Il y avait dans les monastères de Palestine un homme remarquable par sa vie et sa parole, élevé depuis son plus jeune âge dans la pratique des exercices de la vie monacale et du bien. Son nom était Zosime. Que nul ne pense qu’il s’agit là de ce Zosime qui fut naguère convaincu de croyances contraires à l’orthodoxie. Non, c’était un tout autre Zosime et, bien qu’ils portassent tous deux le même nom, il y avait entre eux une grande différence. Le Zosime dont je parle était orthodoxe et faisait dès le début son salut dans un des monastères de Palestine, où il s’était entraîné dans toutes les pratiques de la vie monastique et exercé à toutes les austérités. Il suivait en tout les règles léguées par les maîtres sur la voie de cet athlétisme spirituel et en avait lui-même trouvé d’autres en s’efforçant de soumettre sa chair à l’esprit. Ainsi n’a-t-il pas manqué son but : la renommée de sa vie spirituelle devint telle que de nombreuses personnes venaient le trouver des monastères proches ou éloignés pour puiser dans son enseignement un exemple et une règle. Mais, ayant tant œuvré durant sa vie active, le vieillard n’abandonnait cependant pas le souci de la parole divine, qu’il cultivait tant en se couchant et en se levant qu’en tenant entre ses mains le travail dont il vivait. Et si tu désires connaître quelle était la nourriture qui le soutenait, – eh bien, sa seule et continuelle occupation était de chanter à Dieu et de méditer sa Sainte Parole. On dit que ce vieillard, inspiré par Dieu, fut souvent favorisé de visions divines, selon la parole du Seigneur : « Ceux qui ont purifié leur chair et veillent inlassablement sur leur âme, auront des visions, éclairés par le Très-Haut, et y trouveront le gage de la béatitude qui les attend ».

Zosime racontait, qu’à peine sevré du sein maternel, il fut amené dans ce monastère et s’y adonna aux exercices ascétiques. Il fut ensuite tourmenté par l’idée de sa perfection en tout et pensa qu’il n’avait nul besoin de l’enseignement de qui que ce soit. Il commença à raisonner ainsi : « Y a-t-il au monde un moine susceptible de m’être utile et de m’apprendre quelque chose de nouveau, un exercice ascétique que je ne connaisse pas et que je n’aie déjà accompli ? Se trouvera-t-il parmi les sages du désert un homme qui me soit supérieur par sa vie et ses méditations ? » Telles étaient les pensées du vieillard, lorsqu’il lui fut dit : « Zosime, tu t’es exercé honorablement dans la mesure des forces humaines, tu as suivi la voie ascétique de manière louable, mais nul parmi les hommes n’a atteint la perfection et la tâche qui attend l’homme est plus grande que celle qu’il a déjà accomplie, bien que vous ne le sachiez pas. Pour que tu apprennes combien nombreuses sont les autres voies de salut, quitte ton pays natal, la maison de ton père – comme Abraham, illustre parmi les Patriarches — et rends-toi au monastère près du Jourdain ! »

Obéissant à l’injonction, le vieillard quitta immédiatement le monastère où il avait vécu depuis son enfance et, arrivé sur les rives du Jourdain, — la sainte rivière, — il se dirigea vers le monastère qui lui avait été désigné par Dieu. Ayant poussé de la main la porte du monastère, il vit d’abord le frère-portier qui le conduisit auprès du Supérieur. En le recevant, ce dernier remarqua son aspect et son maintien pieux – il s’était prosterné en entrant selon l’usage et avait dit une prière. Le Supérieur lui demanda : « D’où viens-tu, mon frère, et pourquoi es-tu venu trouver d’humbles vieillards ? » Zosime répondit : « D’où suis-je, il n’est nul besoin d’en parler. Je suis venu pour le profit de mon âme. J’ai entendu sur vous bien des choses louables et remarquables, qui peuvent rapprocher l’âme de Dieu ». Le Supérieur lui dit : « Dieu seul, qui guérit la faiblesse humaine, nous ouvrira, mon frère, à toi et à nous sa volonté divine et nous apprendra à faire ce qu’il convient. L’homme ne peut guère aider l’homme, si chacun ne s’observe continuellement et ne fait ce qu’il doit d’un esprit éclairé, ayant Dieu pour aide dans sa tâche. Mais si, comme tu le dis, l’amour de Dieu t’a poussé à venir nous trouver, nous, humbles vieillards, alors reste avec nous, et le Bon Pasteur, qui a donné sa vie pour nous sauver et qui connaît le nom de ses brebis, nous accordera à tous la grâce du Saint-Esprit. » Ainsi parla le Supérieur et Zosime, après s’être de nouveau prosterné et s’être recommandé à ses prières, dit « Amen » et resta au monastère.

Il y vit des vieillards honorables par leur vie et leurs méditations, animés d'une foi ardente, œuvrant pour le Seigneur. Leurs chants étaient inlassables, leurs prières duraient toute la nuit. Ils avaient toujours du travail entre les mains, des psaumes aux lèvres. Pas une parole inutile, pas une pensée pour les choses d'ici bas : les bénéfices, calculés annuellement, et les soucis des besognes terrestres ne leur étaient même pas connus de nom. Leur unique préoccupation était de parvenir à rendre leur corps semblable à un cadavre, de se détacher complètement du monde et de tout ce qu'il comprend. Leur aliment inépuisable était la Sainte Parole. Ils n'accordaient au corps que la nourriture strictement indispensable : du pain et de l'eau, car chacun d'eux brûlait d'une sainte ardeur. En voyant cela, Zosime, comme il le disait lui-même, profitait grandement de cet enseignement et accélérait sa course en avant, car il avait trouvé des compagnons qui cultivaient avec zèle le jardin de Dieu.

Bien des jours passèrent ainsi et vint enfin l'époque à laquelle il est recommandé aux chrétiens de faire carême, afin de se préparer à saluer dignement la sainte Passion et la Résurrection du Christ. Les portes du monastère demeuraient toujours fermées, permettant ainsi aux moines de s'exercer dans le calme. Elles ne s'ouvraient que lorsqu'une nécessité absolue obligeait un moine à sortir de l'enceinte. Cette région était déserte et non seulement inaccessible aux moines des alentours, mais même inconnue d'eux. Ce monastère avait une règle qui, je pense, était la raison pour laquelle Dieu y fit venir Zosime. Quelle était cette règle et comment était-elle observée ? – je vais vous le dire immédiatement. Le premier Dimanche de Carême on célébrait à l'église comme à l'accoutumé la Sainte Eucharistie et chacun communiait. Ensuite, comme d'habitude, les moines prenaient quelque nourriture. Puis, tous se rassemblaient à l'église et, après avoir prié avec ferveur, les vieillards se prosternaient et s'embrassaient mutuellement, ils se prosternaient et embrassaient également le Supérieur et chacun demandait aux autres de prier pour lui et d'être son compagnon dans la lutte qui l'attendait.

Les portes du monastère s'ouvraient alors et, au chant du psaume : « Le Seigneur est mon illumination et mon Sauveur, qui craindrai-je ? Le Seigneur est le défenseur de ma vie, qui redouterai-je ? » les moines sortaient du monastère. Un ou deux moines demeuraient cependant au cloître, non pas pour garder leurs biens (ils ne possédaient rien qui puisse tenter les voleurs), mais pour ne pas laisser le monastère sans offices. Chaque moine emportait avec lui la nourriture qu'il pouvait et voulait prendre. L'un prenait un peu de pain, l'autre des figues, celui-ci des dattes, celui-là des graines macérées dans de l'eau. Le dernier, enfin, n'avait rien d'autre que son corps et les pauvres vêtements qui le couvraient et, lorsque celui-ci réclamait sa nourriture, il mangeait les plantes qu'il trouvait dans le désert. Ils avaient en outre pour règle (qui était strictement observée par tous) d'ignorer entre eux leur manière de vivre et de pratiquer le jeûne. Traversant immédiatement le Jourdain, ils se dispersaient dans le désert loin les uns des autres. Si, par hasard, l'un d'eux apercevait de loin un frère s'avançant dans sa direction, il s'éloignait immédiatement de lui. Chacun vivait seul en présence de Dieu, mangeant peu et chantant inlassablement des psaumes.

Ayant ainsi passé tout le Carême, ils revenaient au monastère une semaine avant la Résurrection du Sauveur, lorsque l'Église a établi de fêter avec des rameaux la première annonce de la grande fête. Chacun rentrait au monastère chargé des fruits de sa conscience, qui savait comment il avait œuvré et de quel labeur il avait jeté la semence en terre. Nul ne s'inquiétait de savoir comment l'autre s'était acquitté de sa tâche. Telle était la règle du monastère, règle qui était strictement observée. Chacun d'eux, durant son séjour dans le désert, luttait contre lui-même face à l'Arbitre de ce combat – Dieu, sans chercher à plaire aux hommes ni à pratiquer le jeûne devant leurs yeux. Car tout ce qui est fait dans le but de plaire aux hommes, non seulement ne profite pas à son auteur, mais se trouve parfois être pour lui la raison d'un grave châtiment.

Se conformant aux règles du monastère, Zosime traversa également le Jourdain, emportant avec lui un peu de nourriture et les humbles vêtements qui le couvraient. Il traversait le désert en priant et mangeait lorsque sa nature l'exigeait. Il dormait la nuit, s'arrêtant là, où le surprenait le crépuscule. Au matin, il reprenait sa route, brûlant du désir d'aller de plus en plus loin. Il voulait, disait-il, pénétrer jusqu'au cœur du désert, dans l'espoir d'y trouver un père qui y habitât et qui serait susceptible d'apaiser sa faim spirituelle : Et il marchait inlassablement, comme s'il se hâtait vers un gîte bien connu de tous. Il marchait déjà depuis vingt jours, lorsque vers le soir il s'arrêta et, se tournant vers l'Orient, il dit sa prière habituelle. Il interrompait toujours sa route régulièrement et se reposait quelque peu de ses fatigues tantôt en demeurant debout et en chantant des psaumes, tantôt en s'agenouillant pour la prière.

LA RENCONTRE INATTENDUE

Et voici que, pendant qu'il chantait les yeux fixés au ciel, il vit, à droite de l'éminence sur laquelle il se trouvait, se profiler comme l'ombre d'un corps humain. D'abord, il pensa être victime d'une vision démoniaque et sursauta même. Mais, s'étant signé pour chasser sa frayeur (sa prière était déjà terminée), il tourna son regard et vit, en effet, un être s'avancer en direction du sud. Cet être était nu, noir de corps comme s'il avait été brûlé par l'ardeur du soleil ; ses cheveux étaient blancs comme du lin et courts, ne descendant pas au-delà du cou. L'ayant vu, Zosime, comme en proie à une forte joie, se mit à courir dans la direction où s'éloignait la vision. Sa joie était immense. Pas une seule fois, durant tous ces jours, il n'avait aperçu ni figure humaine, ni oiseau, ni animal terrestre, ni même une ombre. Il cherchait à savoir qui était l'être qui lui était apparu et d'où il venait, dans l'espoir que lui seraient révélés quelques grands mystères.

Mais, lorsque le spectre aperçut de loin Zosime, il se mit à fuir rapidement dans le désert. Et Zosime, oubliant sa vieillesse, ne songeant même plus aux fatigues de la route, s'efforçait de rejoindre le fugitif. Il le rattrapait, l'autre le fuyait. Mais Zosime était plus rapide et bientôt la distance diminua entre eux. Lorsque Zosime s'en approcha suffisamment pour que sa voix pût être entendue, il se mit à crier en pleurant : « Pourquoi fuis-tu devant un vieillard pécheur ? Serviteur de Dieu, attends-moi, qui que tu sois, je t'en conjure au nom de Dieu, pour l'amour duquel tu vis dans ce désert. Attends l'homme faible et indigne que je suis, je t'en conjure par la récompense que tu en espères. Arrête-toi, prie pour moi et donne-moi ta bénédiction, au nom du Seigneur, qui ne méprise personne ». Ainsi parlait Zosime et ils couraient tous deux dans une région qui ressemblait au lit d'un torrent desséché. Mais je pense qu'il n'y a jamais eu de torrent en ce lieu et que le sol avait naturellement cet aspect.

Lorsqu'ils atteignirent cet endroit, l'être qui fuyait y descendit, puis remonta sur la rive opposée du ravin, tandis que Zosime fatigué et incapable de poursuivre sa course, s'arrêta de ce côté, accentuant ses larmes et ses supplications, qui pouvaient maintenant être entendues de près. Alors le fugitif fit entendre sa voix : « Père Zosime, pardonne-moi, pour l'amour de Dieu ; je ne puis me retourner et te montrer ma face. Je suis femme et nue, comme tu la vois ; mon sexe n'est pas voilé. Mais si tu veux exaucer la prière d'une pécheresse, lance-moi ton vêtement pour que je puisse en couvrir ma faiblesse féminine et me tourner vers toi pour recevoir ta bénédiction ». L'effroi et la stupeur confondirent Zosime avouait-il, lorsqu'il s'entendit appeler par son nom. Mais, étant homme de vive intelligence et habitué aux manifestations de la puissance de Dieu, il comprit que la femme ne l'aurait pas appelé par son nom sans l'avoir jamais vu auparavant, ni en avoir entendu parler, si elle ne possédait pas le don de clairvoyance.

Il s'exécuta donc immédiatement et, enlevant son vieux manteau monastique il le lança à la femme qui en couvrit sa nudité. Se tournant alors vers Zosime elle dit : « Pourquoi Zosime, as-tu désiré voir une pécheresse ? Que veux-tu voir ou apprendre de moi, pour ne pas avoir craint d'assumer une telle fatigue ? »

Il s'agenouilla en demandant la bénédiction d'usage ; elle se prosterna également. Ils restèrent ainsi prosternés à terre, chacun implorant la bénédiction de l'autre et les seuls mots que chacun d'eux prononçait étaient : « Donne-moi ta bénédiction ».

Au bout d'un long moment, la femme dit à Zosime : « Père Zosime, c'est à toi qu'il appartient de bénir et de prier. Tu es honoré de la dignité de prêtre, depuis de nombreuses années tu officies devant l'autel et présentes à Dieu l'offrande des Saints Dons ». Ces paroles augmentèrent encore l'effroi du vieillard ; il se mit à trembler, son corps se couvrit de sueur, il gémit et sa voix se brisa. Enfin, reprenant son souffle à grand peine, il dit à la femme : « Oh, mère habitée par le Divin Esprit, il apparaît de ta façon de vivre que tu demeures près de Dieu et que tu es déjà presque morte pour ce monde. Évidente est également la Grâce qui t'est accordée par le Seigneur, puisque tu m'as appelé par mon nom et as reconnu ma qualité de prêtre sans m'avoir jamais vu auparavant. La Grâce se reconnaît non au rang, mais aux dons spirituels. Donne-moi donc ta bénédiction, pour l'amour de Dieu, et prie pour moi, qui ai besoin de ton intercession ». Alors, cédant au désir du vieillard, la femme dit : « Béni soit Dieu, qui veille au salut des hommes et des âmes ». Zosime répondit « Amen » et tous deux se relevèrent. La femme dit au vieillard : « Pourquoi es-tu venu, homme, trouver une pécheresse ? Pour quelle raison as-tu voulu voir une femme dépourvue de toute vertu ? Du reste, tu as été amené ici par la grâce du Saint-Esprit, afin d'assurer à mon intention un service opportun. Dis-moi, comment vit maintenant le monde chrétien ? Et les rois ? Comment est gouvernée l'Église ? » Zosime lui répondit : « Par les saintes prières, ma mère, le Christ nous a donné à tous une paix durable. Mais exauce l'humble requête d'un vieillard et prie pour le monde entier et pour moi, pauvre pécheur, afin que mon séjour en ce désert ne reste pas sans fruit pour moi ». Elle lui répondit : « Il t'appartient à toi, père Zosime, au prêtre, de prier pour moi et pour tous. Car à cela tu as été appelé. Mais, puisque nous devons faire preuve d'obéissance, je ferai volontiers ce que tu me commandes ».

Ceci dit, elle se tourna vers l'Orient, regarda vers le ciel et, en levant les bras, commença à prier. Zosime ne distinguait pas les mots, de sorte qu'il ne pouvait comprendre sa prière. Il demeurait là, disait-il, tout tremblant, les yeux au sol, sans dire un mot.

Et il jura, invoquant Dieu pour témoin, que lorsque la prière de la femme lui parut longue, il leva les yeux et vit : la femme s'était élevée d'un coude au-dessus du sol et demeurait ainsi debout dans les airs en priant. Son émoi devint encore plus grand et, n'osant proférer une parole, il tomba à terre en répétant inlassablement : « Seigneur, pardonne-moi ».

Pendant qu'il était prosterné à terre, le vieillard fut assailli par le doute : « Ne serait ce pas un esprit et cette prière ne serait-elle pas simulée ? » Cependant, la femme se retourna et releva le vieillard en disant : « Pourquoi doutes-tu de moi, mon Père, et pourquoi penses-tu que je simule la prière ? Sache, homme, que je suis pécheresse, bien que je sois protégée par le saint baptême. Je ne suis pas un esprit, mais de la terre et de la cendre – une simple chair. Je n'ai rien de spirituel. » À ces mots, elle traça le signe de la croix sur son front et ses yeux, sa bouche et sa poitrine en disant : « Mon Père, que Dieu nous préserve du malin et de ses œuvres, car dur est le combat qu'il mène contre nous. »

Ayant entendu et vu cela, le vieillard retomba à terre en pleurant et étreignit les jambes de la femme en disant : « Je te conjure au nom du Christ notre Dieu, né de la Vierge Marie et pour l'amour duquel tu t'es résignée à cette nudité, pour l'amour duquel tu as tant mortifié ta chair, ne cache pas de ton esclave qui tu es, d'où tu viens, quand et comment tu es venue dans ce désert ? Révèle-moi tout, afin que soit connue l'action merveilleuse de Dieu. La sagesse cachée et les trésors enfouis – de quelle utilité peuvent-ils être ? Dis-moi tout, je t'en conjure. Car, en parlant, tu n'agiras pas par vanité, mais pour me faire voir la vérité, à moi, pauvre et indigne pécheur. J'ai foi que Dieu, au service duquel tu vis, m'a amené dans ce désert pour me montrer ses voies à ton égard. Il n'est pas en notre pouvoir de nous opposer aux desseins de Dieu. S'il n'entrait pas dans la volonté du Christ, notre Dieu, de te révéler, toi et ton ascèse, il n'aurait permis à personne de te voir et ne m'aurait pas donné la force d'accomplir un tel trajet, à moi qui n'ai jamais souhaité et n'ai jamais osé quitter ma cellule ».


