mercredi 18 avril 2012

Bienheureuse MARIE DE L'INCARNATION (Barbe Acarie), carmélite


Bienheureuse Marie de l'Incarnation

Barbe Avrillot, mère de famille très pieuse aida à l'établissement du Carmel en France, où elle entra, une fois veuve, sous le nom de Marie de l'Incarnation. Elle fonda encore cinq autres maisons. Elle mourut en 1618.

SOURCE : http://www.paroisse-saint-aygulf.fr/index.php/prieres-et-liturgie/saints-par-mois/icalrepeat.detail/2015/04/18/6235/-/bienheureuse-marie-de-l-incarnation

Madame Acarie

Bienheureuse Marie de l'Incarnation

1566-1618

Barbe Avrillot, surnommée dans sa jeunesse « la belle Acarie », était l'épouse de Pierre Acarie, un notable français, membre du parti Ligueur. En 1601, elle se fit lire les oeuvres de sainte Thérèse puis, avec le concours de plusieurs ecclésiastiques, elle introduisit en France les Carmélites déchaussées. Elle accueillit à Paris six carmélites espagnoles, dont Anne de Jésus et Anne de Saint-Barthélemy. Madame Acarie coopéra aussi à la fondation des Carmels de Pontoise, Dijon, Amiens, tout en restant fidèle à ses devoirs d'épouse et de mère. Veuve en 1613, elle rejoignit les carmélites d'Amiens et prit le nom de Marie de l'Incarnation. Soeur de voile blanc, elle refusa d'être nommée prieure en 1616 et endura l'incompréhension de sa supérieure. Transférée à Pontoise l'année suivante, elle y mourut peu de temps après. Elle est considérée comme la fondatrice du Carmel réformé de France. Béatifiée en 1791. Fête liturgique le 18 avril.Barbe Avrillot naît à Paris le 1er février 1566. Son père, Nicolas Avrillot, était chancelier de la reine Marguerite de Navarre et financier de la Chambre de Paris. Sa mère, Marie Luillier, était elle aussi issue d’une bonne famille parisienne. Elle semble toutefois avoir été une femme plutôt rude, parfois même violente. La famille était très catholique, très royaliste et très riche. Étant enfant, elle reçoit toutefois une bonne éducation chrétienne et une solide instruction. A 11 ans, elle est placée à l’Abbaye de Longchamps, avec sa tante religieuse, pour y poursuivre ses études. En classe, elle se montre d’une intelligence vive et gaie. Mais comme Barbe commence à ressentir l’attrait pour la vie monastique, sa mère la retire de Longchamps. Marie Luillier est déterminée à ce que son unique enfant se marie, qu’elle le veuille ou non.

Le 24 août 1582, à 16 ans et demie, Barbe épouse Pierre Acarie, honnête homme riche et pieux, mais au caractère impétueux, intimidant, indolant, taquin, passant du gros rire à la colère avec une rapidité déconcertante.

Barbe devient connue et estimée dans la société parisienne en dépit des infortunes de son mari. Elle donne naissance à 3 garçons et 3 filles et les élève avec beaucoup de soin, de tendresse et de fermeté. Elle est une femme très avisée et ordonnée à la tête de sa grande maisonnée et gère ses biens avec sagesse. Ceci s’avère précieux au moment où sa famille traverse des moments difficiles lorsque son mari et son père partent tous deux en exil.

Jeune, elle avait pris plaisir à la lecture des romans. Son mari la découvrant absorbée dans une telle lecture s’en irrite et lui apporte une pile de livres pieux. Une phrase de l’un de ces livres : « Trop avide est la personne pour qui Dieu ne suffit pas » lui retourne le cœur et a l’effet d’un coup de foudre. L’effet la transforme et est durable. C’est le début d’une emprise divine extraordinaire.

Vers 1588 (Barbe a 22 ans et a déjà mis au monde 3 enfants), elle a la première de ses extases. Les extases se multiplient et sont généralement accompagnées de souffrances aigues et, par la suite, de stigmates cachées. Elle n’y comprend rien et souffre un martyr intérieur jusqu’à ce qu’elle trouve enfin des guides éclairés. En 1592, le capucin Benoît de Canfeld et le chartreux Richard Beaucousin la rassurent : cette action vient de Dieu! Pendant cette période déroutante de sa vie elle donne naissance à 3 autres enfants. Barbe peut tomber en extase à tout moment et il semble que ses enfants y deviennent parfaitement habitués! Mais c’est en vain qu’elle essaie d’empêcher ces phénomènes mystiques.

En même temps que Barbe fait l’expérience de Dieu d’une manière nouvelle, elle élève sa famille, veille sur le patrimoine et a de multiples obligations sociales. Femme d’influence dans un milieu en vue, appartenant à la haute société parisienne par sa naissance, ses alliances, sa fortune; elle est tenue en haute estime dans les cercles du pouvoir, à la Cour, et jusque par les souverains, grâce à son seul rayonnement humain et spirituel. Secourable à toutes les détresses, on vient la consulter de toute part, attiré par sa prudence et ses lumières surnaturelles. Madame Acarie, après avoir donné son temps à Dieu et aux siens, en trouve encore pour soigner dans les hôpitaux les blessés et les malades pauvres, assister les mourants, aider beaucoup de femmes en difficulté, particulièrement les prostituées, donner du travail aux chômeurs en temps de famine, être d’une grande sollicitude envers son personnel, aider de ses biens les ecclésiastiques et les églises pauvres, faisant preuve ainsi d’un rare talent d’organisation et d’efficacité!

De plus en plus la maison Acarie devient le lieu de réunion de discussions sur la vie spirituelle. Religieux et laïcs s’y rencontrent. Barbe a aussi une influence considérable sur certaines communautés religieuses et se trouve impliquée dans la réforme de certaines de ces communautés.

En 1601, « la Belle Acarie » comme on la surnomme souvent, se fait lire (sans grand enthousiasme) les œuvres de Thérèse d’Avila (1515-1582) : Vie de la Mère Thérèse, fondatrice, Traité du Château ou les Demeures de l’âme et le Chemin de la Perfection. Au début de 1602, François de Sales fait sa connaissance, à Paris. Sept mois durant, leurs rencontres sont nombreuses. Il en naît une amitié spirituelle qui, fait remarquable, s’étend aux six enfants de Madame Acarie.

A la suite de deux apparitions de Thérèse d’Avila durant les années 1601 et 1602, la sainte d’Avila lui demande expressément d’introduire son Ordre en France. Barbe en est étonnée et troublée. Elle en parle à Madame de Longueville et à Madame d’Estouteville, qui approuvent, à sa grande surprise, ce projet de fondation. Avec l’accord de ses conseillers spirituels et l’aide de tous ses amis, en particulier François de Sales, Madame de Longueville et Monsieur de Bérulle, Madame Acarie met tout en œuvre pour réaliser la fondation d’un carmel réformé à Paris.

On demande les constitutions et on va quérir en Espagne des filles de sainte Thérèse, capables de transmettre son esprit aux Françaises ; à défaut de Carmes déchaux, des supérieurs sont choisis parmi les intimes de Madame Acarie : Duval, Gallemant et Bérulle. Le Saint-Siège ayant approuvé le projet, on se met à aménager le futur monastère. Depuis quelque temps déjà, Madame Acarie formait, chez-elle, des jeunes filles à la vie religieuse. Seules manquaient les moniales espagnoles. Il faut toute la diplomatie de Bérulle et un bref du Saint-Siège pour les obtenir du Provincial récalcitrant. Parmi elles se trouvent Anne de Jésus, fille très aimée de la Mère Thérèse, et Anne de Saint-Barthélemy, la compagne inséparable de ses dernièresannées. Le 18 octobre 1604, c’est chose faite, le premier carmel thérésien français est fondé à Paris.

Tout en continuant son soutien aux Carmélites, Madame Acarie aide Madame de Sainte-Beuve à la fondation des Ursulines, en France, destinées à l’éducation des jeunes filles. Elle contribue aussi à la fondation de l’Oratoire en décidant Monsieur de Bérulle à tenter l’entreprise et c’est d’après ses avis qu’il établit sa congrégation.

Le 17 novembre 1613, Pierre Acarie meurt, soigné jusqu’au dernier moment par sa femme avec le plus complet dévouement. Barbe Acarie est maintenant libre. Ses enfants ont trouvé leur propre chemin : Nicolas, son aîné, étudie le droit et se marie à l’âge de 22 ans. Pierre, le second fils, entre chez les Jésuites qu’il quitte finalement pour entrer dans le clergé séculier de Rouen, tandis que le plus jeune, Jean, après un essai de vie religieuse se fait soldat en Allemagne et y trouve son épouse. Quant aux trois filles Marie, Marguerite et Geneviève elles entrent toutes les trois au Carmel ! Le moment est arrivé pour Barbe d’embrasser la vie monastique qu’elle a désirée depuis son enfance.

