lundi 2 avril 2012

Saint FRANÇOIS de PAULE, ermite, confesseur et fondateur



Saint François de Paule, ermite

Né à Paola en Calabre (1416), François entendit très jeune l'appel à la vie d'ermite et il se retira dans une grotte. Mais les foules vinrent à lui et les ermitages se multiplièrent autour du sien. L'Ordre des Minimes devait en naître (1493). François mourut en France, à Plessis-lez-    Tours, où l'avait appelé la confiance du roi Louis XI (1507).

SOURCE : http://www.paroisse-saint-aygulf.fr/index.php/prieres-et-liturgie/saints-par-mois/icalrepeat.detail/2015/04/02/5835/-/saint-francois-de-paule-ermite

Saint François de Paule

Le 27 mars 1416, dans la petite ville de Paola qui appartient au duché de Calabre, dans le royaume de Naples, tandis que Viane de Fuscaldo, femme de Jacques Martotille, est en train d’accoucher, des gens aperçoivent sa maison environnée de flammes, comme une auréole de feu, et ils entendent des musiques surnaturelles. Les oracles prédisent que ce nouveau-né étonnerait la chrétienté. Viane et Jacques qui, habillés de bure, sans linge ni chaussures, mènent une vie sainte et mortifiée, ont une dévotion si particulière pour saint François d'Assise, qu’ils mettent leur fils sous sa protection en lui donnant son prénom.

Quelques mois après sa naissance, comme François a un œil envahi d’une tumeur et manque de perdre la vue, sa mère promet à Dieu que, si son fils guérit, elle le consacrerait toute une année à son service. A douze ans, François est confié pour un an aux Cordeliers de Notre-Dame de Saint-Marc (Cosenza) qui sont charmés par sa modestie, son zèle et sa piété. A la fin de l'année, Jacques et Viane reprennent leur fils qu’ils emmènent en pèlerinage à Assise, à Rome et au mont Cassin. C'est pendant ce pèlerinage que François prend la résolution de se retirer du monde.

A quatorze ans, avec l’approbation de ses parents, François s’installe à quelques lieues de Paola, dans un de leurs domaines qu'on appelle le Patrimoine. Pendant six ans, il vit dans le désert, couchant à dans une caverne, se nourrissant d'herbes et buvant l'eau des sources, disant, comme saint Jérôme, que les villes lui étaient des prisons et la solitude un paradis de délices. Bientôt, la précoce sainteté de cette existence émerveille les alentours : des disciples viennent se présenter à lui et le supplient de les garder à ses côtés. François comprend que la Providence lui marque le devoir de ne pas éloigner ceux qui viennent à lui et il conçoit l'idée de leur donner une règle de vie commune. En 1435, avec ses douze premiers compagnons, François Martotille construit son premier couvent qu’il consacre à Notre-Dame-des-Anges. Ces nouveaux religieux qui se font appeler les ermites de saint François d'Assise, reçoivent, en 1471, l'exemption de Pirro Caracciolo, archevêque de Cosenza, que ratifie Sixte IV, en 1474, en les plaçant sous sa juridiction directe avec les privilèges des ordres mendiants.

Sa charité, déjà prodigue en bienfaits, s'enrichit peu à peu d'une puissance extraordinaire et sous sa bénédiction jaillissent les miracles : des aveugles voient, des lépreux sont purifiés, des déments recouvrent la raison ; toutes les tares, toutes les misères de l'humanité viennent à ses pieds implorer une aide surnaturelle, et sont guéries. On peut dire, écrit le Frère minime François Dondé, que les mains de ce bienheureux patriarche étaient un médicament souverain pour guérir toutes sortes de maladie et comme un céleste antidote pour prévenir et remédier aux accidents qui pourraient arriver. Il ressuscita sept morts dont l'un, Nicolas d'Alesso, était le fils de sa sœur Brigitte.

Dès lors, la célébrité de François Martotile se propage de ville en ville et la congrégation dont il était l'âme se développe chaque jour, au point que le couvent de Notre-Dame-des-Anges ne suffit plus à contenir les frères ermites. Tour à tour, d'autres maisons s'ouvrent (l'Annonciade à Paterne, la Très-Sainte-Trinité à Coriliane, Jésus et Marie à Cortone) que François dirige, après avoir participé à leur construction.

Les mémoires du temps nous apprennent que François, bien qu'il fût plus grand que la moyenne, semblait petit tant son corps se courbait sous le poids des mortifications. Il portait la barbe très longue : ses cheveux étaient blonds, son nez aquilin et un peu gros, ses yeux verts. Il allait toujours nu-pieds, vêtu d'une seule robe de bure, couchant sur le sol et se nourrissant à peine. Son corps était naturellement odoriférant, comme s'il eût été parfumé d'ambre gris ou de musc.

En 1481, revenant de Sicile où il avait fondé le couvent de Milazzo, François de Paule est appelé à la cour de Ferdinand I° de Naples qui, après l’avoir quelque peu inquiété, s'attache étroitement à lui.

Louis XI qui régne depuis vingt ans sur la France, souffre cent misères : il est goutteux, congestif et harassé de continuelles fièvres ; il a des troubles digestifs, des crises de rein, d'affreux malaises de l'estomac et du foie. Ayant entendu parler des miraculeuses guérisons obtenues par François de Paule, il le fait mander à sa cour, pensant que le ciel ne résisterait pas à une pareille intercession. A la demande du roi de France, le roi Ferdinand de Naples transmet à François de Paule une invitation qui prenait les allures d'un ordre que le saint décline : Ma place est sur ce coin de terre où des couvents se fondent de jour en jour pour fortifier la congrégation dont Dieu m'a donné charge. Je n'ai que faire au royaume de France. Louis XI s'adresse au pape Sixte IV et François de Paule obéit aussitôt au Saint-Père. Avant de partir pour la France, il délégue l'un de ses religieux dans les fonctions de général de l'Ordre et en choisit deux autres pour l'accompagner, avec son neveu, André d'Alesso.

A petites journées, de Paola à Paterne, de Paterne à Coriliano, de Coriliano à Salerne, de Salerne à Castelmare, de Castelmare à Stibia, de Stibia à Naples, il vient se mettre à la disposition de Guynot de Bousières, maître d'hôtel de Louis XI, qui doit le conduire jusqu’au Roi.

François de Paule, qui a été chaleureusement accueilli à Rome par Sixte IV, s'embarque à Ostie sur un léger navire. Au milieu d'une tempête, le navire est attaqué par des pirates mais un coup de vent providentiel l’éloigne tout à coup de la galère ennemie les met bientôt hors d'atteinte. Ils ne peuvent débarquer ni à Marseille ni à Toulon dont les ports sont fermés parce que les villes sont ravagées par la peste. Bormes refuse de les laisser entrer mais François intervient et dit aux gardes : Dieu est avec nous, permettez-nous d'entrer. Un tel rayonnement émanait du saint homme que les gardes pressentent un secours providentiel et ouvrent toute grande la porte des remparts. François de Paule, fidèle à sa parole, va de maison en maison, de malade en malade, pose ses mains libératrices sur les corps décharnés et guérit autant de gens qu’il touche. La nouvelle de ses miracles se répand au-delà de Bormes et les habitants de Fréjus, frappés par la noire maladie, le supplient de venir jusqu'à eux. En reconnaissance de ces bienfaits, Fréjus fonde le couvent Notre-Dame-de-la-Pitié qui fut, sur la terre de France, l'un des premiers asiles des Frères minimes.

Dès que Louis XI qui a ordonné qu'on le reçoive comme si c'était notre Saint-Père, apprend l'arrivée de François de Paule dans son royaume, il ressent une satisfaction sans pareille : Je sens une telle joie, dit-il à son écuyer Jean Moreau, qui lui apporta la nouvelle, et une si grande consolation pour les approches de ce saint personnage que je ne sais si je suis au ciel ou en la terre, et pour cette nouvelle si agréable, demandez-moi telle récompense que vous voudrez. L'heureux messager sollicite un évêché pour son frère et dix mille écus d'or pour lui.

La petite troupe quitte Fréjus, traverse la Provence et le Dauphiné, entre à Lyon où François est reçu avec de grandes marques de respect et de dévotion : tous s'empressent autour de lui pour toucher sa robe. Par le Bourbonnais et l'Orléanais, on passe en Touraine où, près du château du Plessis-les-Tours, le Roi, accompagné des seigneurs de sa cour, vient à la rencontre saint François de Paule, se jette à ses pieds et implore ses bénédictions (24 avril 1482). Puis, tenant le saint par la main, il le conduit au logement préparé pour lui dans une aile du château, près de la chapelle de Saint-Mathias.

Les premières cajoleries passées, Louis XI juge que le moment est venu d'obtenir du saint homme les faveurs qu'il en escompte. Il le fait appeler auprès de lui, et, par le truchement de l'indispensable interprète, Ambroise Rombault, le Roi au corps terrassé par l'âge, mais à l'esprit bouillonnant de convoitises, humblement prosterné devant le villageois calabrais et lui dit, la voix pleine des angoisses de la mort : Saint homme, saint homme, empêche-moi de mourir ! François de Paule accueille les supplications royales avec une calme sérénité mais, pas un instant, il ne laisse au monarque le moindre espoir d'un miracle. Tout ce qu'il veut lui apporter, c'est le sentiment de la confiance en Dieu ; quand Louis XI parle d'éternelle guérison, François de Paule parle de la mort inévitable.

Louis XI n'insiste pas mais son espoir est brisé. Le soupçon l'envahit d’autant mieux que le médecin Coitier, craignant de trouver un rival, attise sa méfiance : Ce soi-disant saint homme est un fourbe, ce qu'il cherche, c'est à vous faire payer les miracles. Tentez-le avec de l'or, et vous verrez bien ! Louis XI qui, faute de mieux, trouve l'idée subtile, tend à François de Paule un bonnet rempli d'écus en disant : Acceptez cet argent, mon Père, il vous servira à construire à Rome un monastère. Le moine refuse et Louis XI, voyant en lui un homme de bonne foi, s'il ne le considére plus comme un sauveur, lui conserve son estime et sa confiance. Il lui accorde une pension de 300 livres et charge l'intendant Briçonnet de veiller à ses besoins ; souvent, il le fait venir ou va le trouver dans sa chambre pour causer avec lui. Comynes raconte, dans ses Mémoires : Je l'ai maintes fois ouï devant le roi, qui est de présent, où étaient tous les grands du royaume... Mais il semblait qu'il fut inspiré de Dieu des choses qu'il disait et remontrait, car autrement n'eut su parler de choses dont il parlait. Et le prudent chroniqueur d'ajouter : Il est encore vif par quoi se pourrait bien changer ou en mieux ou en pire et pour ce m'en tai. Malgré ces bons rapports, le roi, toujours à l'affût d'une trahison ou d'une supercherie, fait surveiller François de Paule jour et nuit. Pourtant, devant la pure simplicité de la vie du moine, Louis XI peut se convaincre que celui-ci n'est pas plus capable de ruse qu'il n'avait été - envers lui - capable de miracle... Et cependant c'est sur Louis XI peut-être que le saint accomplit le plus beau, le plus charitable de ses miracles.

Bien qu’il fut firmellement interdit de prononcer le cruel mot de la mort devant le Roi, François de Paule lui en parle et, en août 1483, lorsque Louis XI sent qu'il est perdu, le moine calabrais ne quitte plus le chevet du malade et lui fait accepter le parti de trépasser. Aux exhortations de saint François de Paul, Louis XI se résigne chrétiennement. L'âme inquiète, tortueuse, épouvantée, à laquelle le saint Calabrais ouvre tranquillement les chemins de l'au-delà, peu à peu, avec la certitude de la mort, trouve la confiance et la paix. Lucide jusqu'au dernier instant, le Roi prend lui-même ses ultimes dispositions : il remet les sceaux au Dauphin, appelle les Beaujeu pour leur confier le Royaume et son petit le roi. le 30 août, à 9 heures du soir, tandis que François de Paule récite la prière des agonisants, Louis XI murmure une dernière fois : Notre-Dame d'Embrun, ma bonne maîtresse, aidez-moi, puis il rend l’esprit.

Charles VIII continue à François de Paule les bonnes grâces de son père, Anne de Beaujeu, régente du Royaume, le protége ouvertement et lui conserve son logement au château de Plessis-les-Tours. Sous le règne de Charles VIII, l'Ordre des Minimes prend un développement considérable : en 1489, le roi fait bâtir les couvents de Tours et d'Amboise qu’il dote de précieux privilèges ; A Rome, il donne aux Frères minimes la maison de la Très-Sainte-Trinité, sur la colline des Jardins ; la reine Anne de Bretagne fonde, à Chaillot, le couvent royal de Notre-Dame-de-Toutes-les-Grâces et un monastère à Gien.

Après la mort de Charles VIII, François de Paule, âgé de quatre-vingt-deux ans, veut retourner en Calabre pour revoir sa maison familiale, les arbres à l'ombre desquels il a tant prié, le premier couvent dont il a, de ses mains, posé les pierres sur les pierres. Louis XII y consent, mais, dit le Père Hilarion de Coste, dès que cette nouvelle fut sue à la cour, plusieurs princes et seigneurs, entre autres Georges d'Amboise, archevêque de Rouen, remontrèrent à Sa Majesté que l'absence d'un homme de vie si exemplaire, et si sainte, que l'es rois ses prédécesseurs avaient fait rechercher avec tant de soin, serait une grande perte pour la France, de sorte que ce Prince, qui était la bonté même, révoqua aussitôt le pouvoir qu'il lui avait donné de sortir de ce royaume pour se retirer en Calabre.

François de Paule renonce à son projet et le nouveau roi comble le chef des Minimes de faveurs. L'Ordre se répand du royaume de Naples en Sicile, de Rome en France, en Espagne, où les religieux reçoivnt le nom de Pères de la Victoire, leur arrivée ayant coïncidé avec les succès remportés par Ferdinand V sur les Maures ; en Allemagne, où l'empereur Maximilien les accueille avec dévotion. C'est en 1493 que les règles de l'Ordre sont nettement établies par le saint. François de Paule rédige successivement quatre règles approuvées par Rome pour son Ordre (1493, 1501, 1502 et 1507), propose une règle pour les gens du monde qui veulent vivre selon son esprit, le tiers-ordre, (1501) et donne une règle pour des religieuses (1506) dont le premier couvent est fondé en Espagne. La mortification nouvelle qu'elles apportent et qui, jusqu'alors, n'a jamais été imposée, consiste dans l'obligation de prononcer le vœu de jeûne perpétuel ou de la vie quadragésimale. Il est interdit aux Minimes non seulement de consommer de la viande, mais encore de manger quoi que ce soit provenant d'animaux. Les seuls aliments tolérés sont le pain, l'eau et l'huile. La règle exige aussi l'entière pauvreté, la robe noire taillée dans la plus grossière des laines ; les religieux ne doivent rompre un continuel silence que par le chant des offices divins et la confession publique de leurs fautes.

Admirable prédicateur vanté par Commynes, François de Paule toujours pauvre et austère, recherchant sans cesse la solitude pour prier, est, au dire de ses contemporains, humble et doux, suave et plein de bénignité, mais aussi ferme que patient.

Ayant établi des lois purifiantes, ayant autour de lui soulagé d'innombrables misères, tourné vers Dieu d'innombrables repentirs, François de Paule sent que l'heure de son repos va sonner. Il attend, avec une grande humilité, les approches, si belles pour lui, de la mort. Le dimanche des rameaux de l'an 1507, étant en son couvent de Plessis-lez-Tours, déjà épuisé par l'âge et par les mortifications, il est pris d'une petite fièvre perfide. Couché comme à l'ordinaire sur une planche, il réunit ses religieux pour leur faire part de ses ultimes recommandations. Cinq jours après, le vendredi saint, 2 avril 1507, vers 10 heures du matin, l'ancien ermite des forêts de Calabre, devenu, par la grâce de Dieu, le consolateur des rois et des indigents, expire dans la plus douce sérénité, en murmurant le verset du psaume : Seigneur, je remets mon esprit entre vos mains.

Jules II, en 1512, permet l’ouverture d’un procès apostolique en vue de la canonisation de François de Paule. Léon X qui, par le bref Illius, daté du 7 juillet 1513, avait autorisé son culte privé, le canonise, le 12 mai 1519, par la bulle Excelsus Dominus, la première canonisation de son pontificat, qui loue en saint François de Paule la force confondue par la faiblesse, la science qui enfle cédant à la simplicité qui édifie.

Le 2 avril 1745, à Paris, dans l’église des Minimes, Massillon prononça le panégyrique de saint François de Paule devant le chancelier d’Aguesseau et sa femme, Jeanne d’Ormesson, qui descendait de la sœur du saint, Brigitte d’Alesso.

SOURCE : http://missel.free.fr/Sanctoral/04/02.php

SAINT FRANÇOIS de PAULE

Fondateur de l'Ordre des Frères Minimes

(1416-1508)

C'est dans la petite ville de Paule, en Calabre, que naquit le Saint qui poussa l'humilité jusqu'à vouloir être appelé le plus petit, le Minime, parmi les enfants de Jésus-Christ. François fut plus l'enfant de la grâce que de la nature, car il vint au monde contre toute espérance, et l'on aperçut pendant la nuit de sa naissance de vifs jets de lumière sur la toiture de la maison de ses parents, symbole du flambeau qui venait de paraître dans l'Église.

L'enfance de ce petit prédestiné fut tout extraordinaire. Les veilles et les abstinences lui furent inspirées du Ciel dès l'âge le plus tendre; aussitôt après son lever, sa première pensée était de courir à l'église, où il passait la grande partie de ses journées, ne s'ennuyant jamais avec le bon Dieu, comme il disait dans son naïf langage.

Admirons la belle réponse qu'il fit un jour à sa mère, qui le pressait, par un temps froid, de couvrir sa tête en récitant son rosaire: "Maman, lui dit-il, si je parlais à une reine, vous me commanderiez de me tenir nu-tête; mais la Sainte Vierge n'est-Elle pas plus que toutes les reines, puisqu'Elle est la Mère de Dieu et la Souveraine de l'univers?"

Quand il eut treize ans, ses parents le placèrent pour un an dans un couvent de Saint-François; sa vertu et sa régularité y furent confirmées par des miracles. Un jour, le frère sacristain l'envoie chercher du feu pour l'encensoir; il y court et, n'ayant pas d'instrument, remplit sa robe de charbons ardents, qu'il dépose avec les doigts un à un dans l'encensoir, sans avoir ni sur les doigts ni sur son vêtement la moindre trace de brûlure.

A quatorze ans, François se fit ermite et s'enfonça dans un rocher profond, au bord de la mer, résolu d'y vivre et d'y mourir oublié des hommes. Mais Dieu, qui le voulait fondateur d'un ordre religieux, lui envoya une foule de disciples, si bien qu'au bout de six ans il lui fallut bâtir un grand monastère où, nous dit un historien, François fit entrer plus de miracles que de pierres et de pièces de bois.

Il guérit tant de malades, qu'il faisait le désespoir des médecins; il ressuscita plusieurs morts; il traversa le bras de mer qui sépare la Calabre de la Sicile sur son manteau, avec deux de ses frères. Mais le plus grand des miracles, c'est sa sainteté elle-même. La nuit, pendant que ses frères dormaient, il priait encore. Il allait toujours nu-pieds, à travers les rochers, la neige et la boue; le cilice était son vêtement, la terre son lit. A l'imitation de Notre-Seigneur, il passa des Carêmes entiers sans prendre de nourriture.

C'est un fait d'histoire que le roi Louis XI, instruit de sa puissance miraculeuse, le fit venir pour obtenir sa guérison d'une maladie mortelle. Le Saint lui obtint plus que la santé du corps, il le prépara à mourir en chrétien. François mourut en France, un vendredi, à 3 heures de l'après-midi.

Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Tours, Mame, 1950.

SOURCE : http://magnificat.ca/cal/fr/saints/saint_francois_de_paule.html


St François de Paule

Fondateur de l’Ordre des Frères Minimes (1416-1508)

C’est dans la petite ville de Paule, en Calabre, que naquit le Saint qui poussa l’humilité jusqu’à vouloir être appelé le plus petit, le Minime, parmi les enfants de Jésus-Christ. François fut plus l’enfant de la grâce que de la nature, car il vint au monde contre toute espérance, et l’on aperçut pendant la nuit de sa naissance de vifs jets de lumière sur la toiture de la maison de ses parents, symbole du flambeau qui venait de paraître dans l’Église.

L’enfance de ce petit prédestiné fut tout extraordinaire. Les veilles et les abstinences lui furent inspirées du Ciel dès l’âge le plus tendre ; aussitôt après son lever, sa première pensée était de courir à l’église, où il passait la grande partie de ses journées, ne s’ennuyant jamais avec le bon Dieu, comme il disait dans son naïf langage.

Admirons la belle réponse qu’il fit un jour à sa mère, qui le pressait, par un temps froid, de couvrir sa tête en récitant son rosaire : \"Maman, lui dit-il, si je parlais à une reine, vous me commanderiez de me tenir nu-tête ; mais la Sainte Vierge n’est-Elle pas plus que toutes les reines, puisqu’Elle est la Mère de Dieu et la Souveraine de l’univers ?\"

Quand il eut treize ans, ses parents le placèrent pour un an dans un couvent de Saint-François ; sa vertu et sa régularité y furent confirmées par des miracles. Un jour, le frère sacristain l’envoie chercher du feu pour l’encensoir ; il y court et, n’ayant pas d’instrument, remplit sa robe de charbons ardents, qu’il dépose avec les doigts un à un dans l’encensoir, sans avoir ni sur les doigts ni sur son vêtement la moindre trace de brûlure.

A quatorze ans, François se fit ermite et s’enfonça dans un rocher profond, au bord de la mer, résolu d’y vivre et d’y mourir oublié des hommes. Mais Dieu, qui le voulait fondateur d’un ordre religieux, lui envoya une foule de disciples, si bien qu’au bout de six ans il lui fallut bâtir un grand monastère où, nous dit un historien, François fit entrer plus de miracles que de pierres et de pièces de bois.

Il guérit tant de malades, qu’il faisait le désespoir des médecins ; il ressuscita plusieurs morts ; il traversa le bras de mer qui sépare la Calabre de la Sicile sur son manteau, avec deux de ses frères. Mais le plus grand des miracles, c’est sa sainteté elle-même. La nuit, pendant que ses frères dormaient, il priait encore. Il allait toujours nu-pieds, à travers les rochers, la neige et la boue ; le cilice était son vêtement, la terre son lit. A l’imitation de Notre-Seigneur, il passa des Carêmes entiers sans prendre de nourriture.

C’est un fait d’histoire que le roi Louis XI, instruit de sa puissance miraculeuse, le fit venir pour obtenir sa guérison d’une maladie mortelle. Le Saint lui obtint plus que la santé du corps, il le prépara à mourir en chrétien. François mourut en France, un vendredi, à 3 heures de l’après-midi.


Lettre de St François de Paule (1486)

"Que notre Seigneur Jésus, lui qui récompense magnifiquement, vous donne le salaire de votre peine.

Fuyez le mal, repoussez les occasions dangereuses. Nous et tous nos frères, quoique indignes, prions continuellement Dieu le Père, son Fils Jésus Christ et la Vierge Marie, pour qu'ils ne cessent de vous assister dans la recherche du salut de vos âmes et de vos corps.

Quant à vous, mes frères, je vous exhorte vivement à travailler avec prudence et ardeur au salut de vos âmes: La mort est certaine, la vie est brève: elle s'évanouit comme la fumée.