Emil Nolde. Sainte Marie d’Egypte parmi les pécheurs,
 vers 1910, Hambourg, Kunsthalle  

LE RÉCIT D’UNE PÉCHERESSE

Le père Zosime parla longtemps ; enfin la femme lui dit en le relevant : « Je suis gênée, mon Père, de te révéler la honte de mes actes, pardonne-moi pour l'amour de Dieu. Mais puisque tu as déjà vu la nudité de mon corps, je te révélerai également mes actes, afin que tu saches de quelle honte est remplie mon âme. Et si je me suis refusée jusqu'à présent à te raconter ma vie, ce n'est pas pour fuir la vanité, comme tu le supposes, car de quoi pourrais-je me glorifier, moi qui fus le vase de prédilection de Satan ? Je sais également que lorsque je commencerai mon récit, tu t'enfuiras comme on fuit un serpent, car tes oreilles ne pourront supporter l'horreur de ma conduite. Mais je te dirai tout, sans rien celer, en te suppliant de prier pour moi, afin que Dieu me soit miséricordieux lors du Jugement dernier ». Le vieillard pleurait, la femme commença son récit :

« Mon pays natal, frère, est l'Égypte. Du vivant de mes parents, alors que j'avais douze ans, j'ai renié leur amour et suis venue à Alexandrie. J'ai honte de me remémorer comment j'ai perdu ma chasteté et me suis ensuite adonnée avec une frénésie insatiable à la luxure. Il est plus décent de noter cela brièvement, afin que tu connaisses mon vice et mon indignité. J'ai vécu près de dix sept ans en étant, pour ainsi dire, le bûcher du vice d'un peuple entier – mais ceci non par esprit de lucre, je te dis bien toute la vérité. Souvent, lorsqu'on voulait me payer, je refusais l'argent. J'agissais ainsi dans le but d'obliger le plus grand nombre possible d'hommes à me rechercher ; j'accomplissais bénévolement ce qui m'était agréable. Ne pense pas que j'étais riche et que je refusais l'argent pour cette raison. Je vivais d'aumônes, parfois je gagnais un peu d'argent en filant du lin ; mais j'étais possédée par un désir inassouvissable et une passion indomptable de me rouler dans la fange. Pour moi, c'était la vie ; j'estimais que toute souillure de la nature était la vie.

« Ainsi vivais-je. Puis, un jour d'été, je vis une multitude de Libyens et d'Égyptiens courir en direction de la mer. Je demandai à un passant : « Où courent ces gens ? » Il me répondit : « Tout le monde part pour Jérusalem afin d'assister à l'Exaltation de la Sainte Croix, qui, selon la coutume, doit avoir lieu dans quelques jours. » Je lui dis : « Ne me prendraient-ils pas avec eux si j'en exprimais le désir ? » – « Personne ne s'y opposera, si tu as de l'argent pour payer ton voyage et tes vivres ». Je lui dis : « En fait, je n'ai ni argent, ni vivres. Mais j'irai moi aussi à Jérusalem en montant à bord d'un des bateaux. Ils me nourriront, qu'ils le veuillent ou non. J'ai un corps ; ils le prendront en paiement de la traversée. » L'envie me vint de partir (pardonne-moi, mon Père), afin de trouver davantage d'amants pour assouvir mon vice. Je t'avais bien dit, Père Zosime, de ne pas m'obliger à te révéler ma honte. Je crains – Dieu en est témoin – de t'offenser et de souiller l'air par mes paroles ».

Zosime, dont les larmes mouillaient abondamment le sol, répondit : « Parle, pour l'amour de Dieu, parle et n'interromps pas le fil d'un récit à ce point édifiant ». Elle reprit donc son récit : « Ce jeune homme rit en entendant mes paroles éhontées et partit. Quant à moi, abandonnant là le rouet que je portais alors avec moi, je courus vers la mer, où tout le monde allait en hâte. Apercevant des jeunes gens debout sur le rivage – une dizaine environ, peut-être un peu plus, – pleins de force et alertes, – je les estimais aptes à servir à mes desseins. Certains d'entre eux semblaient encore attendre d'autres voyageurs, tandis que leurs compagnons étaient déjà montés à bord. Sans vergogne, comme à l'ordinaire, je me mêlai à leur groupe. « Prenez-moi avec vous, dis-je. Je ne serai pas de trop pour vous ». J'ajoutai quelques mots encore pires, provoquant le rire général. Quant à eux, voyant mon consentement au vice, ils me prirent avec eux et m'emmenèrent sur leur bateau. Bientôt arrivèrent ceux qu'on attendait et nous partîmes.

Ce qui se passa ensuite, comment te le dire ? Quelle bouche décrira, quelles oreilles entendront ce qui se passa à bord pendant la traversée ? Par surcroît, je contraignais les malheureux même contre leur gré. Il n'y eut pas un aspect du vice, – qui puisse ou non être exprimé par des mots, – que je n'aie enseigné à ces malheureux. Je me demande, mon Père, comment les flots ont pu tolérer notre inconduite ! Comment la terre ne s'est-elle pas entrouverte, comment l'enfer n'a-t-il pas englouti vivante celle qui a pris tant d'âmes dans ses filets ! Mais je pense que Dieu cherchait mon repentir, car il ne souhaite pas la mort du pécheur, mais attend généreusement son amendement. C'est ainsi que nous atteignîmes Jérusalem. Je passai tous les jours qui nous séparaient de la fête en ville ; mes occupations étaient les mêmes que sur le bateau, sinon pires. Je ne me contentai pas des jeunes gens que j'avais connus durant la traversée et qui m'avaient aidée à faire le voyage, mais je recrutai à ces œuvres de nombreux hommes parmi les habitants et les étrangers.

Le jour de l'Exaltation de la Sainte Croix s'était déjà levé que je courais encore après les jeunes gens. À l'aube, je vis que tout le monde se hâtait vers l'église ; j'y courus aussi. J'arrivai ainsi jusqu'au parvis. Lorsque survint l'heure de la Cérémonie, je m'efforçai de pénétrer en même temps que le flot humain me bousculait en se dirigeant vers l'entrée de l'église. À grand peine et très pressée, je parvins finalement jusqu'à la porte par laquelle apparaissait aux fidèles la Sainte-Croix. Lorsque je mis le pied sur le seuil de l'église que tous franchissaient sans encombre, une force inconnue me retint, m'empêchant de passer. Je fus de nouveau repoussée et me retrouvai seule, isolée sous le porche.

LE VŒU ET LE REPENTIR

Trois fois, quatre fois, je répétai la manœuvre, jusqu'à ce que, fatiguée, j'eus perdu la force de me démener dans la foule et de supporter ses coups. Je m'écartai et restai debout dans un angle du porche. À grand peine commençai-je entrevoir la raison qui m'empêchait de pénétrer et d'apercevoir la Sainte et Vivifiante Croix. Mon cœur s'ouvrit à la parole de salut et je compris que l'indignité de mes actes me barrait l'entrée de l'église. Je commençai à pleurer et à me lamenter en me frappant la poitrine. Tout en pleurant, j'aperçus au-dessus de moi une icône de la Vierge. Je lui dis, en la fixant du regard : « Sainte Vierge, qui donna sa chair à Dieu le Verbe, je sais, je sais qu'il est indécent qu'une femme aussi impure et vicieuse contemple ton icône, Vierge très Sainte et pure, à toi, qui a préservé ton corps et ton âme de toute impureté et de toute souillure. Vicieuse comme je le suis, je dois à juste titre inspirer la colère et la répulsion à ta pureté. Si, comme je l'ai entendu dire, Dieu, qui naquit de toi, s'est fait homme pour amener les humains au repentir, viens en aide à une femme solitaire, qui ne peut attendre d'aide de personne. Ordonne que l'entrée de l'église me soit ouverte, ne me prive pas de la possibilité de contempler la Croix sur laquelle fut cloué en chair Dieu que tu mis au monde et sur laquelle il versa son Sang pour mon rachat. Ordonne que me soit rendue possible la sainte prosternation devant la Croix. Je t'invoque comme sûre garante devant Dieu, ton Fils, que je ne souillerai plus jamais ce corps par un accouplement honteux, mais, sitôt que j'aurai vu la Sainte Croix de ton Fils, je renoncerai au monde et à tout ce qu'il contient et me retirerai là où tu me l'ordonneras et me conduiras, Sainte Garante de mon salut ».

« Ainsi parlai-je et, ayant, semble-t-il, acquis quelque espoir dans une foi ardente, encouragée par la miséricorde de la Sainte Mère de Dieu, je quittai la place où je priai. Je me mêlai de nouveau à la foule qui entrait à l'église ; personne ne me bousculait plus, ne me repoussait plus, personne ne m'empêchait de m'approcher davantage des portes de l'église. En proie à la crainte et à l'agitation, je tremblais. Arrivée près de la porte qui m'était demeurée fermée jusque là, je sentis que la force qui m'empêchait d'entrer auparavant m'ouvrait à présent la voie, j'entrai sans difficulté et me trouvai au milieu de l'enceinte sacrée. Je fus admise à contempler la Sainte Croix et entrevis les voies de Dieu ; je vis comment le Seigneur reçoit les repentants. Je me prosternai et, après avoir embrassé cette sainte terre, je me précipitai, vers la sortie, me hâtant vers ma Sainte Garante. Je retournai à la place où j'avais fait mon vœu et, m'agenouillant devant la Très Sainte Vierge, je lui dis :

« Oh, Mère miséricordieuse, tu as montré sur moi ton amour de genre humain. Tu n'as pas repoussé la prière d'une femme indigne. J'ai vu la gloire que nous ne voyons pas, nous, pauvres malheureux – et c'est justice. Gloire à Dieu, qui reçoit par toi le repentir des pécheurs. De quoi pourrai-je me souvenir ou parler encore ? Il est temps, Très Sainte Vierge, que j'accomplisse mon vœu. Et maintenant, conduis-moi où tu le désires. Sois la Monitrice de mon salut, conduis-moi par la main sur le sentier du repentir. « À ces mots, j'entendis une voix venant d'en haut : « Si tu traverses le Jourdain, tu y trouveras un glorieux repos ». Entendant cette voix et ne doutant pas qu'elle ait retenti pour moi, je me mis à pleurer et m'écirai en m'adressant à la Sainte Mère de Dieu : « Sainte Vierge, ne m'abandonne pas ». Je sortis alors du porche et me mis en route.

Quelqu'un, à la sortie, me donna trois pièces de monnaie en disant : « Prends cela, petite mère. » J'achetai alors trois pains que j'emportai avec moi comme un don du ciel. Je demandai au marchand de pain : « Où est le chemin pour le Jourdain ? » On m'indiqua la porte de la ville qui y conduisait, je la franchis en courant et commençai ma route en pleurant. Je demandai mon chemin aux passants et, ayant marché le reste de la journée, (il était trois heures, je crois, lorsque j'aperçus la Sainte Croix), j'atteignis enfin, au crépuscule, l'église de Saint-Jean-Baptiste, non loin du Jourdain. Je fis une prière dans cette église et je descendis immédiatement jusqu'au Jourdain ; je baignai mon visage et mes mains dans ses saintes eaux. Je reçus la Sainte Communion à l'église du Précurseur, mangeai la moitié d'un pain et bus un peu d'eau du Jourdain. Je passai la nuit allongée sur le sol. Au matin, ayant découvert une petite embarcation, je me rendis sur l'autre rive et priai de nouveau la Reine des Cieux de me conduire où elle le désirait. Je me retrouvai donc dans ce désert et, depuis lors et jusqu'à ce jour, je m'éloigne et fuis, vivant ici dans la recherche constante de Dieu qui préserve ceux qui l'implorent du découragement et des tempêtes. »

Zosime lui demanda : « Depuis combien d'années, ma mère, demeures-tu dans ce désert ? » La femme répondit : « Quarante sept ans se sont écoulés, me semble-t-il, depuis que j'ai quitté la ville Sainte ». Zosime demanda : « Quelle nourriture trouves-tu ici ? » La femme dit : « J'avais deux pains et demi lorsque je traversai le Jourdain. Bientôt ils devinrent durs comme de la pierre. Petit à petit je les terminai. » Zosime demanda : « Est-il possible que tu aies pu vivre tant d'années sans souffrir d'un si brusque changement d'existence ? » La femme répondit : « Tu me questionnes sur des choses, Zosime, dont je tremble de parler. S'il me fallait revivre en mémoire tous les dangers que j'ai vaincus, toutes les mauvaises visions qui ont troublé ma pensée, je crains qu'ils ne m'assaillent de nouveau ». Zosime dit : « Ne me cache rien ; je t'ai priée de tout me dire sans réticence. »

Elle continua : « Crois-moi, mon Père, j'ai vécu dix sept ans dans ce désert en luttant contre les animaux sauvages – mes désirs forcenés. Dès que je m'apprêtais à prendre quelque nourriture, j'aspirais à manger de la viande ou du poisson, si abondants en Égypte. Je désirais boire du vin, que j'aimais tant – j'en buvais beaucoup au temps où je vivais dans le monde. Ici, je n'avais même pas d'eau et souffris horriblement de la soif. J'étais également torturée par un désir ardent de chanter les chansons grivoises du démon que j'avais apprises naguère. Je me frappais immédiatement la poitrine en pleurant et me remettais en mémoire le serment que j'avais fait en me retirant dans le désert. Je revoyais en pensée l'icône de la Vierge qui m'avait reçue, je l'implorais et la suppliais de chasser les visions qui torturaient mon âme. Lorsque j'eus suffisamment pleuré en me frappant la poitrine de toutes mes forces, je voyais une clarté m'éclairer de toutes parts. Puis, après l'orage, survenait une longue période d'accalmie.

« Et que puis-je te dire, mon père, des pensées qui me poussaient vers la luxure ? Un feu s'allumait dans mon pauvre cœur ; il me brûlait tout entière et réveillait en moi la soif des enlacements. Dès que cette tentation s'emparait de moi, je me jetais à terre, mouillais le sol de mes larmes comme si ma Sainte Garante eût apparu devant mes yeux et me menaçât de châtier le crime. Je ne me relevais (cela durait parfois un jour et une nuit) que lorsque la douce clarté m'illuminait et chassait les visions qui me hantaient.

J'ai toujours dirigé ma pensée vers ma Sainte Garante en implorant son secours pour celle qui se noyait dans les flots du désert. Elle a été mon Aide et la Marraine de mon salut. Ainsi ai-je vécu dix-sept ans au milieu de mille dangers. Depuis et jusqu'à ce jour, ma Protectrice me soutient en toute circonstance et semble me conduire par la main ».

Zosime demanda : « Est-il possible que tu n'aies pas manqué de nourriture et de vêtements ? » Elle répondit : « Ayant fini les pains dont je t'ai parlé, je me suis nourrie pendant dix-sept ans des herbes et de tout ce que l'on peut trouver dans le désert. Quant aux vêtements que je portais lorsque j'ai traversé le Jourdain, ils se sont déchirés et usés. J'ai beaucoup souffert du froid, de même que de la chaleur torride de l'été : tantôt j'étais brûlée par le soleil, tantôt je tremblais de froid et, souvent, tombant sur le sol, j'y demeurais allongée sans respiration ni mouvement. J'ai lutté contre de nombreuses adversités et de terribles tentations. Mais, depuis cette époque et jusqu'à ce jour, la Providence a protégé mon âme de pécheresse et mon pauvre corps par les voies les plus variées. Lorsque je pense de quels maux m'a sauvé le Seigneur, j'y trouve un aliment spirituel et un espoir de salut. Je me nourris et me vêtis de la parole de Dieu, Maître de toutes choses… et, " à défaut de vêtements, ceux qui auront rejeté les voiles du péché, se vêtiront de pierre ". »

Zosime constatant qu'elle citait les saintes Écritures – Moïse et Job – lui demanda : « Tu as lu les psaumes et autres livres ? » Elle sourit à ces mots et dit au vieillard : « Crois-moi, je n'ai pas même vu figure humaine depuis le jour où j'ai traversé le Jourdain, sauf toi aujourd'hui. Je n'ai vu ni bête, ni aucun être vivant depuis que j'ai connu ce désert. Je n'ai jamais lu de livres. Je n'ai même jamais entendu quelqu'un chanter ou lire un livre. Mais la Parole Divine, vivante et agissante, donne elle-même à l'homme toutes les connaissances. Voici la fin de mon récit. De même que je t'en ai prié au début, je te conjure encore maintenant, au nom du Verbe, de prier le Seigneur pour moi, pauvre pécheresse ». Ceci dit et ayant mis fin à son récit elle se prosterna devant le vieillard, qui s'écria avec des sanglots dans la voix : « Béni soit Dieu, qui a créé sans compter ce qui est grand et merveilleux, admirable et surprenant ! Béni soit Dieu qui m'a montré comment il comble ceux qui le craignent. En vérité, Seigneur, tu m'abandonnes pas ceux qui te recherchent ».