En février 1614, la célèbre Madame Acarie, si connue à Paris, à la Cour comme à la ville, va se cacher au carmel d’Amiens en y sollicitant son entrée comme sœur converse. Au Carmel, elle veut être la dernière de toutes et servir ses sœurs. Elle prend le nom de soeur Marie de l’Incarnation. A sa propre demande, elle travaille à la cuisine. Pendant cinq années, l’humble sœur converse continue à édifier par son humilité, son obéissance et l’ardeur de sa charité soutenue par son union à Dieu qui rayonne de toute part. Les épreuves morales et physiques ne lui manquent pas. Le 7 décembre 1616, elle est transférée au carmel de Pontoise où là aussi elle veut être « la dernière et la plus pauvre de toutes ».

L’humilité est pour sœur Marie de l’Incarnation ce que Dame pauvreté est pour saint François d’Assisse. Son nom de carmélite la rattache au mystère de l’Incarnation du Verbe. Attachement à Jésus, Fils de Dieu incarné en homme vulnérable, attachement à la naissance de Jésus « tout petit », à son enfance cachée et à sa Croix, à ses souffrances comme Sauveur de l’humanité.

Sœur Marie de l’Incarnation tombe malade le 7 février 1618 : symptômes d’apoplexie et de paralysie. Elle meurt au carmel de Pontoise dans de grandes souffrances, le 18 avril 1618, à l’âge de 52 ans, très aimée de ses enfants, de ses sœurs carmélites et de ses amis. Quand la nouvelle de sa mort se répand dans la ville, on n’entend qu’un cri : « La sainte est morte! » Les miracles se multiplient à son tombeau. Le 24 août 1792, Pie VI la proclame bienheureuse. Elle continue à être encore invoquée aujourd’hui tout spécialement lors des grossesses difficiles.

En Bref :

La vie et le message de Barbe Avrillot, devenue Madame Acarie puis sœur Marie de l’Incarnation, sont loin d’être banals. Femme dans le monde, mariée, mère de 6 enfants, introductrice du Carmel réformé en France, veuve appelée par Dieu à devenir sœur converse au Carmel et aujourd’hui « bienheureuse », elle laisse derrière elle une trace vivante et lumineuse qu’elle a voulu pourtant humble et silencieuse. Elle nous dit par ses trente-deux années de mariage que la vie mystique la plus élevée n’est incompatible avec aucune obligation de la vie familiale et sociale. Et par ses cinq années de vie au Carmel, que Dieu nous conduit par les voies les meilleures là où Il nous attend !

Naissance : 1er février 1566

Mariage : 24 août 1582

Conversion et premières extases : vers 1588

Introduction du 1er Carmel réformé en France : 18 octobre 1604

Entrée au Carmel : février 1614

Mort : 18 avril 1618

SOURCE : http://www.lecarmel.org/saints/bienheureux-bienheureuses/marieincarnation.php

Statue et reliquaire de Barbe Acarie (Soeur Marie de l'Incarnation). 
Chapelle du Carmel de Pontoise.
Bienheureuse Marie de l'Incarnation



Barbe Avrillot naquit à Paris, le 1° Février 1556[1], de Marie Lhuillier et de Nicolas Avrillot, seigneur de Champlâtreux, conseiller-maître ordinaire des comptes de la Chambre de Paris et chancelier de la reine Marguerite de Navarre ; il descendait de Jacques Cœur. Elevée dans une famille riche, catholique et royaliste, Barbe reçut une forte éducation chrétienne[2] et une bonne instruction. A onze ans, elle fut placée à l’abbaye de Longchamp[3] pour y continuer ses études, sous la direction d’une de ses tantes qui y était religieuse et où elle reçut sa première communion à douze ans. Intelligente, vive et gaie, Barbe ressentait de l’attrait pour la vie monastique, mais ses parents qui avaient pour elle d’autres projet, la retirèrent de Longchamp dès 1580. Rentrée dans le monde, elle n’en continua pas moins ses habitudes de piété et conçut le projet d’entrer chez les Augustines de l’Hôtel-Dieu pour servir les malades ; projet que sa mère combattit sévèrement.


Pour obéir à ses parents, elle épousa (24 août 1582) en l’église Saint-Merry, Jean-Pierre Acarie, vicomte de Villemore et conseiller-maître ordinaire des comptes de la Chambre de Paris, parfait honnête homme, à la fois très riche et très pieux. En même temps qu’elle menait une vie brillante dans le monde où on l’appelait la belle Acarie, dans son particulier, épouse heureuse et comblée, elle restait fidèle à sa vie de piété qu’elle paertageait avec sa femme de chambre, Andrée Levoix, qui sera la première carmélite française. Affable et gracieuse, épouse modèle d’un excellent mari, encore que d’humeur contrariante, elle en eut trois garçons et deux filles. Maîtresse de maison accomplie, elle se livrait aussi à des œuvres multiples et vraiment remarquables. Le rayonnement de l’Hôtel Acarie[4] fut grand et l’influence de la belle Acarie, dépassant le cercle de sa famille et de ses relations, s’étendit à la Cour, au Clergé ; on venait la consulter, attiré par sa prudence et ses lumières surnaturelles ; elle avait « en un degré hautement sublime ce qu’on appelle le discernement des esprits.[5] » Des hommes éminents la consultaient dans des cas difficiles. Sa vie intérieure était intense.

Jeune, elle avait pris plaisir à la lecture des romans, mais un jour la sentence : « Trop est avare à qui Dieu ne suffit » fut un trait qui la transforma pour ne plus s’effacer, et ce fut le début d’une emprise divine extraordinaire. Les extases se multiplièrent ; elle ne les comprit d’abord pas et souffrit un martyre intérieur, jusqu’à ce qu’elle trouvât enfin (1592) des guides éclairés, comme le capucin Benoît de Canfeld et le chartreux Richard Beaucousin, qui la rassurèrent, voyant en elle l’action de Dieu.

Cette haute oraison, loin de la détourner de son devoir d’état, l’aidait à être une « femme forte », admirable dans les circonstances les plus difficiles. Son mari, ligueur opposé à l’accession au trône du roi protestant Henri IV, fut condamné à l’exil et dépouillé de ses biens (1594)[6]. Barbe Acarie, par son énergie, sa sagacité, ses labeurs retrouva en partie le patrimoine confisqué[7]. Non moins héroïque dans les maladies, toujours sereine parce que toujours unie à Dieu, elle étonnait par sa patience et son amour des souffrances. Une jambe brisée par trois fois la laissa toujours infirme, sans ralentir son activité apostolique. On a pu dire que « de son temps, il ne se faisait rien de notable pour la gloire de Dieu qu’on ne lui en parlât ou qu’on en prît son avis.[8] »

Marie de Médicis se fût volontiers mise en quelque sorte sous sa direction, si Mme Acarie ne se fût dérobée à cet honneur avec autant de soin qu'une autre eût mis à l'obtenir. La marquise de Maignelay et la marquise de Bréauté, toutes deux si célèbres dans la société du temps, devinrent ses amies intimes qui allaient à la rue des Juifs pour la voir et écouter ses avis. Saint François de Sales, M. de Genève, comme on disait, était lors de ses séjours à Paris, l'hôte assidu de l'Hôtel Acarie et, plus tard, saint Vincent de Paul y trouva aussi appui et lumière.

On avait, en 1601, publié la vie de sainte Thérèse d’Avila par le jésuite Francesco de Ribera, traduite par Jean de Brétigny[9], qui avait produit beaucoup d'impression parmi les personnes pieuses. Madame Acarie lut l'ouvrage et en fut très frappée, sans avoir seulement la pensée tout d'abord qu'elle put être appelée à contribuer à introduire l'ordre du Carmel réformé en France, mais comme il arrive souvent en pareil cas, ce fut celle qui par sa position dans le monde y semblait le moins destinée que Dieu choisit pour être l'instrument de ses desseins. Madame Acarie, avertie par une vision où sainte Thérèse lui apparut pour lui expliquer la mission qu'elle allait avoir à remplir, commença d'abord par essayer de se dérober. Elle consulta les plus habiles théologiens de l'époque, qui eux aussi lui conseillèrent de « s'ôter cela de l'esprit » les temps n’étant pas favorables pour une fondation de cette nature.

Quelques mois plus tard, elle eut une nouvelle apparition de la sainte qui lui ordonnait de fonder le Carmel en France. Etonnée et troublée, elle parla, comme malgré elle, de ces visions et du projet à deux princesses de la maison d'Orléans-Longueville[10], Madame de Longueville[11] et Madame d'Estouteville[12] qu'elle allait solliciter pour une bonne œuvre. Au lieu du refus auquel elle s'attendait, elle vit à sa grande surprise le projet approuvé et chaleureusement adopté par les deux princesses qui se chargent d'aller elles-mêmes solliciter la permission du Roi, alors que tout semblait la devoir faire refuser.