Fixez donc votre esprit sur la passion de notre Seigneur Jésus Christ: par amour pour nous, il est descendu du ciel pour nous racheter; pour nous, il a subi tous les tourments de l'âme et du corps, et n'a évité aucun supplice. Il nous a donné l'exemple de la parfaite patience et de l'amour. Nous devons donc être patients devant tout ce qui s'oppose à nous.

Abandonnez les haines et les inimitiés; veillez à éviter les paroles dures; si elles se sont échappées de votre bouche, ne répugnez pas à procurer le remède par cette bouche qui a causé les blessures; ainsi pardonnez-vous mutuellement pour ensuite ne plus vous souvenir de vos torts. Garder le souvenir du mal, c'est un tort, c'est le chef-d'oeuvre de la colère, le maintien du péché, la haine de la justice; c'est une flèche à la pointe rouillée, le poison de l'âme, la disparition des vertus, le ver rongeur de l'esprit, le trouble de la prière, l'annulation des demandes que l'on adresse à Dieu, la perte de la charité, l'iniquité toujours en éveil, le péché toujours présent et la mort quotidienne.

Aimez la paix, le plus précieux trésor que l'on puisse désirer. Vous savez déjâ que nos péchés excitent la colère de Dieu : il faut donc que vous les regrettiez pour que Dieu, dans sa miséricorde, vous pardonne. Ce que nous cachons aux hommes, Dieu le connaît; il faut donc vous convertir d'un coeur sincère. Vivez de façon à recueillir la bénédiction du Seigneur; et que la paix de Dieu notre Père soit toujours avec vous."

Prière

Dieu qui relèves les humbles, tu as donné la gloire des élus à saint François de Paule; fais qu'en lui ressemblant, et avec son aide, nous obtenions le bonheur promis aux humbles.

Biographie

St François de Paule, ermite

Né à Paola en Calabre (1416), François entendit très jeune l'appel à la vie d'ermite et il se retira dans une grotte. Mais les foules vinrent à lui et les ermitages se multiplièrent autour du sien. L'Ordre des Minimes devait en naître (1493). François mourut en France, à Plessis-les-Tours, où l'avait appelé la confiance du roi Louis XI (1507).

Préparé par l'Institut de Spiritualité:

Université Pontificale Saint Thomas d'Aquin


AUDIENCE DU PAPE JEAN PAUL II

AUX PARTICIPANTS AU CHAPITRE GÉNÉRAL

DE L'ORDRE DES MINIMES

Lundi 3 juillet 2000


Très chers frères de l'Ordre des Minimes!

1. Je vous accueille en vous souhaitant une affectueuse bienvenue, reconnaissant pour la visite que vous avez voulu me rendre au début de votre Chapitre général. Je salue cordialement le

P. Giuseppe Fiorini Morosoni, votre Supérieur général, les Pères capitulaires et les délégations des moniales et des tertiaires qui interviendront au cours de la première partie de votre importante réunion, ainsi que les religieux, les religieuses et les laïcs qui composent les trois Ordres de la Famille religieuse fondée par saint François de Paule.

Avec vous tous, je rends grâce au Seigneur pour le bien accompli au cours d'une longue et méritoire histoire au service de l'Evangile. Ma pensée remonte, en particulier, aux temps difficiles pour la vie de l'Eglise, lors desquels saint François de Paule s'engagea à réaliser une réforme qui entraîna sur un chemin de perfection renouvelée ceux qui étaient "appelés par le désir d'une plus grande pénitence et par l'amour de la vie quadragésimale" (IV Règle, chap. 2).

2. Animé par des intentions apostoliques, il fonda l'Ordre des Minimes, un Institut religieux clérical de voeux solennels, placé comme "un bon arbre dans le champ de l'Eglise militante" (Alexandre VI) pour produire des fruits dignes de pénitence sur les traces du Christ, qui "s'anéantit lui-même, prenant condition d'esclave" (Ph 2, 7). En suivant l'exemple de son Fondateur, votre Famille religieuse se propose de rendre un témoignage quotidien particulier de la pénitence évangélique, à travers la vie quadragésimale, comme conversion totale à Dieu, participation intime à l'expiation du Christ et rappel des valeurs évangéliques du détachement du monde, de la primauté de l'esprit sur la matière et de l'urgence de la pénitence, qui comporte la pratique de la charité, l'amour de la prière et l'ascèse physique" (Constitutions, art. 3).

Très chers amis, inspirez-vous constamment de votre Fondateur, l'humble pénitent plongé en Dieu, qui savait transmettre à ses frères une authentique expérience du Divin. En lui, le Seigneur voulut réaliser de "grandes choses", en lui confiant des tâches extraordinaires, qui le conduisirent à parcourir une grande partie de l'Italie et de la France et à les illuminer par la splendeur de sa sainteté.

Au cours des presque cinq siècles qui nous séparent de sa mort, qui eut lieu le 2 avril 1507, ses fils, fidèles au charisme de leur Fondateur, ont continué à annoncer l'"Evangile de la pénitence". Ils se sont efforcés de vivre son esprit d'humilité, de pauvreté et de profonde oraison, en imitant sa tendre dévotion à l'Eucharistie, au Crucifié et à la Madone. En particulier, ils ont continué à s'engager dans l'observance du "quatrième voeu du carême perpétuel". Ainsi, ils ont prolongé dans le monde entier le sillage lumineux de saint François de Paule, en témoignant partout du rôle incontournable de la pénitence dans l'itinéraire de la conversion et en enrichissant la vie de l'Eglise d'admirables oeuvres de charité et de sainteté.

3. "Vous n'avez pas seulement à vous rappeler et à raconter une histoire glorieuse, mais vous avez à construire une grande histoire! Regardez vers l'avenir, où l'Esprit vous envoie pour faire encore avec vous de grandes choses" En cette circonstance particulière, je désire vous répéter ces paroles de l'Exhortation apostolique Vita consecrata (n. 110), dans lesquelles se reflètent bien les objectifs de votre Chapitre général. Celui-ci, en approfondissant le thème "Identité et mission des Minimes au début du troisième millénaire après 500 ans d'histoire: Religieux et laïcs ensemble avec un unique charisme, pour la même mission", se propose de repenser le charisme de la pénitence quadragésimale, à la lumière des défis du monde d'aujourd'hui, en définissant les nouveaux aréopages à privilégier pour l'annonce évangélique de la conversion et de la réconciliation.

Cet engagement, déjà apparu au cours de la dernière Assemblée ordinaire, demande à être traduit par une présence significative et pleine d'amour des Minimes dans les contextes de grande pauvreté spirituelle, à travers l'écoute, la direction spirituelle et la formation des consciences à la réflexion et à la prière. Votre présence sur le front de l'indigence matérielle pour apporter aux déshérités une solidarité effective pourra être d'une grande importance, également grâce à la participation aux oeuvres des organismes qui s'y consacrent. Je suis certain que l'exemple de votre Fondateur, messager de la paix du Christ, vous soutiendra dans votre mission d'apporter le don de la réconciliation et de la communion dans les familles, dans les réalités ecclésiales, auprès des diverses confessions chrétiennes, parmi ceux qui sont indifférents ou lointains.

4. En évangélisant les nouveaux aréopages, il faut tout d'abord avoir à l'esprit que la créativité et le dialogue avec les diverses cultures ne doivent pas amoindrir les richesses de la propre identité et de la propre histoire. En effet, créativité et dialogue deviennent des voies efficaces de l'annonce évangélique lorsqu'ils peuvent compter sur la solide fidélité au propre charisme. Une vie conventuelle et pénitentielle fervente constitue sûrement le préalable indispensable pour que chaque religieux offre en lui l'image limpide du Christ, chaste, pauvre, obéissant, image qui, seule, fascine et conquiert ceux qui sont à la recherche de la vérité et de la paix.

Une pastorale auhentique et incarnée présuppose la sainteté, que les Minimes, suivant l'exemple de leur fondateur, s'engageront à atteindre, en parcourant la voie de la pénitence. Celle-ci, si elle consiste en particulier dans la conversion du coeur, repose cependant également sur les moyens ascétiques propres à la tradition spirituelle de l'Eglise et de l'Institut. Dans ce contexte, la fidélité au quatrième voeu solennel de la vie quadragésimale, que saint François de Paule voulut que professent les Frères et les Moniales des Ordres qu'il avait fondés, acquiert une importance particulière. Ce signe particulier d'appartenance à l'Ordre des Minimes, apparaît très efficace dans le témoignage des "choses d'en-haut" à un monde distrait et plongé dans l'hédonisme. En effet, il est non seulement un puissant moyen de sanctification personnelle, mais il constitue une occasion pour réparer les péchés de tous les hommes et une façon pour implorer pour eux la grâce d'un retour à Dieu.

La tendance dominante dans la société contemporaine, et en particulier parmi les jeunes, à rechercher une gratification immédiate, loin de conduire les Minimes à atténuer la dimension quadragésimale de leur Institut, devra plutôt les engager à se placer avec une ardeur renouvelée au service de leurs frères, pour les éduquer à la grande voie spirituelle de la pénitence. Certes, il est nécessaire de rechercher un langage et des motivations appropriées, mais il reste toujours indispensable de témoigner de la joie qui est propre à celui qui renonce aux commodités du monde pour trouver la perle précieuse du Royaume de Dieu (cf. Mt 13, 45-46). Ce témoignage constituera un don précieux que votre Ordre fera à toute l'Eglise, en rappelant l'exigence pour tous d'accueillir l'Evangile de la conversion et de l'ascèse.

5. Aux côtés des religieux et des religieuses du premier et du second Ordre, saint François de Paule voulut, avec une intuition prophétique, initier à la spiritualité de la vie quadragésimale également les laïcs, pour lesquels il fonda le Tiers Ordre. Ceux-ci, depuis presque cinq cents ans, participent à la mission de l'Ordre à travers de multiples formes de partage et de collaboration.

La complexité et les rapides mutations du monde contemporain exigent une prompte capacité de discernement et une présence toujours plus qualifiée des chrétiens dans les réalités du monde. Dans ce but, en s'enrichissant des expériences positives accumulées au cours des années, il faut encourager et soutenir la collaboration entre les laïcs et les religieux. En effet, de cette collaboration pourront naître des approfondissements féconds et inattendus de certains aspects du charisme (cf. Vita consecrata, n. 55). Dans cette optique, il faut que les religieux se consacrent avec toujours plus de soin à la formation des laïcs: qu'ils soient des guides experimentés de vie spirituelle, attentifs aux personnes et aux signes des temps, des témoins joyeux du charisme qu'ils entendent partager avec ceux qui oeuvrent plus directement dans le monde.

6. Très chers amis, le grand Jubilé invite toute l'Eglise à contempler avec une gratitude renouvelée le mystère de l'Incarnation pour annoncer avec une ardeur croissante l'Evangile du Christ dans le nouveau millénaire: devant vous s'ouvre un vaste domaine de pers-pectives et d'engagements.

Que votre Ordre, après avoir surmonté de nombreux moments difficiles au cours de l'histoire, continue à être la lumière qui illumine les pénitents de l'Eglise: qu'il appelle ceux qui sont loin à la nécessité de la conversion et de la pénitence, qu'il encourage par l'exemple et la prière ceux qui se sont mis en marche, qu'il témoigne d'une vie quadragésimale qui, en suivant Jésus sur son chemin vers le Calvaire, permette de goûter dès à présent, d'une certaine façon, la joie de la Pâque éternelle.

Que vos communautés, en puisant à leur propre trésor des choses nouvelles et des choses antiques (cf. Mt 13, 53), soient l'expression de l'éternelle force de la voie de la pénitence qui, en conduisant à renier l'homme ancien, établit les prémisses de la venue du Royaume.

Je confie chacune de vos intentions généreuses, ainsi que les travaux capitulaires, à la Sainte Vierge, à saint François de Paule et aux nombreux saints et bienheureux qui enrichissent votre histoire séculaire, afin qu'ils vous aident à reproposer aujourd'hui votre charisme, comme signe éloquent de fécondité évangélique et de renouvellement de la vie ecclésiale.

Avec ces voeux, je vous donne volontiers, à vous ici présents et à tout l'Ordre des Minimes, dans la triple expression des Frères, des Moniales et des Tertiaires, ma Bénédiction apostolique spéciale.



St François de Paule, confesseur

Mort au Plessis-lès-Tours le 2 avril 1507, béatifié dès 1513, canonisé en 1519 par Léon X. Fête introduite en 1557 comme semi-double mais supprimée par St Pie V en 1568. Sixte-Quint la rétablit en 1585 comme double, Clément VII la ramena au rite semi-double en 1602. Paul V en fit à nouveau un double en 1613 comme fête de fondateur d’ordre.

Leçons des Matines avant 1960

Quatrième leçon. François naquit dans une humble condition à Paule, ville de Calabre. Ses parents, longtemps privés d’enfants, ayant fait un vœu, l’obtinrent du ciel par l’intercession du bienheureux François (d’Assise). Dès son adolescence, enflammé d’une divine ardeur, il se retira dans un lieu désert et il y mena pendant six ans un genre de vie très rude, mais que la méditation des choses célestes remplissait de douceur. Comme la renommée de ses vertus se répandait au loin, et qu’un grand nombre de personnes accouraient vers lui dans le but de servir Dieu, la charité fraternelle le décida à sortir de sa solitude ; il bâtit une église près de Paule, et c’est là qu’il jeta les fondements de son Ordre.

Cinquième leçon. François avait le don de la parole à un degré merveilleux ; il garda une perpétuelle virginité ; il pratiqua l’humilité au point de se dire le moindre de tous, et voulut que ses disciples portassent le nom de Minimes. Son vêtement était grossier, il marchait nu-pieds, et couchait sur la dure. Son abstinence fut admirable : il ne mangeait qu’une fois par jour, après le coucher du soleil, et sa nourriture n’était que du pain et de l’eau, auxquels il ajoutait à peine l’assaisonnement qui est permis en Carême ; i obligea ses frères à promettre, par un quatrième vœu, d’observer cette dernière pratique pendant toute l’année.

Sixième leçon. Dieu voulut attester la sainteté de son serviteur par de nombreux miracles, entre lesquels un des plus célèbres eut lieu lorsque François, repoussé par des matelots, étendit son manteau sur les flots et passa ainsi le détroit de Sicile avec son compagnon. Ayant reçu le don de prophétie, il annonça beaucoup d’événements futurs. Louis XI, roi de France, souhaita de le voir et lui donna de grandes marques d’estime. Enfin, âgé de quatre-vingt-onze ans, se trouvant à Tours, il s’en alla vers le Seigneur, l’an du salut mil cinq cent sept. Pendant les onze jours qu’on garda son corps sans l’ensevelir, il resta sans corruption, exhalant même une odeur suave. Le Pape Léon X a mis François de Paule au nombre des Saints.


Dom Guéranger, l’Année Liturgique

Le fondateur d’une milice d’humilité et de pénitence, François de Paule, nous offre aujourd’hui son exemple et son patronage. Sa vie fut toujours innocente ; et néanmoins nous le voyons embrasser, dès sa première jeunesse, une pénitence si austère, qu’il semblerait trop sévère de l’exiger des plus grands pécheurs de nos jours. Cependant les droits de la justice divine n’ont rien perdu de leur rigueur : car Dieu ne change pas ; et l’offense que lui ont faite nos péchés ne nous sera pas remise, si elle n’est pas réparée. Les saints ont expié toute leur vie et avec la plus grande sévérité des fautes légères ; et l’Église a tant de peine à arracher à notre mollesse, en ces jours, quelques œuvres de pénitence mitigées à l’excès !

Est-ce la foi qui fait défaut dans nos âmes ? Est-ce la charité qui languit dans nos cœurs ? C’est l’un et l’autre, sans doute ; et la cause d’un tel affaiblissement est dans l’amour de la vie présente qui nous fait insensiblement perdre l’unique point de vue que nous devrions considérer : celui de l’éternité. Combien de chrétiens de nos jours sont semblables, dans leurs sentiments, à ce roi de France qui, après avoir obtenu du Pontife Romain que saint François de Paule vînt habiter près de lui, se jeta aux pieds du serviteur de Dieu, en le suppliant de lui prolonger la vie ! Louis XI, cependant, était un grand pécheur ; mais ce qui le préoccupait n’était pas le désir de faire pénitence de ses crimes ; c’était l’espoir d’obtenir du saint quelques jours de plus d’une vie déjà trop longue pour le compte redoutable qui devait la suivre. Cet amour de la vie, nous le portons à un excès pitoyable. On repousse le jeûne et l’abstinence, non parce que l’obéissance à la loi de l’Église mettrait la vie en péril, non parce que la santé en serait compromise : on sait trop bien que les prescriptions du Carême cèdent en présence de semblables motifs ; mais on se dispense du jeûne et de l’abstinence, parce que la mollesse dans laquelle on vit rend insupportable jusqu’à l’idée d’une légère privation, d’un dérangement dans les habitudes. On trouve des forces plus que suffisantes pour les affaires, pour les fantaisies même et pour les plaisirs ; et quand il s’agit d’accomplir les lois que l’Église n’a portées que dans l’intérêt des âmes et des corps, tout semble impossible ; et l’on accoutume la conscience à ne plus même s’inquiéter de ces prévarications annuelles, qui finissent par éteindre dans l’âme du pécheur jusqu’à l’idée de la nécessité où il est de faire pénitence pour être sauvé.

Apôtre de la Pénitence, François de Paule, votre vie fut toujours sainte ; et nous sommes pécheurs. Cependant nous osons, en ces jours, recourir à votre puissant patronage, pour obtenir de Dieu que cette sainte carrière ne se termine pas sans avoir produit en nous un véritable esprit de pénitence, qui serve d’appui à l’espoir que nous avons conçu de notre pardon. Nous admirons les merveilles dont votre vie fut remplie, et cette longévité des Patriarches qui parut en vous, afin que la terre pût jouir plus longtemps du fruit de vos exemples. Maintenant que vous êtes dans la gloire éternelle, souvenez-vous de nous et bénissez le peuple fidèle qui implore votre suffrage. Par vos prières, faites descendre sur nous la grâce de la componction qui animera les œuvres de notre pénitence. Bénissez et conservez le saint Ordre que vous avez fondé. Notre patrie eut l’honneur de vous posséder, ô François ! C’est de son sein que votre âme bénie s’éleva vers les cieux, laissant à la piété de nos pères sa dépouille mortelle, qui devint bientôt pour la France une source de laveurs et un gage de votre protection. Mais hélas ! ce corps sacré, temple de l’Esprit-Saint, nous ne le possédons plus ; la rage des hérétiques le poursuivit, il y a trois siècles, et un bûcher sacrilège le réduisit en cendres. Homme de mansuétude et de paix, pardonnez aux fils ce crime de leurs pères ; et, témoin dans les cieux des miséricordes divines, soyez-nous propice, et ne vous souvenez des iniquités anciennes que pour appeler sur la génération présente ces faveurs célestes qui convertissent les peuples, et font revivre chez eux la foi et la piété des anciens jours.


Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum

Fête en l’honneur de l’humble thaumaturge de la « Charité » (+ 1508), date seulement de 1585, sous Sixte-Quint. Deux temples insignes, dans la Ville sainte, rappellent le séjour qu’y fit saint François de Paule, quand, par ordre de Sixte IV, il se rendit en France à la cour de Louis XI. L’église dédiée à la Très Sainte Trinité sur l’antique Collis ortorum ou Pincio, fut construite en 1493, par Charles VIII, roi de France, pour les religieux Minimes, là même où leur saint Fondateur aurait prédit que serait un jour le siège de sa famille à Rome. Un second temple, sous le vocable de Saint-François de Paule, s’élève sur l’Esquilin, près du Titre d’Eudoxie, et, comme la Sainte-Trinité sur le Pincio, est remarquable par ses œuvres d’art et la richesse de ses marbres. Dans le couvent voisin habita durant plusieurs années le vénérable Bernard Clausi.

La messe de saint François de Paule est celle du Commun des simples Confesseurs, les collectes sont propres et la première lecture sont propres.

La première prière met en relief l’humilité profonde du thaumaturge de Paule, humilité qui attribua à la famille religieuse instituée par lui le titre d’Ordre des Minimes.

La première lecture est semblable à celle qui est assignée à la fête de saint Paul, premier ermite, le 15 janvier. Il faut tout donner pour posséder tout ; c’est-à-dire donner tout le créé et la créature pour gagner ainsi le Créateur.

L’humble simplicité et la candeur de l’âme sont les conditions les plus propices pour que la grâce de Dieu puisse agir sans rencontrer d’obstacle. Ainsi s’explique le nombre extraordinaire de prodiges opérés par saint François de Paule, parfois même sans un but de grande importance apparemment, comme, par exemple, le jour où, à table, il ressuscita des poissons déjà cuits et servis. Dans son amour humble et confiant, il possédait le cœur de Dieu, et, s’inspirant de la charité, il l’inclinait où il voulait.


Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique

Par charité.

Saint François : Jour de mort : 2 avril 1507. — Tombeau : Son corps reposait autrefois dans l’église du monastère de Plessis-les-Tours, mais il fut brûlé par les hérétiques. Image : On le représente, avec l’habit de son Ordre, comme un vieillard ; au-dessus de lui, formant auréole, se trouve inscrit le mot : Caritas. Vie : Saint François de Paule est le fondateur de l’Ordre des Minimes qui est une branche de l’Ordre franciscain. Ces « ermites de Saint-François d’Assise » doivent vivre ensemble dans des petites maisons et mener, étant les « plus petits » frères, une vie encore plus stricte, plus pauvre et plus humble que les frères « mineurs » de Saint-François. Le saint opéra de nombreux miracles.

Sa maxime : Le saint avait un mot de prédilection qui a été la caractéristique de sa personne et la racine de sa sainteté : Cette parole était : « par charité ». Ce petit mot avait une force merveilleuse pour lui et pour les autres. Quand on agissait « par charité », la pierre la plus lourde devenait légère. C’est « dans la charité » qu’il exhortait et réprimandait. « Dans la charité », il traversait la mer sans bateau. « Un jour, le saint voulait se rendre du continent italien en Sicile. Il y avait justement un bateau dans le port. François demanda au patron de l’emmener, lui et ses deux compagnons. » « Si vous payez, moines », répondit rudement celui-ci, « je vous passerai ». « Par charité » ; répondit humblement le saint, « je n’ai pas d’argent sur moi ». « Alors je n’ai pas de bateau pour vous »), répondit en ricanant le marin. « Par charité », répondit François, pardonnez-moi si je m’en vais. » Il s’écarta d’un jet de pierre, s’agenouilla et bénit la mer. Quelle ne fut pas la stupéfaction des témoins quand le saint se leva, s’avança sur les flots mouvants et, marchant de pied ferme sur les vagues, traversa le détroit ! — Nous prenons la messe du Carême avec mémoire du saint.

PREMIER PANÉGYRIQUE

DE SAINT FRANÇOIS DE PAULE (a).

Charitas Christi urget nos.

La charité de Jésus-Christ nous presse. II Cor., V, 14.

Rendons cet honneur à l'humilité, qu'elle est seule digne de louanges. La louange en cela est contraire aux autres choses que nous estimons, qu'elle perd son prix étant recherchée, et que sa valeur s'augmente quand on la méprise. Encore que les philosophes fussent des animaux de gloire, comme les appelle Tertullien (Tertull. De animâ, n. 1), Philosophus animal gloriœ, ils ont reconnu la vérité de ce que je viens de vous dire; et voici la raison qu'ils en ont rendue : c'est que la gloire n'a point de corps, sinon en tant qu'elle est attachée à la vertu, dont elle n'est qu'une dépendance. C'est pourquoi, disaient-ils, il faut diriger ses intentions à La vertu seule: la gloire, comme un de ses apanages, la doit suivre sans qu'on y pense. Mais la religion chrétienne élève bien plus haut nos pensées : elle nous apprend que Dieu est le seul qui a de la majesté et de la gloire, et par conséquent que c'est à lui seul de la distribuer, ainsi qu'il lui plaît, à ses créatures, selon qu'elles s'approchent de lui. Or, encore que Dieu soit très-haut, il est néanmoins inaccessible aux âmes qui veulent trop s'élever, et on ne l'approche qu'en s'abaissant : de sorte que la gloire n'est qu'une ombre et un fantôme, si elle n'est soutenue par le fondement de l'humilité, qui attire les louanges en les rejetant. De là vient que l'Eglise dit aujourd'hui dans la Collecte de saint François: « O Dieu, qui êtes la gloire des humbles: » Deus, humilium celsitudo. C'est à cette gloire solide qu'il faut porter notre ambition.