LA SAINTE COMMUNION

Retenant le vieillard, la femme ne lui permit pas de se prosterner devant elle, mais dit : « Je te conjure au nom du Christ notre Seigneur et Dieu, de ne révéler à personne ce que tu viens d'entendre, tant que Dieu ne m'aura pas délivrée de cette terre. Et maintenant, pars en paix et, l'année prochaine, tu me reverras et je te verrai de nouveau, si Dieu miséricordieux te conserve la vie. Serviteur de Dieu, fais ce que je vais te demander maintenant : au Grand Carême de l'année prochaine, ne traverse pas le Jourdain comme il est de coutume dans votre monastère ». Zosime fut surpris de constater qu'elle connaissait même les règles de son monastère, mais ne prononça pas d'autre parole que : « Gloire à Dieu, qui combe ceux qui l'aiment ». La femme continua : « Demeure au monastère, mon Père ; même si tu le voulais, il te sera impossible d'en sortit. Mais, au crépuscule du jour où l'on commémore la Cène, prends à mon intention dans un vase sacré digne d'un tel dépôt, une parcelle de la Chair et du Sang vivifiants du Christ, apporte les ici et attends moi sur la rive du Jourdain la plus proche des lieux habités, afin que je puisse recevoir la Sainte Communion. Depuis que j'ai communié à l'église du Précurseur avant de traverser le Jourdain et jusqu'à ce jour, je n'ai pas approché de la Sainte Table. Mais maintenant j'y aspire avec un irrésistible amour. C'est pourquoi je te demande et te supplie d'accéder à ma requête – apporte-moi les Saints et vivifiants Dons à l'aube du jour où le Seigneur fit participer ses Disciples à la Sainte Cène. Et dis au Père Jean, Supérieur du monastère où tu demeures : " Observe-toi et observe ton troupeau, il se passe chez vous des choses qui demandent à être corrigées " ». Mais je désire que tu lui dises cela non pas maintenant, mais lorsque le Seigneur te le suggérera. Prie pour moi ! » À ces mots, la femme disparut dans les profondeurs du désert. Zosime s'agenouilla, embrassa le sol sur lequel s'étaient posés ses pieds et rendit gloire et grâce à Dieu. Traversant de nouveau le désert, il revint au monastère le jour même où les autres moines y faisaient leur rentrée.

Toute l'année il garda le silence, n'osant révéler à personne ce qu'il avait vu. Mais, en lui-même, il priait Dieu de lui montrer de nouveau le visage désiré. Il se tourmentait et s'impatientait à l'idée du long délai que représente une année et souhaitait que sa durée fût, si possible, ramenée à un jour. Lorsque arriva le Dimanche qui commence le Carême, les moines sortirent du monastère après les prières d'usage en chantant des psaumes. Quant à Zosime, il fut retenu par la maladie : il brûlait de fièvre. Il se rappela alors les paroles de la sainte : « Même si tu le voulais, il te sera impossible de quitter le monastère ».

Bien des jours passèrent ; puis, se relevant de maladie, il demeura au monastère. Mais, lorsque les moines revinrent au cloître, le Jeudi Saint, il fit ce qui lui avait été ordonné. Déposant dans un petit ciboire une parcelle de la Sainte Chair et du Sang du Christ, notre Dieu, il mit dans un panier quelques figues, des dattes ainsi qu'une faible quantité de lentilles trempées dans de l'eau, et sortit du monastère tard dans la soirée. Arrivé sur les bords du Jourdain, il s'y assit en attendant la venue de la sainte. Elle tardait à venir, mais Zosime ne dormait pas et ne quittait pas le désert des yeux, attendant l'arrivée souhaitée. Assis sur le sol, le vieillard pensait : « Mon indignité l'a-t-elle empêchée de venir ? Ou est-elle venue et, ne me trouvant pas, s'en est-elle retournée ? » En parlant ainsi, il se mit à pleurer ; en pleurant, il gémit, leva les yeux au ciel et commença à prier : « Seigneur, permets-moi de revoir encore ce que j'ai été admis à contempler une fois. Ne me laisse pas repartir en emportant la preuve de mes péchés ». Ayant prié et pleuré ainsi, il eut une autre pensée : « Et qu'arrivera-t-il si elle vient ? Il n'y a pas de barque. Comment traversera-t-elle le Jourdain pour venir me rejoindre moi, l'indigne ? Oh, pauvre et malheureux que je suis ! Qui m'a privé – mais ce n'est que justice – d'un tel bienfait ? »

Et pendant qu'il réfléchissait ainsi, la sainte femme arriva et s'arrêta de l'autre côté du Jourdain. Zosime se leva, se réjouissant et rendant grâce à Dieu. Et de nouveau lui vint la pensée qu'elle ne pourrait pas traverser le Jourdain. Alors il la vit tracer le signe de la Sainte Croix au-dessus du fleuve (il faisait clair de lune, disait-il), s'avancer aussitôt sur l'eau et marcher sur les vagues dans sa direction. Mais lorsqu'il voulut se prosterner devant elle, elle l'en empêcha, en lui craint tout en marchant sur l'eau : « Que fais-tu, mon Père, tu es prêtre et tu portes les Saints Dons ! » Il lui obéit et se releva. Sortant sur le rivage, elle dit au vieillard : « Bénis-moi, mon Père, bénis-moi ». Il lui répondit en tremblant (l'émotion s'était emparée de lui à la vue de la vision miraculeuse) : « En vérité, Dieu est fidèle, lui qui a promis que lui seront semblables tous ceux qui se purifieront dans la mesure de leurs forces. Gloire au Christ notre Dieu, qui m'a montré, par sa servante, à quel point je suis éloigné de la perfection ». La femme le pria de dire le Symbole des apôtres et l'Oraison Dominicale. Il commença, elle termina la prière et, selon la coutume, donna au vieillard le baiser de paix. Ayant communié, elle leva les bras au ciel, soupira en pleurant et s'écria : « Maintenant, Seigneur laisse ton serviteur s'en aller en paix, selon ta parole, car mes yeux ont vu ton salut ».

LE DERNIER SOUHAIT

Puis elle dit au vieillard : « Pardonne-moi, mon père, et exauce un autre de mes désirs. Rentre au monastère à présent et que la grâce de Dieu te protège. Et l'année prochaine retourne de nouveau au torrent où je t'ai rencontré pour la première fois. Viens, pour l'amour de Dieu ; et tu me verras de nouveau, car telle est la volonté de Dieu ». Il lui répondit : « À dater de ce jour, je voudrais te suivre partout et toujours contempler ton saint visage. Exauce la seule prière d'un vieillard et prends un peu de la nourriture que j'ai apportée avec moi ». Ce disant, il lui montra son panier. Quant à elle, ayant effleuré les lentilles du bout de ses doigts et en ayant pris trois grains elle les porta à sa bouche. Elle dit que la Grâce de l'Esprit Saint suffit pour conserver la pureté de la substance de l'âme. Puis elle dit de nouveau au vieillard : « Prie pour moi, pour l'amour de Dieu, prie pour moi et souviens toi de la malheureuse que je suis ». Quant à lui, ayant effleuré les pieds de la sainte et l'ayant suppliée de prier pour l'Église, pour le monde et pour lui-même, il la laissa partir à regret et reprit le chemin du retour en pleurant et gémissant. Car il n'espérait guère vaincre l'invincible femme.

Quant à elle, ayant fait le signe de la croix au-dessus du Jourdain, elle s'avança sur l'eau et traversa la rivière comme précédemment. Le vieillard rentra au monastère rempli de joie et de crainte, se reprochant de n'avoir pas pensé à s'enquérir du nom de la sainte. Mais il espérait réparer cet oubli l'année suivante.

Un an après il retourna au désert, ayant observé tous les usages du monastère et se hâtant vers la vision miraculeuse.

Ayant traversé le désert et apercevant déjà certains indices de l'endroit qu'il cherchait, il regarde à droite, il regarde à gauche, fouillant partout des yeux comme un chasseur désireux de capturer l'animal préféré. Mais ne voyant aucun mouvement, il commença à verser des larmes. Dirigeant son regard vers le ciel, il pria : « Seigneur, montre-moi le pur trésor que tu as caché dans ce désert. Montre-moi, je t'en supplie, l'ange de chair dont le monde est indigne ». En priant ainsi, il arriva à la région dont l'aspect était celui d'un torrent desséché et, sur la rive opposée il vit la sainte étendue morte – tournée vers l'Orient – ses mains étaient croisées comme il convient. S'approchant d'elle, il couvrit de larmes les pieds de la bienheureuse ; il n'osa la toucher autrement.

Ayant pleuré longtemps et ayant récité les psaumes de circonstance, il dit la prière des morts et pensa : « Ne conviendrait-il pas d'inhumer le corps de la sainte ? À moins que cela ne lui déplaise ? » À cet instant il aperçut près de la tête de la morte ces mots tracés sur le sol : « Père Zosime, enterre à cet endroit le corps de l'humble Marie, restitue la poussière à la poussière, après avoir prié le Seigneur pour moi, morte au mois de Farmouphy égyptien, appelé avril en romain, le premier jour, dans la nuit même de la Passion du Seigneur, après avoir reçu la sainte Communion ». Ayant lu ces mots, le vieillard se réjouit d'avoir appris le nom de la Sainte. Il comprit qu'aussitôt après avoir communié sur les bords du Jourdain, la sainte s'était transportée à l'endroit où elle était morte. Cette distance, que Zosime mit vingt jours à parcourir avec peine, Marie la couvrit en une heure et rendit immédiatement son âme à Dieu.

Rendant gloire à Dieu et couvrant le corps de la défunte de ses larmes, il dit : « Il est temps, Zosime, de faire ce qui t'est ordonné. Mais comment pourras-tu creuser une tombe, malheureux, sans rien avoir en main ? » À cet instant il aperçut non loin de là un morceau de bois jeté dans le désert. Il le prit et commença à creuser. Mais la terre était sèche et ne cédait pas aux efforts du vieillard. Il se fatigua, transpirant abondamment. Soupirant du fond du cœur, il leva les yeux et vit un grand lion debout près de la dépouille de la sainte, dont il léchait les pieds. Apercevant le lion, le vieillard se mit à trembler de peur et ceci d'autant plus qu'il se souvint des paroles de Marie, qui affirmait n'avoir jamais rencontré de bêtes. Mais, se protégeant d'un signe de croix, il ne douta pas que le pouvoir de celle qui gîsait en ce lieu le protégerait. Le lion s'approcha de lui en témoignant de ses bonnes intentions par tous ses mouvements. Zosime lui dit : « La Glorieuse a ordonné d'inhumer son corps, mais je suis vieux et n'ai pas la force de creuser une tombe, je n'ai pas de pelle et ne peux retourner si loin pour apporter un coutil convenable ; fais donc ce travail avec tes griffes et rendons à la terre la dépouille mortelle de la sainte ». Il parlait encore que le lion avait déjà creusé avec ses pattes un trou suffisant pour enfouir le corps.

Le vieillard versa de nouvelles larmes sur les pieds de la sainte et, l'implorant de prier pour tous, il recouvrit son corps de terre en présence du lion. Le corps de la sainte était nu, n'était protégé que du manteau déchiré que lui avait lancé Zosime et dont Marie s'était couverte. Puis tous deux s'éloignèrent. Le lion, doux comme un agneau, s'enfonça dans le désert, Zosime retourna chez lui rendant gloire et grâce au Christ notre Dieu. Rentré au monastère, Zosime raconta tout aux moines, sans rien taire de ce qu'il avait entendu et vu. Il leur raconta tout en détail, depuis le commencement. Les moines témoignaient de leur étonnement devant les miracles de Dieu et commémoraient avec respect et amour la mémoire de la sainte. Quant au Supérieur, le Père Jean, il découvrit que quelques moines avaient besoin de s'amender ; aucune parole de la sainte ne demeura par conséquent inutile ou incomprise. Zosime mourut au monastère, ayant presque atteint l'âge de cent ans.

Les moines conservèrent la tradition de ces faits sans les inscrire et les proposaient en exemple édifiant à tous ceux qui voulaient bien les écouter. On n'a pas entendu dire jusqu'à ce jour que quelqu'un ait inscrit ces faits. Quant à moi, j'ai exposé par écrit ce qui m'a été transmis verbalement. D'autres ont peut-être décrit la vie de la sainte, – bien mieux et plus dignement que je ne l'ai fait – bien qu'aucun renseignement ne me soit parvenu à ce sujet. Pour ma part, j'ai, selon mes moyens, consigné par écrit cette relation en m'attachant à la vérité avant toute chose. Que Dieu, qui accorde sa grâce à ceux qui L'implorent, permette à ceux qui liront ce récit d'y trouver un profit spirituel en récompense pour la peine de celui qui a fait ce travail ; que Dieu l'admette là où demeure à présent la bienheureuse Marie (dont nous dépeignons ici la vie) avec tous ceux qui ont su plaire au Seigneur, auquel est dû tout honneur, toute Gloire et adoration avec son Père sans Commencement et le Saint, Bon et Vivifiant Esprit, maintenant et toujours dans les siècles des siècles. Amen.




Tintoret. Sainte Marie l’Égyptienne, vers 1585, 
Venise, Scuola Grande di San Rocco

Le Moine et la courtisane : Saint Zosime et Sainte Marie l’Égyptienne. 
Réflexions sur la Vie de sainte Marie l’Égyptienne par saint Sophrone de Jérusalem

Après des années de prière assidue et de rude ascèse, le vieux moine Zosime se considéra comme ayant atteint la perfection, n’ayant nul besoin de l’enseignement de qui que ce soit. Il raisonna ainsi : « Y a-t-il au monde un moine susceptible de m’être utile et de m’apprendre quelque chose de nouveau, un exercice ascétique que je ne connaisse pas et que je n’aie déjà accompli ? Se trouvera-t-il parmi les sages du désert un homme qui me soit supérieur par sa vie et ses méditations ? »

Sa recherche de la perfection et la sainteté dans le désert de la Palestine l’amène face-à-face à une ancienne courtisane, toute aussi vieille que lui, solitaire depuis des décennies, nue, brûlée par le soleil, sans instruction, une simple femme qui lui apprend la signification de la repentance et de la miséricorde, de l’ascèse et de l’humilité, comme il ne les avait jamais expérimentés dans sa vie de moine. Lui, moine et prêtre, devient le disciple de cette femme qui a atteint la vraie perfection et la sainteté, seule du désert, mue par le repentir et guidée et instruite par l’Esprit-Saint. Zosime reconnaît la sainteté de Marie et il est attiré par sa beauté spirituelle et la vie de l’Esprit qui jaillit en elle. Son respect et son amour pour elle lui permettent d’accueillir son enseignement, qui pénètre sa sensibilité et son cœur. Après leur première rencontre, où elle lui révèle sa vie, il doit apprendre l’humilité et la patience, en attendant leur deuxième rencontre. Son chemin de repentir, sa nouvelle ascèse, est de servir Marie en tant qu’enfant de l’Église – notamment en lui apportant la Sainte Communion – et de recevoir et accepter la vie de Marie comme grande leçon spirituelle, la faisant connaître à son entourage et au monde entier. C’est son obédience, dont l’accomplissement doit attendre l’œuvre écrite d’un autre grand disciple de Marie, le patriarche Sophrone de Jérusalem : Sceller le secret du roi est bien, révéler les faits de l’action divine est louable (To 12,7).

L’histoire de Zosime et de Marie est la réalisation d’une vision : il voit d’abord une ombre, puis une femme nue, puis une sainte, manifestation de sa propre quête spirituelle. Il lui donne sa propre robe monastique à porter, car elle est moniale sans monastère, et il l’enterre à la manière des moines, dans sa robe monastique. La guérison spirituelle de Zosime, à travers sa rencontre avec Marie, s’accomplit par étapes, qu’il accepte de suivre sans savoir où elles le mèneront. Il suit son cœur, qui lui dit que Marie est son maître et qu’il doit la servir s’il veut avancer dans la vie spirituelle. Dieu est doux (cf. Ps 33,9 et Mt 11,29-30) et cette douceur se manifeste à Zosime à travers Marie, parmi la sévérité et l’aridité du désert, et à Marie, qui de sa part reconnaît en Zosime un homme de prière et de l’Église. Dieu est doux et nous pouvons marcher dans cette douceur à la rencontre de la sainteté dans la vie de tous les jours, non seulement au désert de Palestine. Avec Zosime et Marie, nous pouvons préparer notre coeur pour la rencontre de l’Autre à travers l’autre qui se présente à nous, par le désir, la prière, le jeûne, l’épreuve, oui, par la chute et l’échec, dans lesquels nous reconnaissons notre propre faiblesse, et qui deviennent la préparation à la communion spirituelle.

Le chemin de Zosime et de Marie est abreuvé de larmes, larmes qui arrosent le désert des cœurs arides et font jaillir les plus belles fleurs. Les larmes signalent le repentir, l’union de la douleur, de l’amour et de l’espérance ; les larmes accompagnent les mouvements du cœur, l’intrusion de la joie dans la souffrance, de la lumière dans les ténèbres, de l’amour dans la solitude. Fruit de l’Esprit, les larmes signe de faiblesse dans le monde, sont une source de puissance spirituelle. La rencontre des deux solitudes du désert apporte à chacun la perfection de la guérison, l’accomplissement de la vie de chacun. Zosime signifie la reconnaissance de l’Église de la sainteté de Marie, scellée par la communion au Corps et Sang du Christ, et Marie symbolise l’accomplissement du but de l’Église, la sanctification de ses membres en Christ. Zosime et Marie donnent naissance l’un à l’autre en Christ et en l’Église ; comme dans un mariage, chacun fait l’offrande de soi à l’autre, et, ce faisant, à Dieu ; ils sont en véritable communion l’un avec l’autre, et à travers l’autre, avec le Christ. Chacun trouve dans l’autre ce qui lui manque pour atteindre à la perfection de l’amour et de la communion : Zosime, le maître qu’il cherchait et qui lui apprend celui qu’il est et ce qu’il lui manque ; et Marie, l’accomplissement du but de sa vie et de son rôle dans l’Église. C’est ainsi que toute personne, comme Zosime, apercevant la femme nue dans le désert – la nudité spirituelle du désert des cœurs humains – cherche à la suivre et à l’atteindre afin d’apprendre d’elle ce qu’il lui manque pour devenir véritable enfant de Dieu.