Confondus de ces faciles débuts, Madame Acarie et ses directeurs y virent une marque incontestable de la volonté divine et se mirent avec ardeur à en réaliser l'exécution. Michel de Marillac, le futur chancelier de France[13], lui aussi poussé par une inspiration intérieure, vint de lui-même se mettre à la disposition de ceux qui travaillaient à l’entreprise et devint leur plus utile et plus actif collaborateur.

Plusieurs réunions eurent lieu auxquelles prit part saint François de Sales. La princesse de Longueville, de son côté, obtint du roi, après quelque résistance, l'autorisation de fonder dans le royaume des monastères de carmélites réformées, suivant la règle de sainte Thérèse[14]. L'emplacement pour le nouveau couvent fut vite trouvé à l'extrémité de la rue Saint-Jacques et l'on se mit de suite, une fois les obstacles levés grâce à l'activité et à la persévérante énergie de Madame Acarie, à construire le monastère qui devrait devenir si célèbre dans l'histoire religieuse de cette époque. Madame Acarie surveillait elle-même avec le plus grand soin la construction des bâtiments, pendant qu'elle réunissait autour d'elle un groupe de personnes pieuses désireuses d'entrer dans l'ordre que l'on établissait et s'appliquait à les former à la vie religieuse, à celle de carmélite en particulier d’après les écrits de sainte Thérèse et les constitution du Carmel.

Elle gardait les aspirantes dans sa demeure, mais voyant vite qu'il était impossible de faire marcher de front la conduite de sa maison et cette espèce de noviciat sans qu'il en résultât des inconvénients, Madame Acarie établit la petite communauté dans une modeste maison, située place Sainte-Geneviève et achetée par Madame de Longueville[15]. C'est là que se formèrent sous ses yeux les premiers sujets de l’ordre du Carmel en France. Le 3 novembre 1603, Clément VII, à la demande de M. de Santeuil, secrétaire du Roi et envoyé à Rome, accordait la bulle d'institution et rien ne s'opposait plus à la fondation.

Cependant le secours qu'on avait sollicité et espéré d'Espagne n’arrivait pas et les carmes espagnols se refusaient obstinement à envoyer des religieuses formées par sainte Thérèse pour aider à la création du Carmel en France. Eclairée par une des novices de sa petite congrégation, qui s'offrit à aller elle-même en Espagne chercher des carmélites espagnoles, elle fit décider que trois envoyés, dont l'un devait être M. de Bérulle[16], iraient en Espagne pour essayer d'en ramener quelques religieuses professes formées par la sainte elle-même et pouvant ainsi transmettre son esprit et ses enseignements. Ces voyageurs d'un nouveau genre partirent en effet peu après, munis de lettres de recommandation du roi Henri IV qui, revenu de sa première impression, désirait très vivement la réussite de l'entreprise comme devant resserrer les liens qu'il voulait retablir entre les deux pays.

D'abord fort mal reçue, la délégation mena la campagne avec une vivacité toute nationale et, après mille péripéties, finirent par ramener, comme en triomphe, six carmélites espagnoles d'une vertu éprouvée dont deux, la Mère Anne de Jésus et la Mère Anne de Saint-Barthélemy, avaient été formées par sainte Thérèse elle-même[17]. Le 17 octobre 1604, la petite caravane arrivait à Paris où sa venue fut une sorte d'événement. L'œuvre était fondée et lorsque la mère Anne de Jésus entonna le psaume « Laudate Dominum » en entrant dans l'église de ce qui devait être le grand couvent de la rue Saint-Jacques, Madame Acarie dut sentir son cœur se fondre de joie et de reconnaissance, car c’était bien à elle, à son invincible confiance en Dieu, qu'était dû le succès d'une entreprise qui avait semblé si diflicile à mener à bien. Pour apprécier à sa valeur l'œuvre de Madame Acarie, il faut lire dans les mémoires du temps le rôle joué par le Carmel dans la vie religieuse et morale du XVII° siècle.

Tant que Madame Acarie fut retenue dans le monde, elle ne cessa pas de s'occuper et de s'intéresser à ses chères carmélites[18] sans cependant s'absorber dans cette unique préoccupation, car elle aida beaucoup Madame de Sainte-Beuve à fonder en France les ursulines destinées à l'éducation des jeunes filles.

Elle continua cependant jusqu'à la fin à diriger avec le plus grand soin la maison de son mari, à le soigner et à supporter, sans jamais se plaindre, les taquineries ou les incartades que, l’âge venant, il lui prodiguait. Ses trois filles furent élevées par cette mère incomparable avec autant de tendresse que de fermeté. Elles se donnèrent l'une après l'autre, sans y être aucunement poussées, à cet ordre du Carmel que leur mère venait d'introduire en France. L'une d'elles fut la célébre Mère Marguerite du Saint-Sacrement qui tint une si grande place dans l'histoire religieuse d'alors. Des trois fils de Madame Acarie, l'un fut magistrat et se maria, le second se fit prêtre et le troisième après une courte velléité de vie religieuse devint soldat et se maria. Madame Acarie contribua également beaucoup à la fondation de l'Oratoire en décidant M. de Bérulle à tenter l'entreprise et ce fut d'après ses avis qu'il établit cette célèbre congrégation.

Le 17 novembre 1613, M. Acarie mourut, soigné jusqu'au dernier moment par sa femme avec le plus complet dévouement. Bien qu'elle eût près de cinquante ans et que sa santé fût des plus précaires, Madame Acarie, se voyant libre, sollicita humblement la grâce d'être admise dans l'ordre du Carmel comme sœur converse et d'étre placée dans un des plus pauvres monastères de l'ordre, qui s’étaient multipliés avec une grande rapidité. La demande fut agreée par les supérieures et la célèbre Madame Acarie, si connue à Paris, à la Cour comme à la ville, alla se cacher comme sœur converse dans l'ordre du Carmel où elle prit le nom de sœur Marie de l'Incarnation[19]. Pendant cinq années, l'humble sœur converse continua à prodiguer derrière les grilles du cloître les admirables exemples qu'elle avait donnés dans le monde et elle édifia toutes ses compagnes par son humilité, son zèle pour l'accomplissement de la règle et l'ardeur de sa charité, de son amour pour ce Dieu qu'elle avait toujours si fidèlement servi et si ardemment aimé. Transférée au carmel de Pontoise le 7 Décembre 1616, elle ne voulut être que « la dernière et la plus pauvre de toutes ». Ses sœurs admiraient son obéissance et sa charité, tandis que son union à Dieu consommée transparaissait en tout son être.

« Elle tomba malade le 7 février 1618 ; les symptômes de l’apoplexie et de la paralysie se déclarèrent, et elle ne tarda pas à éprouver des convulsions : elle souffrait extrêmement. On lui administra le saint Viatique, mais on crut devoir différer l’Extrême-Onction. Parfois elle semblait perdue dans les abîmes de l’amour divin et paraissait insensible à tout, ne répétant alors que des mots : ‘ Quelle miséricorde, Seigneur ! Quelle bonté à l’égard d’une pauvre créature ! ’ Elle récitait souvent, pendant sa maladie, le vingt-et-unième et le cent unième psaume, qui décrivent d’une manière si sublime et si pathétique les souffrances de Notre Seigneur dans la Passion. La prieure lui ayant demandé de bénir toutes les religieuses, elle leva les mains au ciel en disant : ‘ O Seigneur, je vous supplie de ma pardonner tous les mauvais exemples que j’ai donnés ! ’ Puis, bénissant la communauté, elle dit : ‘ S’il plaît à Dieu tout-puissant de m’admettre au bonheur éternel, je le prierais de vous accorder que les desseins de son Fils s’accomplissent sur chacune de vous. '

Sa dernière heure approchait, ses souffrances devinrent encore plus vives, et étaient sans interruption ; mais sa patience n’en fut point altérée. Le médecin lui faisant observer que ses douleurs devaient être très violentes, ‘ elles le sont, en effet, répondit-elle, mais quand nous comprenons que nous souffrons sous la main de Dieu, cette réflexion allège nos souffrances. ’ Le jeudi saint, 12 avril, on lui apporta le Viatique. Le samedi saint elle se leva encore et entendit la messe. Le jour de Pâques, à trois heures du matin, elle reçut la sainte communion, et mourut le 18 Avril[20], pendant que M. du Val, directeur de la maison, lui administrait l’Extrême-Onction. Le médecin faisant observer qu’elle n’était plus, M. du Val s’arrêta, et, avant de réciter le ‘ Subvenite ’, prière pour l’ême qui vient de sortir de ce monde, il se tournba vers la communauté et dit : ‘ A l’instant où je parle, la défunte jouit déjà de la vue de Dieu. » Elle avait cinquante-deux ans.