Monseigneur, la gloire du monde vous doit être devenue en quelque façon méprisable par votre propre abondance. Certes, notre histoire ne se taira pas de vos fameuses expéditions, et la postérité la plus éloignée ne pourra lire sans étonnement toutes les merveilles de votre vie. Les peuples que vous conservez ne perdront jamais la mémoire d'une si heureuse protection : ils diront à leurs descendants jusqu'aux dernières générations que sous le grand maréchal de Schomberg, dans le dérèglement des affaires et au milieu de la licence des armes, ils ont commencé à jouir du calme et de la douceur de la paix.

Madame, votre piété, votre sage conduite, votre charité si sincère et vos autres généreuses inclinations auront aussi leur part dans cet applaudissement général de toutes les conditions et de tous les âges ; mais je ne craindrai pas de vous dire que cette gloire est bien peu de chose, si vous ne l'appuyez sur l'humilité.

Viendra, viendra le temps, Monseigneur, que non-seulement les histoires, et les marbres, et les trophées, mais encore les villes, et les forteresses, et les peuples, et les nations seront consumés par le même feu ; et alors toute la gloire des hommes s'évanouira en fumée, si elle n'est défendue de l'embrasement général par l'humilité chrétienne. Alors le Sauveur Jésus descendra en sa majesté ; et assemblant le ciel et la terre pour faire l'éloge de ses serviteurs, dans une telle multitude il ne choisira, chrétiens, ni les César ni les Alexandre : il mettra en une place éminente les plus humbles, les plus inconnus. Parce que le pauvre François de Paule s'est humilié en ce monde, sa vertu sera honorée d'un panégyrique éternel de la propre bouche du Fils de Dieu. C'est ce qui m'encourage, mes Frères, à célébrer aujourd'hui ses louanges à la gloire de notre grand Dieu et pour l'édification de nos âmes. Bien que sa vertu soit couronnée dans le ciel, comme elle a été exercée sur la terre, il est juste qu'elle y reçoive les éloges qui lui sont dus. Pour cela implorons la grâce de Dieu, par l'entremise de celle qui a été l'exemplaire des humbles, et qui fut élevée à la dignité la plus haute en même temps qu'elle s'abaissa par les paroles les plus soumises, après que l'ange l'eut saluée en ces termes : Ave, Maria.

Si nous avons jamais bien compris ce que nous devenons par la grâce du saint baptême et par la profession du christianisme, nous devons avoir entendu que nous sommes des hommes nouveaux et de nouvelles créatures en Notre-Seigneur Jésus-Christ. C'est pourquoi l'apôtre saint Paul nous exhorte de nous renouveler en notre âme et de ne marcher plus selon le vieil homme , mais en la nouveauté de l'Esprit de Dieu (Ephes., IV, 22 et seq.). De là vient que le Sauveur Jésus nous est donné comme un nouvel homme et comme un nouvel Adam, ainsi que l'appelle le même saint Paul (I Cor., XV, 45) ; et c'est lui qui selon la volonté de son Père est venu dans la plénitude des temps, afin de nous réformer selon les premières idées de cet excellent Ouvrier, qui dans l'origine des choses nous avait faits à sa ressemblance. Par conséquent comme le Fils de Dieu est lui-même le nouvel homme, personne ne peut espérer de participer à ses grâces, s'il n'est renouvelé à l'exemple de Notre-Seigneur, qui nous est proposé comme l'Auteur de notre salut et comme le Modèle de notre vie.

Mais d'autant qu'il était impossible que cette nouveauté admirable se fit en nous par nos propres forces, Dieu nous a donné l'Esprit de son Fils, ainsi que parle l'Apôtre : Misit Deus Spiritum Filii sui (Galat., IV, 6); et c'est cet Esprit tout-puissant qui venant habiter dans nos âmes, les change et les renouvelle, formant en nous les traits naturels et une vive image de Notre-Seigneur Jésus-Christ, sur lequel nous devons être moulés. Pour cela il exerce en nos cœurs deux excellentes opérations, qu'il est nécessaire que vous entendiez, parce que c'est sur cette doctrine que tout ce discours doit être fondé.

Considérez donc, chrétiens, que l'homme, dans sa véritable constitution, ne pouvant avoir d'autre appui que Dieu, ne pou-voit se retirer aussi de lui qu'il ne fît une chute effroyable : et encore que par cette chute il ait été précipité au-dessous de toutes les créatures, toutefois, dit saint Augustin, il tomba premièrement sur soi-même : Primùm incidit in seipsum (De Trinit., lib. XII, cap. XI, n. 16). Que veut dire ce grand personnage, que l'homme tomba sur soi-même? Tombant sur une chose qui lui est si proche et si chère, il semble que la chute n'en soit pas extrêmement dangereuse; et néanmoins cet incomparable docteur prétend par là nous représenter une grande extrémité de misère. Pénétrons sa pensée, et disons que l'homme par ce moyen devenu amoureux de soi-même, s'est jeté dans un abîme de maux, courant aveuglément après ses désirs et consumant ses forces après une vaine idole de félicité qu'il s'est figurée à sa fantaisie.

Hé ! fidèles, qu'est-il nécessaire d'employer ici beaucoup de paroles pour vous faire voir que c'est l'amour-propre qui fait toutes nos actions? N'est-ce pas cet amour flatteur qui nous cache nos défauts à nous- mêmes, et qui ne nous montre les choses que par l’endroit agréable? Il ne nous abandonne pas un moment : et de même que si vous rompez un miroir, votre visage semble en quelque sorte se multiplier dans toutes les parties de cette glace cassée, cependant c'est toujours le même visage : ainsi quoique notre âme s'étende et se partage en beaucoup d'inclinations différentes, l'amour-propre y paraît partout. Etant la racine de toutes nos passions, il fait couler dans toutes les branches ses vaines, mais douces complaisances : si bien que l'homme s'arrêtant en soi-même, ne peut plus s'élever à son Créateur. Et qui ne voit ici un désordre tout manifeste?

Car Dieu étant notre fin dernière, en cette qualité notre cœur lui doit son premier tribut : et ne savez-vous pas que le tribut du cœur, c'est l'amour? Ainsi nous attribuons à nous-mêmes les droits qui n'appartiennent qu'à Dieu; nous nous faisons notre fin dernière ; nous ne songeons qu'à nous plaire en toutes choses, même au préjudice de la loi divine ; et par divers degrés nous venons à ce maudit amour qui règne dans les enfants du siècle et que saint Augustin définit en ces termes : Amor sui asque ad contemptum Dei (De Civit. Dei, lib. XIV, cap. XXVIII) : « L'amour de soi-même qui passe jusqu'au mépris de Dieu. » C'est contre cet amour criminel que le Fils de Dieu s'élève dans son Evangile, le condamnant à jamais par cette irrévocable sentence : « Qui aime son âme la perd, et qui l'abandonne la sauve : » Qui amat animam suam perdet eam, et qui odit animam suam custodit eam (Joan., XII, 25). Voyant que c'est l'amour-propre qui est cause de tous nos crimes, il avertit tous ceux qui veulent se ranger sous sa discipline que, s'ils ne se baissent eux-mêmes, il ne les peut recevoir en sa compagnie : « Celui qui ne veut pas renoncer à soi-même pour l'amour de moi, n'est pas digne de moi (Matth., X, 38). » De cette sorte il nous arrache à nous-mêmes par une espèce de violence ; et déclarant la guerre à cet amour-propre qui s'élève en nous au mépris de Dieu, comme disait tout à l'heure le saint évêque Augustin, il fait succéder en sa place l'amour de Dieu jusqu'au mépris de nous-mêmes: Amor Dei usque ad contemptum sui, dit le même saint Augustin (S. August., loco mox cit).

Par là vous voyez, chrétiens, les deux opérations de l'Esprit de Dieu. Car pour nous faire la guerre à nous-mêmes, ne faut-il pas qu'il y ait en nous quelque autre chose que nous? Et comment irons-nous à Dieu, si son Saint-Esprit ne nous y élève? Par conséquent il est nécessaire que cet Esprit tout-puissant lève le charme de l'amour-propre, et nous détrompe de ses illusions ; et puisque faisant paraître à nos yeux un rayon de cette ravissante beauté qui seule est capable de satisfaire la vaste capacité de nos âmes, il embrase nos cœurs des flammes de sa charité, en telle sorte que l'homme, pressé auparavant de l'amour qu'il avait pour soi-même, puisse dire avec l'apôtre saint Paul : « La charité de Jésus-Christ nous presse : Charitas Christi urget nos. Elle nous presse, nous incitant contre nous ; elle nous presse, nous portant au-dessus de nous; elle nous presse, nous détachant de nous-mêmes; elle nous presse, nous unissant à Dieu; elle nous presse, non moins par les mouvements d'une sainte haine que par les doux transports d'une bienheureuse dilection : Charitas Christi urget nos.

Voilà, mes Frères, voilà ce que le Saint-Esprit opère en nos cœurs, et voilà le précis de la vie de l'incomparable François de Paule. Vous le verrez ce grand personnage, vous le verrez avec un visage toujours riant et toujours sévère. Il est toujours en guerre et toujours en paix : toujours en guerre contre soi-même par les austérités de la pénitence ; toujours en paix avec Dieu par les embrassements de la chanté. Il épure la charité par la pénitence ; il sanctifie la pénitence par la charité. Il considère son corps comme sa prison, et son Dieu comme sa délivrance. D'une main, il rompt ses liens; et de l'autre il s'attache à l'objet qui lui donne la liberté. Sa vie est un sacrifice continuel. Il détruit sa chair par la pénitence; il l'offre et la consacre par la charité. Mais pourquoi vous tenir si longtemps dans l'attente d'un si beau spectacle? Fidèles, regardez ce combat: vous verrez l'admirable François de Paule combattant l'amour-propre par l'amour de Dieu. Ce vieillard que vous voyez, c'est le plus zélé ennemi de soi-même ; mais c'est aussi l'homme le plus passionné pour la gloire de son Créateur : c'est le sujet de tout ce discours.


PREMIER POINT.

Si dans cette première partie je vous annonce une doctrine sévère, si je ne vous prêche autre chose que les rigueurs de la pénitence, fidèles, ne vous en étonnez pas. On ne peut louer un grand politique qu'on ne parle de ses bons conseils, ni faire l'éloge d'un capitaine fameux sans rapporter ses conquêtes. Partant que les chrétiens délicats, qui aiment qu'on les flatte par une doctrine lâche et complaisante, n'entendent pas les louanges du grave et austère François de Paule. Jamais homme n'a mieux compris ce que nous enseigne saint Augustin (Serm. CCCLI, n. 3) après les divines Ecritures, que la vie chrétienne est une pénitence continuelle. Certes dans le bienheureux état de la justice originelle, ces mots fâcheux de Mortification et de Pénitence n'étaient pas encore en usage, et n'avoient point d'accès (Var. : D'entrée) dans un lieu si agréable et si innocent. L'homme alors, tout occupé des louanges de son Dieu, ne connaissait pas les gémissements : Non gemebat, sed laudabat (S. August., in Psal. XXIX, enar. II, n. 18). Mais depuis que par son orgueil il eut mérité que Dieu le chassât de ce paradis de délices, depuis que cet ange vengeur avec son épée foudroyante fut établi à ses portes pour lui en empêcher les approches, que de pleurs et que de regrets! Depuis ce temps-là, chrétiens, la vie humaine a été condamnée à des gémissements éternels. Race maudite et infortunée d'un misérable proscrit (Banni), nous n'avons plus à espérer de salut, si nous ne fléchissons par nos larmes celui que nous avons irrité contre nous; et parce que les pleurs ne s'accordent pas avec les plaisirs, il faut nécessairement que nous confessions que nous sommes nés pour la pénitence. C'est ce que dit le grave Tertullien dans le traité si saint et si orthodoxe qu'il a fait de cette matière : « Pécheur que je suis, dit ce grand personnage, et né seulement pour la pénitence : » Peccator omnium notarum cùm sim, nec ulli rei nisi pœnitentiœ natus; « Comment est-ce que je m'en tairai, puisqu'Adam même, le premier auteur et de notre vie et de notre crime, restitué en son paradis par la pénitence, ne cesse de la publier ? » Super illâ tacere non possum, quant ipse quoque, et stirpis humanœ et offensa? in Deum princeps Adam, exomologesi restitutus in paradisum suum, non tacet (De Poenit., n. 12).

C'est pourquoi le Fils de Dieu, venant sur la terre afin de porter nos péchés, s'est dévoué à la pénitence ; et l'ayant consommée par sa mort, il nous a laissé la même pratique, et c'est à quoi nous nous obligeons très-étroitement par le saint baptême. Le baptême, n'en doutez pas , est un sacrement de pénitence, parce que c'est un sacrement de mort et de sépulture. L'Apôtre ne dit-il pas aux Romains qu'autant que nous sommes de baptisés, nous sommes baptisés en la mort de Jésus, et que nous sommes ensevelis avec lui ? In morte Christi baptizati estis, consepulti ei per baptismum (Rom., V, 3, 4). N'est-ce pas ce que nos pères représentaient par cette mystérieuse manière d'administrer le baptême ? On plongeait les hommes tout entiers, et on les ensevelissait sous les eaux. Et comme les fidèles les voyaient se noyer pour ainsi dire dans les ondes de ce bain salutaire, ils se les représentaient tout changés en un moment par la vertu du Saint-Esprit, dont ces eaux étaient animées : comme si sortant de ce inonde en même temps qu'ils disparaissaient à leur vue, ils fussent allés mourir et s'ensevelir avec le Sauveur, selon la parole du saint Apôtre : Consepulti ei per baptismum. Rendez-vous capables, mes Frères, de ces anciens sentiments de l'Eglise, et ne vous étonnez pas si l'on vous parle souvent de vous mortifier, puisque le sacrement par lequel vous êtes entrés dans l'Eglise vous a inities tout ensemble et à la religion chrétienne et à une vie pénitente.

Mais puisque nous sommes sur cette matière , et d'ailleurs que la Providence divine semble avoir suscité saint François de Paule, afin de renouveler en son siècle l'esprit de pénitence presque entièrement éteint par la mollesse des hommes, il sera, ce me semble, à propos avant que de vous raconter (Var. : Représenter) ses austérités, de vous dire en peu de mots les raisons qui peuvent l'avoir obligé à une manière de vivre si laborieuse, et tout ensemble de vous taire voir qu'un chrétien est un pénitent qui ne doit point donner d'autres bornes à ses mortifications que celles qui termineront le cours de sa vie. En voici la raison solide, que je tire de saint Augustin, dans une excellente homélie qu'il a faite de la pénitence (Serm. CCCLI, n. 3 et seq). Il y a deux sortes de chrétiens : les uns ont perdu la candeur de l'innocence baptismale, et les autres l'ont conservée, quoiqu'à notre grande honte le nombre de ces derniers soit si petit dans le monde, qu'à peine doivent-ils être comptés. Or les uns et les autres sont obligés à la pénitence jusqu'au dernier soupir, et partant la vie chrétienne est une pénitence continuelle.

Car pour nous autres misérables pécheurs, qui nous sommes dépouillés de Jésus-Christ dont nous avions été revêtus par le saint baptême, et qui nonobstant tant de confessions réitérées retournons toujours à nos mêmes crimes, quelles larmes assez amères et quelles douleurs assez véhémentes peuvent égaler notre ingratitude? N'avons-nous pas juste sujet de craindre que la bonté de Dieu, si indignement méprisée, ne se tourne en une fureur implacable? Que si sa juste vengeance est si grande contre les Gentils, qui ne sont jamais entrés dans son alliance, sa colère ne sera-t-elle pas d'autant plus redoutable pour nous, qu'il est plus sensible à un père d'avoir des enfants perfides que d'avoir de mauvais serviteurs? Donc si la justice divine est si fort enflammée contre nous, puisqu'il est impossible que nous lui puissions résister, que reste-t-il à faire autre chose, sinon de prendre son parti contre nous-mêmes, et de venger par nos propres mains les mystères de Jésus violés, et son sang profané, et son Saint-Esprit affligé, comme parlent les Ecritures (Hebr., X, 29.), et sa Majesté offensée? C'est ainsi, c'est ainsi, chrétiens, que prenant contre nous le parti de la justice divine, nous obligerons sa miséricorde à prendre notre parti contre sa justice. Plus nous déplorerons la misère où nous sommes tombés, plus nous nous rapprocherons du bien que nous avons perdu : Dieu recevra en pitié le sacrifice du cœur contrit, que nous lui offrirons pour la satisfaction de nos crimes ; et sans considérer que les peines que nous nous imposons ne sont pas une vengeance proportionnée, ce bon Père regardera seulement qu'elle est volontaire. Ne cessons donc jamais de répandre des larmes si fructueuses : frustrons l'attente du diable par la persévérance de notre douleur, qui étant subrogée en la place d'un tourment d'une éternelle durée, doit imiter en quelque sorte son intolérable perpétuité, en s'étcndant du moins jusqu'à notre dernière agonie.

Mais s'il y avait quelqu'un dans le inonde qui eût conservé jusqu'à cette heure la grâce du saint baptême, ô Dieu, le rare trésor pour l'Eglise ! Toutefois qu'il ne pense pas qu'il soit exempt pour cela de la loi indispensable de la pénitence. Qui ne tremblerait pas, chrétiens , en entendant les gémissements des âmes les plus innocentes? Plus les saints s'avancent dans la vertu, plus ils déplorent leurs dérèglements, non par une humilité contrefaite, mais par un sentiment véritable de leurs propres infirmités. En voulez-vous savoir la raison? Voici celle de saint Augustin prise des Ecritures divines ; c'est que nous avons un ennemi domestique avec lequel si nous sommes en paix, nous ne sommes point en paix avec Dieu. Et par combien d'expériences sensibles pourrais-je vous faire voir que , depuis notre plus tendre (Var. : Première) enfance jusqu'à la fin de nos jours, nous avons en nous-mêmes certaines passions malfaisantes et une inclination au mal, que l'Apôtre appelle la Convoitise (Rom., VII, 8), qui ne nous donne aucun relâche? Il est vrai que les saints la surmontent : mais bien qu'elle soit surmontée, elle ne laisse pas de combattre. Dans un combat si long, si opiniâtre, l'ennemi nous attaquant de si près, si nous donnons des coups, nous en recevons : Percutimus et percutimur, dit saint Augustin ; « en blessant, nous sommes blessés (Serm. CCCLI, n. 6) ; » et encore que dans les saints ces blessures soient légères, et que chacune en particulier n'ait pas assez de malignité pour leur faire perdre la vie, elles les accableraient (Elles les épuiseraient) par leur multitude, s'ils n'y remédiaient par la pénitence.

Ah ! quel déplaisir à une âme vraiment touchée de l'amour de Dieu, de sentir tant de répugnance à faire ce qu'elle aime le mieux ? Combien répand-elle de larmes , agitée en elle-même de tant de diverses affections qui la sépareraient de son Dieu, si elle se laissait emporter à leur violence? C'est ce qui afflige les saints; delà leurs plaintes et leurs pénitences; de là cette sainte haine qu'ils ont pour eux-mêmes ; de là cette guerre cruelle et innocente qu'ils se déclarent. Imaginez-vous, chrétiens, qu'un traître ou un envieux tâche de vous animer par de faux rapports contre vos amis les plus affidés. Combien souffrez-vous de contrainte, lorsque vous êtes en sa compagnie ? Avec quels yeux le regardez-vous, ce perfide, ce déloyal, qui veut vous ravir ce que vous avez de plus cher ? Et quels sont donc les transports des amis de Dieu, sentant l'amour-propre en eux-mêmes, qui par toutes sortes de flatteries les sollicite de rompre avec Dieu? Cette seule pensée leur fait horreur. C'est elle qui les arme contre leur propre chair : ils deviennent inventifs à se tourmenter.

Regardez, fidèles, regardez le grand et l'incomparable François de Paule. O Dieu éternel, que dirai-je, et par où entrerai-je dans l'éloge de sa pénitence? Qu'admirerai-je le plus, ou qu'il l'ait si tôt commencée ou qu'il l'ait fait durer si longtemps avec une pareille vigueur ? Sa tendre enfance l'a vue naître, sa vieillesse la plus décrépite ne l'a jamais vue relâché. Par l'une de ces entreprises il a imité Jean-Baptiste; et par l'autre il a égalé les Paul, les Antoine, les Hilarion.

Ce vieillard vénérable, que vous voyez marcher avec une contenance si grave et si simple, soutenant d'un bâton ses membres cassés, il y a soixante et dix-neuf ans qu'il fait une pénitence sévère. Dans sa treizième année il quitta la maison paternelle ; il se jeta dès lors dans la solitude , il embrassa dès lors les austérités. A quatre-vingt-onze ans, ni les veilles , ni les fatigues , ni l'extrême caducité ne lui ont pu encore faire modérer l'étroite sévérité de sa vie, que Dieu n'a étendue si longtemps qu'afin de nous faire voir une persévérance incroyable. Il fait un carême éternel; et durant ce carême, il semble qu'il ne se nourrisse que d'oraisons et de jeûnes. Un peu de pain est sa nourriture, de l'eau toute pure étanche sa soif : à ses jours de réjouissance, il y ajoute quelques légumes. Voilà les ragoûts de François de Paule. En santé et en maladie, tel est son régime de vie ; et dans une vie si austère, il est plus content que les rois. Il dit qu'il importe peu de quoi on sustente ce corps mortel, que la foi change la nature des choses, que Dieu donne telle vertu qu'il lui plaît aux nourritures que nous prenons ; et que pour ceux qui mettent leur espérance en lui seul, tout est bon, tout est salutaire : et c'est pour confondre ceux qui voulant se dispenser de la mortification commune, se figurent de vaines appréhensions, afin de les faire servir d'excuse à leur délicatesse affectée.

Que vous dirai-je ici de l'austérité de son jeûne? Il ne songe à prendre sa réfection que lorsqu'il sent que la nuit approche. Après avoir vaqué tout le jour au service de son Créateur, il croit avoir quelque droit de penser à l'infirmité de la. nature. Il traite son corps comme un mercenaire à qui il donne son pain. De peur de manger pour le plaisir, il attend la dernière nécessité : par une nourriture modique il se prépare à un sommeil léger, louant la munificence divine de ce qu'elle le sustente de peu.

Qu'est-il nécessaire de vois raconter ses autres austérités? Sa vie est égale partout ; toutes les parties en sont réglées par la discipline de la pénitence. Demandez-lui la raison d'une telle sévérité? Il vous répondra avec l'apôtre saint Paul : « Ne pensez pas, mes Frères, que je travaille en vain : » Sic curro, non quasi in incertum (I Cor., IX, 26, 27). — Et que faites-vous donc, grand François de Paule ? — « Ha ! dit-il, je châtie mon corps : » Castigo corpus meum. — O le soin inutile, diront les fols amateurs du siècle ! — Mais par ce moyen, dit saint Paul et après lui notre Saint, par ce moyen « je réduis en servitude ma chair : » In servitutem corpus meum redigo. — Et pourquoi se donner tant de peines? — «C'est de peur, dit-il, qu'après avoir enseigné les autres, moi-même je ne sois réprouvé : » Ne forte cùm aliis prœdicaverim, ipse reprobus efficiar. Je me perdrais par l'amour de moi-même ; par la haine de moi-même je me veux sauver : je ne prends pas ce que le monde appelle commodités, de peur que par un chemin si glissant je ne tombe insensiblement dans les voluptés. Puisque l'amour-propre me presse si fort, je veux me raidir au contraire : pressé plus vivement par la charité de Jésus-Christ, de crainte de m'aimer trop, je me persécute.