Paul Ladouceur et Mary Marrocco



VIE DE SAINTE MARIE L'EGYPTIENNE

Le péché


La racine du péché

«Du vivant de mes parents, à douze ans accomplis, je rejetai toute tendresse à leur égard et me rendis à Alexandrie...». Cette affirmation initiale n'est simple qu'en apparence. La confession de sainte Marie l'Egyptienne nous introduit en fait au cœur de cette énigme qu'est le péché en l'homme. La mention des «douze ans accomplis» n'est pas fortuite. Cet âge est celui d'un changement de statut social. L'enfant n'est plus considéré comme tel sans pour autant jouir de la totalité des prérogatives de l'adulte. Comme tous les changements, tous les passages de la vie sociale, l'acquisition d'une liberté neuve mais limitée est l'occasion d'une crise qui affecte non seulement l'adolescent mais aussi son milieu. Celui-ci doit désormais le reconnaître à la fois comme identique et différent *.

Cette affirmation d'autonomie de la part d'un adolescent qui assume sa vocation est uniquement l'expression de sa volonté d'acquiescement au vouloir divin. Ce n'est en rien une rupture violente par rapport au milieu familial. Jésus accomplit toute la Loi, bien plus, en sa personne, il est la Loi. Il ne peut y avoir en Lui d'opposition entre le premier commandement du Décalogue et le cinquième : «honore ton père et ta mère» (Dt 5, 6-22 ; Ex 20, 1-17). Il est inséparablement la Gloire du Père qui l'a engendré avant les siècles et la Gloire et la fierté de tout Israël. Plus il est aux affaires de son Père et plus il est l'honneur de sa mère et de toute la lignée de David : «bienheureuses les entrailles qui t'ont porté et les seins que tu as sucés» (Lc 11, 27).

La péricope évangélique à laquelle nous nous référons montre que la prise de distance de Jésus n'est pas une rupture haineuse. C'est bien plutôt une conséquence de la mission confiée par le Père : la soumission qu'il doit à ses parents se situe à l'intérieur du cadre plus vaste de son acquiescement au vouloir divin. Elle en est l'icône. Marie, ainsi éclairée sur la profondeur de la relation qui l'unissait à son fils dans l'ordinaire de la vie quotidienne, gardait tout cela et le méditait dans son cœur. Dès lors, il leur était soumis, et cette soumission était la plus haute expression de sa liberté.

Marie l'Egyptienne a pris un parti bien différent. «A douze ans accomplis, je rejetai, dit-elle, toute tendresse à l'égard de mes parents». A la lumière du passage évangélique que nous venons de citer, il est aisé de comprendre la nature réelle de cette révolte. La racine de son péché est une rébellion profonde, non dite. Entrant dans l'âge adulte, elle ne remet pas sa jeune liberté à l'Auteur de la liberté pour acquérir une liberté plus grande. Elle ne veut pas comprendre qu'on ne possède réellement que ce que l'on a offert et que le mystère de l'obéissance oblative régit la vie trinitaire toute entière. Elle s'empare du privilège qui lui a été accordé, s'en fait la propriétaire. Elle use contre le Créateur lui-même de cette liberté qu'il lui a concédée et qui la constitue comme image de Dieu. Par cet acte intérieur (il s'agit de la convoitise [« Nos pères ont tous été sous la nuée... cependant ce n'est pas le plus grand nombre qui plut à Dieu... ces faits se sont produits pour nous servir d'exemples, pour que nous n'ayons pas de convoitises mauvaises, comme ils en eurent eux-mêmes» (1Cor. 10, 10)] au sens biblique et patristique) elle s'interdit l'action de grâces et rejette de fait le premier et le plus grand des commandements.

Elle se rend ainsi incapable d'accomplir celui qui le suit immédiatement et qui commande d'honorer son père et sa mère. Elle renie toute paternité divine, toute confession de la divine Providence, elle apostasie et renonce à entendre l'appel à la sainteté. Séparée de Dieu, elle perd logiquement toute tendresse pour ses parents : elle se coupe de la communauté humaine en laquelle sa vie prend son sens. Elle veut être l'unique artisan de sa propre aventure. Coupée de son histoire et de toute solidarité, elle est désormais seule. Elle n'est plus une personne mais un individu séparé. Elle a voulu ravir la liberté mais, dans cet effort illusoire et ruineux, elle n'a acquis qu'une pernicieuse autonomie.

On comprend ainsi que le péché de Marie l'Egyptienne n'est pas d'abord la violation de l'ordre moral ou social, mais bien une rupture de la communion avec Dieu qui la livre à elle-même, abandonnée à ses propres forces.

La révolte

Le péché en sa racine, cet état pécheur intérieur, donne naissance au multiples rejetons que sont les actes peccamineux. Ayant renoncé à rendre un culte au vrai Dieu, Marie l'Egyptienne n'en reste pas moins une créature spirituelle destinée à l'adoration, même si elle le refuse. La perversité de son intention l'amène donc à s'adorer elle-même. Désormais elle rend un culte à sa chair ou plutôt, par elle, recherche l'ivresse du plaisir, pauvre substitut à la béatitude promise aux serviteurs de Dieu. Renonçant à la dépossession de l'amour, elle s'abandonne à la possession du plaisir. «Satisfaire en tout temps le mouvement passionné de la nature, voilà ce qui faisait ma vie et en réglait la conduite».

Marie l'Egyptienne menait donc une lutte incessante. Car le plaisir voulu pour lui-même est, au moins dans les commencements, à la fois violent et fugitif. Mais au fil du temps, il perd de son intensité. La passion devient frustrante, elle requiert, pour satisfaire une sensualité toujours plus exigeante, la réitération des actes et une perversité croissante. C'est ainsi que Marie l'Egyptienne, dans son expérience de l'athéisme, subit l'esclavage des sens et de la passion. Sous prétexte de l'exercice de sa liberté, elle est dépossédée d'elle-même. Elle perd toute pudeur, donne libre cours aux dépravations, et recherche un nombre toujours croissant de partenaires.

On le voit, Marie l'Egyptienne expérimente l'enfer. Elle s'épuise dans une course effrénée contre la frustration que cette course même engendre. C'est ainsi que refusant le culte en esprit et en vérité qu'elle devait à Dieu, elle s'est de fait éloignée d'elle-même et est descendue par le péché au-dessous de sa nature. Dans son idolâtrie du plaisir sensuel elle est retournée à l'animalité. «L'envie insatiable, l'irrépressible amour de me rouler dans la fange me possédait». Sans s'en rendre compte, à ce jeu, Marie l'Egyptienne s'est désagrégée. Son corps n'est plus elle-même mais seulement l'instrument de son désir. Elle en fait ce qu'elle veut. Elle le possède comme un objet: «J'ai un corps, dit-elle, ils le prendront pour prix de la traversée».

Haine et envie

Mais les dommages qu'elle subit sont plus graves encore. Saint Sophrone nous montre Marie l'Egyptienne non seulement comme un animal, mais aussi comme un démon. Elle est devenue «le vase d'élection du diable» et, comme son maître, elle «rôde cherchant qui dévorer» (1Pierre 5, 8). Elle fait entrer en tentation, et ses procédés sont rigoureusement identiques à ceux du Mauvais qui l'inspire.

Tout commence par une sorte de liaison, Marie l'Egyptienne fait irruption, puis prononce des propos indécents, et enfin, pousse à rire. Après avoir obtenu ce premier accord non explicite, il est aisé de passer à l'acte. Cependant cette première victoire ne saurait la satisfaire. Ayant acquis par elle quelque emprise, la voici qui enseigne de nouvelles perversions, faisant expérimenter d'autres plaisirs. Ceux qui ont été attirés sont désormais subjugués et c'est ainsi que ces malheureux en viennent à se laisser contraindre à faire même ce qu'ils ne veulent pas. Ils sont réduits à un véritable esclavage. La servante du démon leur apparaît désormais comme un maître tyrannique.

Toute cette stratégie de Marie l'Egyptienne est au service d'une haine et d'une envie dont les raisons sont multiples, mais dont la première est sans doute, paradoxalement, son impuissance. Les hommes lui sont nécessaires pour assouvir sa passion, mais quel n'est pas son dépit de se voir dépendante du vouloir d'autrui, elle qui revendique sa totale libération. La nécessité où elle est de devoir séduire est le signe de sa faiblesse. Elle ne peut rien contre ceux qui ne lui cèdent pas ou même qui ne lui prêtent pas attention. Elle en vient seulement à être «offerte au peuple comme un combustible disponible à tous pour le feu de la débauche».

Mais sa haine des hommes s'accroît aussi, et peut-être surtout, parce qu'il subsiste en elle, et sans qu'elle se l'avoue, la nostalgie de la beauté spirituelle à laquelle elle a volontairement renoncé : elle veut «piéger l'âme des jeunes gens», comme si cette capture lui fournissait un aliment nécessaire. Elle mène l'existence misérable et pathétique d'un être déchiré entre l'attrait de la Beauté et l'incapacité d'y consentir. Marie l'Egyptienne fait l'œuvre du diable, lui qui «est homicide dès le commencement..., menteur et père du mensonge» (Jn 8,44).

La vie de pénitence

La conversion

«A ce qu'il me semble, Dieu voulait mon repentir, il ne veut pas la mort du pécheur, il attend patiemment et accueille de grand cœur la conversion». La conversion de sainte Marie l'Egyptienne a pour cause première la volonté divine. Dieu agit avec elle comme il a agi à l'égard de son peuple. Il a pour elle une patience qui est à la fois pitié, fidélité, tendresse. Sa pitié à l'égard de Marie l'Egyptienne est une bienveillance gratuite : il s'incline, consent, attend, se fait discret. Mais cette pitié s'accompagne de son irrévocable fidélité : jamais Dieu notre Père ne renonce à son dessein de salut. De cette manière se déploie une mystérieuse tendresse que la Bible n'hésite pas à qualifier de maternelle. Nul ne peut désespérer car son être même est inscrit dans la mémoire de Dieu : «Une femme oublie-t-elle son petit enfant, est-elle sans pitié pour le fils de ses entrailles ? Même si les femmes oubliaient, moi je ne t'oublierai pas» (Is 49, 15).

Mais il ne faudrait pas se laisser leurrer par le terme de tendresse que nous venons d'employer. Il ne s'agit en aucun cas d'un sentiment doucereux. La tendresse divine ne s'exerce qu'en vue du repentir (Sag 11, 24). La Sagesse utilise au profit de l'homme jusqu'à son péché. Dieu guérit du péché en le laissant agir (cette tactique est mise en œuvre dans la passion du Fils. Les circonstances de sa mort furent toutes déterminées par le péché des hommes. Jésus s'est librement livré aux mains des pécheurs et des impies, et ceux-ci ont fait de Lui ce qu'ils ont voulu. C'est ainsi que la mort a été prise au piège, que l'enfer a englouti Celui qu'il ne pouvait retenir captif, et a été contraint par la Sagesse divine de libérer ceux qu'il tenait enchaînés. Dieu a utilisé le péché, qu'il n'a certes pas voulu, pour que son Fils bien-aimé aime comme personne n'a jamais aimé) car il conduit inéluctablement le pécheur à la ruine. L'homme découvre ainsi le tort qu'il se fait en ne suivant que son désir (toute l'histoire du peuple d'Israël suit cette logique, elle est rythmée par la célébration de l'alliance à laquelle succède l'infidélité du peuple de Dieu et l'effondrement historique lié à ce péché. Le retour au Dieu sauveur est l'inéluctable conséquence du désastre. La célébration du renouvellement de l'Alliance inaugure une période de restauration).

C'est ainsi que Marie l'Egyptienne par l'impossibilité où elle est d'entrer dans le temple pour vénérer la divine et vivifiante Croix, instrument du salut universel, est mise en face de son excommunication de fait. Elle seule est empêchée et repoussée dans le parvis de l'église où elle ne peut que se réfugier dans un coin, symbole de l'impasse où elle s'est fourvoyée. Il faut du temps à notre héroïne pour comprendre que cette impossibilité ne vient pas de quelque faiblesse physique qui l'affecterait. Elle ne saurait en dire plus, incapable de connaître la cause de l'enfer qu'elle expérimente. Elle est une énigme pour elle-même, accablée par son effondrement : «J'en étais découragée, je n'avais plus de force, mon corps était brisé». C'est par pure grâce que lui seront accordés les prémices du salut. «Le Verbe Sauveur toucha les yeux de mon cœur me montrant que c'était la fange de mes actions qui me fermait l'entrée». Le Christ vient briser les verrous qui la tenaient captive en les exposant en pleine lumière. La voilà désormais libre.

La Lumière de l'Esprit-Saint inaugure en elle un saint deuil. «Je commençais à pleurer, à me lamenter, à me frapper la poitrine en gémissant du fond du cœur». Cette manière de parler n'est pas un artifice littéraire tout oriental. C'est bien plutôt la description d'un enchaînement spirituel logique dans le processus d'une pénitence authentique. L'irruption de l'Esprit a provoqué le brisement du cœur dont les larmes sont le signe. Les lamentations sont celles-là même d'Adam qui se voit désormais soumis à une condition mortelle, mais bien plus encore celles que l'on fait sur le cadavre que l'on est devenu.

Mais dans le même temps, ces larmes de componction se mêlent aux eaux vives de l'Esprit qui jaillissent en vie éternelle. C'est pourquoi lorsque Marie l'Egyptienne se frappe la poitrine, elle confesse qu'elle est pleinement responsable.

Elle désigne son cœur, non seulement comme la source véritable de ses iniquités, mais aussi comme le lieu où s'accomplit l'œuvre de l'Esprit. Le gémissement qu'elle ne peut s'empêcher de pousser est l'expression de son espérance contre toute espérance, appel inarticulé à la miséricorde divine.

L'action bouleversante du Sauveur qui envoie l'Esprit, l'Illuminateur, donne à Marie l'Egyptienne, dans l'impasse de sa solitude, les larmes du repentir. Mais ce n'est qu'un don préparatoire. A travers ces larmes qui lavent son regard, elle peut désormais discerner dans l'icône de la Mère de Dieu le signe de sa présence compatissante. Dès lors, (et c'est là le véritable bien spirituel), celle qui est maintenant une pénitente peut confesser explicitement sa faute à la Toute Pure. Retrouvant la parole, elle peut conclure avec elle un pacte, une alliance, où elle offre son propos de conversion contre l'assurance d'être secourue.

Et la montée vers la Lumière se poursuit. Tout lui est désormais montré puisqu'elle accueille «le feu de la foi comme quelque chose de certain». Les portes de l'Eglise, lieu du salut, lui sont ouvertes. Guidée par l'Esprit, elle peut voir le Bois vivifiant, la Croix du Fils, et comprendre comment le Père attend le repentir des pécheurs : «Celui qui n'avait pas connu le péché, Dieu l'a fait péché pour nous, afin que nous devenions par Lui justice de Dieu» (2Cor 5, 21). Elle contemple Jésus qu'elle persécute et comprend le mystère de la divine Economie.

On aurait tort de croire qu'il s'agit là seulement d'une saisie purement intellectuelle. Les verbes grecs employés désignent tous une connaissance impliquant une participation. Marie l'Egyptienne communie de tout son être de pécheresse pardonnée à l'amour qui la sauve.

Dans le mouvement même de la charité retrouvée, elle s'incline devant tous. Son péché n'a pas seulement été un refus du Ciel. Il fut tout autant une injure à la terre. De là provient son étonnement : «Comment la terre n'a-t-elle pas ouvert la bouche et fait descendre en enfer toute vivante celle qui prenait tant d'âmes dans ses pièges ? ». Elle comprend que tout a été créé pour elle et que, se détournant de sa vocation, elle a privé la création de son sens. Elle est coupable de tout devant tous. C'est pourquoi en signe de repentir, elle s'abaisse et vénère cette terre sanctifiée par les pas du Sauveur et qu'elle a offensée.

Dès lors, remplie d'action de grâces, elle retourne en hâte vers l'icône de la Mère de Dieu pour apprendre d'elle ce qu'il lui convient désormais de faire. La vérité de la conversion de sainte Marie l'Egyptienne se reconnaît à son obéissance exemplaire. L'obéissance de sainte Marie l'Egyptienne est un sacrifice (dont le prototype est celui qu'accomplit naguère Abraham (offrant à Dieu pour l'holocauste l'objet même de la Promesse : Isaac, son fils) et dont la source et l'accomplissement parfait se trouvent dans le sacrifice rédempteur du Fils unique : Lui qui «de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l'égalait à Dieu, mais s'anéantit lui-même... obéissant jusqu'à la mort, et la mort de la Croix» (Phil. 2, 68)) résolu de sa volonté propre sur l'autel de la Foi. Elle consiste d'abord en une attitude intérieure d'écoute attentive de la volonté divine, accompagnée d'une imploration sincère pour avoir la force de la mettre en pratique. L'action en découle naturellement. L'obéissance s'accomplit dans la foi, sans tergiversation inutile, et de façon décidée.

Le sacrifice de sainte Marie l'Egyptienne est accepté par Dieu. Réconciliée, elle est réintégrée dans la solidarité humaine : quelqu'un ayant vu son dénuement lui fit l'aumône de trois pièces de monnaie. Elle fait partie désormais de ces pauvres que Dieu aime et qui reçoivent tout de Lui. Elle comprend que ce qui est donné par charité est icône du don permanent que Dieu fait de lui-même. «J'emportai l'offrande qui m'était faite et j'achetai grâce à elle trois pains que je considérais comme un viatique de bénédiction».

Une vie de pénitence

Parvenue au bord du Jourdain, Marie l'Egyptienne inaugure son existence nouvelle par un acte liturgique, une célébration de l'Alliance. Priant dans le sanctuaire de saint Jean le Baptiste, elle communie à la Parole du prophète : «Préparez le chemin du Seigneur... toute chair verra le salut de Dieu... produisez donc de dignes fruits du repentir...» (Lc 3, 4-5 et 7). Puis elle accomplit la parole : baignant ses mains dans l'eau du fleuve elle reconnaît que son péché n'est pas une simple faute morale que l'on pourrait oublier mais bien une blessure qui doit être purifiée et guérie.