Son corps fut enterré dans un des côtés du cloître du monastère de Pontoise et y demeura jusqu’en 1643 où il fut transféré dans un mausolée construit à l’intérieur de l’église. En 1792, le corps fut confié à un ami de l’ordre, M. de Monthiers, qui le cacha et qui le rendit, quand les carmélites purent retourner dans leur couvent (23 septembre 1822)[21].

Les miracles se multiplièrent à son tombeau. A la demande de son fils aîné, grand vicaire de Rouen, dès 1622 les enquêtes juridiques sont ouvertes Plusieurs fois interrompue, puis reprise, la cause n'aboutit qu'à la fin du XVIII° siècle, sur les instances de Madame Louise de France. Le 24 août 1791, le pape Pie VI mettait par un décret solennel Madame Acarie au nombre des bienheureux sous le nom de la bienheureuse Marie de l'Incarnation, et le 5 juin de cette même année la cérémonie de la béatification avait lieu dans la basilique de Saint-Pierre.

Marie de l’Incarnation écrivit « une infinité de lettres[22] » fort peu sont connues ; elle composa un traité sur « la vie intérieure », mais elle le brûla. Ses biographes ont recueilli avec soin les textes qui purent être sauvés : quelques lettres et un petit traité spirituel, « Les vrays exercices de la bienheureuse Marie de l’Incarnation, composez par elle-mesme. Très propres à toutes âmes qui désirent ensuyvre sa bonne vie »

[1] Elle fut baptisée le 2 février 1566 en l’église paroissiale Saint-Merry.

[2] Selon les usages du temps, elle reçut la Confirmation à sept ans.

[3] Le monastère de Longchamp fut fondé, vers 1255, par la bienheureuse Isabelle de France, sœur du saint roi Louis IX, sur des terres données par lui dans la forêt du Rouvray, aux limites de l'actuel hippodrome parisien, où subsiste encore une reconstruction moderne de l'ancien moulin de Longchamp (aujourd'hui sur la commune de Boulogne-Billancourt). Il fut confié, le 23 juin 1260, à des clarisses venues de Reims, mais qui adoptèrent une régle révisée par les maîtres franciscains de l'Université de Paris, notamment par saint Bonaventure, et approuvée successivement par Alexandre IV et surtout Urbain IV, le 27 juillet 1263, d'où le nom d'urbanistes qui fut donné aux maisons qui la reçurent. La maison de Longchamp était placée, quant à elle, sous le titre de l'Humilité Notre-Dame, ou monastère des Humiliées Notre-Dame.

Jusqu'au XV° siècle il semble qu'on y ait vécu d'une manière fort régulière, mais avec les troubles de la Réforme, la commende, le mode de recrutement, la proximité de la capitale qui multipliait les allées et venues, la discipline s'y relâcha. Une première restauration fut entreprise par le cardinal Jean du Bellay.

[4] L’Hôtel Acarie se trouvait rue des Juifs (au n° 11 de l’actuelle rue Ferdinand-Duval), entre la rue des Juifs et la rue des Ecouffes

[5] André du Val : « La vie admirable de la servante de Dieu, sœur Marie de l’Incarnation, connue dans le monde sous le nom de Mlle. Acarie (Paris, 1621).

[6] Pierre Acarie fut en effet du conseil des Seize, puis de celui des Quarante et s'endetta pour le parti jusqu'à compromettre sa fortune. Nicolas Avrillot, le père de Madame Acarie, s'y ruina presque complètement.

[7] Ce fut à la dévote madame Acarie de remettre l'ordre dans les affaires et à réparer les ruines, car son mari et son père furent bannis après le triomphe de la cause royale. Aussi courageuse qu'intelligente, elle se mit à l'œuvre et entreprit de sauver ce qu'elle pourrait du naufrage. Avec une capacité pratique remarquable chez une personne qui semblait absorbée dans la vie mystique, elle réussit vite à remettre l'ordre dans les affaires que son mari laissait si compromises, à payer les créanciers et en un temps relativement court, à éclaircir une situation plus embrouillée que désespérée. La netteté et la décision avec lesquelles tout fut mené frappèrent ses contemporains et attirèrent à Madame Acarie une réputation d'habileté à laquelle elle ne semblait pas destinée. Grâce à la considération qu'elle sut ainsi mériter jusqu'à la Cour, elle put obtenir après dix-huit mois d'éloignement, la permission pour son mari de rentrer à Paris dans sa maison de la rue des Juifs d'où elle n'était sortie que peu de temps. La façon dont Mme Acarie avait su rétablir les affaires de son mari fit même du bruit dans Paris et il fut bientôt à la mode de la connaître. Le roi Henri IV, toujours à l'affut des gens d'esprit, la vit plusieurs fois et s'en montra enchanté.

[8] André du Val : « La vie admirable de la servante de Dieu, sœur Marie de l’Incarnation, connue dans le monde sous le nom de Mlle. Acarie (Paris, 1621).

[9] Jean de Quintanadoine, sieur de Brétigny, petit-fils de Jean de Quintanaduenas qui, vers 1510, était venu de Séville en Normandie, avait rencontré le Carmel lors d’un voyage à Séville (1582). Il prit part à la fondation des Carmels de Paris, de Pontoise, de Dijon, de Rouen, de Besançon et de Beaune. C’est lui qui, en 1607, conduisit les premières carmélites à Bruxelles où le nonce le nomma supérieur des Carmels belges (Bruxelles, Louvain et Mons). Il mourut à Rouen lez 8 juillet 1634. Son cœur fut donné aux Carmelites de Beaune et son corps inhumé au Carmel de Rouen avec une épitaphe attestant qu'il est « le premier qui ayant traduit d'espagnol en français, les livres de sainte Thérèse, procura que son ordre des religieuses carmélites déchaussées fût établi en France, Bourgogne et Flandre. »

[10] La Maison d’Orléans-Longueville descend de Jean, comte de Dunois et de Longueville, dit le bâtard d’Orléans (1402-1468), enfant illégitime que Louis de France, second fils de Charles V et duc d’Orléans (1371-1407), eut avec Mariette d’Enghien. Le comté de Longueville fut érigé en duché en 1505. Depuis le règne d’Henri IV, les ducs de Longueville avaient l’honneur de se couvrir devant le Roi et, comme les princes de maisons souveraines, ils ont l’honneur des fiançailles dans le cabinet du Roi.

[11] Catherine de Gonzague, fille de Louis de Gonzague (duc de Nevers et de Rethelois, pair de France et prince de Mantoue, gouverneur de Champagne et de Brie), née à Paris le 21 janvier 1568, épousa (1° mars 1588) Henri I° d’Orléans, duc de Longueville et d’Estouville (gouverneur et lieutenant général en Picardie et Boulonnais, grand chambellan de France et connétable héréditaire de Normandie), mort en 1595. Morte à Paris le 1° décembre 1629, Madame de Longueville fut inhumée au couvent des Carmélites de la rue Chapon.

[12] Louise de Bourbon, princesse du Sang, dite Mademoiselle de Soissons, fille du comte de Soissons et de Dreux (prince du Sang et pair de France), née à Paris le 7 février 1603, épousa (30 avril 1617) Henri II d’Orléans, duc de Longueville et d’Estouville (pair de France, prince et comte souverain de Neuchâtel, connétable héréditaire de Normandie, gouvereur et lieutenant général en Normandie), mort en 1663. Morte à Paris le 9 septembre 1629, Madame de Longueville fut inhumée au couvent des Carmélites de la rue Chapon.