C'est ainsi que nos pères ont été nourris. L'Eglise dès son berceau a eu des persécuteurs; et plusieurs siècles se sont passés, pendant lesquels les puissances du mon le faisaient pour ainsi dire continuellement rejaillir sur elle le sang de ses propres en-fans. Dieu la voulait élever de la sorte), dans les hasards et dans les combats et parmi de durs exercices, de peur qu'efféminée par l'amour des plaisirs de la terre, elle n'eût pas le courage assez ferme, ni digne des grandeurs auxquelles elle était appelée. Sectateurs d'une doctrine établie par tant de supplices, s'il était coulé en nos veines une goutte du sang de nos braves et invincibles ancêtres, nous ne soupirerions pas, comme nous faisons, après ces molles délices qui énervent la vigueur de notre foi, et font tomber par terre cette première générosité du christianisme.

Quelle est ici votre pensée, chrétiens? Vous dites que ces maximes sont extrêmement rigoureuses. Elles ne m'étonnent pas moins que vous : toutefois je ne puis vous dissimuler qu'elles sont extrêmement chrétiennes. Jésus, notre Sauveur, dont nous faisons gloire d'être les disciples, après nous les avoir annoncées, les a confirmées par sa mort et nous les a laissées par son Testament. Regardez-le au jardin des Olives, c'est une pieuse remarque de saint Augustin; toutes les parties de son corps furent teintes par cette mystérieuse sueur. « Que veut dire cela , dit saint Augustin? C'est qu'il avait dessein de nous faire voir que l'Eglise, qui est son corps, devait de toutes parts dégoutter de sang : » Quid ostendebat, quandò per corpus orantis globi sanguinis destillabant, nisi quia corpus ejus, quod est Ecclesia, martyrum sanguine jam fluebat (Enar. in Psal. LXXXV, n. 1) ?

Vous me direz peut-être que les persécutions sont cessées. Il est vrai, les persécutions sont cessées, mais les martyres ne sont pas cessés. Le martyre de la pénitence est inséparable de la sainte Eglise. Ce martyre, à la vérité, n'a pas un appareil si terrible; mais ce qui semble lui manquer du côté de la violence, il le récompense par la durée. Pendant toute l'étendue des siècles, il faut que l'Eglise dégoutte de sang ; si ce n'est du sang que répand la tyrannie, c'est du sang que verse la pénitence. « Les larmes, selon la pensée de saint Augustin, sont le sang le plus pur de l’âme : » Sanguis animœ per lacrymas profluat (Serm. CCCLI, n. 7). C'est ce sang qu'épanche la pénitence. Et pourquoi ne comparerai-je pas la pénitence au martyre? Autant que les saints retranchent de mauvais désirs, ne se font-ils pas autant de salutaires blessures? En déracinant l'amour-propre, ils arrachent comme un membre du cœur, selon le précepte de l'Evangile. Car l'amour-propre ne tient pas moins au cœur que les membres tiennent au corps : c'est le vrai sens de cette parole : « Si votre main droite vous scandalise, coupez, tranchez, dit le Fils de Dieu : » Abscide illam (Marc, IX, 42). C'est-à-dire, si nous l'entendons, qu'il faut porter le couteau jusqu'au cœur, jusqu'aux plus intimes inclinations. L'Apôtre a prononcé pour tous les hommes et pour tous les temps, que « tous ceux qui veulent vivre pieusement en Jésus-Christ, souffriront persécution : » Omnes qui piè volunt vivere in Christo Jesu, persecutionem patientur (II Timoth., III, 12). Ainsi au défaut des tyrans les saints se persécutent eux-mêmes, tant il est nécessaire que l'Eglise souffre. Une haine injuste et cruelle animait les empereurs contre les gens de bien : une sainte haine anime les gens de bien contre eux-mêmes.

O nouveau genre de martyre, où le martyr patient et le persécuteur sont également agréables; où Dieu, d'une même main, soutient celui qui souffre et couronne celui qui persécute. C'est le martyre de saint François, c'est où il a paru invincible; et quoique vous l'ayez déjà vu dans ce que je vous ai rapporté de sa vie, il faut encore ajouter un trait au tableau que j'ai commencé de sa pénitence, et puis nous passerons à sa charité.

Je dis donc qu'il y a deux choses qui composent la pénitence : la mortification du corps et l'abaissement de l'esprit. Car la pénitence, comme je l'ai touché au commencement de ce discours, est un sacrifice de tout l'homme, qui se jugeant digne du dernier supplice, se détruit en quelque façon devant Dieu. Par conséquent il est nécessaire, afin que le sacrifice soit plein et entier, de dompter et l'esprit et le corps : le corps par les mortifications, et l'esprit par l'humilité. Et d'autant que le sacrifice est plus agréable lorsque la victime est plus noble, il ne faut point douter que ce ne soit une action sans comparaison plus excellente, d'humilier son esprit devant Dieu que de châtier son corps pour l'amour de lui : de sorte que l'humilité est la partie la plus essentielle de la pénitence chrétienne. C'est pourquoi le docte Tertullien donne cette belle définition à la pénitence : « La pénitence dit-il c'est la science d'humilier l'homme : » Prosternendi et humilificandi hominis disciplina (De Pœnit., n. 9). D'où passant plus outre, je dis que si la vie chrétienne est une pénitence continuelle, ainsi que nous l'avons établi par la doctrine de saint Augustin, ce qui fait le vrai pénitent, c'est ce qui fait le vrai chrétien; et partant c'est en l'humilité que consiste la souveraine perfection du christianisme.

Ainsi ne vous persuadez pas avoir vu toute la pénitence de François de Paule, quand je vous ai fait contempler ses austérités : je ne vous ai encore montré que l'écorce. Tout sec et exténué qu'il est en son corps par les jeûnes et par les veilles, il est encore plus mortifié en esprit. Son âme est en quelque sorte pins exténuée ; elle est entièrement vide de ces vaines pensées qui nous enflent. Dans une pureté angélique, dans une vertu si constante, si consommée, il se compte pour un serviteur inutile, il s'estime le moindre de tous ses frères. Le souverain Pontife lui parle de le faire prêtre : François de Paule est effrayé du seul nom de prêtre. — Ha ! faire prêtre un pécheur comme moi ! — Cette proposition le fait trembler jusqu'au fond de l’âme. O confusion de notre siècle ! Des hommes tout sensuels comme nous se présentent audacieusement à ce redoutable (Var. : Terrible) ministère, dont le seul nom épouvante cet ange terrestre ! Pour les honneurs du siècle, jamais homme les a-t-il plus méprisés? Il ne peut seulement comprendre pour quelle raison on tes nomme honneurs. O Dieu, quel coup de tonnerre fut-ce pour lui, lorsqu'on lui apporta la nouvelle que le roi Louis XI le voulait avoir à sa Cour, que le pape lui ordonnait d'y aller, et auparavant de passer à Rome! Combien regrettât-il la douce retraite de sa solitude, et la bienheureuse obscurité de sa vie ! Et pourquoi, disait-il, pourquoi faut-il que ce pauvre ermite soit connu des grands de la terre? Hé! dans quel coin pourrai-je dorénavant me cacher, puisque dans les déserts même de la Calabre je suis connu par un roi de France ?

C'est ici, chrétiens, où je vous prie de vous rendre attentifs à ce que va faire François de Paule : voici le plus grand miracle de ce saint homme. Certes je ne m'étonne plus qu'il ait tant de fois passé au milieu des flammes sans en avoir été offensé; ni de ce que domptant la fureur de ce terrible détroit de Sicile, fameux par tant de naufrages, il ait trouvé sur son seul manteau l'assurance que les plus adroits nautonniers ne pouvaient trouver dans leurs grands navires. La Cour qu'il a surmontée a des flammes plus dévorantes, elle a des écueils plus dangereux; et bien que les inventions hardies de l'expression poétique n'aient pu nous représenter la mer de Sicile si horrible que la nature l'a faite, la Cour a des vagues plus furieuses, des abîmes plus creux et des tempêtes plus redoutables. Comme c’est de la Cour que dépendent toutes les affaires et que c'est aussi là qu'elles aboutissent, l'ennemi du genre humain y jette tous ses appas, y étale toute sa pompe. Là est l'empire de l'intérêt; là est le théâtre des passions; là elles se montrent les plus violentes; là elles sont les plus déguisées. Voici donc François de Paule dans un nouveau monde. Il regarde ce mouvement, ces révolutions, cet empressement éternel, et uniquement pour des biens périssables, et pour une fortune qui n'a rien de plus assuré que sa décadence; il croit que Dieu ne l'a amené en ce lieu, que pour connaître mieux jusqu'où se peut porter la folie des hommes.

A Rome, le pape lui rend des honneurs extraordinaires; tous les cardinaux le visitent. En France trois grands rois le caressent, et après cela je vous laisse à penser si tout le monde lui applaudit. A peine peut-il comprendre pourquoi on le respecte si fort. Il ne s'élève point parmi des faveurs si inespérées; c'est toujours le même homme, toujours humble, toujours soumis. Il parle aux grands et aux petits avec la même franchise, avec la même liberté : il traite avec tous indifféremment par des discours simples, mais bien sensés, qui ne tendent qu'à la gloire de Dieu et au salut de leurs âmes. O personnage vraiment admirable! Doux attraits de la Cour, combien avez-vous corrompu d'innocents? Ceux qui vous ont goûtés ne peuvent presque goûter autre chose. Combien avons-nous vu de personnes, je dis même des personnes pieuses, qui se laissaient comme entraîner à la Cour sans dessein de s'y engager? Oh! non, ils se donneront bien de garde de se laisser ainsi captiver. Enfin l'occasion s'est présentée belle, le moment fatal est venu, la vague les a poussés et les a emportés ainsi que les autres. Ils n'étaient venus, disaient-ils, que pour être spectateurs de la comédie; à la fin, à force de la regarder, ils en ont trouvé l'intrigue si belle, qu'ils ont voulu jouer leur personnage. La piété même s'y glisse, souvent elle ouvre des entrées favorables; et après que l'on a bu de cette eau, tout le monde le dit, les histoires le publient, l’âme est toute changée par une espèce d'enchantement : c'est un breuvage charmé, qui enivre les plus sobres.

Cependant l'incomparable François de Paule est solitaire jusque dans la Cour : rien ne l'ébranlé, rien ne l'émeut; il ne demande rien, il ne s'empresse de rien, non pas même pour l'établissement de son Ordre ; il s'en remet à la Providence. Pour lui, il ne fait que ce qu'il a à faire, d'instruire ceux que Dieu lui envoie et d'édifier l'Eglise par ses bons exemples. Je pense que je ne dirai rien qui soit éloigné de la vérité, si je dis que la Cour de Louis XI devait être la plus raffinée de l'Europe : car s'il est vrai que l'humeur du prince règle les passions de ses courtisans, sous un prince si rusé tout le monde raffinait sans doute; c'était la manie du siècle, c'était la fantaisie de la Cour. François de Paule regarde leurs souplesses avec un certain mépris. Pour lui, bien qu'il soit obligé de converser souvent avec eux, il conserve cette bonté si franche et si cordiale, et cette naïve enfance de son innocente simplicité. Chacun admire une si grande candeur, et tout le monde demeure d'accord qu'elle vaut mieux que toutes les finesses.

Ici il me vient une pensée, de considérer lequel a l’âme plus grande et plus royale, de Louis ou de François de Paule. Oui, j'ose comparer un pauvre moine avec un des plus grands rois et des plus politiques qui ait jamais porté la couronne; et sans délibérer davantage, je donne la préférence à l'humble François. En quoi mettons-nous la grandeur de l’âme? Est-ce à prendre de nobles desseins ? Tous ceux de Louis sont enfermés dans la terre : François ne trouve rien qui soit digne de lui que le ciel. Louis, pour exécuter ce qu'il prétendait, cherchait mille pratiques et mille détours; et avec sa puissance royale, il ne pouvait si bien nouer ses intrigues, que souvent un petit ressort venant à manquer, toute l'entreprise ne fût renversée. François se propose de plus grands desseins, et sans aucun détour y va par des voies très-courtes et très-assurées. Louis, à ce que remarque l'histoire avec tous ses impôts et tous ses tributs (var. : Avec toutes ses extorsions violentes), à peine a-t-il assez d'argent dans ses coffres pour réparer les défauts de sa politique. François rachète tous ses péchés, François gagne le ciel par ses larmes et par de pieux désirs; ce sont ses richesses les plus précieuses, et il en a dans son cœur un trésor immense et une source infinie. Louis, en une infinité de rencontres, est contraint de plier sous les coups de sa mauvaise fortune : et la fortune et le monde sont au-dessous de François. Enfin, pour vous faire voir la royauté de François, considérez ce prince qui tremble dans ses forteresses et au milieu de ses gardes. Il sent approcher une ennemie qui tranchera toutes ses espérances, et néanmoins il ne peut éviter ses attaques. Fidèles, vous entendez bien que c'est de la mort dont je parle. Regardez maintenant le pauvre François, voyez, voyez si la mort lui fait seulement froncer les sourcils : il la contemple avec un visage riant, il lui tend de bon cœur les mains, il lui montre l’endroit où elle doit frapper, il lui présente cette pourriture du corps. O mort, lui dit-il, quoique le monde t'appelle cruelle, tu ne me feras aucun mal, tu ne m'ôteras rien de ce que j'aime : tu ne rompras pas le cours de mes desseins; au contraire tu ne feras qu'achever l'ouvrage que j'ai commencé; tu me déferas tout à fait des choses dont il y a si longtemps que je tâche de me dépouiller ; tu me délivreras de ce corps. O mort, je t'en remercie : il y a près de quatre-vingts ans que je travaille moi-même à m'en décharger.

O fermeté invincible de François de Paule ! ô grande âme et vraiment royale! Que les rois de la terre se glorifient dans leur vaine magnificence : il n'y a point de royauté pareille à celle de François de Paule. Il règne sur ses appétits : il est paisible, il est satisfait. La vie la plus heureuse est celle qui appréhende le moins la mort. Et qui de nous aime si fort le monde, qu'il ne désirât plutôt de mourir comme le pauvre François de Paule que comme le roi Louis XI? Que si nous voulons mourir comme lui, il faudrait vivre aussi comme lui. Sa vie a donc été bienheureuse. Il est vrai qu'il s'est affligé par diverses austérités; mais souffrant pour l'amour de celui qui seul avait gagné ses affections, sa charité charmait tous ses maux, elle adoucissait toutes ses douleurs. O puissance de la charité ! direz-vous. Mais le voulez-vous voir par l'exemple de saint François, un moment d'audience satisfera ce pieux désir.


SECOND POINT.

Ne vous étonnez pas, chrétiens, si dans une vie si dure, si laborieuse, l'admirable François de Paule a toujours un air riant et toujours un visage content. Il aimait, et c'est tout vous dire, parce que, dit saint Augustin, « celui qui aime ne travaille pas : » Qui amat non laborat (In Joan., tract. XLVIII, n. 1). Voyez les folles amours du siècle, comme elles triomphent parmi les souffrances. Or la charité de Jésus venant d'une source plus haute, est aussi plus pressante et plus forte: Charitas Christi urget nos. Et encore que son cours soit plus réglé, il n'en est pas moins impétueux. Certes, il faut l'avouer, mes chers Frères, à notre grande confusion, que nous entendons peu ce que l'on nous dit de son énergie. Le langage de l'amour de Dieu nous est un langage barbare. Les âmes froides et languissantes, comme les nôtres, ne comprennent pas ces discours, qui sont pleins d'une ardeur si divine : Non capit ignitum eloquium frigidum pectus, disait le dévot saint Bernard (In Cant., serm. LXXIX, n. 1). Si je vous dis que l'amour de Dieu fait oublier toutes choses aux âmes qui en sont frappées ; si je vous dis qu'en étant possédées, elles en perdent le soin de leur corps, qu'elles ne songent presque plus ni à l'habiller, ni à le nourrir, comme peut-être vous ne ressentez pas ces mouvements en vous-mêmes, vous prendrez peut-être ces vérités pour des rêveries agréables; et moi, qui suis bien éloigné d'une expérience si sainte, je ne pourrais jamais vous parler des doux transports de la charité, si je n'empruntais les sentiments des saints Pères.

Ecoutez donc le grand saint Basile, l'ornement de l'Eglise orientale, le rempart de la foi catholique contre la perfidie arienne. Voici comme parle ce saint évêque: « Sitôt que quelque rayon de cette première beauté commence à paraître sur nous, notre esprit transporté par une ravissante douceur, perd aussitôt la mémoire de toutes ses autres occupations: il oublie toutes les nécessités de la vie. Nous aimons tellement cet amour bienheureux et céleste, que nous ne pouvons plus sentir d'autres flammes. » Fidèles, que veut-il dire, que nous aimons cet amour tout céleste? Cœlestem illum ac planè beatum amantes amorem (In Psal. XLIV, n. 6). C'est par l'amour qu'on aime: mais comment se peut-il faire qu'on aime l'amour? Ah! c'est que l’âme fidèle, blessée de l'amour de son Dieu, aimant elle sent qu'elle aime, elle s'en réjouit, elle en triomphe de joie; elle commence à s'aimer elle-même, non pas pour elle-même, mais elle s'aime de ce qu'elle aime Dieu : Cœlestem illum ac planè beatum amantes amorem. Et cet amour lui plaît tellement, qu'en faisant toutes ses délices, elle regarde tout le reste avec indifférence. C'est ce que dit le tendre et affectueux saint Bernard, que celui qui aime, il aime: Qui amat, amat (In Cant., serm. LXXXIII, n. 3). Ce n'est pas, ce semble, une grande merveille. Il aime, c'est-à-dire, il ne sait autre chose qu'aimer; il aime, et c'est tout, si vous me permettez cette façon de parler familière. L'amour de Dieu, quand il est dans une âme, il change tout en soi-même: il ne souffre ni douleur, ni crainte, ni espérance que celles qu'il donne.

François de Paule, ô l'ardent amoureux! Il est blessé, il est transporté; on ne peut le tirer de sa chère cellule, parce qu'il y embrasse son Dieu en paix et en solitude. L'heure de manger arrive : il a une nourriture plus agréable, goûtant les douceurs de la charité. La nuit l'invite au repos : il trouve son véritable repos dans les chastes embrassements de son Dieu. Le roi le demande avec une extrême impatience: il a affaire, il ne peut quitter; il est renfermé avec Dieu dans de secrètes communications. On frappe à sa porte avec violence: la charité, qui a occupé tous ses sens par le ravissement de l'esprit, ne lui permet d'entendre autre chose que ce que Dieu lui dit au fond de son cœur dans un saint et ineffable silence. C'est qu'il aime son Dieu et qu'il aime tellement cet amour, qu'il veut le voir tout seul dans son cœur; et autant qu'il lui est possible, il en chasse tous les autres mouvements. Comme chacun parle de ce qu'il aime, et que l'aimable François de Paule n'aime que ce saint et divin amour, aussi ne parle-t-il d'autre chose. Il avait gravée bien profondément au fond de son âme cette belle sentence du saint Apôtre : Omnia vestra in charitate fiant (I Cor., XVI, 14) : « Que toutes vos actions se fassent en charité. » Allons en charité, disait-il, faisons par charité : c'était la façon de parler ordinaire que ce saint homme avait toujours à la bouche, fidèle interprète du cœur. De cette sorte tous ses discours étaient des cantiques de l'amour divin, qui calmaient tous ses mouvements, qui enflammaient ses pieux désirs, qui charmaient toutes les douleurs de cette vie misérable.

Mais encore est-il nécessaire que je tâche de vous faire comprendre la force de cette parole, qui était si familière au Saint dont nous célébrons les louanges. Comprenez, comprenez, chrétiens, combien doivent être divins les mouvements des âmes fidèles. L'antiquité profane consacrait toutes nos affections, et en faisait ses divinités; et l'amour avait ses temples dans Rome, pour ne pas parler en ce lieu de ceux de la peur et des autres passions plus basses. Quand ils se sentaient possédés de quelque mouvement extraordinaire, ils croyaient qu'il venait d'un Dieu, ou bien que ce désir violent était lui-même leur Dieu : An sua cuique Deus fit dira cupido (Virg., Aeneid., lib. IX, V. 185) ? Permettez-moi ce petit mot d'un auteur profane, que je m'en vais tâcher d'effacer par un passage admirable d'un auteur sacré. Il n'y a que les chrétiens qui puissent se vanter que leur amour est un Dieu. « Dieu est amour; Dieu est charité, » dit le bien-aimé disciple: Deus charitas est (I Joan., IV, 16). « Et puisque Dieu est charité, poursuit-il, celui qui demeure en charité, demeure en Dieu et Dieu en lui : » Et qui manet in charitate, in Deo manet et Deus in eo. O divine théologie! Comprendrons-nous bien ce mystère? Oui, certes, nous le comprendrons avec l'assistance divine, en suivant les vestiges des anciens docteurs.

Pour cela élevez vos esprits jusqu'aux choses les plus hautes, que la foi chrétienne nous représente. Contemplez dans la Trinité adorable le Père et le Fils, qui enflammés l'un pour l'autre par le même amour, produisent un torrent de flammes, un amour personnel et subsistant, que l'Ecriture appelle le Saint-Esprit; amour qui est commun au Père et au Fils, parce qu'il procède du Père et du Fils. C'est ce Dieu qui est charité, selon que dit l'apôtre saint Jean : Deus charitas est. Car de même que le Fils de Dieu procédant par intelligence, il est intelligence et par soi : ainsi le Saint-Esprit procédant par amour est amour. C'est pourquoi le dévot saint Bernard voulant nous exprimer que le Saint-Esprit est amour, il l'appelle le baiser de la bouche de Dieu, un fleuve de joie, un fleuve de vin pur, un fleuve de feu céleste, un qui vient de deux, qui unit les deux, lien vital et vivant : Unus ex duobus, uniens ambos, vivificum gluten (In Cant., serm. VIII, n. 2; in Ascens Dom., serm. V, n. 13; in Fest. Pent. serm. III, n. 1). En quoi il suit la profonde théologie de son maître saint Augustin, qui appelle le Saint-Esprit le lien commun du Père et du Fils (S. August., serm. LXXI, 11. 18; serm. CCXIII, n. 6; Enchir., cap. LVI, n. 15) : et de là vient que les Pères l'ont appelé le saint complément de la Trinité (S. Basil., lib. de Spir. sancto, cap. XVIII, n. 45) ; d'autant que l'union, c'est ce qui achève les choses : tout est accompli quand l'union est faite, on ne peut plus rien ajouter.