Mais, elle ne baigne pas seulement ses mains, elle plonge aussi son visage dans l'eau sanctifiée par Celui qui, pur de tout péché, daigna y être baptisé. Elle laisse ainsi s'exprimer son désir de recouvrer sa beauté spirituelle. Dès lors, elle peut communier au corps très pur et au sang précieux du Seigneur Jésus. Elle s'expose à l'action salvatrice du Fils de Dieu et redevient temple du Saint-Esprit. Ainsi s'accomplit la prophétie que le prophète Malachie adressait au peuple d'Israël : «Il entrera dans son sanctuaire le Seigneur que vous cherchez; et l'ange de l'alliance que vous désirez, le voici qui vient! dit le Seigneur Sabaot.. Il est comme le feu du fondeur et la lessive des blanchisseurs. Il siégera comme fondeur et nettoyeur Il purifiera les fils de Lévi et les affinera comme or et argent. Alors l'offrande de judas et de Jérusalem sera agréée de Yahvé comme aux jours anciens» (Mal 3, 1-4).

Ayant fait de Dieu son abri, elle demeure dans le monde comme n'en étant pas. Elle communie au Christ Sauveur et l'Esprit la pousse au désert, lieu de l'union transformante. Elle s'abandonne à l'action de Celui qui est seul à connaître et la profondeur de son cœur et l'étendue de son mal. Elle comprend et accepte que l'œuvre de sa régénération, déjà acquise en Dieu, ne s'accomplisse que progressivement puisqu'elle est encore dans le temps. Dans son obéissant désir, franchissant le Jourdain, elle fera l'expérience de la vie pénitente. Elle s'avance donc hardiment dans le feu du désert.

Dépouillée de tout appui humain, solitaire dans un milieu hostile, Marie l'Egyptienne voit inexorablement diminuer le peu d'autosuffisance qu'elle possède encore : les pains qu'on lui a offerts s'épuisent et le vêtement qu'elle porte s'use. La voici réduite à ne devoir sa subsistance qu'aux herbes du désert et à vivre nue. Sans abri, elle fait l'expérience de la vie de pauvre qui lui rappelle sans cesse et sa fragilité et sa dépendance. Elle n'a d'espérance qu'en Dieu seul. Elle comprend qu'Il élève les humbles. Elle grandit dans la Foi. Elle accepte de demeurer volontairement immobile sous l'action divine. Faisant taire tout raisonnement humain, elle a confiance. Sa vie présente en la chair, elle la vit dans la foi au Fils de Dieu ( cf. Gal 2, 20). Son existence dans ce lieu de mort et de désolation qu'est le désert est un miracle par lequel lui est donnée la crainte de Dieu. Il n'est pas ici question de peur mais plutôt du sentiment paradoxal de celui qui, tout en reconnaissant son néant, se sait aimé et garde fidèlement l'espérance d'être sauvé. L'authenticité de cette sainte crainte est vérifiée par l'obéissance (Dieu dit à Abraham :«je sais maintenant que tu crains Dieu : tu ne m'as pas refusé ton fils unique» (Gen. 22,12)). Ainsi, espérance, foi, crainte de Dieu et obéissance sont les multiples aspects d'une attitude unique qui ne dit pas encore son nom et qui n'est rien d'autre que la charité.

Dans cette synergie avec Celui qui la conduit et la sauve, Marie l'Egyptienne est semblable à Israël au désert. La purification de son cœur a pour condition les contraintes de la vie risquée, mais elle ne s'accomplit que dans le combat contre les suggestions diaboliques. C'est pour cette lutte qu'elle a été conduite au-delà du Jourdain en ces contrées hostiles. Il faut que se révèlent au grand jour les puissances ténébreuses qui, bien que terrées depuis sa conversion, l'habitent encore après avoir régi sa vie. Elle les terrassera non par sa vigueur mais bien plutôt par sa faiblesse. Elle sera vainqueur par l'appui qu'elle prendra sur le Roc du Salut grâce à l'intercession de la Mère de Dieu. Prosternée à terre, elle obtient d'échapper au filet de l'oiseleur. Bien plus, par cette victoire qu'un Autre remporte pour elle, elle est transformée.

Quand l'assaut des tentations met en demeure Marie l'Egyptienne de se jeter à terre, elle confesse par son attitude sa condition de créature égarée. Telle est son humilité. Elle s'offre ainsi, dans l'immobilité, à une mystérieuse Lumière qui vient d'en-haut par grâce et qui est tout autant la réponse du Père à sa détresse que l'action du Christ sauveur, Lumière du monde ou le don de l'Esprit, l'Illuminateur qui purifie de toute souillure. Cette épiclèse accomplit le renouvellement de son être.

C'est ainsi que d'alliance en alliance, de hauteur en hauteur, Marie l'Egyptienne est guérie, purifiée, installée dans des dispositions stables pour la vie de charité, d'union à Dieu. Communiant au seul qui est Saint, elle n'a plus de vie, de repos qu'en Lui. Il est l'objet unique de son attention. Rien n'a d'intérêt qu'en Lui. Marie l'Egyptienne, pauvre de tout, riche de Dieu, recouvre sa virginité spirituelle et redevient elle-même, telle que Dieu l'a désirée avant la création du monde.

Le temps passé au désert dans cette lutte spirituelle se compte en années. Dix-sept ans. Une durée égale à celle où elle a vécu dans la débauche.

La vie en Dieu

Marie l'Egyptienne entre dans ce que l'on peut considérer comme la troisième étape de sa vie spirituelle (si l'on peut employer ce langage). Purifiée par la solitude, la nudité, les dangers encourus, elle accepte de ne devoir son existence qu'à une grâce dont elle se sait indigne. Accoutumée à devoir supplier pour tout, elle vit pour Dieu et demeure en Lui. On n'insistera jamais trop sur le caractère concret de cette communion à Dieu dans laquelle progressivement elle se détourne de la préoccupation de soi et en vient à aimer Dieu pour Lui-même. Elle Lui parle dans la chasteté d'une charité véritable. Objet de la grâce divine, initiée à la communion avec Dieu, elle est le trésor que Dieu a caché au désert.

Dans cet acte apparemment fou qui consiste à se renier soi-même aussi totalement (et qui devrait la conduire à une mort certaine) Marie l'Egyptienne trouve la vraie vie. Elle fait l'expérience de la foi et, par la foi, est introduite dans le mystère d'une existence eucharistique. Elle voit et comprend de quelle façon mystérieuse seule la bénédiction divine lui permet de subsister dans un monde si hostile. Elle habite un permanent miracle. Elle est tout entière revêtue de l'Esprit. Le Père qui la protège Le lui confère. I'Esprit l'inspire et la conduit à la Vérité tout entière. Par Lui, elle est initiée à la Parole de salut. Elle est introduite dans la connaissance des Ecritures sans qu'elle ait jamais appris les lettres. Elle est théodidacte, enseignée par Dieu. Communiant à la Parole, Marie l'Egyptienne devient compagne de vie du Verbe de Vérité. Dans cette union mystique elle trouve désormais nourriture et protection. Dans la Présence du Père, elle est conduite par l'Esprit au Sauveur crucifié et glorifié, et reçoit de Lui, en retour, une participation accrue à la grâce de ce même Esprit-Saint. Prise ainsi entre les deux mains du Père, elle est le lieu docile où peut s'accomplir le désir divin exprimé dans le secret trinitaire: «Faisons l'homme à notre image, comme notre ressemblance» (Gen 1, 26). C'est ainsi que Marie l'Egyptienne vit dans la communion trinitaire dès ici-bas. En cette existence eucharistique, elle devient ce qu'elle contemple. Encore sur terre, elle ne vit que du Ciel. Elle confesse que la grâce de l'Esprit suffit à conserver dans son intégrité l'être de sa personne. Cependant comme son passage sur l'autre rive n'est pas encore accompli, elle reste affamée et assoiffée de la communion au corps même et au sang même de son Seigneur et Sauveur.

Cet élan spirituel qui conduit Marie l'Egyptienne de commencements en commencements ne lui confère en rien l'assurance d'avoir gagné un havre de salut. Bien plutôt, malgré la permanence des prévenances divines, Marie l'Egyptienne demeure consciente de sa faiblesse. Elle sait que tout se joue dans le mouvement oblatif de sa liberté. Elle confesse sa condition de créature, poussière et cendre, pécheresse protégée par le rempart du Saint Baptême. Son identité profonde, même dans cet état spirituel élevé n'est jamais que celle d'une pécheresse pardonnée. C'est pourquoi elle se confie en tout à sa sainte protectrice, à Celle qui se porte garant de la vérité de sa conversion devant le Christ Sauveur. La très pure et toute bénie Mère de Dieu ne cesse de l'accompagner de sa sollicitude maternelle et de la conduire par la main sur le chemin étroit de l'obéissance aimante.

Non contente d'implorer encore le secours du Ciel, elle supplie aussi abba Zossima qu'elle a rencontré par la volonté divine d'intercéder pour elle afin de trouver grâce au jour du jugement. Même ornée des charismes les plus étonnants, elle ne se considère pas comme spirituelle. Elle se tient devant Dieu et devant toute créature dans une pieuse crainte. Amenée par Dieu à confesser ses errements passés, elle redoute que cette évocation ne fasse resurgir malgré elle des tentations dont elle n'a sûrement pas l'orgueil de croire qu'elle peut les vaincre à nouveau. Elle craint parce qu'elle sait la Puissance du Malin, aussi habile à duper l'intelligence qu'à utiliser la mémoire : le récit de sa confession pourrait comporter des dangers tant pour elle que pour d'autres. Et sa délicatesse est telle qu'elle craint même, en faisant le récit de ses turpitudes, de salir l'air. Elle sait quel drame le péché des hommes constitue pour eux et quelle catastrophe il entraîne pour le cosmos.

Qu'on n'aille pas cependant croire que Marie l'Egyptienne, vivant en Dieu, est en proie à une perpétuelle terreur. La crainte que nous venons d'évoquer s'exerce toujours dans le cadre de la communion aimante. Car si Marie l'Egyptienne, comme les trois jeunes gens dans la fournaise, vit consciemment au milieu des dangers, elle sait aussi quelles sont ses armes de salut. Outre la protection de sa Garante, elle est munie du signe de la divine et vivifiante Croix qu'elle a vénérée à Jérusalem. Par le signe de la croix, elle foule les flots du Jourdain pour aller communier à son Seigneur. Par le signe de la croix, elle scelle son front, sa bouche et sa poitrine pour les fermer à l'Adversaire. Par le signe de la croix elle connaît l'humble assurance de ceux qui sont sauvés par grâce.

Ainsi donc communiant à Dieu, comme nous l'avons dit, elle a part à l'élan de l'Esprit vers le Père. Sa synergie aux gémissements ineffables de l'Esprit est telle qu'elle est soulevée de terre lorsqu'elle s'adresse à Dieu. L'ascèse du désert et la grâce divine ont rendu à son corps sa légèreté spirituelle, c'est pourquoi elle peut traverser le Jourdain en marchant sur les eaux. Sa douceur aux motions de l'Esprit, son ardente obéissance lui font parcourir en une heure la distance qu'abba Zossima mettra vingt jours à franchir.

Mais le don de l'Esprit ne consiste pas seulement en cet accomplissement de sa personne. Cette perfection ne serait rien si elle n'était mise au service de la vocation de tout homme à entrer dans l'intimité divine. Tout ce travail solitaire de régénération trouve sa perfection dans le mouvement apostolique de son cœur. Marie l'Egyptienne mène une vie angélique, unissant étroitement le service de la liturgie céleste et celui de la divine philanthropie. L'amour de Dieu ne saurait se diviser, opposer le premier commandement au second. De fait, Marie l'Egyptienne a fait siennes les pensées et les volontés divines. C'est pourquoi, rencontrant abba Zossima, elle commence d'abord par s'inquiéter des affaires de l'Eglise, de l'empire, de la vie des chrétiens. Il ne s'agit pas là d'une vaine curiosité mondaine, mais du désir aimant de voir la paix divine s'étendre à toute créature.

Habitée par l'Esprit-Saint, elle a le cœur pur. Elle sonde les cœurs et les reins. Elle connaît les pensées cachées et perçoit chacun dans la lumière de Dieu. Sans l'avoir jamais rencontré, Marie l'Egyptienne connaît le nom et la dignité sacerdotale d'abba Zossima. C'est dire qu'elle a une juste perception du mystère de sa vocation personnelle. Elle peut contempler en lui le nom prononcé de toute éternité par le Père dans le sein de la sainte Trinité et qui le constitue. Elle voit la place assignée par Dieu à abba Zossima dans le corps du Christ qu'est l'Eglise et lui transmet avec autorité, de la part de Dieu, des recommandations et des directives. Cela ne l'empêche pas d'accepter de lui les services voulus par Dieu, et de donner tous les signes de la soumission à son autorité sacerdotale.

Mais ce qui constitue son œuvre apostolique est bien moins ce qu'elle transmet de la part de Dieu, que son être même transfiguré par le don de Dieu et le récit des merveilles accomplies en sa faveur. Elle montre à abba Zossima qu'il est encore bien éloigné de la perfection mais surtout avive en lui le désir d'avoir part à l'Esprit qui confère un tel accomplissement et une telle beauté spirituelle.

Après la mort de la sainte, et jusqu'à nos jours, beaucoup trouveront dans cette confession, mieux qu'un exemple, une assistance. Et cette aide, ce renouvellement de leur courage dans l'élan vers Dieu, les remplit d'étonnement et d'émotion de sorte qu'ils gardent toutes ces choses et les méditent dans leur cœur. Tel est le stade qui nous est ouvert maintenant.

*La mention de l'âge de douze ans renvoie aussi le lecteur au passage évangélique ou Jésus, à douze ans précisément, laisse s'éloigner ses parents sur le chemin de Nazareth, tandis qu'il demeure dans le temple de Jérusalem assis au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant : il doit être aux affaires de son Père ( Lc 2, 41-52).

Extrait de l'introduction écrite par le hiéromoine Nicolas Molinier pour sa traduction de la «Vie de Sainte Marie l'Egyptienne composée par Sophrone archevêque de Jérusalem», et éditée par le monastère Saint Antoine-le-Grand (Font-de-Laval 26190 St Laurent-en-Royans France), métochion de Simonos Petra.


Emil NOLDE (1867-1956). Légende de Sainte Marie l'Égyptienne : Sa mort au désert,
112, 86 x 100, Kunsthalle, Hambourg


Vie de Marie l'Egyptienne

d'après Sophrone de Jérusalem (~550-638) et Jacques de Voragine (1228-1298)