[13] Michel de Marillac (né à Paris en 1563) appartenait à une famille de haute Auvergne dont plusieurs membres s'étaient illustrés dans des charges royales. Orphelin à dix ans, alors qu'il était au collège de Navarre, il se fit remarquer pour ses exceptionnelles réussites ; il maîtrisait le latin et le grec, l'italien et l'espagnol. A vingt-trois ans, il était reçu conseiller au Parlement (septembre 1586). Catholique fervent, il se rangea dans le parti de la Ligue et figura dans les conseils de quartiers qui contrôlaient Paris à partir de 1589. Trois ans plus tard, son goût de la paix et son légalisme l'amenaient à rédiger et défendre un arrêt (18 novembre 1592) où le Parlement réclamait le respect des lois fondamentales touchant la succession à la Couronne, ce qui revenait à exclure l'élection d’un prince ou le couronnement d'une infante fille d'Elisabeth de Valois, revenait aussi à être partisan de négociations avec le roi de Navarre. Au début de 1594, à Chartres, Marillac put rencontrer Henri IV, et ensuite il travailla secrètement dans Paris à préparer l'ouverture par surprise des portes le 21 mars suivant. En récompense, Marillac fut, dès 1595 nommé, maître des requêtes. Veuf en février 1600, chargé de quatre petits enfants, il se remaria en septembre 1601 avec Marie de Saint-Germain, veuve d'Amelot, président aux enquêtes. Il était déjà réputé pour sa piété et fréquenta bientôt le cercle dévot qui se réunissait dans la maison de Mme Acarie. Ses charges politiques lui permettaient de lever les obstacles à l'expansion des nouveaux ordres issus de la réforme tridentine. Il joua un rôle déterminant dans l'implantation des Ursulines à Paris et surtout, en 1605, des carmelites. En 1611, il se fit remarquer par ses écrits de conciliation après la saisie des œuvres du cardinal Bellarmin d'ordre du Parlement (novembre 1610) et le déchaînement des polémiques gallicanes. Marillac bénéficiait aussi de l'influence de son jeune demi-frère Louis qui, capitaine des gardes de la Reine mère, avait pu l’introduire dans la faveur de la Régente. De la sorte, en 1612, sur recommandation de la Reine et du chancelier Sillery, Michel de Marillac était nommé conseiller d'Etat. Fin lettré, il s'adonna, sa vie durant, à la versification latine et française, s'appliquant à une traduction des Psaumes qu'il fit imprimer en 1625. Distraction et consolation d'un homme pieux, dont le fils aîné René était mort des fièvres pendant le siège de Montauban (1621), dont la fille Valence entra au Carmel et dont le cadet Octavien prit l'habit franciscain. Les liens de Michel de Marillac avec le parti de la Reine mère lui valurent en 1621 une commission d'intendant de justice en Anjou. En 1624 (27 août), la confiance de Richelieu et de Marie de Médicis lui firent donner la chage de surintendant des finances. En juin 1626, le chancelier d'Aligre, compromis par son amitié pour Gaston d'Orléans, étant disgracié, Marillac reçut la garde des sceaux. Des textes émanés des Etats généraux de 1614, des notables de 1617 et 1626, Marillac tira une grande ordonnance à quoi, s’opposa Richelieu. Le Parlement, encouragé par le Cardinal, opposa une vive résistance à l'enregistrement de l'ordonnance, au point qu'il fallut un lit de justice (15 janvier 1629) pour valider ce texte qu'on appela familièrement le code Michau. Marillac voulut s'opposer aux expéditions de 1629 et 1630 en Piémont, le choix d'une guerre immédiate ou à terme avec l'Espagne lui paraissant à la fois scandaleux et catastrophique. Le triomphe de Richelieu dans l’esprit de Louis XIII lors de la journée des dupes (11 novembre 1630) entraîna la disgrâce de Michel de Marillac et de son frère qui étaient, selon Richelieu, « les esprits les plus dangereux pour conduire la trame qu'on avait ourdie contre lui ». Le garde des sceaux fut conduit à Caen, puis à Lisieux et enfin à Châteaudun (février). Il était alors en résidence forcée mais libre. L'évasion de Marie de Médicis du château de Compiegne, le 19 juillet 1631, changea sa situation ; il fut alors enfermé dans le château de Châteaudun. C'est là qu'il apprit la mort de son frère. Il était en train de traduire le Livre de Job lorsqu'il mourut le 7 août 1632.

[14] Henri IV signa lettres patentes à Saint-Maur-des-Fossés le 18 juillet 1603.

[15] Parmi les premières novices, on voyait la marquise de Bréauté, Louise Séguier, la présidente de Bérulle, mère du fondateur, Mademoiselle de Brissac, fille unique de Charles de Cossé, duc de Brissac et maréchal de France, les trois filles de Madame Acarie, Marie-Sylvie de La Rochefoucauld, sœur du cardinal, Marie Phelipeaux-d'Herbault, Mesdemoiselles de Marillac, de Paconis ; il y avait aussi Madeleine de Fontaines-Marans, qui fut la première professe le 12 novembre 1605, et la première prieure française le 20 avril 1608 du couvent de l'Incarnation du faubourg Saint-Jacques ; elle devint célèbre et eut une énorme influence sous le nom de Mère Madeleine de Saint-Joseph.

[16] Jean de Quintanadoine de Brétigny précéda en Espagne le Père de Bérulle négocier l'affaire.

[17] Les autres carmélites arrivées d’Espagne étaient Isabelle de Saint-Paul, Isabelle des Anges, Eléonore de Saint-Bernard et Isabelle de la Conception.

[18] Le 15 Janvier 1605, un deuxième carmel est érigé à Pontoise dans le monastère préparé par les soins de Madame Acarie, et les fondations se succèdent avec son concours : Dijon (fin 1605), Amiens (1606), Tours (1607), Rouen (1609), Châlons et Bordeaux (1610), Avignon (1613), Dole (1614), Dieppe (1615), Besançon, Caen, Lyon et Toulouse (1616). En 1618, on comptait en France vingt-sept Carmels, en 1644, cinquante-cinq, et, en 1664, soixante-deux. En 1616, la duchesse de Longueville créait un second carmel à Paris, rue Chapon, et ensuite il s'en fonda un troisième rue de Grenelle.

[19] Elle quitta Paris le 12 février 1614 et alla au Carmel de Pontoise d’où elle gagna le monastère d’Amiens où elle fut reçue le 16 février ; elle prit l’habit le 7 avril 1614. Elle prononça ses vœux solennels le 8 avril 1615.

[20] Le mercredi de Pâques, 18 Avril 1618.

[21] M. de Monthiers obtint quelques ossements pour la chapelle de son château de Nucourt ; un os du bras fut donné à l’église parisienne de Saint-Nicolas des Champs, et un autre à l’église Saint-Merry.

[22] André du Val : « La vie admirable de la servante de Dieu, sœur Marie de l’Incarnation, connue dans le monde sous le nom de Mlle. Acarie (Paris, 1621).

SOURCE : http://missel.free.fr/Sanctoral/04/18.php#_ref19


Bse Marie de l'Incarnation

Carmélite

(1545-1618)

Bse Marie de l'Incarnation

La bienheureuse Marie de l'Incarnation naquit à Paris. Elle fut, dès sa jeunesse, attirée vers la vie religieuse. Ses parents s'opposèrent à sa vocation, préférant pour elle un riche mariage.

La pieuse enfant dut se résigner; après quelques années qu'elle passa dans l'humilité, la prière et la mortification, elle fut mariée à un noble gentilhomme nommé Pierre Acarie. Une fois son sacrifice fait, la jeune épouse ne songea plus qu'à se sanctifier dans ce nouvel état.

Elle éleva ses trois garçons et ses trois filles avec un rare dévouement, surveillant leurs prières, leurs travaux, leurs jeux, et les soumettant à une règle sage toujours ponctuellement exécutée: "Maintenant je suis vraiment heureuse, leur dit-elle un jour, je vois que vous aimez Dieu et que Dieu vous aime!"

Son mari eut à subir de grandes épreuves, qu'elle partagea avec une parfaite résignation. Plus tard, elle n'en parlait qu'avec joie: "Quel temps! Quels heureux jours! Qu'on trouve bien Dieu dans l'épreuve!"

Mme Acarie eut la plus grande part à l'introduction des Carmélites en France. Elle entra elle-même au Carmel après la mort de son mari, à la condition de n'être que soeur converse: "Ma Mère, dit-elle en arrivant, je suis une pauvre mendiante qui vient supplier la Miséricorde divine et me jeter dans les bras de la religion."

On la vit toujours occupée aux plus bas offices, cuisine, vaisselle, raccommodage. Parmi les belles paroles qu'on cite d'elle, en voici quelques-unes:

"Le seau du puits ne s'emplit pas à moins qu'il ne s'abaisse; moi, je reste vide faute de m'abaisser."

-- "Je suis gonflée d'orgueil comme les reptiles sont gonflés de venin."

Dans ses souffrances: "Quoi! Mourir sans souffrir! Le désir de souffrir me fera mourir!"

Peu avant sa mort: "Ce que je souffre n'est rien en comparaison de ce que je voudrais souffrir, et pourtant quelles douleurs! Mon Dieu, ayez pitié de moi."

Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Tours, Mame, 1950

SOURCE : http://magnificat.ca/cal/fr/saints/bse_marie_de_l_incarnation_carmelite.html

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Vitrail représentant le cardinal Bérulle et Mme Acarie 
lors de la fondation de la communauté du Carmel 
(Paris, Notre-Dame-des-Blancs-Manteux)


MADAME ACARIE,

BIOGRAPHIE SUCCINTE

Conférence de Michel PICARD, président

Nicolas et Marie Avrillot ont eu trois enfants qui sont morts à la naissance.

Marie Avrillot à nouveau enceinte, fit vœu, selon les usages de piété de son temps, d'habiller son 4° enfant en blanc, avec un bonnet blanc en l'honneur de la Vierge Marie, si cet enfant vivait.

Il vécut ; c'était Barbe Avrillot qui deviendra Barbe Acarie puis Sœur Marie de l'Incarnation, carmélite, et sera béatifiée le 5 Juin 1791.