C'est donc ce Dieu charité qui est l'amour du Père et du Fils, qui descendant en nos cœurs y opère la charité. « Celui, dit saint Augustin, qui lie la société du Père et du Fils, c'est lui qui lie la société et entre nous et avec le Père et le Fils. Ils nous réduisent en un par le Saint-Esprit, qui est commun à l'un et à l'autre, qui est Dieu et amour de Dieu : » Quod ergò commune est Patri et Filio, per hoc nos voluerunt habere communionem et inter nos et secum, et per illud donum nos colligere in unum quod, ambo habent unum, hoc est, per Spiritum sanctum Deum et donum Dei (S. August., serai, LXXI, n. 18). C'est donc le Saint-Esprit qui étant dès l'éternité le lien du Père et du Fils, puis se communiquant à nous par une miséricordieuse condescendance, nous attache premièrement à Dieu par un pur amour et par le même nœud nous unit les uns aux autres. Telle est l'origine de la charité, qui est la chaîne qui lie toutes choses : c'est ce Dieu charité. Il n'est pas plutôt en nos âmes que lui, qui est amour et charité, il les embrase de ses feux, il y coule un amour qui lui ressemble en quelque sorte : à cause qu'il est le Dieu charité, il nous donne la charité. Remplis de cet amour qui procède du Père et du Fils, nous aimons le Père et le Fils, et nous aimons aussi avec le Père et le Fils cet amour bienheureux qui nous fait aimer le Père et le Fils, dit saint Augustin. Ne vous souvient-il pas de ce que nous disions tout à l'heure, que nous aimions l'amour? C'est le sens profond de cette parole de saint Basile, que nous n'avions pour lors que légèrement effleuré. Ce baiser divin, souvenez-vous que c'est saint Bernard qui appelle ainsi le Saint-Esprit, ce baiser mutuel que le Père et le Fils se donnent dans l'éternité et qu'ils nous donnent après dans le temps, nous nous le donnons les uns aux autres par un épanchement d'amour. C'est en cette manière que la charité passe du ciel en la terre, du cœur de Dieu dans le cœur de l'homme, où, comme dit l'Apôtre (Rom., V, 5), « elle est répandue par le Saint-Esprit qui nous est donné. » Par où vous voyez ces deux choses, que le Saint-Esprit nous est donné, et que par lui la charité nous est donnée; et partant il y a en nos cœurs, premièrement la charité incréée qui est le Saint Esprit, et après, la charité créée qui nous est donnée par le Saint-Esprit. De là vient que l'apôtre saint Jean, qui a dit que Dieu est charité, dit dans le même endroit que la charité est de Dieu : Charitas ex Deo est (I Joan., IV, 7). Car le Saint-Esprit n'est pas plutôt dans nos âmes, que les embrasant de ses feux, il y coule un amour qui lui est en quelque sorte semblable : étant le Dieu charité, il y opère la charité. C'est pourquoi l'apôtre saint Jean considérant le ruisseau dans sa source, et la source dans le ruisseau, prononce cette haute parole que « Dieu est charité, » et que « qui demeure en charité, demeure en Dieu et Dieu en lui. »

Que dirai-je maintenant de vous, ô admirable François de Paule, qui n'avez que la charité dans la bouche, parce que vous n'avez que la charité dans le cœur? Je ne m'étonne pas, chrétiens, de ce que dit de ce saint personnage le judicieux Philippe de Comines, qui l'avait vu souvent en la Cour de Louis XI : « Je ne pense, dit-il, jamais avoir vu homme vivant de si sainte vie, où il semblât mieux que le Saint-Esprit parlait par sa bouche. » C'est que ses paroles et son action étant animées parla charité, semblaient n'avoir rien de mortel, mais faisaient éclater tout visiblement l'opération de l'Esprit de Dieu, souverain moteur de son âme. De là vient ce que remarque le, même auteur, que bien qu'il fût ignorant et sans lettres, il parlait si bien des choses divines et dans un sens si profond, que tout le monde en était étonné. C'est que ce maître tout-puissant l'enseignait par son onction. Enfin c'était par sa charité qu'il semblait avoir sur toutes les créatures un commandement absolu, parce que uni à Dieu par une amitié si sincère, il était comme un Dieu sur la terre, selon ce que dit l'apôtre saint Paul, que « qui s'attache à Dieu est un même esprit avec lui : » Qui autem adhaeret Domino, unus spiritus est (I Cor., VI, 17).

C'est une chose admirable, que la miséricorde de notre Dieu ait porté cette majesté souveraine à se rabaisser jusqu'à nous, non-seulement par une amitié cordiale, mais encore quelquefois, si je l'ose dire, par une étroite familiarité. « Je viens, dit-il, frapper à la porte; si quelqu'un m'ouvre, j'entrerai avec lui et je souperai avec lui, et lui avec moi : » Ecce sto ad ostium et pulso ; si quis audierit vocem meam et aperuerit mihi januam, intrabo ad illum et cœnabo cum illo, et ipse mecum (Apoc., III, 20). Se peut-il rien de plus libre? François de Paule, ce bon ami, étant ainsi familier avec Dieu à cause de son innocence, il disposait librement des biens de son Dieu, qui semblait lui avoir tout mis à la main. Aussi certes, s'il m'est permis de parler comme nous parlons dans les choses humaines, ce n'était pas une connaissance d'un jour. Le saint homme François de Paule ayant commencé sa retraite à douze ans, et ayant toujours donné dès sa tendre enfance des marques d'une pieté extraordinaire, il y a grande apparence qu'il a toujours conservé l'intégrité baptismale; et ce sont ces âmes que Dieu chérit, ces âmes toujours fraîches et toujours nouvelles, qui gardant inviolablement leur première fidélité, après une longue suite d'années paraissent telles devant sa face, aussi saintes, aussi innocentes qu'elles sortirent des eaux du baptême. Et c'est, mes Frères, ce qui me confond. O Dieu de mon cœur, quand je considère que cette âme si chaste, si virginale, cette âme qui est toujours demeurée dans la première enfance du saint baptême, fait une pénitence si rigoureuse, je frémis jusqu'au fond de l’âme. Fidèles, quelle indignité! Les innocents font pénitence, et les criminels vivent dans les délices.

O sainte pénitence, autrefois si honorée dans l'Eglise, en quel endroit du monde t'es-tu maintenant retirée? Elle n'a plus aucun rang dans le siècle : rebutée de tout le monde, elle s'est jetée dans les cloîtres ; et néanmoins ce n'est pas là qu'elle est le plus nécessaire. C'est là que se retirent les personnes les plus pures; et nous qui demeurons dans les attachements de la terre, nous que les vains désirs du siècle embarrassent en tant de pratiques criminelles, nous nous moquons de la pénitence, qui est le seul remède de nos désordres. Consultons-nous dans nos consciences : sommes-nous véritablement chrétiens? Les chrétiens sont les enfants de Dieu, et les enfants de Dieu sont poussés par l'Esprit de Dieu; et ceux qui sont poussés par L'Esprit de Dieu, la charité de Jésus les presse. Hélas! oserions-nous bien dire que l'amour de Jésus nous presse, nous qui n'avons d'empressement que pour les biens de la terre, qui ne donnons pas à Dieu un moment de temps bien entier? Chauds pour les intérêts du monde, froids et languissants pour le service du Sauveur Jésus. Certes, si nous étions, je ne dis pas pressés, nous n'en sommes plus à ces termes ; mais si nous étions tant soit peu émus par la charité de Jésus, nous ne ferions pas tant de résolutions inutiles : le saint jour de Pàque ne nous verrait pas toujours chargés des mêmes crimes, dont nous nous sommes confessés les années passées. Fidèles, qui vous étonnez de tant de fréquentes rechutes, ah ! que la cause en est bien visible ! Nous ne voulons point nous faire de violence, nous voulons trop avoir nos commodités, et les commodités nous mènent insensiblement dans les voluptés: ainsi accoutumés à une vie molle, nous ne pouvons souffrir le joug de Jésus. Nous nous impatientons contre Dieu des moindres disgrâces qui nous arrivent, au lieu de les recevoir de sa main pour l'expiation de nos fautes; et dans une si grande délicatesse, nous pensons pouvoir honorer les Saints, nous faisons nos dévotions à la mémoire de François de Paule. Est-ce honorer les Saints, que de condamner leur vie par une vie toute opposée? Est-ce honorer les Saints, que d'entendre parler de leurs vertus, et n'être pas touchés du désir de les imiter ? Est-ce honorer les Saints, que de regarder le chemin par lequel ils sont montés dans le ciel, et de prendre une route contraire?

Figurez-vous, mes Frères, que le vénérable François de Paule vous paraît aujourd'hui sur ces terribles autels, et qu'avec sa gravité et sa simplicité ordinaire : Chrétiens, vous dit-il, qu'êtes-vous venus faire en ce temple ? Ce n'est pas pour m'y rendre vos adorations : vous savez qu'elles ne sont dues qu'à Dieu seul. Vous voulez peut-être que je m'intéresse de vos folles prétentions. Vous me demandez une vie aisée, à moi qui ai mené une vie toujours rigoureuse. Je présenterai volontiers vos vœux à notre grand Dieu, au nom de son cher Fils Jésus-Christ, pourvu que ce soit des vœux qui paraissent dignes de chrétiens. Mais apprenez de moi que si vous désirez que nous autres amis de Dieu priions pour vous notre commun Maître, il veut que vous craigniez ce que nous avons craint, et que vous aimiez ce que nous avons aimé sur la terre. Eu vivant de la sorte, vous nous trouverez de vrais frères et de charitables intercesseurs.

Allons donc tous ensemble, fidèles, allons rendre les vrais honneurs à l'humble François de Paule. Je vous ai apporté en ce lieu des reliques de ce saint homme : l'odeur qui nous reste de sa sainteté et la mémoire de ses vertus, c'est ce qu'il a laissé sur la terre de meilleur et de plus utile : ce sont les reliques de son âme. Baisons ces précieuses reliques, enchâssons-les dans nos cœurs comme dans un saint reliquaire. Ne souhaitons pas une vie si douce ni si aisée; ne soyons pas fâchés quand elle sera détrempée de quelques amertumes. Le soldat est trop lâche, qui veut avoir tous ses plaisirs pendant la campagne : le laboureur est indigne de vivre, qui ne veut point travailler avant la moisson. Et toi, dit Tertullien (De Spectac., n. 28), tu es trop délicat chrétien, si tu désires les voluptés même dans le siècle. Notre temps de délices viendra- c'est ici le temps d'épreuve et de pénitence. Les impies ont leur temps dans le siècle, parce que leur félicité ne peut pas être éternelle : le nôtre est différé après cette vie, afin qu'il puisse s'étendre dans les siècles des siècles. Nous devons pleurer ici-bas, pendant qu'ils se réjouissent: quand l'heure de notre triomphe sera venue, ils commenceront à pleurer. Gardons-nous bien de rire avec eux, de peur de pleurer aussi avec eux : pleurons plutôt avec les Saints, afin de nous réjouir en leur compagnie. Gémissons en ce monde, comme a fait le pauvre François : soyons imitateurs de sa pénitence, et nous serons compagnons de sa gloire. Amen.

(a) Prêché à Metz, devant le maréchal et Mme de Schomberg, le 2 avril 1635.

Que ce panégyrique ait été prêché devant le maréchal de Schomberg, rien de plus certain; car, s'adressant à un illustre personnage, l'orateur dit dans l'exorde: « Les peuples que vous conservez ne perdront jamais la mémoire d'une si heureuse protection: ils diront à leurs descendants que,... sous le grand maréchal de Schomberg,... ils ont commencé à jouir du calme et de la douceur de la paix. »

A ce premier fait, si nous ajoutons celui-ci, que le maréchal de Schomberg arriva comme gouverneur à Metz dans le mois d'août 1652, et quitta cette ville dans le mois de mars 1656, nous verrons que le Panégyrique de saint François de Paule fut prêché de 1653 à 1655; puis si nous en considérons le style, nous le daterons de cette dernière année 1655.

Pour le jour, on lit dans l'exorde : « L'Eglise dit aujourd'hui dans la Collecte de saint François : Deus, humilium celsitudo. » Le panégyrique a donc été prononcé le jour de la fête, c'est à-dire le 2 avril.

Cédant au goût de l'époque, Bossuet cite, dans le second point, un vers de Virgile. Plus tard il bannira de la chaire sacrée toute citation profane.

Les apologistes du XIXe siècle, après ceux du XVIIIe, représentent souvent les maisons religieuses comme des refuges ouverts aux grandes passions, aux grands pécheurs, aux grands criminels. Bossuet connaissait, lui, les asiles de la piété, de l'innocence et de la vertu; il dit dans le dernier point: «C'est là que se retirent les personnes les plus pures. »

Oeuvres complètes de Bossuet. F. Lachat. Paris, Librairie de Louis Vivès Éditeur, rue Delambre 5, 1862


SECOND PANÉGYRIQUE

DE SAINT FRANÇOIS DE PAULE (a).

Fili, tu semper mecum es, et omnia mea tua sunt.

Mon fils, vous êtes toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à vous. Luc., XV, 31.

Je ne pouvais désirer, Messieurs, une rencontre plus heureuse ni plus favorable, que de faire ici mon dernier discours en produisant dans cette audience le grand et admirable saint France lis de Paule. L'adieu que doivent dire aux fidèles les prédicateurs de l'Evangile, ne doit être autre chose qu'un pieux désir par lequel ils tâchent d'attirer sur eux les bénédictions célestes; et c'est ce que fait l'apôtre saint Paul, lorsque se séparant des Ephésiens, il les recommande au grand Dieu et à sa grâce toute-puissante : Et nunc commendo vos Deo et verbo gratiae ipsius (Act., XX, 32). Je ne doute pas, chrétiens, que les vœux de ce saint Apôtre n'aient été suivis de L'exécution; mais ne pouvant pas espérer un pareil effet de prières comme les miennes, ce m'est une consolation particulière de vous faire paraître saint François de Paule pour vous bénir en Nôtre-Seigneur. Ce sera donc ce grand patriarche qui, vous trouvant assemblés dans une église qui porte son nom, étendra aujourd'hui les mains sur vous ; ce sera lui qui vous obtiendra les grâces du Ciel, et qui laissant dans vos esprits l'idée de sa sainteté et la mémoire de ses vertus, confirmera par ses beaux exemples les vérités évangéliques qui vous ont été précitées durant ce Carême. Animé de cette pensée, je commencerai ce discours avec une bonne espérance; et de peur qu'elle ne soit vaine, je prie Dieu de la confirmer par la grâce de son Saint-Esprit, que je lui demande humblement par l'intercession de la sainte Vierge. Ave.

Ne parlons pas toujours du pécheur qui fait pénitence, ni du prodigue qui retourne dans la maison paternelle. Qu'on n'entende pas toujours dans les chaires la joie de ce père miséricordieux qui a retrouvé son cadet qu'il avait perdu. Cet aîné fidèle et obéissant, qui est toujours demeuré auprès de son père avec toutes les soumissions d'un bon fils, mérite bien aussi qu'on loue quelquefois sa persévérance. Il ne faut pas laisser dans l'oubli cette partie de la parabole ; et l'innocence toujours conservée, telle que nous la voyons en François de Paule, doit aussi avoir ses panégyriques. Il est vrai que l'Evangile semble ne retentir de toutes parts que du retour de ce prodigue : il occupe, ce semble, tout l'esprit du père; vous diriez qu'il n'y ait que lui qui le touche au cœur. Toutefois au milieu du ravissement que lui donne son cadet retrouvé, il dit deux ou trois mots à l'aîné, qui lui témoignent une affection bien particulière : « Mon fils, vous êtes toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à vous ; » et je vous prie, ne vous fâchez pas si je laisse aujourd'hui épancher ma joie sur votre frère que j'avais perdu, et que j'ai retrouvé contre mon attente : Fili, tu semper mecum es; c'est-à-dire si nous l'entendons : Mon fils, je sais bien reconnaître votre obéissance toujours constante, et elle m'inspire pour vous un fond d'amitié laquelle ne laisse pas d'être plus forte, encore que vous ne la voyiez pas accompagnée de cette émotion sensible que me donne le retour inopiné de votre frère : « Vous êtes toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à vous ; nos cœurs et nos intérêts ne sont qu'un : » Tu semper mecum es, et omnia mea tua sunt. Voilà une parole bien tendre : cet aîné a un beau partage, et garde bien sa place dans le cœur du père.

Cette parole, Messieurs, se traite rarement dans les chaires, parce que cette fidélité inviolable ne se trouve guère dans les mœurs. Qui de nous n'est jamais sorti de la maison de son père? Qui de nous n'a pas été prodigue? Qui n'a pas dissipé sa substance par une vie déréglée et licencieuse? Qui n'a pas repu les pourceaux, c'est-à-dire ses passions corrompues ? Puisqu'il y en a si peu dans l'Eglise qui aient su garder sans tache l'intégrité de leur baptême, il est beaucoup plus nécessaire de rappeler les pécheurs que de parler des avantages de l'innocence. Et toutefois, chrétiens, comme l'Eglise nous montre aujourd'hui en la personne de saint François de Paule une sainteté extraordinaire, qui s'est commencée dès l'enfance et qui s'est toujours augmentée jusqu'à son extrême vieillesse, comme nous voyons en ce grand homme un religieux accompli, comme nous admirons dans sa longue vie un siècle presque tout entier d'une piété toujours également soutenue : prodigues que nous sommes, respectons cet aîné toujours fidèle, et célébrons les prérogatives de la sainteté baptismale si soigneusement conservée.

Je les trouve toutes ramassées dans les paroles de mon texte. Etre toujours avec Jésus-Christ sur sa croix et dans ses souffrances, dans le mépris du monde et des vanités; et être toujours avec Jésus-Christ par une sainte correspondance de charité et une véritable unité de cœur: voilà deux choses qui sont renfermées dans la première partie de mon texte : Fili, tu semper mecum es : « Mon fils, vous êtes toujours avec moi. » Mais il ajoute, pour comble de gloire : « El tout ce qui est à moi est à vous : » Et omnia mea tua sunt; c'est-à-dire que l'innocence a un droit acquis sur tous les biens de son Créateur. Ce sont, mes Frères, les trois avantages qu'a donnés à François de Paule l'intégrité baptismale. Nous commençons dans le saint baptême à être avec Jésus-Christ sur la croix, parce que nous y professons le mépris du monde : saint François, dès son enfance, a éternellement rompu le commerce avec lui par une vie pénitente et mortifiée. Nous commençons dans le saint baptême à nous unir à Dieu par la charité : il n'a jamais cessé d'avancer toujours dans cette bienheureuse communication. Nous acquérons dans le saint baptême un droit particulier sur les biens de Dieu : et saint François a tellement conservé et même encore augmenté ce droit, qu'on l'a vu maître de soi-même et de toutes choses par une puissance miraculeuse que Dieu lui avait donnée presque sur toutes les créatures. Ces trois merveilleux avantages delà sainteté baptismale, tous ramassés dans mon texte et dans la personne de François de Paule, feront le partage de ce discours et le sujet de vos attentions.


PREMIER POINT.

C'est une fausse imagination que de croire que l'obligation de quitter le monde ne regarde que les cloîtres et les monastères. Ce qu'a dit l'apôtre saint Paul (Rom., VI, 3, 4), que nous sommes morts et ensevelis avec Jésus-Christ, étant une dépendance de notre baptême, oblige également tous les fidèles et leur impose une nécessité indispensable de rompre tout commerce avec le monde. Et en effet, Messieurs, les liens qui nous attachent au monde se formant en nous par la naissance, il est clair qu'ils se doivent rompre par la mort. Les morts ne sont plus de rien, ils n'ont plus de part à la société humaine : c'est pourquoi les tombeaux sont appelés des solitudes: Aedificant sibi solitudines (Job, III, 14). Si donc nous sommes morts en Jésus-Christ par le saint baptême, nous avons par conséquent renoncé au monde.

Le grand apôtre saint Paul nous a expliqué profondément ce que c'est que cette mort spirituelle, lorsqu'il a parlé en ces termes : « Le monde, dit-il, est crucifié pour moi, et moi je suis crucifié pour le monde (a) : » Mihi mundus crucifixus est, et ego mundo (Galat., VI, 14) Le docte et éloquent saint Jean Chrysostome fait une belle réflexion sur ces paroles : Ce n'est pas assez, dit-il (De compunct., lib. II, n. 2), à l'Apôtre que le chrétien soit mort au monde; mais il ajoute encore : Il faut que le monde soit mort pour le chrétien; et cela pour nous faire entendre que le commerce est rompu des deux côtés ; et qu'il n'y a plus aucune alliance. Car, poursuit ce docte interprète, l'Apôtre considérait que non-seulement les vivants ont quelques sentiments les uns pour les autres, mais qu'il leur reste encore quelque affection pour les morts : ils en conservent le souvenir, ils leur rendent quelques honneurs, ne seroit-ce que ceux de la sépulture. C'est pourquoi l'apôtre saint Paul ayant entrepris de nous faire entendre jusqu'à quelle extrémité le fidèle doit se dégager de l'amour du monde : Ce n'est pas assez, nous dit-il, que le commerce soit rompu entre le monde et le chrétien, comme il l'est entre les vivants et les morts; car il y a souvent quelque affection des vivants aux morts, qui va les rechercher dans le tombeau même. Il faut une plus grande rupture; et afin qu'il n'y reste aucune alliance, tel qu'est un mort à l'égard d'un mort, tel doit être le monde et le chrétien : Mihi mundus crucifixus est, et ego mundo. Où va cela, chrétiens, et où nous conduit ce raisonnement ? Il faut vous en donner en peu de paroles une idée plus particulière.

Ce qui nous fait vivre au monde, c'est l'inclination pour le monde : ce qui fait vivre le monde pour nous, c'est un certain éclat qui nous charme dans les biens du monde. La mort éteint les inclinations, la mort ternit le lustre de toutes choses : C'est pourquoi, dit saint Paul, je suis mort au monde; je n'ai plus d'inclination pour le monde : le monde est mort pour moi, il n'a plus d'éclat pour mes yeux. Comme on voit dans le plus beau corps du monde qu'aussitôt que l’âme s'en est retirée, encore que les linéaments soient presque les mêmes, cette fleur de beauté se passe et cette bonne grâce s'évanouit : ainsi le monde est mort pour le chrétien ; il n'a plus d'appas qui l'attirent, ni de charmes qui touchent son cœur. Voilà cette mort spirituelle, qui sépare le monde et le chrétien : telle est l'obligation du baptême. Mais si nous avons si mal observé les promesses que nous avons faites, admirons, du moins aujourd'hui, la sainte obstination de saint François de Paule à combattre la nature et ses sentiments; admirons la fidélité inviolable de ce grand homme qui a été envoyé de Dieu pour faire revivre en son siècle cet esprit de mortification et de pénitence, c'est-à-dire le véritable esprit du christianisme presque entièrement aboli par la mollesse.

Que dirai-je ici, chrétiens, et par où commencerai-je l'éloge de sa pénitence ? Qu'admirerai-je le plus, ou qu'il l'ait sitôt commencée, ou qu'il l'ait fait durer si longtemps avec une pareille vigueur? Sa tendre enfance l'a vue naître en lui, sa vieillesse la plus décrépite ne l'a jamais vue relâchée. Par l'une de ces entreprises il a imité Jean-Baptiste ; et par l'autre il a égalé les Paul, les Antoine, les Hillarion. Vous allez voir, Messieurs, en ce grand homme un terrible renversement de la nature; et afin de le bien entendre, représentez-vous en vous-mêmes quelles sont ordinairement dans tous les hommes les deux extrémités de la vie, je veux dire l'enfance et la vieillesse. Elles ont déjà cela de commun, que la faiblesse et L'infirmité sont leur partage. L'enfance est faible, parce qu'elle ne fait que commencer; la vieillesse , parce qu'elle approche de sa ruine, prête à tomber par terre. Dans l'enfance, le corps est semblable à un bâtiment encore imparfait; et il ressemble dans la vieillesse à un édifice caduc, dont les fondements sont ébranlés. Les désirs en l'une et en l'autre sont proportionnés à leur état. Avec le même empressement que l'enfance montre pour la nourriture, la vieillesse s'étudie aux précautions, parce que l'une veut acquérir ce qui lui manque, et l'autre retenir ce qui lui échappe. Ainsi l'une demande (b) des secours pour s'avancer à sa perfection, et l'autre cherche des appuis pour soutenir sa défaillance. C'est pourquoi elles sont toutes deux entièrement appliquées à ce qui touche le corps, la dernière sollicitée par la crainte, et la première poussée par un secret instinct de la nature.