Dans un couvent de Palestine vivait un homme de moeurs irréprochables et d'une austérité sans égale, nommé Zosime. Dès son enfance, il avait suivi sa sainte vocation et, comme il entrait dans sa cinquante-quatrième année, il lui vint la pensée qu'il était arrivé au suprême degré de la science et de la vertu et que, désormais, il n'avait plus rien à apprendre sur cette terre. Mais une voix lui cria de sortir aussitôt et de changer de pays car la perfection n'était pas de ce monde, le combat décisif est toujours devant nous, même à notre insu.Zosime obéit à cette inspiration et, Dieu l'aidant, il se dirigea vers un cloître situé sur les bords du Jourdain. Là, il fut reçu comme un hôte de marque et on lui apprit des exercices ascétiques plus sévères que tous ceux qu'il avait pu imaginer. Jamais les portes du cloître ne s'ouvraient devant les moines si ce n'est vers les premiers temps du carême, époque à laquelle chacun essayait, par des macérations plus rigoureuses encore, de se préparer au triomphe spirituel de Pâques. Aussi chaque pénitent quittait-il alors le cloître, allant prier et jeûner dans le désert. Avant le dimanche des Rameaux, il fallait être de retour, mais nul n'interrogeait son frère sur l'emploi qu'il avait fait de ce temps de retraite ni sur les lieux qu'il avait parcourus.Zosime, vivant dans la ferveur et la prière, demandait sans cesse au ciel la grâce de rencontrer une âme qui lui apportât une édification plus haute et plus profonde. Il chemina des jours entiers, dormait à même le sable, ne prenant aucun aliment, buvant à peine et chantant : Le Seigneur est étoile et mon salut ; que puis-je craindre ? Or, vers la sixième heure du vingtième jour, il vit apparaître tout à coup, à sa droite, un fantôme d'apparence humaine et qui fuyait vers l'Orient.Croyant à quelque illusion infernale, il fit un signe de croix mais il découvrit alors la forme réelle de ce spectre. C'était une femme entièrement nue, au corps noir, aux cheveux blancs et crépus qui lui formaient comme une épaisse toison de laine sur la nuque.Alors Zosime cria : « que peux-tu craindre d'un vieillard débile ? Pourquoi fuir ainsi ? Arrête et donne une prière et ta bénédiction en Dieu qui ne rejette aucun pécheur ! »Alors ils firent halte au bord d'une source tarie, le vieillard en deçà d'un puits sans eau et la femme au-delà. « Zosime, dit-elle, pardonne-moi au nom du Seigneur, mais jette-moi ton manteau afin que j'en couvre ma nudité et que je me rende à ta prière.»Etonné de s'entendre appeler par son nom, le saint moine lui obéit. « Que veux-tu d'une femme pécheresse ? » lui dit-elle. A ces mots, Zosime tomba à genoux et lui répondit : « La grâce du Seigneur t'inspire, toi qui sait mon nom sans m'avoir jamais vu; ainsi daigne me bénir ! » La femme s'agenouilla, elle le bénit et tous deux se levèrent. Ensuite, elle se tourna vers l'Orient et tendant les mains vers le ciel, elle pria, emportée par l'extase à une coudée au dessus du sable. Et Zosime s'écria : « Seigneur, ayez pitié de nous ! » Car il pensait que c'était un esprit ou un ange et la crainte s'emparait de son coeur. Alors la femme se tourna vers lui :« Je ne suis qu'une pécheresse baptisée, un vase d'impureté qui doit au Seigneur seul le miracle que tu as vu. Je suis née en Egypte. A douze ans, je quittai mes parents et vins à Alexandrie. Je ne te dirais pas comment je perdis mon innocence ni comment, de vice en vice, je tombai dans la plus noire débauche, en proie à d'insatiables désirs. Pendant dix-sept ans, je menai cette vie infâme, ne me vendant pas même pour de l'or, mais ne pensant qu'à augmenter sans cesse le nombre de mes amants. J'étais pauvre; je me nourrissais que de quelques racines mais je me trouvais riche et heureuse, dans la plénitude de la volupté.« Un jour, au moment de la marée, je vis une foule de Lesbiens et d'Egyptiens rassemblés sur le port. « Où vont ces hommes ? » Demandai-je au premier venu. « Ils se rendent à Jérusalem, me répondit-il, pour assister aux fêtes de l'Elévation de la Sainte Croix.» Et comme je m'informais sur les moyens de les accompagner, il me dit qu'il fallait payer son passage. «Je me livrerai à eux, pensai-je, et ma beauté sera ma seule monnaie.» M'élançant alors au milieu des jeunes gens, je leur criai : « En quelque pays que vous alliez, prenez-moi avec vous et je ne serai pas ingrate ! » Je tins encore d'autres paroles impudiques et tous éclatèrent de rire et ils m'emmenèrent jusqu'au vaisseau qui ne tarda pas à s'éloigner du rivage. Quelle langue pourrait dire, quelle oreille entendre ce qui se passa pendant la traversée ? J'inventai des artifices pour séduire même les passagers qui ne voulaient pas de moi et je leur enseignai les plus honteux mystères. Ce fut ainsi que nous arrivâmes à Jérusalem où je vécus dans les mêmes turpitudes, attirant dans mes pièges les pèlerins et les étrangers.« Cependant, le saint jour de l'Elévation de la Croix était venu. Je me rendis au temple, emportée par la curiosité; poussée par la foule, j'arrivai jusqu'au vestibule. Mais là, tandis que les autres entraient, une force divine m'interdisait de les suivre, et malgré mes efforts, un bras de fer me repoussait chaque fois que j'essayais de franchir le seuil du sanctuaire.« Alors, voyant ma solitude, je cherchai à comprendre pourquoi je ne pouvais jouir du spectacle de cette croix qui donne la vie et pourquoi j'étais ainsi rejetée loin de la lumière divine. Et je descendis dans les abîmes de mon coeur et je pleurai sur ma misère. J'aperçus alors tout en haut, au fond de sa niche une statue de la Mère de Dieu et je m'écriai : « Moi, je suis dans la fange du péché et vous êtes la plus pure des vierges. Prenez pitié d'une malheureuse et faites pour mon salut, que je puisse adorer la croix de votre divin fils. » Aussitôt, mon coeur fut apaisé et, aucune force ne me retenant plus, j'entrai dans le sanctuaire comme portée sur les flots.»« Et pendant que j'adorais pieusement la sainte Croix, un inconnu me remit trois pièces de monnaie, avec lesquelles j'achetai trois pains. Et j'entendis une voix qui me disait : « Traverse le Jourdain, et tu sera sauvée ! » Je traversai donc le Jourdain et vins dans ce désert, où, depuis quarante-six ans, je demeure sans jamais avoir vu figure humaine, vivant des trois pains que j'ai emportés avec, et qui, devenus maintenant durs comme des pierres, suffisent encore à ma nourriture. Quant à mes vêtements, depuis longtemps déjà ils sont tombés en morceaux. Et, pendant les dix-sept premières années de mon séjour au désert, j'ai été tourmentée de tentations charnelles; mais à présent, par la grâce de Dieu, je les ai toutes vaincues. Voilà mon histoire. Je l'ai racontée afin que tu daignes prier Dieu pour moi ! »Alors le vieillard, se prosternant à terre, bénit le Seigneur dans la personne de sa servante. Et celle-ci lui dit : « Ecoute ce que je vais te demander ! C'est que, le jour de Pâques, tu passes de nouveau le Jourdain, en apportant avec toi une hostie consacrée. Je t'attendrai sur le rivage, et recevrai de ta main le corps du Seigneur, car je n'ai communié depuis le jour de mon arrivée ici ! » Le vieillard s'en retourna donc dans son monastère; et, l'année suivante, aux approches de la fête de Pâques, il revint jusqu'à la rive du Jourdain, emportant avec lui une hostie consacrée. Et voici qu'il aperçut la femme debout sur l'autre rive. Et voici que, ayant fait le signe de croix sur les eaux, elle se mit à marcher sur elles et parvint ainsi jusqu'au vieillard. Celui-ci, émerveillé de ce miracle, voulu se prosterner humblement à ses pieds. Mais elle lui dit : « Mon père, garde-toi de te prosterner devant moi, surtout maintenant que tu es porteur du corps du christ; mais daigne seulement revenir encore vers moi l'année prochaine !» Puis, ayant reçu le sacrement, elle fit de nouveau un signe de croix, et de nouveau marcha sur les eaux jusqu'à l'autre rive.L'année suivante, Zosime ne la trouva plus sur le rivage. Il passa le fleuve, se rendit à l'endroit où il l'avait vue la première fois; et là il la vit, morte, étendue sur le sable. Alors il fondit en larmes; et il n'osait point toucher aux restes, par crainte de lui déplaire, car elle était nue. Mais tandis qu'il songeait aux moyens de l'ensevelir, il lut une inscription tracée sur le sable « Zosime, ensevelis mon corps, rends mes cendres à la terre, et prie pour moi le seigneur, sur l'ordre de qui j'ai enfin été délivrée de ce monde le second jour d'avril ! » Ainsi le vieillard découvrit qu'elle était morte presque aussitôt après avoir reçu la sainte communion.Alors Zosime commença d'ensevelir Marie l'Egyptienne, mais la terre était rude et le moine, affaibli par la vieillesse et par le chagrin, sentait que ses forces allaient l'abandonner, lorsqu'il aperçut à ses côtés, couché sur le sable, un lion qui le regardait. D'un signe de croix, le moine conjura le fauve, et lui ordonnant de creuser la fosse avec ses griffes, il lui fit ouvrir le tombeau de Marie la Noire. Leur tâche accomplie, le lion s'éloigna dans le désert et le moine s'en revint au cloître où il raconta son aventure à ses frères qui célébrèrent les miracles du Seigneur dans la paix duquel, Zosime, âgé de cent ans, s'endormit enfin.

SOURCE : http://www.marie-madeleine.com/Personnages/marie_egyptienne.html

Triodon grec

http://www.holy-trinity.org/liturgics/synaxarion/9-maryegypt.html

L'âme quitte une chair jusqu'à l'os amaigrie : couvre, ô terre, les os, ces restes de Marie.

En ce jour, 5ème Dimanche du Grand Carême, nous avons été exhortés à commémorer notre juste mère Marie l'ÉgyptienneA l'âge de 12 ans, elle s'échappa de chez ses parents et partit pour Alexandrie, où elle vécut 17 ans dans la débauche. Ensuite, mue par la curiosité, elle s'embarqua avec de nombreux pèlerins pour Jérusalem, afin d'assister à l'Exaltation de la vénérable Croix. Mais là, elle s'adonna à toute sorte de licence et entraîna beaucoup d'hommes dans le gouffre de perdition. Voulant entrer à l'église, le jour où l'on exaltait la Croix, elle éprouva 3 ou 4 fois une puissance invisible qui l'empêchait d'entrer, alors que la foule pouvait pénétrer sans obstacle. Elle en eut le cœur meurtri et décida de changer de vie, afin de trouver grâce auprès de Dieu par la pénitence. Alors, retournant vers l'église, elle y put entrer sans difficulté. S'étant prosternée devant la vénérable Croix, le jour même elle quitta Jérusalem, traversa le Jourdain et pénétra au cœur du désert. Pendant 47 ans, elle y mena une vie très austère, une existence surhumaine, seule à seul avec Dieu dans la prière.Au sujet de la fin de sa vie: elle rencontra un ermite du nom de Zosime et, lui ayant raconté sa vie depuis le début, elle le pria de lui porter les Saints Mystères pour y communier; ce qu'il fit l'année suivante, le Jeudi Saint. Revenu l'année d'après, Zosime la trouva morte, étendue sur la terre; près d'elle une inscription disait : "Abba Zosime, enterre ici le corps de la pauvre Marie. Je suis morte le jour où j'ai communié aux Saints Mystères. Prie pour moi." Sa mort advint en 378.La mémoire de la Sainte Anachorète, qui est célébrée le 1er avril, a trouvé place également en ce dimanche, à l'approche de la fin du Carême, pour inciter à la pénitence les négligents et les pécheurs, grâce à l'exemple de la Sainte fêtée.Par ses intercessions, Ô Dieu, aie pitié de nous et sauve nous. Amen.Textes liturgiques de ce 5ème Dimanche du Grand Carême :


Tropaire de sainte Marie l'Égyptienne

Illuminée divinement par la grâce de la Croix, tu devins un brillant flambeau de conversion en renonçant aux ténèbres des passions. C’est pourquoi saint Zosime t’a vue, vénérable Mère Marie, dans le désert comme un Ange de Dieu. Puisqu’avec lui tu habites les Cieux, intercède auprès du Christ en faveur de nous tous !Tropaire de sainte Marie l’Egyptienne, ton 8En toi, vénérable Mère, la divine image se reflète exactement. Afin de lui ressembler, tu as pris ta croix et tu as suivi le Christ; et par ta vie tu nous apprends à mépriser la chair, qui passe et disparaît, pour nous occuper plutôt de l’âme, qui vit jusqu’en la mort et au-delà. C’est ainsi que ton esprit se réjouit, sainte Marie, avec les Anges dans le Ciel.Kondakion de sainte Marie l'ÉgyptienneFuyant les ténèbres du péché et faisant briller sur ton cœur la lumière du repentir, tu t’avanças vers le Christ, choisissant, pour intercéder auprès de Lui, Sa sainte Mère immaculée. C’est pourquoi tu as trouvé la rémission de tes fautes, vénérable Marie, et sans cesse avec les Anges tu exultes de joie. Et maintenant et toujours et dans les siècles des siècles, Amen.Introduction écrite par le hiéromoine Nicolas Molinier pour sa traduction de la "vie de Ste Marie l'Egyptienne composée par Sophrone archevêque de Jérusalem", et éditée par le monastère St Antoine-le-Grand (Font-de-Laval F-26190 St Laurent-en-Royans, France), métochion de Simonos Petra.



SAINTE MARIE L'ÉGYPTIENNE

Marie Egyptienne* appelée Pécheresse passa 47 ans au désert dans une austère pénitence. Elle y entra vers l’an du Seigneur 270, du temps de Claude. Or, un abbé, nommé Zozime, ayant passé le Jourdain et parcouru un grand désert pour trouver quelque saint père, vit un personnage qui se promenait et dont le corps nu était noir et brûlé par l’ardeur du soleil. C'était Marie Egyptienne. Aussitôt elle prit la fuite et Zozime se mit à courir ail plus vite après elle. Alors Marie dit à Zozime : « Abbé Zozime, pourquoi courez-vous après moi ? Excusez-moi, je ne puis tourner mon visage vers vous, parce que je suis une femme ; et comme je suis nue, donnez-moi votre manteau, pour que je puisse vous voir sans rougir. » En s'entendant appeler par son nom, il fut saisi : ayant donné son manteau, il se prosterna par terre et la pria de lui accorder sa bénédiction. « C'est bien plutôt à vous, mon père, lui dit-elle, de me bénir, vous qui êtes orné de la dignité sacerdotale. » Il n'eut pas plutôt entendu qu'elle savait son nom et son ministère, que son admiration s'accrut, et il insistait pour être béni. Mais Marie lui dit : « Béni soit le Dieu rédempteur de nos âmes. » Comme elle priait les mains étendues, Zozime vit qu'elle était élevée de terre d'une coudée. Alors le vieillard se prit à douter si ce n'était pas un esprit qui fît semblant de prier. Marie lui dit: « Que Dieu vous pardonne d'avoir pris une femme pécheresse pour un esprit immonde ! »Alors Zozime la conjura au nom du Seigneur de se faire un devoir de lui raconter sa vie. Elle reprit: « Pardonnez-moi, mon père, car si je vous raconte ma situation, vous vous enfuirez de moi tout effrayé à la vue d'un serpent. Vos oreilles seront souillées de mes paroles et l’air sali par des ordures. » Comme le vieillard insistait avec force, elle dit: « Mon frère, je suis née en Egypte; à l’âge de 12 ans, je vins à Alexandrie, où, pendant 17 ans, je me suis livrée publiquement au libertinage, et je ne me suis jamais refusée à qui que ce fût: Or, comme les gens de ce pays s'embarquaient pour Jérusalem afin d'y aller adorer la sainte Croix, je priai les matelots de me laisser partir avec eux. Comme ils me demandaient le prix du passage, je dis: « Je n'ai d'autre argent à vous donner que de vous livrer mon corps pour mon passage. » Ils me prirent donc et ils eurent mon corps en paiement. Arrivée à Jérusalem, j'allai avec les autres jusqu'aux portes de l’église pour adorer la croix; mais tout à coup, je me sens repoussée par une main invisible qui m’empêche d'entrer. J'avançai plusieurs fois jusqu'au seuil de la porte, et à l’instant j'éprouvais la honte d'être repoussée; et cependant tout le monde entrait sans difficulté, et sans rencontrer aucun obstacle. Rentrant alors eu moi-même, je pensai que ce que j'endurais avait pour cause l’énormité de mes crimes. Je commençai à me frapper la poitrine avec les mains, à répandre des larmes très amères, à pousser de profonds soupirs du fond du coeur, et comme je levais la tête, j'aperçus une image de la bienheureuse Vierge Marié. Alors je la priai avec larmes de m’obtenir le pardon de mes péchés, et de me laisser, entrer pour adorer la sainte Croix, promettant de renoncer au monde et de mener à l’avenir une vie chaste. Après cette prière, éprouvant une certaine confiance au nom de la bienheureuse Vierge, j'allai encore une fois à la porte de l’église, où je suis entrée sans le moindre obstacle. Quand j'eus adoré la sainte Croix avec une grande dévotion, quelqu'un me donna trois pièces d'argent avec lesquelles j'achetai trois pains; et j'entendis une voix qui me disait: « Si tu passes le Jourdain, tu seras sauvée. » Je passai donc le Jourdain, et vins en ce désert où je suis restée quarante-sept ans sans avoir vu aucun homme. Or, les sept pains que j'emportai avec moi devinrent à la longueur du temps durs comme les pierres et suffirent à ma nourriture pendant quarante-sept ans ; mais depuis bien du temps mes vêtements sont pourris. Pendant dix-sept ans que je passai dans ce désert, je fus tourmentée par les tentations de la chair, mais à présent je les ai toutes vaincues par la grâce de Dieu. Maintenant que je vous ai raconté toutes mes actions, je vous prie d'offrir pour moi des prières à Dieu. » Alors le vieillard se prosterna par terre, et bénit le Seigneur dans sa servante. Elle lui dit : « Je vous conjure de revenir aux bords du Jourdain le jour de la cène du Seigneur, et d'apporter avec, vous le corps de J.-C. : quant à moi j'y viendrai à votre rencontre et je recevrai de votre main ce sacré corps; car à partir du jour où je suis venue ici, je n'ai pas reçu la communion du Seigneur. » Le vieillard revint donc à son monastère, et, l’année suivante, à l’approche du jour de la cène (Le jeudi saint), il prit le corps glu Seigneur, et vint jusqu'à la rive du Jourdain. Il vit à l’autre bord une femme debout qui fit le signe de la croix sur les eaux, et vint joindre le vieillard cette vue celui-ci fut frappé de surprise et se prosterna humblement à ses pieds : « Gardez-vous, lui dit-elle, d'agir ainsi, puisque vous avez sur vous les sacrements du Seigneur, et que vous êtes décoré de la dignité sacerdotale; mais, mon père, je vous supplie de daigner revenir vers moi l’an prochain. » Alors après avoir fait le signe de la croix, elle repassa sur les eaux du Jourdain pour gagner la, solitude de son désert. Pour le vieillard il retourna à son monastère et l’année suivante, il vint à l’endroit où. Marie lui avait parlé la première fois, mais il la trouva morte. Il se' mit à verser des larmes, et n'osa la toucher, mais il se dit en lui-même : « J'ensevelirais volontiers le corps de cette sainte, je crains cependant que cela ne lui déplaise. » Pendant qu'il y réfléchissait, il vit ces mots gravés sur la terre, auprès de sa tête : «Zozime, enterrez le corps de Marie ; rendez à la terre sa poussière, et priez pour moi le Seigneur par l’ordre duquel j'ai quitté ce monde le deuxième jour d'avril. » Alors le vieillard acquit la certitude, qu'aussitôt après avoir reçu le sacrement du Seigneur et être rentrée au désert, elle termina sa vie. Ce désert que Zozime eut de la peine à parcourir dans l’espace de trente jours, Marie le parcourut en une heure, après quoi elle alla à Dieu. Comme le vieillard faisait une fosse, mais qu'il n'en pouvait plus, il vit un lion venir à lui avec douceur, et il lui dit : « La sainte femme a commandé d'ensevelir là son corps, mais je ne puis creuser la terre, car je suis vieux et n'ai pas d'instruments : creuse-la donc, toi, afin que nous puissions ensevelir son très saint corps. » Alors le lion commença à creuser la terre et à disposer une fosse convenable: Après l’avoir (434) terminée, le lion s'en retourna doux comme un agneau et le vieillard revint à son désert en glorifiant Dieu.

* La vie de sainte Marie Egyptienne se trouve in extenso dans les Vies des Pères du désert. Elle fut écrite par Sophrone, évêque de Jérusalem. Jacques de Voragine l’a abrégée considérablement.

La Légende dorée de Jacques de Voragine nouvellement traduite en français avec introduction, notices, notes et recherches sur les sources par l'abbé J.-B. M. Roze, chanoine honoraire de la Cathédrale d'Amiens, Édouard Rouveyre, éditeur, 76, rue de Seine, 76, Paris mdcccci


Sainte Marie l’Égyptienne

Saint Zozime

Vers l’an 270, au temps de l’empereur Claude, un abbé nommé Zozime (animal ? - vigoureux) entra dans un désert dans le but d’y trouver quelque Saint père. Il tomba tout à coup devant une fille nue dont le corps était noir et brûlé par le soleil. C’était Marie (amertume) l’Égyptienne.