Ainsi commençait, le 1° février 1566, une vie tout à fait extraordinaire qu'il est commode de raconter en sept paragraphes :

1. Sa jeunesse, jusqu'à l'âge de 16 ans et demi.

2. Son mariage en 1582 et sa vie mondaine pendant cinq ans.

3. Sa métamorphose spirituelle, de 1587 à 1593.

4. Les épreuves de 1594 à 1598.

5. L'introduction du Carmel en France, de 1602 à 1604.

6. Les dernières années dans le monde, jusqu'en 1614.

7. Sa vie de carmélite de 1614 à 1618.

Il convient préalablement de souligner l'ancienneté des faits : ils sont deux fois plus anciens que les événements de la Révolution française.

1. Jeunesse de Barbe Avrillot

Barbe naît donc le 1° février 1566, de Nicolas Avrillot, seigneur de Champlatreux (près de Luzarches), Maître des comptes de la Chambre de Paris, chevalier de la Reine de Navarre, bon chrétien qui sera très tôt ligueur convaincu, et de Marie Lhuillier, d'une famille encore plus ancienne que celle de son mari.

Ce père est assez froid et même distant.

Cette mère est sévère et même parfois violente.

Barbe aura trois petits frères.

Conformément au vœu de sa mère, elle est habillée en blanc avec un bonnet blanc jusqu'à 7 ans (en 1573).

Petite, « Elle n'avait aucun des défauts de l'enfance » écrira J.B.A. BOUCHER. ».

Probablement pour préparer sa première communion, elle est confiée à sa tante Isabelle Lhuillier, clarisse à Notre-Dame de Longchamp.

Elle y apprend à lire, à chanter, à bien dire son chapelet.

A Longchamp, elle est « craintive et obéissante, ne disputant pas avec ses compagnes, leur cédant incontinent, fort aimable ». « Tout le monde y célèbre à l'envi sa précoce sagesse ».

Sa formatrice, sœur Jeanne de Mailly, l'a incitée à la vertu de force et Barbe sera forte, très forte.

Elle avait déjà le sens de la mortification : « Lorsqu'elle avait commis quelque petite faute, elle-même s'en allait accuser apportant le fouet pour qu'on la châtie ».

A Longchamp, la règle est stricte : à 14 ans, les filles doivent choisir entre le noviciat de clarisse et la sortie.

Donc en 1580, année pendant laquelle sévissent à PARIS la peste et le choléra, Barbe opère son choix : elle sera religieuse à l'Hôtel-Dieu pour servir les pauvres malades.

Sa mère ne l'entend pas ainsi : elle sera mariée.

Barbe réintègre en conséquence le foyer paternel.

Comme elle refuse parures et bijoux, sa mère la soumet aux rigueurs de l'hiver, de sorte qu'elle aura un pied gelé et qu'un os sera atteint ; elle lui fait servir les morceaux de viande les plus grossiers et l'appelle « la grosse bonnière ».

C'est dans cette atmosphère familiale que Barbe Avrillot épouse finalement Pierre Acarie à l'âge de 16 ans et demi.

2. Mariage et vie mondaine

Pierre Acarie était un peu plus âgé que Barbe ; il n'avait quand même que 22 ou 23 ans quand il s'est marié en août 1582 avec sa cousine au 7° degré (ses bisaïeuls ou arrière grands-parents maternels étaient trisaïeuls ou arrière-arrière grands-parents de Barbe).

Il avait étudié le droit à ORLEANS.

Pierre Acarie, fils unique et alors orphelin de père ; est vicomte de Villemor, seigneur de Montbrost et de Roncenay. Comme son beau-père Nicolas Avrillot il est membre de la Cour des Comptes de Paris, très riche, très catholique et futur ligueur.

Le couple s'installe à Paris, dans le Marais, rue des Juifs devenue la rue Ferdinand Duval. La demeure est spacieuse, les domestiques nombreux.

Les deux époux sont très amoureux l'un de l'autre et Barbe, d'ailleurs très belle, est admirée et choyée par sa belle-mère.

Les trois premiers des six enfants naissent :

- Nicolas, le 22 mars 1584, quand elle a 18 ans,

- Marie, début juillet 1585,

- Pierre, en mars 1587.

Barbe s'occupe de près de leur éducation, puissamment aidée en cela par sa servante Andrée Levoix, amie intime qu'elle a connue à Longchamp. L'entente entre les deux femmes est complète, leur horreur du péché commune. Chaque jour, Andrée énumère ses manquements à Barbe, puis Barbe énonce les siens à Andrée (même si celle-ci se bouche les oreilles pour ne pas les entendre).

Les enfants sont éduqués chrétiennement, bien sûr, assez sévèrement et surtout en bannissant le mensonge. Barbe Acarie a horreur du mensonge, c'est un trait capital de son caractère.

Le salon Acarie réunit la jeunesse dorée de Paris ; la vie est mondaine, les fêtes nombreuses.

Barbe est couverte de parures et de bijoux ; elle est le centre de ce petit monde ; on l'appelle « La belle Acarie » et elle aime çà.

Elle y est si habituée que la rencontre d'une créature encore plus belle qu'elle lui donne « du ressentiment et du déplaisir fort sensible ». Elle est « touchée dans sa plus grande vanité ».

Comme elle a du temps libre, elle lit ; "Elle est trop adonnée à la lecture des livres profanes, des écrivains amusants et des romans" écrira son biographe Duval , et en particulier des Amadis qui sont des romans d'amour teintés d'érotisme.

Un jour, Pierre Acarie découvre les lectures de sa femme ; il est scandalisé. Sans faire d'esclandre, il remplace ces romans par de pieuses lectures.

C'est dans ces conditions que, vers 1587 probablement, à 21 ou 22 ans, elle lit la pensée suivante : « TROP EST AVARE A QUI DIEU NE SUFFIT ». Elle est transformée et sa vie change radicalement. Car Barbe Acarie n'agit pas dans la demi-mesure, c'est encore un trait de son caractère.

3. Métamorphose spirituelle de Madame Acarie

Barbe Acarie a donc décidé que Dieu lui suffit et le restant de ses jours sera une continuelle avancée vers Lui avec, semble-t-il, deux principes de base

1. « Quand l'on donne son temps à Dieu, l'on en trouve pour tout le reste ».

2. « L'esprit de Dieu n'est point oisif. Les personnes qui ne veulent rien faire sont plutôt charnelles que spirituelles".

Alors « comme une personne infatigable, [elle] était à tout ce qu'elle pensait qui contentât le prochain ».

Exemples :

1. Après la bataille de Senlis en 1589, pendant la dernière guerre de religion, plus de 1200 combattants étaient restés sur le champ de bataille ; l'hôpital Saint-Gervais était rempli de blessés. Barbe Acarie « allait avec sa belle-mère tous les jours les panser ».

2. Pendant le siège de Paris de mai à août 1590, « À l'Hôtel-Dieu elle passait les journées entières avec telle consolation qu'elle n'en pouvait sortir ».

3. Toujours pendant le siège de Paris, Barbe Acarie distribuait aux affamés « le pain de sa propre bouche. Cela avec tant de dextérité que ni son mari, ni sa belle-mère ne s'en aperçurent ».

*

* *

A ce régime-là, Dieu répond par l'extase.

La première se produit dans l'église Saint-Gervais un jour de fête vers 8h au cours de la messe, probablement entre le 22 juillet et le 11 novembre 1590 (elle a 24 ans). Elle pensa « mourir de douceur ». « Jusqu'au soir, elle reste sans mouvement, hors des sens…. presque sans respiration, à genoux cependant, et elle ne peut s'en retourner qu'après avoir été éveillée par une servante qui la secoue fortement ».

Ces extases se multiplient. Elles ont plusieurs conséquences :

- elles la plongent dans une grande humilité,

- elles l'inquiètent jusqu'en été 1592 car Barbe craint qu'elles viennent du démon,

- elle essaie de les repousser, de les cacher,

- les médecins diagnostiquent une « exubérance de sang » et prescrivent des saignées qui l'anéantissent,

- plus de cent fois, dit-elle, elle s'est couchée le soir en doutant de se relever le lendemain matin.

A la même époque, et avec l'accord de son mari, elle quitte ses ornements mondains pour se vêtir d'habits très simples et d'étoffes de petit prix. Elle demande à sa belle-mère : « Ne peut-on trouver un habit qui se vête d'un seul coup » . Et encore : « A quoi bon tant d'atours, de colliers, de bracelets ? Ce sont tous fatras qui ne servent qu'à faire perdre le temps ».

L'éducation des enfants Acarie repose principalement sur Barbe ; mais Andrée Levoix y veille ; « où Andrée est, là est la paix ». Mais un dilemme taraude Barbe : tout son temps à Dieu, bien sûr… mais elle doit aussi se soucier du bonheur de Pierre. Le capucin Benoît de Canfeld, le chartreux Beaucousin, l'excellent Gallemant la renvoient à son devoir d'état. Barbe Acarie, qui choisit systématiquement pour elle la solution la plus austère, traduit : obéissance totale aux moindres désirs de son mari. Et elle obéira, toujours, avec une humeur égale, aux demandes même les plus fantasques de Pierre.