François de Paule, Messieurs, est un homme que Dieu a voulu envoyer au monde pour nous montrer que les lois de la nature cèdent, quand il lui plaît, aux lois de la grâce. Nous voyons en cet homme admirable, contre tout l'ordre de la nature, un enfant qui modère ses désirs, un vieillard qui n'épargne pas son peu de force. C'est ce fils fidèle et persévérant, qui est toujours avec Jésus-Christ. Jésus a toujours été dans les travaux : In laboribus à juventute meà (Psal. LXXXVII, 16) ; il a toujours été sur la croix. François de Paule, enfant, commence les travaux de sa pénitence. Il n'avait que six ou sept ans, que des religieux très-réformés admiraient sa vie austère et mortifiée. A treize ans, il quitte le monde et se jette dans un désert, de peur de souiller son innocence par la contagion du siècle. Grâce du baptême, mort spirituelle, où as-tu jamais paru avec plus de force ? Cet enfant est déjà crucifié au monde, cet enfant est déjà mort au monde, auquel il n'a jamais commencé de vivre. Cela est admirable, sans doute : mais voici qui ne l'est pas moins.

A quatre-vingt-onze ans, ni ses fatigues continuelles, ni son extrême caducité ne le peuvent obliger de modérer la sévérité de sa vie. Il fait un carême éternel ; et dans la rigueur de son jeune, un peu de pain est sa nourriture, de l'eau toute pure étanche sa soif: à ses jours de réjouissance, il y ajoute quelques légumes : voilà les ragoûts de François de Paule. Au milieu de cette rigueur, de peur de manger pour le plaisir, il attend toujours la dernière nécessité. Il ne songe à prendre sa réfection, que lorsqu'il sent que la nuit approche. Après avoir vaqué tout le jour au service de son Créateur, il croit avoir quelque droit de penser pourvoir à l'infirmité de la nature. Il traite son corps comme un mercenaire, à qui il donne son pain quand il a achevé sa journée. Par une nourriture modique, il se prépare à un sommeil léger, louant la munificente divine de ce qu'elle lui apprend si bien à se contenter de peu. Telle est la conduite de saint François en santé et en maladie ; tel est son régime de vivre. Une vigueur spirituelle, qui se renouvelle et se fortifie de jour en jour, ne permet pas à son âme de sentir la caducité de l'âge. C'est cette jeunesse intérieure qui soutenait ses membres cassés dans sa vieillesse décrépite, et lui a fait continuer sa pénitence jusqu'à la fin de sa vie.

Voici, mes Frères, un grand exemple pour confondre notre mollesse. O Dieu de mon cœur, quand je considère que cet homme si pur et si innocent, cet homme qui est toujours demeuré dans l'enfance et la simplicité du saint baptême, fait une pénitence si rigoureuse, je frémis jusqu'au fond de l’âme, et les continuelles mortifications de cet innocent me font trembler pour les criminels qui vivent dans les délices. Quand nous aurions toujours conservé la sainteté baptismale, la seule conformité avec Jésus-Christ nous oblige d'embrasser sa croix, en mortifiant nos mauvais désirs. Mais lorsque nous avons été assez malheureux pour perdre la sainteté et la grâce par quelque faute mortelle, il est bien aisé déjuger combien alors cette obligation est redoublée. Car l'apôtre saint Paul nous enseigne que quiconque déchait de la grâce, crucifie de nouveau Jésus-Christ (Hebr., VI, 6), qu'il perce encore une fois ses pieds et ses mains; que non-seulement il répand, mais encore qu'il foule aux pieds son sang précieux (Ibid., X, 29). S'il est ainsi, chrétiens mes frères, pour réparer cet attentat par lequel nous crucifions Jésus-Christ, que pouvons-nous faire autre chose, sinon de nous crucifier nous-mêmes, et de venger sur nos propres corps l'injure que nous avons faite à notre Sauveur?

Tout autant que nous sommes de pécheurs, prenons aujourd'hui ces sentiments, et imprimons vivement en nos esprits cette obligation indispensable de venger Jésus-Christ en nous-mêmes. Je ne vous demande pas pour cela, ni des jeûnes continuels, ni des macérations extraordinaires, quoique, hélas! quand nous le ferions, la justice divine aurait droit d'en exiger encore beaucoup davantage : mais notre lâcheté et notre faiblesse ne permettent pas seulement que l'on nous propose une médecine si forte. Du moins corrigeons nos mauvais désirs ; du moins ne pensons jamais à nos crimes, sans nous affliger devant Dieu de notre prodigieuse ingratitude. Ne donnons point de bornes à une si juste douleur ; et songeons qu'étant subrogée à une peine d'une éternelle durée, elle doit imiter en quelque sorte son intolérable perpétuité : faisons-la donc durer du moins jusqu'à la fin de notre vie (a). Heureux ceux que la mort vient surprendre dans les humbles sentiments de la pénitence. Je parle mal, chrétiens; la mort ne les surprend pas. La mort, pour eux, n'est pas une mort ; elle n'est mort que pour ceux qui vivent enivrés de l'amour du monde.

Notre incomparable François était en la Cour de Louis XI, où l'on voyait tous les jours et le pouvoir de la mort, et son impuissance : son pouvoir, sur ce grand monarque; son impuissance, sur ce pauvre ermite. Louis, resserré dans ses forteresses et environné de ses gardes, ne sait à qui confier sa vie ; et la crainte de la mort le saisit de telle sotte, qu'elle lui fait méconnaître ses meilleurs amis. Vous voyez un prince, Messieurs, que la mort réduit en un triste état : toujours tremblant, toujours inquiet, il craint généralement tout ce qui l'approche ; et il n'est précaution qu'il ne cherche pour se garantir de cette ennemie qui saura bien éluder ses soins et les vains raffinements de sa politique.

Regardez maintenant le pauvre François, et voyez si elle lui fera seulement froncer les sourcils. Il la contemple avec un visage riant : elle ne lui est pas inconnue, et il y a déjà trop longtemps qu'il s'est familiarisé avec elle pour être étonné de ses approches. La mortification l'a accoutumé à la mort ; les jeûnes et la pénitence, dit Tertullien (Tertull., De Jejun., n. 12), la lui ont déjà fait voir de près, et l'ont souvent avancé dans son voisinage : Sœpè jejunans, mortem de proximo novit. Il sortira du monde plus légèrement : il s'est déjà déchargé lui-même d'une partie de son corps, comme d'un empêchement importun à l’âme : Prœmisso jam sanguinis succo, tanquam animœ impedimento. C'est pourquoi, sentant (cl) approcher la mort, il lui tend de bon cœur les bras; il lui présente avec joie ce qui lui reste de corps: et d'un visage riant il lui désigne l’endroit où elle doit frapper son dernier coup. O mort, lui dit-il, quoique le monde te nomme cruelle et inexorable, tu ne me feras aucun mal, parce que tu ne m'ôteras rien de ce que j'aime. Bien loin de rompre le cours de mes desseins, tu ne feras qu'achever l'ouvrage que j'ai commencé, en me défaisant de toutes les choses dont je tâche de me défaire il y a longtemps. Tu me déchargeras de ce corps : ô mort, je t’en remercie ; il y a plus de quatre-vingts ans que je travaille moi-même à m'en décharger. J'ai professé dans le baptême que ces désirs ne me touchaient pas : j'ai tâché de les couper pendant tout le cours de ma vie : ton secours, ô mort, m'était nécessaire pour en arracher la racine; tu ne détruis pas ce que je suis, mais tu achèves ce que je fais.

Telle est la force de la pénitence. Celui qui aime ses exercices a toujours son âme en ses mains, et est prêt à tout moment de la rendre. L'admirable François de Paule, tout rempli de ces sentiments et nourri dès sa tendre enfance sur la croix de notre Sauveur, n'avait garde de craindre la mort. Mais nous parlons déjà de sa mort, et nous ne faisons encore que de commencer les merveilles de sa sainte vie : l'ordre des choses nous y a conduits. Mais continuons la suite de notre dessein ; et après avoir vu notre grand saint François uni si étroitement avec Jésus-Christ dans la société de ses souffrances, voyons-le dans la bienheureuse participation de sa sainte familiarité : Tu semper mecum es : c'est ma seconde partie.


SECOND POINT.

Saint Paul écrivant aux Hébreux, a prononcé cette sentence dans le chapitre vi de cette Epitre admirable : « Il est impossible, dit-il, que ceux qui ont reçu une fois dans le saint baptême les lumières de la grâce, qui ont goûté le don céleste, qui ont été faits participais du Saint-Esprit et sont tombés volontairement de cet état bienheureux, soient jamais renouvelés par la pénitence : » Impossibile est rursùm renovari ad pœnitentiam (Hebr., VI, 4, 6), Je m'éloignerais de la vérité, si je voulais conclure de ce passage, comme faisaient les novatiens, que ceux qui sont une fois déchus de la grâce n'y peuvent jamais être rétablis : mais je ne croirai pas me tromper, si j'en lire cette conséquence, qu'il y a je ne sais quoi de particulier dans l'intégrité baptismale , qu'on ne retrouve; jamais quand on l'a perdue : Impossibile est rursùm renovari. Rendez-lui sa première robe, dit ce père miséricordieux, parlant du prodigue pénitent, c'est-à-dire rendez-lui la justice dont il s'était dépouillé lui-même. Cette robe lui est rendue, je le confesse : qu'elle est belle et resplendissante! mais elle aurait encore un éclat plus grand, si elle n'avait jamais été souillée. Le père, je le sais bien, reçoit son fils dans sa maison, et il le fait rentrer dans ses premiers droits ; mais néanmoins il ne lui dit pas : « Mon fils, tu es toujours avec moi : » Fili, tu semper mecum es; et il montre bien par cette parole que cette innocence toujours entière, cette fidélité jamais violée, sait bien conserver ses avantages.

En quoi consiste ce privilège? C'est ce qu'il est malaisé d'entendre. La tendresse extraordinaire que Dieu témoigne dans son Ecriture pour les pécheurs convertis, semble nous obliger de croire qu'il n'use avec eux d'aucune réserve. Ne peut-on pas même juger qu'il les préfète aux justes en quelque façon, puisqu'il quitte les justes, dit l'Evangile (Luc., XV, 4), pour aller chercher les pécheurs ; et que bien loin de diminuer pour eux son affection, il prend plaisir au contraire de la redoubler? Et toutefois, chrétiens, il ne nous est pas permis de douter que ce Dieu, qui est juste dans toutes ses œuvres, ne sache bien garder la prérogative qui est due naturellement à l'innocence: et lorsqu'il semble que les saintes Lettres accordent aux pécheurs convertis quelque sorte de préférence, voici en quel sens il le faut entendre. Cette décision est tirée du grand saint Thomas, qui faisant la comparaison de l'état du juste qui persévère et du pécheur qui se convertit, dit qu'il faut considérer en l'un ce qu'il a, et en l'autre d'où il est sorti. Après cette distinction il conclut judicieusement à son ordinaire que Dieu conserve au juste un plus grand don, et qu'il retire le pécheur d'un plus grand mal : et partant que le juste est sans doute plus avantagé, si l'on a égard à son mérite; mais que le pécheur semblera plus favorisé, si l'on regarde son indignité. D'où il s'ensuit que l'état du juste est toujours absolument le meilleur ; et par conséquent il faut croire que ces mouvements de tendresse que ressent la bonté divine pour les pécheurs convertis, qui sont sa nouvelle conquête, n'ôtent pas la prérogative d'une estime particulière aux justes, qui sont ses anciens amis; et qu'enfin ce chaste amateur de la sainteté et de l'innocence trouve je ne sais quel attrait particulier dans ces âmes qui n'ont jamais rejeté sa grâce, ni affligé son esprit ; qui étant toujours fraîches et toujours nouvelles et gardant inviolablement leur première foi, après une longue suite d'années paraissent aussi saintes, aussi innocentes, qu'elles sortirent des eaux du baptême comme a fait, par exemple, saint François de Paule.

Quelles douceurs, quelle affection, quelle familiarité particulière Dieu réserve à ces innocents ; c'est un secret de sa grâce, que je n'entreprends pas de pénétrer. Je sais seulement que François de Paule accoutumé dès sa tendre enfance à communiquer avec Dieu, ne pouvait plus vivre un moment sans lui. Semblable à ces amis empressés qui contractent une habitude si forte de converser librement ensemble, que la moindre séparation ne leur paraît pas supportable : ainsi vivait saint François de Paule. O mon Dieu, disait-il avec David, du plus loin que je me souvienne et presque dès le ventre de ma mère, vous êtes mon Dieu : De ventre matris meœ Deus meus es tu, ne discesseris à me (Psal. XXI, 11, 12). Jamais mon cœur n'a aimé que vous, il n'a jamais brûlé d'autres flammes. Eh! mon Dieu, ne me quittez pas : Ne discesseris à me. Je ne puis subsister un moment sans vous. Son cœur étant ainsi disposé, c'était, Messieurs, lui ôter la vie, que de le tirer de sa solitude. En effet, dit le dévot saint Bernard, c'est une espèce de mort violente que de se sentir arracher de la douce société de Jésus-Christ par les affaires du monde: Morividentur sibi..., et reverà mortis species est à contemplatione candidi Jesu ad has tenebras rursùs avelli (Tract. De pass. Dom., cap. XXVII, in Appen. Op. S. Bernardi). Jugez donc des douleurs de François de Paule, quand il reçut l'ordre du Pape d'aller à la Cour de Louis XI, qui le demandait avec instance. O solitude, ô retraite qu'on le force d'abandonner! Combien regretta-t-il de vous perdre ! Mais enfin il faut obéir; et je vois qu'il vous quitte bien résolu néanmoins de se faire une solitude dans le tumulte, au milieu de tout le bruit de la Cour et de ses empressements éternels.

C'est ici, c'est ici, chrétiens, où je vous prie de vous rendre attentifs à ce que va faire François de Paule. Voici sans doute son plus grand miracle, d'avoir été si solitaire et si recueilli au milieu des faveurs des rois et dans les applaudissements de toute leur Cour. Je ne m'étonne plus, quand je lis dans l'histoire de saint François qu'il a passé au milieu des flammes sans en avoir été offensé, ni que domptant la fureur de ce détrait de Sicile, fameux par tant de naufrages, il ait trouvé sur son manteau la sûreté que les plus adroits pilotes ont peine à trouver dans leurs grands vaisseaux. La Cour a des flammes plus dévorantes, elle a des écueils plus dangereux ; et bien que les inventions hardies des expressions poétiques n'aient pu nous représenter la mer de Sicile aussi horrible que la nature l'a faite, la Cour a des vagues plus furieuses, et des abîmes plus creux, et des tempêtes plus redoutables. Comme c'est de la Cour que dépendent toutes les affaires et que c’est là aussi qu'elles aboutissent, l'ennemi du genre humain y jette tous ses appâts, y étale toute sa pompe : là est l'empire de l'intérêt, là est le théâtre des passions: là elles sont les plus violentes, là elles sont les plus déguisées.

Voici donc François de Paule dans un nouveau monde, chéri et honoré par trois de nos rois; et après cela vous ne doutez pas que toute la Cour ne lui applaudisse. Tout cela ne le touche pas: la douce méditation des choses divines et cette sainte union avec Jésus-Christ, l'ont désabusé pour jamais de tout ce qui éclate dans le monde. Doux attraits de la Cour, combien avez-vous corrompu d'innocents ! Combien en a-t-on vus qui se laissent comme entraîner à la Cour par force, sans dessein de s'y engager! Enfin l'occasion s'est présentée belle ; le moment fatal est venu ; la vague les a poussés et les a emportés, ainsi que les autres. Ils n'étaient venus, disaient-ils, que pour être spectateurs de la comédie : à la fin ils en ont trouvé l'intrigue si belle, qu'ils y ont voulu jouer leur personnage. Souvent même l'on s'est servi de la piété pour s'ouvrir des entrées favorables ; et après que l'on a bu de cette eau, l’âme est toute changée par une espèce d'enchantement. C'est un breuvage charmé, qui enivre les plus sobres; et la plupart de ceux qui en ont goûté ne peuvent presque plus goûter autre chose.

Cependant l'admirable saint François de Paule est solitaire jusque dans la Cour, et toujours recueilli en Dieu parmi ce tumulte : on ne peut presque le tirer de sa cellule, où cette âme pure et innocente embrasse son Dieu en secret. L'heure de manger arrive : il goûte une nourriture plus agréable dans les douceurs de son oraison. La nuit l'invite au repos : il trouve .son véritable repos à répandre son cœur devant Dieu. Le roi le demande en personne avec une extrême impatience : il a affaire, il ne peut quitter, il est enfermé avec Dieu dans de secrètes communications. On frappe à sa porte avec violence : l'amour divin, qui a occupé tous ses sens par le ravissement de l'esprit, ne lui permet pas «l'entendre autre chose que ce que Dieu lui dit au fond de son cœur, dans un saint et admirable silence. O homme vraiment uni avec Dieu et digne d'entendre de su bouche : Fili, tu semper mecum es, « Mon fils, vous êtes toujours avec moi ! » Il est accoutumé avec Dieu, il ne connaît que lui : il est né, il est crû sous son aile; il ne peut le quitter ni vivre sans lui un seul moment, privé des délices de son amour.

Sainte familiarité avec Jésus-Christ, oraison, prière, méditation, entretiens sacrés de l’âme avec Dieu, que ne savons-nous goûter vos douceurs ! Pour les goûter, mes Frères, il faut se retirer quelquefois du bruit et du tumulte du monde, afin d'écouter Jésus en secret. « Il est malaisé, dit saint Augustin, de trouver Jésus-Christ dans le grand monde : il faut pour cela une solitude : » Difficile est in turbà videre Jesum : solitudo quœdam necessaria est (In Joan., tract. XVII, n. 11). Faisons-nous une solitude ; rentrons en nous-mêmes pour penser à Dieu; ramassons tout notre esprit en cette haute partie de notre âme, pour nous exciter à louer Dieu ; ne permettons pas, chrétiens, qu'aucune autre pensée nous vienne troubler.

Mais que les hommes du monde sont éloignés de ces sentiments! Converser avec Dieu leur paraît une rêverie : le seul mot de retraite et de solitude leur donne un ennui qu'ils ne peuvent vaincre. Ils passent éternellement d'affaire en affaire, et de visite en visite; et je ne m'en étonne pas, dit saint Bernard : ils n'ont pas cette oreille intérieure, pour écouter la voix de Dieu dans leur conscience, ni cette bouche spirituelle pour lui parler secrètement au dedans du cœur. C'est pourquoi ils cherchent à tromper le temps par mille sortes d'occupations (d) ; et ne sachant à quoi passer les heures du jour, dont la lenteur leur est à charge, ils charment l'ennui qui les accable par des amusements inutiles : Longitudinem temporis, quâ gravantur, inutilibus confabulationibus expendere satagunt (Tract, de Pass. Dom., cap. XXVII, in Append. Oper. S. Bern). Regardez cet homme d'intrigues environné de la troupe de ses clients, qui se croit honoré par l'assiduité des devoirs qu'ils s'empressent de lui rendre; il regarde comme une grande peine de se trouver vis-à-vis de lui-même: Stipatus clientium cuneis, frequentiore comitatu officiosi agminis hic honestatus, pœnam putat esse cùm solus est (S. Cyprian., Epist. ad Donat., n. 2). Toujours ce lui est un supplice que d'être seul, comme si ce n'était pas assez de lui-même pour pouvoir s'occuper agréablement dans l'affaire de son saint. Cependant il est véritable, vous vous fuyez vous-même, vous refusez de converser avec vous-même, vous cherchez continuellement les autres, et vous ne pouvez vous souffrir vous-même. Usque adeo adeò charus est hic mundus hominibus, ut sibimetipsis viluerint (S. August., ep. XLIII, cap. I): « Ce monde tient si fort au cœur des hommes (a), qu'ils se dédaignent eux-mêmes, » qu'ils en oublient leurs propres affaires. Désabusez-vous, ô mortels! Que vous servent ces liaisons et ces nouvelles intrigues où vous vous jetez tous les jours? C'est pour vous donner du crédit, pour avoir de l'autorité. Mais unissez-vous avec Dieu, et apprenez de François de Paule que c'est par là qu'on peut acquérir la véritable puissance : Omnia mea tua sunt: c'est ma troisième partie.


TROISIÈME POINT.

Nous apprenons de Tertullien que l'hérétique Marcion avait l'insolence de reprocher hautement au Dieu d'Abraham qu'il ne s'accordait pas avec lui-même. Tantôt il paraissait dans son Ecriture avec une majesté si terrible, qu'on n'en osait approcher sans crainte ; et tantôt il avait, dit-il, des faiblesses, des facilités, des bassesses et des enfances : Pusillitates et incongruentias Dei (Tertull., Adv. Marcion., lib. II, n. 26, 27), comme il avait l'audace de s'exprimer, jusqu'à craindre de fâcher Moïse et à le prier de le laisser faire : Dimitte me ut irascatur furor meus (Exod., XXXII, 10) : « Laissez-moi lâcher la bride à ma colère contre ce peuple infidèle. » D'où cet hérétique concluait que le Dieu que servaient les Juifs avait une conduite irrégulière, qui se démentait elle-même.

Ce qui servait de prétexte à cette rêverie sacrilège, c'est en effet, Messieurs, que nous voyons dans les saintes Ecritures que Dieu change en quelque façon de conduite selon la diversité des personnes. Quand les hommes présument d'eux-mêmes, ou qu'ils manquent à la soumission qui lui est due, ou qu'ils prennent peu de soin de se rendre dignes de s'approcher de Sa Majesté, il ne se relâche jamais d'aucun de ses droits et il conserve avec eux toute sa grandeur (a). Voyez comme il traite Achah, comme il se plaît à l'humilier. Au contraire quand on obéit, et que l'on agit avec lui en simplicité de cœur, il se dépouille en quelque sorte de sa puissance, et il n'y a aucune partie de son domaine ; dont il ne mette en possession ses serviteurs. « Vive le Seigneur, dit Elie, en la présence duquel je suis : il n'y aura ni pluie ni rosée que par mon congé : » Vivit Dominus, in cujus conspectu sto, si erit annis his ros et pluvia nisi juxta oris mei verba (III Reg., XVII, 1). Voilà un homme qui paraît bien vindicatif, et cependant voyez-en la suite. C'est un homme qui jure, et Dieu se sent lié par ce serment ; et pour délivrer la parole de son serviteur, confirmée par son jurement, il ferme le ciel durant trois années avec une rigueur inflexible.

Que veut dire ceci, chrétiens, si ce n'est, comme dit si bien saint Augustin, que Dieu se fait servir par les hommes, et qu'il les sert aussi réciproquement? Ses fidèles serviteurs lui disent avec le Psalmiste : « Nous voilà tout prêts, ô Seigneur, d'accomplir constamment votre volonté : » Ecce venio ut faciam, Deus, voluntatem tuam (Psal. XXXIX, 8, 9). Vous voyez les hommes qui servent Dieu ; mais écoutez le même Psalmiste : « Dieu fera la volonté de ceux qui le craignent : » Voluntatem timentium se faciet (Psal. CXLIV, 19) Voilà Dieu qui leur rend le change , et les sert aussi à son tour. Vous servez Dieu, Dieu vous sert; vous faites sa volonté, et il fait la vôtre : Si ideo times Deum ut facias ejus voluntatem, ille quodam modo ministrat tibi, facit voluntatem tuam (Enar. in Psal. CXLIV, n. 23, Dimitte me ut irascatur furor meus, faciamque te in gentem magnam); pour nous apprendre chrétiens, que Dieu est un ami sincère, qui n'a rien de réservé pour les siens, et qui étudiant les désirs de ceux qui le craignent, leur permet d'user de ses biens avec une espèce d'empire : Voluntatem timentium se faciet.