Elle prit la fuite mais Zozime lui courut après. Comme il courait plus vite, il la rattrapa. Marie lui demanda “pourquoi, Zozime, me courez-vous après ?” Comme elle était nue, elle lui tournait le dos et lui demanda son manteau de manière à ce qu’elle puisse le voir en face sans rougir

Alors, elle se tourna vers lui et se mit à prier en lui demandant sa bénédiction. Zozime s’aperçut que Marie était montée à un mètre au dessus du sol. Il se demanda s’il n’avait pas à faire à un démon. Mais Marie qui avait deviné ses pensées lui dit “que Dieu vous pardonne d’avoir pris une pécheresse pour un esprit immonde“.

Alors Zozime lui demanda de lui raconter sa vie.

Elle lui raconta : Je suis née en Égypte. A 12 ans, je suis venue à Alexandrie où je me suis livré à la débauche pendant 17 ans. Je ne me suis jamais refusée à qui que ce soit. Un jour, je suis partie à Jérusalem avec un groupe de gens. Comme je n’avais pas de quoi payer, je leur ai proposé de les payer avec mon corps. Ils ne s’en privèrent pas.

Arrivée à Jérusalem, voulant entrer dans l’église, une main invisible me repoussa. J’ai recommencé plusieurs fois en vain. Puis, à force de regrets sur ma vie passée, je finis par faire disparaître la main qui me repoussait.

Dans l’église, j’entendis une voix qui me disait “si tu vas au désert, tu seras sauvée !”. J’y suis allée et j’y suis restée 47 ans sans voir un homme. J’avais emporté sept pains avec moi. Ils devinrent durs comme de la pierre mais ils suffirent à me nourrir pendant tout ce temps.

Elle demanda alors à Zozime de revenir sur les bords du Jourdain, à la limite du désert, le jour de Pâques, afin de lui donner la communion.

L’année suivante, à Pâques, le vieillard Zozime revint donc en emportant avec lui le pain consacré. Il vit une femme, de l’autre côté du Jourdain. Elle fit le signe de croix sur les eaux et vint vers lui en marchant sur les eaux. Zozime se prosterna mais la femme lui dit “gardez-vous de vous prosterner mais daignez de revenir vers moi l’an prochain.” Zozime avait apporté un petit panier avec des figues, des dattes et des lentilles. Marie prit trois lentilles et le remercia pour le reste. Alors, elle regagna son désert.

L’année suivante, Zozime revint mais la trouva morte. Il voulut l’enterrer. Comme il creusait, et n’en pouvait plus, il vit alors venir un lion et lui dit : “Marie a commandé d’ensevelir son corps, mais je suis vieux et je n’ai pas d’instruments : creuse-la donc toi !” Alors le lion creusa la fosse. Après avoir terminé, il s’en retourna, doux comme un agneau.

Marie l’égyptienne est patronne des repenties. Sa vie est racontée sur les vitraux des églises de Bourges et d’Auxerre.

SOURCE : http://carmina-carmina.com/carmina/Mytholosaintes/mariegyp.htm

St. Mary of Egypt

Born probably about 344; died about 421. At the early age of twelve Mary left her home and came to Alexandria, where for upwards of seventeen years she led a life of public prostitution. At the end of that time, on the occasion of a pilgrimage to Jerusalem for the Feast of the Exaltation of the Holy Cross, she embarked for Palestine, not however with the intention of making the pilgrimage, but in the hope that life on board ship would afford her new and abundant opportunities of gratifying an insatiable lust. Arrived in Jerusalem she persisted in her shameless life, and on the Feast of the Exaltation of the Cross joined the crowds towards the church where the sacred relic was venerated, hoping to meet in the gathering some new victims whom she might allure intosin. And now came the turning-point in her career. When she reached the church door, she suddenly felt herself repelled by some secret force, and having vainly attempted three or four times to enter, she retired to a corner of the churchyard, and was struck with remorse for her wicked life, which she recognized as the cause of her exclusion from the church. Bursting into bitter tears and beating her breast, she began to bewail her sins. Justthen her eyes fell upon a statue of the Blessed Virgin above the spot where she was standing, and in deep faithand humility of heart she besought Our Lady for help, and permission to enter the church and venerate thesacred wood on which Jesus had suffered, promising that if her request were granted, she would then renounce forever the world and its ways, and forthwith depart whithersoever Our Lady might lead her. Encouraged byprayer and counting on the mercy of the Mother of God, she once more approached the door of the church, and this time succeeded in entering without the slightest difficulty. Having adored the Holy Cross and kissed the pavement of the church, she returned to Our Lady's statue, and while praying there for guidance as to her future course, she seemed to hear a voice from afar telling her that if she crossed the Jordan, she would find rest. That same evening Mary reached the Jordan and received Holy Communion in a church dedicated to the Baptist, and the day following crossed the river and wandered eastward into the desert that stretches towards Arabia.


Here she had lived absolutely alone for forty-seven years, subsisting apparently on herbs, when a priest andmonk, named Zosimus, who after the custom of his brethren had come out from his monastery to spend Lent in the desert, met her and learned from her own lips the strange and romantic story of her life. As soon as they met, she called Zosimus by his name and recognized him as a priest. After they had conversed and prayedtogether, she begged Zosimus to promise to meet her at the Jordan on Holy Thursday evening of the following year and bring with him the Blessed Sacrament. When the appointed evening arrived, Zosimus, we are told, put into a small chalice a portion of the undefiled Body and the precious Blood of Our Lord Jesus Christ (P.L. LXXIII, 686; "Mittens in modico calice intemerati corporis portionem et pretiosi sanguinis D.N.J.C." But the reference to both species is less clear in Acta SS., IX, 82: "Accipiens parvum poculum intemerati corporis ac venerandi sanguinis Christi Dei nostri"), and came to the spot that had been indicated. After some time Mary appeared on the eastern bank of the river, and having made the sign of the cross, walked upon the waters to the western side. Having received Holy Communion, she raised her hands towards heaven, and cried aloud in the words ofSimeon: "Now thou dost dismiss thy servant, O Lord, according to thy word in peace, because my eyes have seen thy salvation". She then charged Zosimus to come in the course of a year to the spot where he had first met her in the desert, adding that he would find her then in what condition God might ordain. He came, but only to find the poor saint's corpse, and written beside it on the ground a request that he should bury her, and a statement that she had died a year before, on the very night on which he had given her Holy Communion, far away by the Jordan's banks. Aided, we are told, by a lion, he prepared her grave and buried her, and having commended himself and the Church to her prayers, he returned to his monastery, where now for the first time he recounted the wondrous story of her life.

The saint's life was written not very long after her death by one who states that he learned the details from themonks of the monastery to which Zosimus had belonged. Many authorities mention St. Sophronius, who becamePatriarch of Jerusalem in 635, as the author; but as the Bollandists give good reasons for believing that the Lifewas written before 500, we may conclude that it is from some other hand. The date of the saint is somewhat uncertain. The Bollandists place her death on 1 April, 421, while many other authorities put it a century later. The Greek Church celebrates her feast on 1 April, while the Roman Martyrology assigns it to 2 April, and theRoman Calendar to 3 April. The Greek date is more likely to be correct; the others may be due to the fact that on those days portions of her relics reached the West. Relics of the saint are venerated at Rome, Naples, Cremona,Antwerp, and some other places.


MacRory, Joseph. "St. Mary of Egypt." The Catholic Encyclopedia. Vol. 9. New York: Robert Appleton Company, 1910. 2 Apr. 2016 <http://www.newadvent.org/cathen/09763a.htm>.

Transcription. This article was transcribed for New Advent by Elizabeth T. Knuth.

Ecclesiastical approbation. Nihil Obstat. October 1, 1910. Remy Lafort, Censor. Imprimatur. +John M. Farley, Archbishop of New York.
SOURCE : http://www.newadvent.org/cathen/09763a.htm

Mary of Egypt, Hermit (RM)
(also known as Maria Aegyptica)


Died c. 500; feast day is sometimes kept on April 9 or 10. The story of Mary the penitent was known throughout Christendom in the Middle Ages. The story is told in Cyril of Scythopolis's life of Saint Cyriacus, according to John Moschus. He tells of a woman named Mary found by Cyriacus and his companions living as a hermit in the desert beyond the Jordan. She told him that she had been a famous singer and actress who had sinned and was doing penance in the desert; when they returned, she was dead. Around this core, the following story was elaborated and popularly retold in the Middle Ages:


Mary began her life in Egypt. Her parents adored her, which was already a bad start! She was the center of her family's world. Everything revolved, or had to revolve around her: papa, the sun, her cat.

Mary was not an unhappy child. On the contrary, everything was given to her, everyone gave in to her. So much so that one day, annoyed because her parents chanced to oppose one of her whims, she ran away from home--at age 12--to the metropolis of Alexandria.

At that time, a girl of 12 was a woman. Mary was beautiful. She was not adventurous or ambitious or she might not have hurled herself into the wickedness of prostitution for 17 sad years. She had no center, nothing on which to orient herself; she had no faith in anything, she hoped for nothing. She was cynical and disenchanted, at once worshipping and detesting money. There is only one explanation for her life: She loved nothing. Dignity is the premise for any love.

When she first tried to find her way in the city, she thought of a friend of her father's who lived there. He welcomed her, understood her, offered her refuge, and amused her. He destroyed all modesty, all remorse, all childhood in her. She went along with his debaucheries until she became attracted to another man and his stables, so she dropped the former for the latter, without notice. She was trapped. She lived like a glittering coin that is passed from pocket to pocket; she made her morality consist in not having any, indeed in losing sight of its very meaning. Nothing restrained her, nothing could.

Out of curiosity, not piety, Mary joined a group of pilgrims who were setting out for Jerusalem. She paid for her passage by offering herself to the sailors. In Jerusalem, an irresistible force prevented her from entering the church with the other pilgrims. In front of an icon depicting the Blessed Virgin or, according to another version, at the Holy Sepulchre, she was overcome by the enormity of her sinfulness. Interiorly, she was told to cross the Jordan, where she would find rest.

Immediately, Mary set out for the desert, unrecognizing and unrecognized, afraid of the world. All that she took with her were three wretchedly small loaves of bread to provide for her immediate needs, to provide her with time to develop the strength to beg. Thus, completely worn out, she arrived at the bank of the Jordan River. She had no desire to return to her parents' home.

She made her confession and took communion at the monastery of Saint John the Baptist, but did not tarry there. She left the monks to their mortifications. She had not seen any of them, because she had kept her eyes closed. She climbed the sandy hills to where the desert begins. Her life continued to be marked by excesses. Mary was to let herself dry out like a prune, for this was the remedy that she herself devised against her moral rot and decay.

We can't conceive of all she endured, what she was seeking, what she experienced during 47 years in an absolute solitude. During these years she suffered from drought and cold. She lived on berries and dates. Her clothes wore out. Sometimes she had been tempted to return to her life of sin, but always she prayed to the Virgin Mary for strength to resist the temptation. She could not read, but she was divinely instructed in the Christian faith.

There was a monk called Zosimus, who tells us certain things about Mary. He was an old man. About 430, after having lived in a monastery in Palestine for 53 years decided to join a community with stricter rules near the River Jordan. Thus, he came into a new area.

Like his companions, every year, on the first Sunday of Lent, he ate after Mass; then with his head bowed in deep meditation, he set out by himself for the desert. Each year he advanced further into the solitude of the sandy wastes by adding an extra day's walking. This time he had to walk for 20 days before coming to a rest. He sat on the ground and immediately began to pray. He knew noon had arrived because his shadow contracted around him. Distractedly, he saw someone walking in front of him. If it was the devil, he would protect himself against it in the name of Jesus Christ.

You've guessed it--before him stood Mary the penitent, but only a truly sharp person would have been able to distinguish her from a man in that state. She was entirely naked but this did not make him uneasy for her skin, roasted by the sun, was black and dry as an old scrap of wood. Her white hair fell down her back. The monk went up to her, but she backed away, crying out, "Throw me your mantle to cover me, for I have no clothes."

He pursued her up to a clump of bushes behind which she took cover.

"Answer me, for the love of God, what are you doing here? Why and for how long?"

"Zosimus, please hand me your mantle, bless me, forgive my sins, and I will come out. . . ."

It was thus that he learned about her life, and all that has been said and written about her since then. Her temptations and penances Zosimus drew out of her in great detail. Mary the Egyptian spoke only through the Bible whose meaning she found again spontaneously at the end of her long spiritual quest. Zosimus was impressed by her spiritual knowledge and wisdom.

Mary said to Zosimus, "Leave me your mantle; come to see me next year at Easter, with the Eucharist, and don't breathe a word!"

As he promised, Zosimus returned the following Holy Thursday to give her Holy Communion. He also brought figs, dates, and lentils with him. But after Mary had received the sacrament, she would take from him only three lentils. She thanked him and begged him to return the following year.

According to one rendition (no, legends are not always logical), Saint Mary died suddenly in the night after having left a message for the monk, her friend, which she traced out in the sand and which he was to read a year later:

"Father Zosimus, bury the body of lowly Mary the sinner here. Render unto the earth what is the earth's, and pray for me."

This is how he learned her name. He had forgotten to ask her what it was.

Zosimus, with the help of a lion, buried her body. He took back his cloak, which he cherished for the rest of his life, and then he reverently buried Mary the Egyptian. She had lived for 78 years. Sixteen centuries later there are perhaps no greater deserts than the hearts of great cities. Mary the Egyptian, pray for us!

In actuality her body was found dead by two disciples of Saint Cyriacus, a 6th-century hermit, and became the center of these elaborate and popular stories (Attwater, Attwater2, Benedictines, Bentley, Delaney, Encyclopedia, Farmer, Gill).

In art, Saint Mary is generally portrayed clad only in her long hair with her emblem, three loaves of bread. She may also be shown (1) with Mary Magdalene (with whom she is often confused. The Magdalene often has a jar of ointment and crucifix, while Aegyptica has three loaves); (2) sitting under a palm tree and looking across the Jordan; (3) washing her hair in the Jordan; (4) chased from the church by an angel with a sword; or (5) receiving Holy Communion from Saint Zosimus (Roeder). Saint Mary was most popular in the East but also had a Western cultus. Her image was used by artists from the 12th century on carved capitals, in stained glass in the cathedrals of Chartres, Bourges, and Auxerre (13th c.), and in paintings and sculptures of the later Middle Ages (Farmer). Click here to see a 18th- century Russian icon and another anonymous icon of Mary of Egypt.


SOURCE : http://www.saintpatrickdc.org/ss/0402.shtml


St. Mary of Egypt, and St. Zozimus, a Holy Priest

From her life commended in the seventh general council, and by St. Sophonius; but written one hundred and fifty years before him, by a grave author of the same age in which the saint lived. See Papebroke, ad diem 2. Apr. t. 1. p. 67. and Jos. Assemani Comm. in Calend. ad 1. Apr. t. 6. p. 218.

Fifth Age

IN the reign of Theodosius the Younger, there lived in Palestine a holy monk and priest named Zosimus, famed for the reputation of his sanctity, and resorted to as an oracle for the direction of souls in the most perfect rules of a religious life. He had served God from his youth with great fervour, in the same house, for the space of three-and-fifty years, when he was tempted to think that he had attained to a state of perfection, and that no one could teach him anything more in regard to a monastic life. God, to discover the delusion and danger of this suggestion of the proud spirit, and to convince him that we may always advance in perfection, directed him by revelation to quit his monastery for one near the Jordan, where he might learn lessons of virtue he yet was unacquainted with. Being admitted amongst them, it was not long before he was undeceived, and convinced, from what he saw practised there, how much he had been mistaken in the judgment he had formed of himself and of his advancement in virtue. The members of this community had no more communication with the rest of mankind than if they had belonged to another world. The whole employment of their lives was manual labour, which they accompanied with prayer, the singing of psalms, (in which heavenly exercise they spent the whole night, relieving each other by turns), and their chief subsistence was on bread and water. It was their yearly custom, after having assisted at the divine mysteries, and received the blessed eucharist on the first Sunday in Lent, to cross the river and disperse themselves over the vast deserts which lie towards Arabia, to pass in perfect solitude the interval between that and Palm Sunday; against which time they all returned again to the monastery to join in celebrating the passion and resurrection of our Lord. Some subsisted during this time on a small parcel of provisions they took with them, while others lived on the herbs which grew wild; but when they came back they never communicated to each other what they did during that time.

About the year 430, the holy man Zosimus passed over the Jordan with the rest at the usual time, endeavouring to penetrate as far as he could into the wilderness, in hopes of meeting with some hermit of still greater perfection than he had hitherto seen or conversed with, praying with great fervour as he travelled. Having advanced thus for twenty days, as he one day stopped at noon to rest himself and recite a certain number of psalms according to custom, he saw as it were the figure of a human body. He was at first seized with fright and astonishment; and imagining it might be an illusion of the enemy, he armed himself with the sign of the cross and continued in prayer. Having finished his devotions he plainly perceived, on turning his eyes that way, that it was somebody that appeared naked, extremely sun-burned, and with short white hair, who walked very quick, and fled from him. Zosimus, judging it was some holy anchoret, ran that way with all his speed to overtake him. He drew nearer by degrees, and when he was within hearing, he cried out to the person to stop and bless him; who answered: “Abbot Zosimus, I am a woman; throw me your mantle to cover me, that you may come near me.” He, surprised to hear her call him by his name, which he was convinced she could have known only by revelation, readily complied with her request. Having covered herself with his garment she approached him, and they entered into conversation after mutual prayer: and on the holy man conjuring her by Jesus Christ to tell him who she was, and how long, and in what manner she had lived in that desert, she said: “I ought to die with confusion and shame in telling you what I am; so horrible is the very mention of it, that you will fly from me as from a serpent: your ears will not be able to bear the recital of the crimes of which I have been guilty. I will, however, relate to you my ignominy, begging of you to pray for me, that God may show me mercy in the day of his terrible judgment.