Désormais, elle gardera les yeux baissés devant les hommes afin de ne pas « être pour autrui une occasion de chute ». Elle prie, récitant notamment son chapelet avec sa fille Marie, âgée de 7 ans. Elle est déjà une conseillère écoutée : « Presque personne qui l'allât voir et ne s'en retournât touchée extraordinairement de Dieu ».

A partir de 1593 , elle éprouve les douleurs des stigmates le vendredi, le samedi et les jours de carême. Mais ces stigmates ne sont pas apparents.

*

* *

Au cours de cette période plus particulièrement sociale (pour employer le langage actuel) et, bien sûr, mystique, Barbe Acarie a encore trois enfants :

- Jean, le 6 février 1589,

- Marguerite le 6 mars 1590,

- Geneviève, en février 1592, celle-ci dans des conditions difficiles, l'extase de Barbe pendant son accouchement mettant en péril la mère et la fille.

A cette époque, en 1593, Barbe Acarie a 27 ans. Elle reste très belle ; elle pratique fort l'oraison et, en toutes circonstances, la charité, l'obéissance et l'humilité ; elle traque ses péchés et même ses imperfections (qu'elle ne distingue pas les uns des autres) avec un sens aigu de la mortification ; sa santé n'est pas brillante et elle endure déjà de grandes souffrances physiques « avec un visage si égal et un cœur si ferme que ceux qui la considéraient étaient tout étonnés ».

4. Les épreuves

Pierre Acarie est ligueur et même un ligueur très en vue.

Il a lutté contre Henri IV. Il craint fort une grave sanction et donne à sa femme procuration générale pour la gestion de ses biens. Deux semaines après cette démarche, il est banni de Paris et est obligé de s'enfermer chez les Chartreux de Bourgfontaine près de Soissons, le 5 avril 1594.

Ses biens sont confisqués. Il a d'autre part emprunté pour financer la Ligue ; les créanciers font saisir l'immeuble de la rue des Juifs et tout ce qu'il contient.

Barbe met ses six enfants à l'abri et trouve asile chez une cousine qui lui prête une chambre et une alcôve rue de Paradis.

Elle est soumise aux pires avanies et tellement démunie que la fidèle Andrée Levoix vend sa ceinture pour leur procurer à manger.

Sur ce, Pierre, toujours prisonnier, est enlevé dans la cour de Bourgfontaine. Barbe emprunte et paie la rançon.

Peu de temps après, vers juin 1595, Pierre Acarie est autorisé à se rapprocher de Paris ; il s'installe à Champlatreux, près de Luzarches, dans la famille de Barbe.

Celle-ci, bonne écuyère, lui rend visite à cheval. En 1596, au retour de Champlatreux, elle est désarçonnée ; son pied reste coincé dans l'étrier et elle est traînée sur une longue distance. Son fémur est cassé en trois endroits ; elle souffre atrocement avant, pendant et après l'intervention du spécialiste Bailleul… qui oublie cependant de remettre en place un petit os. Non seulement, elle marche avec des béquilles, mais le petit os en question lui cause « le reste de ses jours grandes douleurs et faiblesses ».

Aussi, en rendant visite à son fils aîné Nicolas au Collège de Calvy, l'année suivante, elle tombe dans l'escalier, se casse à nouveau la cuisse et est alitée trois mois.

Pierre peut se rapprocher encore de Paris et s'installe dans sa propriété de campagne d'Ivry (au sud-est de Paris); Barbe va le voir ; en 1598, elle glisse et tombe sur les marches de l'église; on la transporte à Paris sur un brancard ; elle est définitivement infirme.

Pendant ces quatre dernières années, Barbe défend son mari dans les procès engagés par ses créanciers; le 20 juin 1598, Pierre est contraint de se défaire à vil prix de son office de Maître des Comptes, mais, vers la même époque, l'immeuble de la rue des Juifs lui est restitué et toute la famille est réunie.

A 32 ans, elle reste toujours aussi belle, gaie et agréable ; elle a vécu son dépouillement et ses accidents corporels avec une sérénité que seules son humilité et son intimité avec Dieu expliquent. Rappelons aussi ses extases épuisantes, ses stigmates effroyablement douloureux, ses chutes et finalement son infirmité.

5. L'introduction du Carmel en France

Barbe Acarie déploie une très grande activité sociale de proximité, notamment en faveur des prostituées. Les plus grands religieux et les personnes les plus éminentes en sainteté et vie spirituelle viennent la consulter toute laïque qu'elle soit. La maison de la rue des Juifs ne désemplit pas.

Pierre Acarie, aigri par l'Édit de Nantes, son exil, l'accaparement et même la docilité de sa femme à son égard, désœuvré et déçu, est difficile à vivre. Il reconnaîtra lui-même « que si sa femme devenait sainte, il avait beaucoup contribué à sa sainteté ».

Barbe Acarie est aussi missionnaire ; elle intervient d'une façon ou d'une autre, dans la réforme de nombreux monastères :

- Saint-Étienne de Soissons

- Les Filles-Dieu à Paris et à Fontevrault

- Foissy, Notre-Dame aux Nonnains et Notre-Dame des Prés près de Troyes

- Notre-Dame de l'Humilité à Longchamp

- Les Filles de Saint-Louis qui tenaient l'Hôtel-Dieu à Pontoise

- Montmartre

- Montivilliers, près du Havre.

Quelques temps après le regroupement familial rue des Juifs, à l'automne 1601, Barbe Acarie a connaissance des livres de Thérèse d'Avila, réformatrice du Carmel en Espagne. Elle n'est pas emballée.

Un peu plus tard :

« La Bienheureuse Thérèse apparut visiblement à [Barbe] qui faisait oraison et l'avertit que telle était la volonté de Dieu en ces termes : « De même que j'ai enrichi l'Espagne de cet Ordre très célèbre, de même toi qui restaures la piété en France, tâche de faire bénéficier ce pays du même bienfait ». Cette vision resta toujours présente à son esprit et fortement gravée au plus profond de son cœur ; elle en gardait évidemment le secret.

Mais à la fin elle fut forcée malgré elle de s'en ouvrir au R.P. Beaucousin son directeur et de la confier [cette vision] à son examen, à son conseil et à ses prières. Cet homme d'une éminente piété et d'une parfaite prudence fit cet examen avec méthode et circonspection, et, après de longues méditations, il s'arrêta à cet avis, qu'après avoir réuni une assemblée d'hommes importants il fallait examiner […] les moyens de mener l'entreprise à bonne fin».

Messieurs Gallemant, de Brétigny, Bérulle et Duval se réunirent avec le R.P. Beaucousin, dans la cellule de celui-ci, examinèrent le projet et conseillèrent à Barbe de l'abandonner.

Pourtant Jean de Brétigny, castillan par son père et normand par sa mère, rêvait depuis octobre 1585 d'introduire les carmélites réformées en France. Bien d'autres personnes avaient tenté cette opération mais n'avaient pas abouti. De nouveau l'affaire paraissait irréalisable.

Sept ou huit mois plus tard encore, Thérèse d'Avila apparaît à Barbe Acarie, lui ordonne de remettre en consultation son ancien projet et lui promet qu'il se réalisera.

Les cinq prêtres précités se réunissent à nouveau, et avec eux le futur Saint François de Sales et Barbe Acarie. Sur l'insistance de ces deux derniers, l'introduction du Carmel en France est décidée et les trois supérieurs de l'Ordre sont désignés : Duval, Gallemant et Bérulle, tous les trois aussi savants que pieux.

Après plusieurs jours de discussions portant sur l'entreprise et les moyens de la réaliser , trois décisions sont prises mi-juin 1602 par le petit groupe :

1) Le premier monastère sera établi à Paris.

2) On amènera des maîtresses espagnoles.

3) On demandera à Rome que les voeux prononcés par les Carmélites soient les mêmes en France qu'en Espagne et en Italie.

A partir de juillet 1602, le Chancelier Michel de Marillac apporte son aide précieuse à Barbe Acarie.

Déjà depuis quelques mois, de jeunes personnes avides de renouveau spirituel, convergent vers l'hôtel de la rue des Juifs et se placent sous la direction de Barbe Acarie. Avec Andrée Levoix, elles formeront finalement la Congrégation Sainte Geneviève qui comprendra aussi bien des jeunes filles que des jeunes veuves, triées sur le volet par Barbe Acarie pour devenir les premières carmélites françaises, ou des ursulines, ou d'autres religieuses.

En voyage à Saint-Nicolas de Port, près de Nancy, Barbe a une vision : « Dieu me fit voir qu'Il voulait que je fusse religieuse en cet Ordre et sœur laie. Notre Mère Sainte-Thérèse intervint aussi ». Cette perspective d'être sœur laie et non pas sœur du chœur contrista beaucoup Barbe parce qu'elle ne pourrait pas chanter avec les autres sœurs et qu'elle serait réduite à réciter des « Notre Père ».