Mais encore que cette bonté s'étende généralement sur tous ses amis, c'est-à-dire sur tous les justes, les paroles de mon texte nous font bien connaître que ces justes persévérants, ces enfants qui n'ont jamais quitté sa maison, ont un droit tout particulier de disposer des biens paternels ; et c'est à ceux-là qu'il dit dans son Evangile ces paroles, avec un sentiment de tendresse extraordinaire et singulier : « Mon Fils, vous avez toujours été avec moi, et tout ce qui est à moi est à vous : » Fili, tu semper mecum es, et omnia mea tua sunt. Pourquoi me reprochez-vous que je ne vous donne rien? Usez vous-même de votre droit, et disposez comme maître de tout ce qu'il y a dans ma maison.

C'est donc en vertu de cette innocence et de cette parole de l'Evangile, que le grand saint François de Paule n'a jamais cru rien d'impossible. Cette sainte familiarité d'un fils qui sent l'amour de son père, lui donnait la confiance de tout entreprendre : et un prélat de la Cour de Rome, que le Pape lui avait envoyé pour l'examiner, lui représentant les difficultés de l'établissement de son ordre si austère, si pénitent, si mortifié, fut ravi en admiration d'entendre dire à notre grand saint avec une ferveur d'esprit incroyable que tout est possible quand on aime Dieu et qu'on s'étudie de lui plaire ; et qu'alors les créatures les plus rebelles sont forcées, par une secrète vertu, de faire la volonté de celui qui s'applique à faire celle de son Dieu. Il n'a point été trompé dans son attente : son ordre fleurit dans toute l'Eglise avec cette constante régularité qu'il avait si bien établie, et qui se soutient sans relâchement depuis deux cents ans.

Ce n'est pas en cette seule rencontre que Dieu a fait connaître à son serviteur, qu'il écoutait (a) ses désirs. Tous les peuples où il a passé ont ressenti mille et mille fois des effets considérables de ses prières ; et quatre de nos rois successivement lui ont rendu ce glorieux témoignage, que dans leurs affaires très-importantes ils n'avoient point trouvé de secours plus prompt, ni de protection plus assurée. Presque toutes les créatures ont senti cette puissance si peu limitée que Dieu lui donnait sur ses biens ; et je vous raconterais avec joie les miracles presque infinis que Dieu faisait par son ministère , non-seulement dans les grands besoins, mais encore, s'il se peut dire, sans nécessité, n'était que ce détail serait ennuyeux, et apporterait peu de fruit. Mais comme de tels miracles qui se font particulièrement hors des grands besoins, sont le sujet le plus ordinaire de la raillerie des incrédules (b), il faut qu'à l'occasion du grand saint François, je tâche aujourd'hui de leur apprendre par une doctrine solide à parler plus révéremment des œuvres de Dieu. Voici donc ce que j'ai vu dans les saintes Lettres touchant ces sortes de miracles.

Je trouve deux raisons principales pour lesquelles Dieu étend son bras à des opérations miraculeuses : la première, c'est pour montrer sa grandeur et convaincre les hommes de sa puissance ; la seconde, pour faire voir sa bonté et combien il est indulgent à ses serviteurs. Or je remarque cette différence dans ces deux espèces de miracles, que lorsque Dieu veut faire un miracle pour montrer seulement sa toute-puissance, il choisit des occasions extraordinaires. Mais quand il veut faire encore sentir sa bonté il ne néglige pas les occasions les plus communes. Cela vient de la différence de ces deux divins attributs. La toute-puissance semble surmonter de plus grands obstacles ; la bonté descend à des soins plus particuliers. L'Ecriture nous le fait voir en deux chapitres consécutifs du IVe Livre des Rois. Elisée guérit Naaman le lépreux, capitaine général de la milice du roi de Syrie et chef des armées de tout son royaume : voilà une occasion extraordinaire, où Dieu veut montrer son pouvoir aux nations infidèles. « Qu'il vienne à moi, dit Elisée, et qu'il sache qu'Israël n'est point sans prophète : » Veniat ad me, et sciat esse prophetam in Israël (IV Reg., V, 8.). Mais au chapitre suivant, comme les enfants des prophètes travaillaient sur le bord d'un fleuve, l'un d'eux laisse tomber sa cognée dans l'eau , et aussitôt crie à Elisée : Heu ! heu ! heu! domine mi, et hoc ipsum mutuò acceperam » (Ibid., VI, 5); « Hélas! cette cognée n'était pas à moi; je l'avais empruntée. » Et encore qu'une rencontre si peu importante semblât ne mériter pas un miracle, néanmoins Dieu, qui se plaît à faire connaître qu'il aime la simplicité de ses serviteurs et prévient leurs désirs dans les moindres choses, fit nager miraculeusement ce fer sur les eaux au commandement d'Elisée , et le rendit à celui qui l'avait perdu. Et d'où vient cela, chrétiens , si ce n'est que notre grand Dieu, qui n'est pas moins bon que puissant, nous montrant sa toute-puissance dans les entreprises éclatantes, veut bien aussi quand il lui plaît montrer dans les moindres la facilité incroyable avec laquelle il s'abandonne à ses serviteurs, pour justifier cette parole : Omnia mea tua sunt ?

Puisque le grand saint François de Paule a été choisi de Dieu en son temps, pour faire éclater en sa personne cette merveilleuse communication qu'il donne de sa puissance à ses bons amis, je ne m'étonne pas, chrétiens, si les fidèles de Jésus-Christ ont eu tant de confiance en lui durant sa vie, ni si elle dure encore et a pris de nouvelles forces après sa mort. Je ne m'étonne pas de voir sa mémoire singulièrement honorée par la dévotion publique, son ordre révéré par toute l'Eglise, et les temples qui portent son nom et sont consacrés à sa mémoire, fréquentés avec grand concours par tous les fidèles (a).

Mais ce qui m'étonne, mes Frères, ce que je ne puis vous dissimuler, ce que je voudrais pouvoir dire avec, tant de force que les cœurs les plus durs en fussent touchés, c'est lorsqu'il arrive que ces mêmes temples où la mémoire de François de Paule, où les bons exemples de ses religieux, enfin pour abréger ce discours, où toutes choses inspirent la dévotion , deviennent le théâtre de l'irrévérence de quelques particuliers audacieux. Je n'accuse pas tout le monde, et je ne doute pas au contraire que cette église ne soit fréquentée par des personnes d'une piété très-recommandable. Mais qui pourrait souffrir sans douleur que sa sainteté soit déshonorée par les désordres de ceux qui, ne respectant ni Dieu ni les hommes, la profanent tous les jours par leurs insolences? Que s'il y avait dans cet auditoire quelques-uns de cette troupe scandaleuse, permettez-moi de leur demander que leur a fait ce saint lieu qu'ils choisissent pour le profaner par leurs paroles, par leurs actions, par leurs contenances impies (Var. : Trouvez bon, je vous prie, Messieurs, que je leur adresse la parole : Mes Frères, qui que vous soyez, je vous appelle encore de ce nom; car quoique vous ayez perdu le respect pour Dieu, il ne laisse pas malgré vous d'être votre Père. Que vous a fait cette église, et pourquoi la choisissez-vous pour y faire paraître vos impiétés)? Que leur ont fait ces religieux, vrais enfants et imitateurs du grand saint François de Paule ? et leur vie a-t-elle mérité, au milieu de tant de travaux que leur fait subir volontairement leur mortification et leur pénitence, qu'on leur ajoute encore cette peine, qui est la seule qui les afflige, de voir mépriser à leurs yeux le Maître qu'ils servent?

Mais laissons les hommes mortels, et parlons des intérêts du Sauveur des âmes. Que leur a fait Jésus-Christ, qu'ils viennent outrager jusque clans son temple ? Pendant que le prêtre est saisi de crainte, dans une profonde considération des sacrements dont il est ministre; pendant que le Saint-Esprit descend sur l'autel pour y opérer les sacrés mystères, que les anges les révèrent, que les démons tremblent, que les âmes saintes et pieuses de nos frères qui sont décédés attendent leur soulagement des saints sacrifices, ces impies discourent aussi librement, que si tout ce mystère était une fable (Que si Jésus-Christ n'y était pas). D'où leur vient cette hardiesse devant Jésus-Christ? Est-ce qu'ils ne le connaissent pas, parce qu'il se cache ; ou qu'ils le méprisent, parce qu'il se tait? Vive le Seigneur tout-puissant en la présence duquel je parle : ce Dieu qui se tait maintenant, ne se taira pas toujours; ce Dieu qui se tient maintenant caché, saura bien quelque jour paraître pour leur confusion éternelle. J'ai cru que je ne devais pas (Ne devoir pas) quitter cette chaire, sans leur donner ce charitable avertissement. C'est honorer saint François de Paule, que de travailler, comme nous pouvons, à purger son église de ces scandaleux ; et je les exhorte en Notre-Seigneur de profiter de cette instruction, s'ils ne veulent être regardés comme des profanateurs publics de tous les mystères du christianisme.

Mais après leur avoir parlé, je retourne à vous, chrétiens , qui venez en ce temple pour adorer Dieu, et pour y écouter sa sainte parole. Que vous dirai-je aujourd'hui, et par où conclurai-je ce dernier discours? Ce sera par ces beaux mots de l'Apôtre : Deus autem spei repleat vos gaudio et pace in credendo, ut abundetis in spe et virtute Spiritûs sancti (Rom., XV, 13) : « Que le Dieu de mon espérance vous remplisse de joie et de paix, en croyant à la parole de son Evangile, afin que vous abondiez en espérance et en la vertu du Saint-Esprit. » C'est l'adieu que j'ai à vous dire : nos remerciements sont des vœux, nos adieux des instructions et des prières. Que ce grand Dieu de notre espérance, pour vous récompenser de l'attention que vous avez donnée à son Evangile, vous fasse la grâce d'en profiter. C'est ce que je demande pour vous : demandez pour moi réciproquement que je puisse tous les jours apprendre à traiter saintement et fidèlement la parole de vérité ; que non-seulement je la traite, mais que je m'en nourrisse et que j'en vive. Je vous quitte avec ce mot; et ce ne sera pas néanmoins sans vous avoir désiré à tous, dans toute l'étendue de mon cœur, la félicité éternelle, au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

(a) Prêché en 1660, pour la clôture du Carême, aux Minimes de la Place-Royale.

Les éditeurs disent, après l'abbé Ledieu, que le Panégyrique de saint François de Paule fut prêché en 1658.Cette indication ne peut être exacte; car, en 1658, Bossuet fut retenu à Meta , pendant le Carême, par la mission qu'il donna avec les prêches de saint Vincent de Paul, dans le mois d'avril pour l'assemblée des Trois Ordres dont il signa les procès-verbaux.

En 1000, au contraire, il prêcha le Carême à Paris dans l'église des Minimes, et son discours de clôture fut le panégyrique du saint fondateur de ces religieux, de saint François de Paule. Voilà pourquoi l'orateur dit, dés le commencement de l'exorde : «Je ne pouvais désirer une rencontre plus heureuse ni plus favorable, que de faire ici mon dernier discours en produisant dans cette audience le grand et admirable saint François de Paule;» et dans la péroraison: «... C'est l'adieu mie j'ai à vous dire : nos remerciements sont des vœux, nos adieux des instructions et des prières, » etc.

Les Minimes de la Place-Royale avoient vu s'établir dans leur église un grand abus : des gens du bel air s'y rendaient pendant les divins offices, disent, les auteurs du temps, pour y nouer des intrigues et des conversations profanes, sans crainte d'outrager la majesté du Très-Haut dans ses redoutables mystères. Bossuet s'éleva contre ces profanations sacrilèges avec toute la fermeté du zèle apostolique : « Mais ce qui m'étonne, mes Frères, dit-il dans le commencement de la péroraison; ce que je ne puis dissimuler, ce que je voudrais pouvoir dire avec tant de force que les cœurs les plus durs eu fussent touchés, » etc.

Les théologiens formés dans le commencement de ce siècle rejettent sans examen, par une fin de non-recevoir, les miracles qui n'éclatent pas comme un coup de foudre dans des circonstances solennelles, pour confirmer la foi de tout un peuple, lis pourront apprendre ici, par l'enseignement du grand Bossuet, à mieux apprécier les œuvres de la bonté divine.

Plusieurs personnages distingués dans les lettres et dans les sciences entendirent le Panégyrique de saint François de Paule. Qu'il nous suffise dénommer: François de la Noüe, philologue, historien, astronome, théologien; Giry, auteur des Vies des Saints; le P. Lefèvre d'Ormesson et le P. Hilarion de Coste : tous deux arrière-neveux de saint François; le premier, prédicateur estimé; le second, auteur de la Vie de son saint parent, du Parfait ecclésiastique, etc.

Oeuvres complètes de Bossuet. F. Lachat. Paris, Librairie de Louis Vivès Éditeur, rue Delambre 5, 1862


Saint Francis of Paola, founder of the Order of Minims, was born in 1416 in Paula in Calabria, Italy. His parents were remarkable for the holiness of their lives. Remaining childless for some years after their marriage they had recourse to prayer, especially commending themselves to the intercession of St. Francis of Assisi. Francis was the eldest of three children. He suffered from a swelling which endangered the sight of one of his eyes. His parents again had recourse to Francis of Assisi, and made a vow that their son should pass an entire year in the “little habit” of St Francis in one of the convents of his order, a not uncommon practice in the Middle Ages. The child was immediately cured.

From his early years Francis showed signs of extraordinary sanctity, and at the age of thirteen, being admonished by a vision of a Franciscan friar, he entered a convent of the Franciscan Order in order to fulfill the vow made by his parents. Here he gave great edification by his love of prayer and mortification, his profound humility, and his prompt obedience. At the completion of the year he went with his parents on a pilgrimage to Assisi, Rome, and other places of devotion. Returning to Paula he selected a retired spot on his father’s estate, and there lived in solitude; but later on he found a more retired dwelling in a cave on the sea coast. Here he remained alone for about six years giving himself to prayer and mortification.

In 1435 two companions joined him in his retreat, and to accommodate them Francis caused three cells and a chapel to be built: in this way the new order was begun. The number of his disciples gradually increased, and about 1454, with the permission of Pyrrhus, Archbishop of Cosenza, Francis built a large monastery and church. The building of this monastery was the occasion of a great outburst of enthusiasm and devotion on the part of the people towards Francis: even the nobles carried stones and joined in the work. Their devotion was increased by the many miracles which the saint wrought in answer to their prayers. The rule of life adopted by Francis and his religious was one of extraordinary severity. They observed perpetual abstinence and lived in great poverty, but the distinguishing mark of the order was humility. They were to seek to live unknown and hidden from the world. To express this character which he would have his disciples cultivate, Francis eventually obtained from the Holy See that they should be styled Minims, the least of all religious.

In 1474 Sixtus IV gave him permission to write a rule for his community, and to assume the title of Hermits of St. Francis: this rule was formally approved by Alexander VI, who, however, changed their title into that of Minims. After the approbation of the order, Francis founded several new monasteries in Calabria and Sicily. He also established convents of nuns, and a third order for people living in the world, after the example of St. Francis of Assisi.

The last three mouths of his life he spent in entire solitude, preparing for death. On Maundy Thursday he gathered his community around him and exhorted them especially to have mutual charity amongst themselves and to maintain the rigour of their life and in particular perpetual abstinence. The next day, Good Friday, he again called them together and gave them his last instructions and appointed a vicar-general. He then received the last sacraments and asked to have the Passion according to St. John read out to him, and whilst this was being read, his soul passed away. Leo X canonized him in 1519.

In 1562 the Huguenots broke open his tomb and found his body incorrupt. They dragged it forth and burnt it, but some of the bones were preserved by the Catholics and enshrined in various churches of his order. The Order of Minims does not seem at any time to have been very extensive, but they had houses in many countries. The definitive rule was approved in 1506 by Julius II, who also approved a rule for the nuns of the order. The feast of St. Francis of Paola is kept by the universal Church on April 2, the day on which he died in 1507.


Founder of the Order of Minims; b. in 1416, at Paula, in Calabria, Italy; d. 2 April, 1507, at Plessis, France. Hisparents were remarkable for the holiness of their lives. Remaining childless for some years after their marriagethey had recourse to prayer, especially commending themselves to the intercession of St. Francis of Assisi. Three children were eventually born to them, eldest of whom was Francis. When still in the cradle he suffered from a swelling which endangered the sight of one of his eyes. His parents again had recourse to Francis of Assisi, and made a vow that their son should pass an entire year in the "little habit" of St Francis in one of theconvents of his order, a not uncommon practice in the Middle Ages. The child was immediately cured. From his early years Francis showed signs of extraordinary sanctity, and at the age of thirteen, being admonished by avision of a Franciscan friar, he entered a convent of the Franciscan Order in order to fulfil the vow made by hisparents. Here he gave great edification by his love of prayer and mortification, his profound humility, and his prompt obedience. At the completion of the year he went with his parents on a pilgrimage to Assisi, Rome, and other places of devotion. Returning to Paula he selected a retired spot on his father's estate, and there lived in solitude; but later on he found a more retired dwelling in a cave on the sea coast. Here he remained alone for about six years giving himself to prayer and mortification.


In 1435 two companions joined him in his retreat, and to accommodate them Francis caused three cells and achapel to be built: in this way the new order was begun. The number of his disciples gradually increased, and about 1454, with the permission of Pyrrhus, Archbishop of Cosenza, Francis built a large monastery and church. The building of this monastery was the occasion of a great outburst of enthusiasm and devotion on the part of the people towards Francis: even the nobles carried stones and joined in the work. Their devotion was increased by the many miracles which the saint wrought in answer to their prayers. The rule of life adopted byFrancis and his religious was one of extraordinary severity. They observed perpetual abstinence and lived in great poverty, but the distinguishing mark of the order was humility. They were to seek to live unknown and hidden from the world. To express this character which he would have his disciples cultivate, Francis eventually obtained from the Holy See that they should be styled Minims, the least of all religious. In 1474 Sixtus IV gave him permission to write a rule for his community, and to assume the title of Hermits of St. Francis: this rule was formally approved by Alexander VI, who, however, changed their title into that of Minims. After theapprobation of the order, Francis founded several new monasteries in Calabria and Sicily. He also establishedconvents of nuns, and a third order for people living in the world, after the example of St. Francis of Assisi.

He had an extraordinary gift of prophecy: thus he foretold the capture of Otranto by the Turks in 1480, and its subsequent recovery by the King of Naples. Also he was gifted with discernment of consciences. He was no respecter of persons of whatever rank or position. He rebuked the King of Naples for his ill-doing and in consequence suffered much persecution. When Louis XI was in his last illness he sent an embassy to Calabria to beg the saint to visit him. Francis refused to come nor could he be prevailed upon until the pope ordered him to go. He then went to the king at Plessis-les-Tours and was with him at his death. Charles VIII, Louis'ssuccessor, much admired the saint and during his reign kept him near the court and frequently consulted him. This king built a monastery for Minims at Plessis and another at Rome on the Pincian Hill. The regard in which Charles VIII held the saint was shared by Louis XII, who succeeded to the throne in 1498. Francis was now anxious to return to Italy, but the king would not permit him, not wishing to lose his counsels and direction. The last three mouths of his life he spent in entire solitude, preparing for death. On Maundy Thursday he gathered his community around him and exhorted them especially to have mutual charity amongst themselves and to maintain the rigour of their life and in particular perpetual abstinence. The next day, Good Friday, he again called them together and gave them his last instructions and appointed a vicar-general. He then received the last sacraments and asked to have the Passion according to St. John read out to him, and whilst this was being read, his soul passed away. Leo X canonized him in 1519. In 1562 the Huguenots broke open his tomband found his body incorrupt. They dragged it forth and burnt it, but some of the bones were preserved by theCatholics and enshrined in various churches of his order. The Order of Minims does not seem at any time to have been very extensive, but they had houses in many countries. The definitive rule was approved in 1506 byJulius II, who also approved a rule for the nuns of the order. The feast of St. Francis of Paula is kept by theuniversal Church on 2 April, the day on which he died.

Hess, Lawrence. "St. Francis of Paula." The Catholic Encyclopedia. Vol. 6. New York: Robert Appleton Company, 1909. 2 Apr. 2016 <http://www.newadvent.org/cathen/06231a.htm>.

Transcription. This article was transcribed for New Advent by Joseph P. Thomas. In memory of Fr. Joseph Paredom M.C.B.S.


Ecclesiastical approbation. Nihil Obstat. September 1, 1909. Remy Lafort, Censor. Imprimatur. +John M. Farley, Archbishop of New York.



April 2


St. Francis of Paula, Founder of the Order of Minims, Confessor  

From the bull of his canonization, and the memoirs relating to it, with the notes of Papebroke, t. 1. Apr. p. 103. also Philip Commines, b. 6. c. 8. See Le Fevre, Cont. of Fleury, b. 115. n. 111. 120. 144. Helyot, Hist. des Ord. Relig. t. 9. p. 426. Giry, a provincial of his order, in his Lives of Saints, and in a particular dissertation; and De Coste, of the same order, in his judicious and accurate life of this saint, in quarto.

A.D. 1508

THIS saint was born about the year 1416, at Paula, a small city near the Tyrrhenian sea, in Calabria, the midway from Naples to Reggio. His parents were very poor, but industrious, and happy in their condition, making the will and love of God the sole object of all their desires and endeavours. Their whole conduct was, as it were, one straight line directed to this point. Having lived together several years without issue, they earnestly begged of God, through the intercession of St. Francis of Assisium, a son who might faithfully and assiduously serve him, and become an instrument to glorify his name, to whose service they solemnly devoted him. A son some time after this was born, whom they considered as the fruit of their prayers, named him after their patron, St. Francis, and made it their chief care to inspire him with pious sentiments, and give him an education suitable to his holy destination. Francis, whilst yet a child, made abstinence, solitude, and prayer his delight. In the thirteenth year of his age, his father, whose name was James Martotille, placed him in the convent of Franciscan friars at St. Mark’s, an episcopal town of that province, where he learned to read, and laid the foundation of the austere life which he ever after led. He, from that time, denied himself all use of linen and flesh meat; and though he had not professed the rule of that Order, he seemed, even in that tender age, to surpass all the religious in a scrupulous observance of every thing prescribed by it. Having spent one year here, he performed, with his parents, a pilgrimage to Assisium, the Portiuncula, and Rome. When he was returned to Paula, with their consent, he retired to a lonesome solitude about half a mile from the town: and, to avoid the distraction of visits, he shortly after chose a more remote retreat in the corner of a rock upon the sea-coast, where he made himself a cave. He was scarcely fifteen years old, when he shut himself up in this hermitage, in 1432. He had no other bed than the rock itself, nor other food than the herbs which he gathered in the neighbouring wood, or what was sometimes brought him by his friends. Before he was quite twenty years old, two other devoutly inclined persons joined him, imitating his holy exercises. The neighbours built them three cells and a chapel, in which they sung the divine praises, and a certain priest from the parish church came, and said mass for them. This is reputed the first foundation of his religious Order, in 1436. Near seventeen years after, their number being much increased, with the approbation of the archbishop of Cosenza, a large church and monastery were built for them in the same place, towards the year 1454. So great was the devotion of the people, that the whole country joined, and all hands were set to this work; even noblemen would share in carrying burdens. During the erection of this building, our saint performed several   miracles. Among others, a person deposed upon oath in the process of the saint’s canonization, that he himself was healed in an instant of a painful lameness in his thigh by the prayer of the servant of God.—When the house was completed, he applied himself to establish regularity and uniformity in his community, not abating in the least of his former severity with regard to himself. His bed was no longer indeed the rock, but it was a board or the bare floor, with a stone or a log of wood for his pillow, till, in his old age, he made use of a mat. He allowed himself no more sleep than was absolutely necessary to refresh weary nature, and to enable him to resume his devout exercises with greater vigour. He took but one repast a day, in the evening, and usually nothing but bread and water. Sometimes he passed two days without taking any food, especially before great festivals.