My country is Egypt. When my father and mother were still living, at twelve years of age I went without their consent to Alexandria. I cannot think, without trembling, on the first steps by which I fell into sin, nor my disorders which followed.” She then described how she lived a public prostitute seventeen years, not for interest, but to gratify an unbridled lust: she added: “I continued my wicked course till the twenty-ninth year of my age, when, perceiving several persons making towards the sea, I inquired whither they were going, and was told they were about to embark for the holy land, to celebrate at Jerusalem the feast of the Exaltation of the glorious Cross of our Saviour. I embarked with them, looking only for fresh opportunities to continue my debauches, which I repeated both during the voyage and after my arrival at Jerusalem. On the day appointed for the festival, all going to church, I mixed with the crowd to get into the church where the holy cross was shown and exposed to the veneration of the faithful; but found myself withheld from entering the place by some secret but invisible force. This happening to me three or four times, I retired into a corner of the court and began to consider with myself what this might proceed from; and seriously reflecting that my criminal life might be the cause, I melted into tears. Beating, therefore, my sinful breast, with sighs and groans, I perceived above me a picture of the mother of God. Fixing my eyes upon it, I addressed myself to that holy virgin, begging of her by her incomparable purity, to succour me, defiled with such a load of abominations, and to render my repentance more acceptable to God. I besought her that I might be suffered to enter the church doors to behold the sacred wood of my redemption; promising from that moment to consecrate myself to God by a life of penance, taking her for my surety in this change of my heart. After this ardent prayer I perceived in my soul a secret consolation under my grief; and attempting again to enter the church, I went up with ease into the very middle of it, and had the comfort to venerate the precious wood of the glorious cross which brings life to man. Considering, therefore, the incomprehensible mercy of God, and his readiness to receive sinners to repentance, I cast myself on the ground, and after having kissed the pavement with tears, I arose and went to the picture of the mother of God, whom I had made the witness and surety of my engagements and resolutions. Falling there on my knees before her image, I addressed my prayers to her, begging her intercession, and that she would be my guide. After my prayer, I seemed to hear this voice: ‘If thou goest beyond the Jordan, thou shalt there find rest and comfort.’ Then weeping and looking on the image, I begged of the holy queen of the world that she would never abandon me. After these words I went out in haste, bought three loaves, and asking the baker which was the gate of the city which led to the Jordan, I immediately took that road, and walked all the rest of the day, and at night arrived at the church of St. John Baptist on the banks of the river. There I paid my devotions to God, and received the precious body of our Saviour Jesus Christ. Having eaten the half of one of my loaves, I slept all night on the ground. Next morning, recommending myself to the holy Virgin, I passed the Jordan; and from that time I have carefully shunned the meeting of any human creature.”

Zosimus asked her how long she had lived in that desert. “It is,” said she, “as near as I can judge, forty-seven years.” “And what have you subsisted upon all that time?” replied Zosimus. “The loaves I took with me,” answered she, “lasted me some time: since that I have had no other food but what this wild and uncultivated solitude afforded me. My clothes being worn out, I suffered severely from the heat and the cold, with which I was often so afflicted that I was not able to stand.” “And have you passed so many years,” said the holy man, “without suffering much in your soul?” She answered: “Your question makes me tremble, by the very remembrance of my past dangers and conflicts, through the perverseness of my heart. Seventeen years I passed in most violent temptations, and almost perpetual conflicts with my inordinate desires. I was tempted to regret the flesh and fish of Egypt, and the wines which I drank in the world to excess; whereas here I often could not come at a drop of water to quench my thirst. Other desires made assaults on my mind, but, weeping and striking my breast on those occasions, I called to mind the vows I had made under the protection of the Blessed Virgin, and begged her to obtain my deliverance from the affliction and danger of such thoughts. After long weeping and bruising my body with blows I found myself suddenly enlightened, and my mind restored to a perfect calm. Often the tyranny of my old passions seemed ready to drag me out of the desert: at those times I threw myself on the ground and watered it with my tears, raising my heart continually to the Blessed Virgin till she procured me comfort: and she has never failed to show herself my faithful protectress.” Zosimus taking notice that in her discourse with him she had from time to time made use of scripture phrases, asked her if she had ever applied herself to the study of the sacred books. Her answer was that she could not even read, neither had she conversed with or seen any human creature since she came into the desert till that day, that could teach her to read the holy scripture or to read it to her; but “it is God,” said she, “that teacheth man knowledge. 1 Thus have I given you a full account of myself: keep what I have told you as an inviolable secret during my life, and allow me, the most miserable of sinners, a share in your prayers.” She concluded with desiring him not to pass over the Jordan next Lent, according to the custom of his monastery, but to bring with him, on Maunday-Thursday, the body and blood of our Lord, and wait for her on the banks of the river on the side which is inhabited. Having spoken thus, and once more entreated him to pray for her, she left him. Zosimus hereupon fell on his knees, thanked God for what he had seen and heard, kissed the ground whereon she had stood, and returned by the usual time to his monastery.

The year following, on the first Sunday in Lent, he was detained at home on account of sickness, as indeed she had foretold him. On Maunday-Thursday, taking the sacred body and blood of our Lord in a small chalice, and also a little basket of figs, dates, and lentils, he went to the banks of the Jordan.—At night she appeared on the other side, and making the sign of the cross over the river, she went forward, walking upon the surface of the water, as if it had been dry land, till she reached the opposite shore. Being now together, she craved his blessing, and desired him to recite the Creed and the Lord’s prayer. After which she received from his hands the holy sacrament.—Then lifting up her hands to heaven, she said aloud with tears: “Now thou dost dismiss thy servant, O Lord, according to thy word in peace; because my eyes have seen my Saviour.” She begged Zosimus to pardon the trouble she had given him, and desired him to return the following Lent, to the place where he first saw her. He begged of her on his side to accept the sustenance he had brought her. But she took only a few of the lentils; and conjuring him never to forget her miseries, left him, and then went over the river as she came. Zosimus returned home, and at the very time fixed by the saint, set out in quest of her, with the view of being still further edified by her holy conversation, and of learning also her name, which he had forgotten to ask. But on his arrival at the place where he had first seen her, he found her corpse stretched out on the ground, with an inscription declaring her name, Mary, and the time of her death. Zosimus being miraculously assisted by a lion, dug a grave, and buried her. And having recommended both himself and the whole church to the saint’s intercession, he returned to his monastery, where he recounted all that he had seen and heard of this holy, penitent, and continued there to serve God till his happy death, which happened in the hundredth year of his age: and it is from a relation of the monks of that community, that an author of the same century wrote her life as above related: which history is mentioned soon after by many authors, both of the Eastern and Western church. Papebroke places her conversion in 383, and her death in 421.

 In the example of this holy woman, we admire the wonderful goodness and mercy of God, who raised her from the sink of the most criminal habits and the most abandoned state to the most sublime and heroic virtue. While we consider her severe penance, let us blush at the manner in which we pretend to do penance. Let her example rouse our sloth. The kingdom of heaven is only for those who do violence to themselves. Let us tremble with her at the remembrance of our baseness and sins, as often as we enter the sanctuary of the Lord, or venerate his holy cross, the instrument of our redemption. We insult him, when we pretend exteriorly to pay him our homages, and at the same time dishonour him by our sloth and sinful life. God, by the miraculous visible repulse of this sinner, shows us what he does invisibly with regard to all obstinate and wilful sinners.—We join the crowd of adorers at the foot of his altar; but he abhors our treacherous kisses like those of Judas. We honour his cross with our lips; but he sees our heart, and condemns its irregularities and its opposition to his holy spirit of perfect humility, meekness, self-denial, and charity. Shall we then so much fear to provoke his indignation by our unworthiness, as to keep at a distance from his holy places or mysteries? By no means. This would be irrecoverably to perish by cutting off the most essential means of salvation. Invited by the infinite goodness and mercy of God, and pressed by our own necessities and dangers, the more grievous these are, with so much greater earnestness and assiduity must we sue for pardon and grace, provided we do this in the most profound sentiments of compunction, fear, and confidence. It will be expedient often to pray with the publican at a distance from the altar, in a feeling sentiment that we ought to be treated as persons excommunicate before God and men. Sometimes we may in public prayers pronounce the words with a lower voice, as unworthy to unite our praises with others, as base sinners, whose homages ought rather to be offensive to God, who hates the sight of a heart filled with iniquity and self-love. We must at least never present ourselves before God without purifying our hearts by compunction, and, trembling, to say to ourselves, that God ought to drive us out of his holy presence with a voice of thunder: Let the wicked man be taken away, and let him not see the glory of God.—But in these dispositions of fear and humility, we must not fail assiduously to pour forth our supplications, and sound the divine praises with our whole hearts.


Rev. Alban Butler (1711–73).  Volume IV: April. The Lives of the Saints.  1866.

SOURCE : http://www.bartleby.com/210/4/091.html

Santa Maria Egiziaca


Il racconto della sua vita confina spesso con la leggenda. Di sicuro era nata nel IV secolo ad Alessandria d'Egitto e si guadagnava da vivere facendo la prostituta. Fuggita da casa a 12 anni, a 29 si imbarcò su una nave di pellegrini diretta in Terra Santa. Arrivata a Gerusalemme, volle partecipare alla festa dell'Esaltazione della croce al Santo Sepolcro. Prima di entrare però fu come trattenuta da una forza invisibile mentre una voce dentro di lei diceva: «Tu non sei degna di vedere la croce di colui che è morto per te tra dolori inenarrabili». Convertitasi, andò a vivere solitaria nel deserto oltre il Giordano dove restò per 47 anni. Là fu trovata dal monaco Zosimo che le porse la santa Comunione, promettendole di tornare l'anno successivo. Quando fece ritorno la trovò però morta. Era probabilmente il 430. Secondo la tradizione la tomba sarebbe stata scavata da un leone con i suoi artigli. (Avvenire)

Patronato: Prostitute pentite

Etimologia: Maria = amata da Dio, dall'egiziano; signora, dall'ebraico

Emblema: Ampolla d'unguento

Martirologio Romano: In Palestina, santa Maria Egiziaca, che, famosa peccatrice di Alessandria, per intercessione della beata Vergine nella Città Santa si convertì a Dio e condusse in solitudine al di là del Giordano una vita di penitenza.

Cercare di riassumere la vita di Maria, che si presenta come una composizione di Sofronio, vescovo di Gerusalemme, attribuzione contro la quale non si è potuto portare alcun argomento decisivo, è farle perdere tutto il suo sapore, la qualità principale per cui questo racconto ha potuto avere qualche interesse; in effetti il suo carattere storico è quasi inesistente anche se, come si dirà piú oltre, è stato costruito intorno ad un iniziale nucleo reale: l'esistenza di una tomba di una santa solitaria palestinese, forse proprio di nome Maria.

Zosimo, ieromonaco di qualche laura palestinese, va, secondo l'abitudine, a trascorrere una parte della Quaresima nelle profondità del deserto. Credendo dapprima ad un'allucinazione si rende ben presto conto della realtà della sua visione: una forma femminile cui l'ardore del sole ha disseccato la pelle, senza altra veste che la sua capigliatura bianca come la lana. Vedendo in questo incontro la volontà della Provvidenza, Zosimo cerca di avvicinarla e vi riesce solo sulla riva di un torrente, ma la sua interlocutrice non consente ad iniziaré ia conversazione prima che il monaco le abbia lanciato il suo mantello per coprire la sua nudità. Dopo essersi reciprocamente benedetti si mettono a pregare e Zosimo vede Maria che levita nell'aria. Il monaco dubita allora di trovarsi di fronte ad una macchinazione diabolica, ma Maria lo tranquillizza chiamandolo per nome. Incitata da lui Maria comincia a raccontare la sua vita.

Egiziana di origine, a dodici anni era fuggita dalla casa paterna per condurre a suo agio ad Alessandria la vita di peccato che l'ardone dei suoi sensi reclamava. Per diciassette anni visse in questo stato. Un giorno, vedendo dei pellegrini che s'imbarcavano per Gerusalemme, spinta dalla curiorità ed in cerca di nuove avventure, si uní al gruppo, convinta che il suo fascino le avrebbe permesso facilmente di pagarsi il prezzo del viaggio. I suoi piaceri ebbero termine a Gerusalemme il giorno della festa della Croce: ella voleva infatti come gli altri, entrare nella basilica, ma ogni volta che tentava di varcarne la soglia una forza interiore glielo impediva.

A questo punto sentí il richiamo del Giordano.

Uscendo dalla città uno sconosciuto le diede tre pezzi d'argento che le sarebbero serviti. ad acquistare pani che dovevano essere il suo ultimo nutrimento terrestre duratole per almeno diciassette anni. Giunta a sera sulle rive del Giordano ed avendo scorto il santuario di S. Giovanni Battista, ella vi fece una visita per pregare e quindi si recò al fiume per purificarsi. In seguito ricevette la Comunione eucaristica e con questo viatico iniziò il suo lungo cammino nel deserto cammino che al momento dell'incontro con Zosimo durava già da quarantasette anni.

Giunta al termine del suo racconto autobiografico Maria pregò Zosimo di ritornare l'anno dopo, la sera del giovedí santo in un luogo che ella gli indicò sulle rive del Giordano, per portarle l'Eucarestia. Zosimo fu fedele all'appuntamento e Maria traversò miracolosamente il fiume per raggiungere il monaco. Dopo essersi comunicata ed avere rinnovato l'appuntamento per l'anno successivo nel luogo del primo incontro presso il torrente, Maria riprese la sua marcia nel deserto.

Tornando l'anno dopo sulla riva del torrente Zosimo si credette da principio solo, poi scorse a terra il corpo di Maria morta, rivestito ancora del vecchio mantello da lui datole due anni prima. Una scritta sulla terra gli rivelò alcuni aspetti del mistero: "padre Zosimo sotterra il corpo dell'umile Maria; restituisci alla terra ciò che è della terra, aggiungi polvere a polvere ed in nome di Dio prega per me; sono morta nel mese di pharmouti, secondo gli egiziani, che corrisponde all'aprile dei Romani, la notte della Passione del Salvatore, dopo aver partecipato al pasto mistico".

Zosimo capí che Maria era già morta da un anno, il giorno stesso in cui le aveva dato la s. Comunione. Si mise subito all'opera per seppellire il corpo di lei, ma non aveva altro utensile che un pezzo di legno; aveva appena cominciato a scavare che ebbe la sorpresa di trovarsi a lato un leone che si dimostrò subito in grande familiarità con lui e che in breve tempo, su richiesta del monaco, scavò una fossa sufficiente a deporre Maria. Dopo aver ricoperto di terra il corpo della santa, Zosimo ritornò al suo monastero, dove raccontò tutta la storia all'abbà Giovanni l'egumeno e ai suoi confratelli per loro edificazione.

Tutti sono concordi nel vedere in questa storia soltanto una pia leggenda, come ha scritto H. Delehave: "una creazione poetica, senza dubbio fra le piú belle di quante ci abbia lasciato l'antichità cristiana".

Questa creazione letteraria, tuttavia, non è tutta pura invenzione, essa non è che lo sviluppo di una tradizione palestinese che vide la luce intorno alla tomba di una solitaria locale esistita realmente. In effetti, nella Vita di Ciriaco, opera di Cirillo di Scitovoli, l'autore racconta di una sua passeggiata nel deserto in compagnia di un certo abbà Giovanni.

F. Delmas, dopo un accurato controllo tra la Vita di Maria opera di Sofronio e, contemporaneamente la Vita di Paolo di Tebe, scritta da s. Girolamo (in cui la parte di Zosimo è sostenuta da un Antonio), ed il racconto del monaco Giovanni nella l'ita di Ciriaco, cosí riassume le conclusioni del suo studio: "1) il quadro generale della vita di s. Maria Egiziaca mi sembra ricalcato sulla vita di s Paolo eremita. 2) la vita di s. Maria Egiziaca mi sembra non essere altro che uno sviluppo retorico della vita di Maria inserita negli Atti di s. Ciriaco".

Giovanni Mosco, cronologicamente posteriore a Cirillo, presenta uno svolgimento diverso della leggenda di Maria, ma malgrado le divergenze, le grandi linee dei due racconti sono abbastanza simili perché si possa concludere per l'unicità del fatto originario. al quale entrambi fanno riferimento. Sofronio, di cui abbiamo già sottolineata la dipendenza da Cirillo, ha anche preso in prestito qualche dettaglio da Giovanni Mosco, in particolare la localizzazione della scoperta di Maria nel deserto al di là del Giordano.

Non minore fu la popolarità di Maria in Occidente.
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Culto liturgico.

I sinassari bizantini venerano Maria al 1° aprile, qualcuno al 3 o al 4 dello stesso mese. Questa data è in relazione con il supposto giorno della morte di Maria, un giovedí santo nel mese di pharmouthi. A1 1° aprile Maria figura anche nel Typikon della laura di S. Saba. I calendari palestino-georgiani fanno di lei menzione il 1°, il 4 o il 6 dello stesso mese. Il Sinaiticus 34 (X sec.) la nomina per la terza volta il 2 dicembre. Qualche calendario siriaco la menziona ancora il 1° aprile. Il Sinassario Alessandrino di Michele, vescovo di Atr?b e Mal?g le dedica una lunga notizia proveniente dalla Vita di Sofronio al 6 barmudah e la traduzione geez di questo Sinassario ha conservato la stessa notizia al giorno corrispondente del 6 miyaziya. Il Calendario marmoreo di Napoli menziona Maria al 9 aprile. I primi martirologi occidentali medievali la ignorano e, a quanto sembra, Usuardo fu il primo ad introdurla al 2 aprile nel suo Martirologio con lo stesso breve elogio di s. Pelagia all'8 ottobre Pietro de' Natalibus le ha dedicato un lungo capitolo de] suo Catalogus.

Il 2 aprile divenne quindi la data tradizionale della commemoraziohe di Maria in Occidente.

Autore:
Joseph-Maria Sauget



Voir aussi : http://paris-anecdote.fr/La-Chapelle-de-Sainte-Marie-l.html

http://www.louvre.fr/oeuvre-notices/trois-scenes-de-la-vie-de-sainte-marie-legyptienne

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b6953248p