Penance, charity, and humility he laid down for the groundwork and basis of his rule. He obliged his followers to observe a perpetual Lent, and always to abstain not only from flesh, but also from all white meats, or food made of milk, such as cheese, butter, &c., also from eggs, all which the ancient canons forbid in Lent. In order more effectually to enforce obedience to this injunction, he prescribed a fourth vow, by which every religious of his Order binds himself to observe it. His intention in enjoining this perpetual abstinence was to repair, in some sort, the abuses of Lent among Christians. He always lamented to see that holy fast so much relaxed by the mitigations which the church has been obliged to tolerate, in condescension to the lukewarmness of the generality of her children. He hoped also, by example, to open the eyes of the rest of the faithful, to whom the sight of such a perpetual Lent compared to their remissness in one of only forty days, might be a continual reproach and silent preaching, perhaps more effectual than by words. The saint took charity for the motto and symbol of his Order, to show it was to be its soul,   and its most distinguishing characteristic, whereby to signify the intimate union of all its members, not only with one another, but with all the faithful, by their ardent love of God, that divine flame which glowed so warmly in his own breast, and which he eagerly endeavoured to kindle in all others. Humility, however, was his darling virtue. The greater he was before God, and the more he was distinguished in the sight of heaven, the less he appeared in his own eyes; and the more he was exalted among men, honoured and reverenced by popes and kings, the more earnestly did he study to live concealed and to debase himself beneath all creatures. It was his fondness for living concealed, unknown, and entirely forgotten by all men, that inspired him with the design in his earliest years of burying himself in a desert: in which part of his life, we know nothing of his sublime contemplations and his heavenly raptures, or of his severe penance, emulating the Eliases and the Baptists, because he sought to live hidden from the eyes of men, according to that maxim of true humility, love to be unknown; nor did he only seek to conceal himself and draw a veil over his other virtues, but also over his humility itself. A humility which sets itself forth, with an exterior show of piety, which draws respect, and receives honour, is generally false; only the shadow of that virtue, and in reality a subtle refined pride. At least it is always dangerous, and much to be suspected. But the humility of Francis was both true and secure, because hidden. When God discovered him to the world, the saint conversed with it so as always to retain the same spirit. Not yet twenty years old, he was the legislator and oracle of all who approached him: yet he was no ways elated on this account, he assumed nothing to himself, and professed that he knew nothing save Jesus Christ crucified, and that there is no virtue, no happiness, but in knowing our own littleness, and in being humble of heart with, our divine Master. By this humility he was filled with the spirit of God, and by a wonderful prodigy of grace, at nineteen years of age, became the founder of an eminent religious Order. Other Orders have their principal end and distinguishing characters; some being remarkable for their poverty, others for austerity, others for prayer, holy zeal, &c. That of St. Francis of Paula eminently includes all the above-mentioned; but to show his value for humility, which he most earnestly recommended to his followers as the ground of all Christian virtues, he gave them a name that might express it, and begged of the pope, as a singular privilege, that his religious might be called Minims, to signify that they were the least in the house of God. Moreover, as in every community there must be a supreme, St. Francis would have the superior of each house in his Order called Corrector, to put him in continual remembrance that he is only the servant of all the rest, according to that of Luke xxii. He who is greater among you, let him be as the least. But the more this saint humbled himself, the more did God exalt him.

The archbishop of Cosenza approved the rule and Order of this holy man, in 1471. Pope Sixtus IV. confirmed it by a bull, dated the 23rd of May, in 1474, and established Francis superior-general. This Order was then chiefly composed of laymen, with a few clerks, and only one priest, Balthasar de Spino, doctor of laws, afterward confessor to Innocent VIII. About the year 1476, the saint founded another convent at Paterno, on the gulf of Tarentum; and a third at Spezza, in the diocess of Cosenza. In the year 1479, being invited into Sicily, he was received there as an angel from heaven, wrought miracles, and built several monasteries in that island, where he continued a whole year. Being returned into Calabria, in 1480, his built another at Corigliano, in the diocess of Rossano.—Ferdinand, king of Naples, provoked at some wholesome advice the saint had given him and his two sons, Alphonsus, duke of Calabria, and John, cardinal of Arragon, persecuted him: but his third son, Frederic, prince of Tarentum, was his friend.—The king, alleging that he had built monasteries without the royal assent, ordered a messenger to apprehend him at Paterno, and bring him prisoner to Naples. But, the officer approaching to seize his person, was so moved at his humility, and the readiness with which he disposed himself to follow him, that, struck with awe, he returned to Naples, and dissuaded the king from attempting any thing against the servant of God. The holy man was favoured with an eminent spirit of prophecy. He foretold to several persons, in the years 1447, 1448, and 1449, the taking of Constantinople by the Turks, which happened on the 29th of May, in 1453, under the command of Mahomet II., when Constantine Palæologus, the last Christian emperor, was slain, fighting tumultuously in the streets. He also foretold that Otranto, one of the most important places and keys of the kingdom of Naples, would fall into the hands of the same infidels, three months before Achmat Bacha surprised it on the last day of August, 1480, to the great consternation of Italy and all Europe. But the servant of God promised the Christians, especially the pious John, count of Arena, one of the generals of Ferdinand I., king of Naples, certain success the year following, when they recovered that city, and drove the infidels out of Italy, their victory being facilitated by the death of the Turkish emperor, and a civil war between the two brothers, Bajazet II., and Zizimes. The authentic depositions of many unexceptionable witnesses, given with all the formalities which both the civil and canon law require, prove these and many other illustrious predictions of the holy man, on several public and private occasions, 1 with regard to the kings of Naples, Ferdinand I., and Alphonsus II., and Louisa of Savoy, countess, afterward Dutchess of Angouleme, mother of King Francis I. in France, and many others. Lawrence bishop of Grenoble, of the most noble house of Alemans, in Dauphiné, uncle to the most valiant and pious captain De Bayard, 2 in his letter to Pope Leo X. for the canonization of St. Francis, writes: “Most holy Father, he revealed to me many things which were known only to God and myself.” In 1469, Pope Paul II. sent one of his chamberlains, an ecclesiastic of the noble family of Adorno in Genoa, into Calabria, to inform himself of the truth of the wonderful things that were related of the saint. The chamberlain addressed himself to the vigilant archbishop of Cosenza, who assured him, from his own intimacy with the saint, of his sincere virtue and extraordinary sanctity, and sent one of his ecclesiastics, named Charles Pyrrho, a canon of Cosenza, a man of great learning and probity, to attend him to Paula. This Pyrrho had been himself healed ten years before of a violent tooth-ache by the man of God touching his cheek with his hand, (of which the authentic depositions are extant,) and had from that time frequently visited him. The saint was at work, according to his custom, among the masons who were laying the foundation of his church; but seeing two strangers coming towards him, left his work, and came to meet them. He made them a low obeisance; and when the chamberlain offered to kiss his hand, according to the Italian custom of saluting priests and religious men, he would by no means allow it, and falling on his knees, said he was bound to kiss his hands, which God had consecrated for the thirty years he had said mass. The chamberlain was exceedingly struck at his answer, hearing him, who was an entire stranger to his person, tell him so exactly how long he had been a priest; but concealing himself and his commission, desired to converse with him in his convent. The saint conducted him into a chamber. The chamberlain, who was a very eloquent man, made him a long discourse, in which, to try his virtue, he censured his institute as too austere, spoke much on the illusions and dangers to which extraordinary and miraculous gifts are liable, and exhorted him to walk in ordinary paths, trodden by eminent servants of God. The saint answered his objections with great modesty and humility; but seeing him not yet satisfied, he went to the fire, and taking out some burning coals, held them a considerable time in his hand without receiving any harm, saying: “All creatures obey those who serve God with a perfect heart.”—Which golden words are inserted by Leo X. in the bull of his canonization. The chamberlain returned to Cosenza full of veneration for the holy man, and told both the archbishop and his holiness at his return to Rome, that the sanctity of Francis was greater than his reputation in the world. A youth, nephew to the saint, being dead, his mother, the saint’s own sister, applied to him for comfort, and filled his apartment with lamentations. After the mass and divine office had been said for the repose   of his soul, St. Francis ordered the corpse to be earned from the church into his cell, where he ceased not to pray till, to her great astonishment, he had restored him to life and presented him to her in perfect health. The young man entered his Order, and is the celebrated Nicholas Alesso, who afterward followed his uncle into France, and was famous for sanctity and many great actions. 3

Lewis XI. king of France, a prince perhaps the most absolute, the most tenacious of his authority, jealous of his prerogative, and impatient of control, that ever wore that crown, after an apoplectic fit fell into a lingering decay. 4 Never had any man a stronger passion for life, or a greater dread of the very thoughts of death. Such was his frowardness and impatience, that every one trembled to approach him: nor durst any ask him a favour. He gave his physician ten thousand crowns a month, as long as he should prolong his life, and stood in the greatest awe of him. He shut himself up in his palace or castle of Plessis-les-Tours, near the city of Tours. Jesters, buffoons, and dancers were employed to divert his melancholy and peevishness, but in vain. He ordered prayers, processions, and pilgrimages for his health, and even against the north-wind, which he found injurious to him, and he caused holy relics from the remotest places to be brought to Plessis, into his chamber. His distemper still increasing, he sent an ambassador to our holy hermit in Calabria, begging he would come to see him, and restore his health, making the greatest promises to serve both him and his Order. Hearing that the man of God would not be prevailed on by his promises to comply with his request, he entreated Ferdinand, king of Naples, to send him. Francis answered positively, that he could not tempt God, nor undertake a voyage of a thousand miles to work a miracle, which was asked upon low and merely human motives. Lewis did not yet desist, but desired the pope to interpose in favour of his request. Sixtus IV. by two briefs, commanded Francis immediately to repair to the king. Hereupon the obedient saint, without delay, set out and passed through Naples, where he was exceedingly honoured by King Ferdinand. He took also Rome in his way, where he was treated with the highest distinction by the pope and cardinals. Embarking at Ostia, he landed in France, and cured many sick of the plague, in Provence, as he passed. Lewis, in great joy, gave a purse of ten thousand crowns to him who brought the first news of the Saint’s arrival in his dominions, and sent the dauphin, with the principal lords of his court, to meet him at Amboise, and to conduct him to his palace. The saint arrived at Plessis, on the 24th of April, in 1482. The king went out to meet him, attended with all his court, and falling on his knees, conjured him to obtain of God the prolongation of his life. St. Francis told him, no wise man ought to entertain such a desire. To which he added this useful lesson, that the lives of kings had their appointed limits no less than those of his meanest subjects, that God’s decree was unchangeable, and that there remained nothing to be done but for his majesty to resign himself to the divine will, and prepare for a happy death. The king gave orders that he should be lodged in an apartment in his palace, near the chapel, and assigned him an interpreter. St. Francis often spoke to his majesty both in private and before his courtiers, and always with such wisdom, though a man without learning, that Philip Commines, who frequently heard him, says, that all present were persuaded the Holy Ghost spoke by his mouth. By his prayers and exhortations he effected a perfect change in the king’s heart, who, having recommended to him his three children, and the repose of his soul, died in his arms, perfectly resigned, on the 30th of August, in 1483.

King Charles VIII. honoured the saint even more than his father Lewis had done; would do nothing in the affairs of his conscience, or even in those of the state, without his advice; visited him every day as long as he stayed at Plessis, standing before him as a disciple, and engaged him to stand godfather to his son the dauphin, to whom he gave the name of our saint. He built for him a beautiful convent in the park of Plessis, in a place called Montils: and another at Amboise, and upon the very spot where he met him when he was dauphin: and going to Rome in 1495, where he made a triumphant entry, and was saluted Emperor of Constantinople by Pope Alexander VI., he built there, on Mount Pincio, a stately monastery for this Order, under the name of the Blessed Trinity, in which none but Frenchmen can be admitted. In his reign the saint founded the convent of Nigeon, near Paris, on which occasion two doctors, who had violently opposed the institute before the bishop of Paris, were so moved by the sight of the saint at Plessis, that they entered his Order in 1506. Pope Julius II. again approved the rule, in which the saint had made some alterations. King Charles VIII. dying in 1498, Lewis XII. succeeded him. He at first gave the saint leave to return to Italy; but quickly recalled it, and heaped honours and benefactions on all his relations. St. Francis spent the three last months of his life within his cell, to prepare himself for a happy death, denying himself all communication with mankind, that nothing might divert his thoughts from death and eternity. He fell sick of a fever on Palm-Sunday, in 1506. On Maundy-Thursday he assembled all his religious in the sacristy, and exhorted them to the love of God, charity with one another and with all men, and to a punctual observance of all the duties of their rule. After having made his confession, he communicated barefoot, and with a cord about his neck, which is the custom of his Order. He died on the 2nd of April, in 1508, being ninety-one years old. 5 He was canonized by Leo X. in 1519. His body remained uncorrupted in the church of Plessis-les-Tours, till the year 1562, when the Hugonots broke open the shrine and found it entire, fifty-five years after his death. They dragged it about the streets, and burned it in a fire which they had made with the wood of a great crucifix. 6 Some of his bones were recovered by the Catholics, and are kept in several churches of his Order at Plessis, Nigeon, Paris, Aix, Naples, Paula, and Madrid. In Tours the same Calvinists burned the body of St. Martin, Alcuin, and many others. But Lewis of Bourbon, Duke of Montpensier, governor of Anjou, Touraine, and Maine, a virtuous and valiant prince, soon gave chase to those sacrilegious plunderers, and restored the churches and religious places to their former possessors. 7 St. Francis wrote two rules for his friars, with a Correctorium, or method of enjoining penances, and a third rule for nuns; all approved by Pope Julius II. in 1506.

Vanity and the love of the world make men fond of producing themselves in public, and by having never cultivated an acquaintance with themselves, they shun the very means, look upon retirement as intolerable, and pass their life in wandering always from home, and in a studied series of dissipation, in which they secretly seek the gratification of their vanity, sloth, and other passions, but meet only with emptiness, trouble, and vexation. Man can find happiness only in God and in his own heart. This he flies who cannot bear to   converse with God and his own heart. On the contrary, he who is endued with the spirit of prayer, finds the greatest relish in the interior exercises of compunction and contemplation, and in conversing with heaven. Solitude is his chief delight, and his centre: here he lives sequestered from creatures, and as if there were only God and himself in the world, except that he ceases not to recommend all men to God. In paying the debts of charity, and other exterior duties to his neighbours, his heart is fixed on God, and he has purely his divine will in view; so that, even in his public actions, he deposits his intention and sentiments in the bosom of his God and Redeemer, and has no regard to creatures but as he considers God and his holy will in them. You are dead, says the apostle, 8 and your life is hidden with God in Jesus Christ.

Note 1. See many of these depositions in De Coste, part 2. and Bollandus. 

Note 2. Surnamed Le Chevalier sans peur et sans reproche. 

Note 3. This miracle may be read with a detail of the circumstances in the life of this saint, by F. Giry. Among other testimonies in confirmation of it, Bollandus produces the following extracts.  Ex processu facto in Castellione. SSmo ac Bmo Dno Leoni X. Loysius de Agno, Baro Castellionis, &c. Die 27 Nov. An. 1516. de prodigiis Beati Viri talia quæ subsequuntuur, coram nobis a subinsertis testibus recitata et enarrata fuerunt.

  D. Petrus de Paula, Consentinus, Terræ Castellioni Prætor, retulit quod Nicolaus nepos beati viri fuit ab ipso in Paula resuscitatus; et hoc miraculum est vulgatum in Calabria, et potissimum in Casalibus civitatis Consentinæ.

  Ex processu facto in terra Xiliani. Supplicatur sanctitati vestræ pro parte syndicorum et magistrorum juratorum universitatis, et hujusmodi pertinentiarum turræ Xiliani Diæc. Marthuranæ.—

  After several other miracles, related with the certificates of the witnesses upon oath, is added, n. 88.

  Donna Andiana deponit per dictum sui patris, qualiter pater ejus vidit nepotem Fr. Francisci deportatum ad eum mortuum de duobus diebus, et vidit ipsum resuscitatum in conventu Paterni.

This nephew, Nicholas d’Alesso, was son of Andrew d’Alesso. The author of the life of St. Francis of Paula, who was a religious man of the saint’s own convent, and lived many years with him at Paula, speaks of this miracle as happening before the year 1460. Six other persons are related to have been raised from death by this saint: the authentic proofs of which, and many other miracles, may be seen in the Bollandists, and in De Coste’s life of this saint. 

Note 4. Commines, b. 6. c. 7, 8. 12. Mezeray, &c. 

Note 5. F. Papebroke wrote, that St. Francis was born only in 1438, and died sixty-nine years old; but retracted this mistake after he had seen the dissertation of F. Giry. 

Note 6. Baillet; Helyot, Hist. des Ord. Relig. Le Fevre; the Contin. of Fleury; Croisset. 

Note 7. See the verbal process and informations relating to the sacrileges committed in pillaging this church and convent in Plessis, taken in the presidial court of Tours, in 1562 and 1565, in De Coste, p. 482. His rich tomb, though empty, is shown in the church of his great convent at Plessis-les-Tours, a mile from the city of Tours. The church and convent are also stripped by several accidents of a great part of their rich ornaments and plate. Very near, the favourite place of Lewis XI. is still standing, though in a decaying condition. 

Note 8. Colos. iii. 8.


Francis of Paola, O. Min., Hermit (RM)


Born in Paola, Calabria, Italy, in 1416; died at Plessis-les-Tours, France, on April 2, 1507; canonized in 1519.


Francis's parents were of modest means and very devout. They were childless after many years of married life and prayed earnestly for a son. When God granted their prayer, they named the child after Saint Francis of Assisi, who was their special intercessor.

At 13, he joined the Franciscans at San Marco. There he was taught to read and learned to live austerely, which he did for the rest of his life. At 14, he accompanied his parents on a pilgrimage to Assisi and Rome. When they returned, he retired for a time to a place about a half mile from the town, and later, at age 15, to a more solitary place by the sea, where he lived in a cave as a hermit.

He was eventually joined by two other men (1436). Neighbors built them three cells and a chapel, where they sang the divine praises and where Mass was said for them by a priest from a nearby church. The foundation of his order in 1452 is said to have been called the Minimi fratres ('least brothers'), who accounted themselves least in the service of God. Their rule of life was notably austere.

About 17 years later, a church and monastery were built for them by the people of the area who had grown to love them, under the sanction of the archbishop of Cosenza. Francis maintained a regular discipline in the community. His bed was on a plank or the ground, with a log or stone for a pillow. He did not allow himself a mat until he was quite old. Charity was the motto he espoused, and humility was the virtue he urged his followers to seek. He asked that they observe a perpetual Lent, abstaining from meat, eggs, and dairy products.

The order received the approval of Pope Sixtus IV in 1474. The rule Francis wrote emphasized penance, charity, and humility. In addition to the three monastic vows he added one of fasting and abstention from meat. The friars were then called the Hermits of Saint Francis of Assisi (until the name was changed to Minim Friars in 1492), and they were composed of uneducated men with one priest. Francis also penned a rule for tertiaries and nuns.

If you read the long testimonies of the healed and the witnesses in the Acta Sanctorum, you would understand how Francis came by this reputation as a miracle-worker, and for other spiritual powers, especially his gifts of reading minds and prophecy.

Francis attained such fame as a worker of miracles that, in 1481, the dying King Louis XI of France sent for Francis, wishing the hermit to heal him, and promising to assist the order. Francis declined the invitation, but Louis appealed to Pope Sixtus IV, who ordered Francis to go. The king sent the dauphin to escort him to Plessis-les-Tours. When Louis fell on his knees before Francis and begged him to heal him, Francis told him that the lives of kings are in the hands of God and that Louis should pray to God.

The king and Francis had many discussions, and although Francis was an uneducated man, Philip de Commines, who was often present, wrote that he was so wise that hearers were convinced that the Holy Spirit spoke through him. He brought about a change of heart in the king, and Louis died, comforted, in his arms.

For a time he was tutor to Charles VIII, who respected Francis as his father had, and asked his advice on spiritual and state matters. Francis is credited with helping to restore peace between France and Brittany, and between France and Spain.

Charles built a monastery for Francis and his followers in the park of Plessis and another at Amboise, on the spot where they had first met. In Rome, he built the monastery at Santa Trinità del Monte on the Pincian Hill, to which only French Minims were admitted.

From the French court the renown of the saint spread to Germany and to Spain. The Emperor Maximilian and Ferdinand the Catholic founded new monasteries for him in their domains.

But Francis was so beloved that the French kings would not allow him to leave, and thus he spent the last 25 years of his life in France. He became famous for prophecies and miracles. He spent the last three months of his life in solitude in his cell, preparing himself for death.

On Palm Sunday, he became ill, and on Maundy Thursday, he assembled his brethren and urged them to love God, to be charitable, and to strictly observe the duties of their rule. He received the sacraments barefoot with a rope around his neck, according to the custom of the order, and died the following day.

As a witness at the canonization proceedings, "the worthy Jean Bourdichon, painter and chamberlain to our lord the king," testified that he had gone to the monastery of the Minimi after the death of Brother Francis and, in order to paint a likeness after the actual visage, had made a mold and cast of the face.

The saint died on the morning of Good Friday at ten and the burial took place on the morning of Easter Monday. Regarding the funeral, Bourdichon says that a vast crowd of believers assembled and went home gladdened and greatly consoled by the sight of the deceased.

The same witness further testified that since the body was interred in a spot very frequently flooded by the nearby river, the brothers decided, on the advice of the princess, in order that it should not decay more quickly than it need, to disinter him and to rebury him in a stone sarcophagus in a higher grave. This took place 12 days after the funeral.

The witness was present when the corpse was taken out of the earth and laid in the sarcophagus. He saw the face as sound, unravaged, and without trace of dissolution as it was before interment. He knew this, because he purposely laid his face against that of the dead, in order to detect decomposition by the sense of smell.

He regarded the absence of decomposition as a miracle. He deposed further that he made another mask to enable him to make a more accurate and better painting. Asked whether, after the brother's death, the body had been eviscerated or opened, he declared that he knew nothing about this. The next witness said such proceedings had not taken place. As late as 1527, the corpse was still completely unchanged. Later it was burned by the Huguenots (Attwater, Benedictines, Delaney, Encyclopedia, Gill, Schamoni, Walsh, White).

In art, dressed as a venerable friar, Saint Francis's emblem is the word Caritas in a circle of rays. At times he may be portrayed (1) standing on his cloak in the sea (a story told of several saints) (Roeder, White); (2) levitated above the crowd; kneeling in ecstasy with staff and book; (3) with the scourge and a skull (Roeder).

Saint Francis is the patron saint of sailors, naval officers, navigators, and all people associated with the sea. This patronage originated from an incident that was said to have occurred in 1464. Francis wished to cross the Straits of Messina to Sicily but was refused a boat. He lay his cloak on the sea, tying one end to his staff to make a sail, then sailed across with his companions (White). He is also invoked against plague and sterility (Roeder).