De juin 1602 à avril 1603, et grâce à ses relations personnelles dans les plus hautes sphères du royaume, Barbe Acarie dirige les démarches qui permettront la construction du premier carmel dans le prieuré Notre-Dame des Champs, faubourg Saint-Jacques à PARIS.

La première pierre est posée le 29 avril 1603 et Barbe Acarie dirige les travaux avec autant de douceur que de célérité, procurant les financements nécessaires en empruntant des sommes considérables.

Parallèlement, elle constitue l'équipe qui doit ramener d'Espagne des carmélites ayant vécu avec Thérèse d'Avila et donc imprégnées de sa spiritualité. Barbe Acarie participe à l'organisation de l'expédition. La troupe quitte Paris le 26 septembre 1603; Il faudra presque une année de démarches et les interventions de Bérulle pour obtenir l'accord des Carmes sur l'envoi de six carmélites en France. A la demande insistante de Barbe Acarie, elles sont choisies non pas pour les grâces spéciales dont elles bénéficiaient, mais pour leur charité. Elles quittent Avila le 29 août 1604 et arrivent à Paris le 15 octobre 1604.

6. Dernières années dans le monde

Le Carmel de l'Incarnation à Paris est bien plus grand que ne le prévoit les Constitutions espagnoles du Carmel ; il existe d'autre part des discordances très importantes entre celles-ci, pour l'application desquelles on a amené en France à grand'peine six carmélites espagnoles, et la Bulle d'érection du Carmel en France. Il en résulte toutes sortes de difficultés.

Mais deux mois seulement après l'arrivée des mères espagnoles, il faut ouvrir un nouveau Carmel. Barbe Acarie choisit Pontoise ; Michel de Marillac aménage en huit jours un petit immeuble appartenant à Duval. Le carmel Saint-Joseph accueille sa prieure le 15 janvier 1605.

A l'automne de la même année, Barbe Acarie organise un troisième carmel à Dijon. En 1606, elle choisit d'implanter le quatrième carmel à Amiens. En 1608, Tours. En juin 1609, Rouen. etc.

A la même époque, les événements touchant la famille Acarie sont nombreux :

- Marguerite, le 5° enfant, entre au Carmel de l'Incarnation à Paris le 15 septembre 1605 à 15ans et demi,

- Nicolas, l'aîné, se marie début 1606,

- Barbe est très malade une première fois pendant trois semaines ; on craint qu'elle ne meure,

- Marie et Geneviève entrent à leur tour au Carmel de l'Incarnation et prennent toutes deux l'habit le 23 mars 1608.

- L'hiver 1608 étant particulièrement rude, l'hôtel de la rue des Juifs est plein de malheureux.

- En juin 1610, Barbe Acarie est à nouveau en danger de mort pendant 6 semaines.

- Le 17 novembre 1613, Pierre Acarie meurt à ivry après une courte mais très pénible maladie pendant laquelle Barbe, toute malade qu'elle fût aussi, l'assiste affectueusement.

- Le 8 février 1614, elle règle avec deux de ses fils la succession de son mari, ne gardant pour elle qu'une rente viagère, qu'elle donne le surlendemain aux carmels d'Amiens et de Paris.

- Sa petite-fille et filleule Marie, fille de Nicolas, meurt à l'âge de six ans.

- Le 15 février 1614, Barbe entre au Carmel d'Amiens comme sœur laie (ou converse).

7. Sa vie de carmélite

Dieu « lui accordait ce qu'elle avait toujours si ardemment désiré […] être servante des servantes de Dieu ».

Elle entre dans le carmel aidée par Edmond de Messa qui l'a accompagnée sur la route de Paris à Amiens, et soutenue par deux tourières. C'est dire son état de santé !

Ses faits et gestes, ses paroles ne sont qu'humilité. Sœur Marie de l'Incarnation prend l'habit le 7 avril 1614.

Elle aide à la cuisine et sert à tout ce qu'elle peut : « Il faisait bon la voir ainsi et entendre les paroles embrasées qu'elle disait sans y penser en frottant et nettoyant les écuelles et les pots […] cherchant des inventions pour les faire bien nets »".

Marie de l'Incarnation « avait d'ordinaire à la main » les Évangiles. La prieure, Isabelle de Jésus-Christ, puis le supérieur Duval lui avaient commandé de parler aux novices et aux autres sœurs contrairement à la règle générale du silence. « Elle avait un don particulier pour affermir les faibles et les assurer contre les tentations et les scrupules ».

Dès son entrée au carmel d'Amiens, elle est affligée d'une terrible hémorragie dont elle guérit miraculeusement. En 1615, elle souffre « de coliques et maux si violents que quatre sœurs bien fortes ne pourront suffire à la tenir parce que la violente surprise des douleurs la fera lever sur le lit ». Le jour des Rameaux 1615; elle est « d'un froid de mort par tout le corps […] ne lui restant plus de chaleur de l'estomac jusqu'au cœur ». Son confesseur et la prieure lui commandent de demander à Dieu de ne pas encore mourir. Aussitôt la chaleur revient dans son corps.

Quelques jours plus tard, le 8 avril 1615, Marie de l'Incarnation fait profession.

Le 22 mai 1616, Duval procède aux élections de la prieure et de la sous-prieure du carmel d'Amiens. Marie de l'Incarnation est élue prieure à l'unanimité. Elle ne peut cependant exercer cette fonction en raison de l'instruction reçue à Saint-Nicolas de Port en 1602 ou 1603 : « Dieu me fit voir qu'il voulait que je fusse religieuse en cet ordre et sœur laie». Une sœur laie ne peut pas être prieure. Cependant, les carmélites d'Amiens rappellent que la sœur laie espagnole Anne de Saint-Barthélémy est devenue prieure à Pontoise début 1605 et elles estiment que leur unanimité vaut nouvelle instruction divine. Duval, supérieur, refuse et Anne du Saint-Sacrement alors sous-prieure à Paris est élue prieure à Amiens.

La nouvelle mère prieure du Carmel d'Amiens, bien peu maternelle, gouverne d'une main de fer, « à la Turque » dit-on. Elle interdit notamment à Marie de l'Incarnation de guider les autres sœurs, sans prévenir celles-ci de cette interdiction. La Bienheureuse est en conséquence écartelée entre son devoir d'obéissance envers la prieure « son Jésus-Christ sur terre » d'une part, et à la fois son devoir d'obéissance envers les supérieurs et son devoir de ne pas déconsidérer la prieure devant les sœurs.

Vers la Toussaint 1616, Gallemant décide avec les deux autres supérieurs de transférer Marie de l'Incarnation au carmel de Pontoise qu'elle aime tant. Elle y arrive le 7 décembre 1616 ; elle est reçue avec ferveur et, de la cuisine ou de sa cellule, elle prodigue ses conseils aux novices, aux sœurs et même à la prieure. Tout est paix.

Par ailleurs, Bérulle, l'un des supérieurs, devenu également visiteur du Carmel, veut à cette époque imposer un quatrième vœu aux carmélites, celui de servitude. Marie de l'Incarnation, qui ne donne peut-être pas tout à fait le même sens que Bérulle au mot servitude, est fondamentalement opposée à toute idée de servitude: le chrétien et plus spécialement la carmélite n'est pas esclave mais libre. Ce conflit lui est particulièrement pénible.

La santé de Marie de l'Incarnation ne s'est pas sensiblement dégradée mais elle ne peut pas rester debout, elle marche avec beaucoup de difficultés et elle ne peut s'asseoir que sur son placet, sinon son fémur se déboîte avec grandes douleurs.

Toutefois, en février 1618, Marie de l'Incarnation tombe gravement malade ; elle est atteinte, dirions-nous maintenant, d'hémiplégies par ramollissement rouge pneumonique. Elle souffre beaucoup avec, toujours, grande humilité et esprit de mortification, encore que le jour de Pâques, elle soit « ravie et hors des sens ». Un peu plus tard, elle révèle : « Si vous voyiez ce que je souffre vous auriez pitié de moi, et plus de ce qui est intérieur que ce qui paraît au dehors ». Car, à sa faiblesse physique, s'ajoute l'aridité spirituelle.

La Bienheureuse Sœur Marie de l'Incarnation meurt le mercredi de Pâques 18 avril 1618 à 17 heures. Au dehors, la rumeur se propage, on ne sait comment : « Une multitude de peuple se trouva dehors et devant l'église ». On se disait les uns aux autres : « La sainte est morte, la sainte est morte ».

R É S U M É

En résumé :

- Très jeune, Barbe, d'une trempe déjà extraordinaire alors qu'elle n'a que quatorze-quinze ans, désire être religieuse et s'occuper des pauvres malades, justement à l'époque où sévit la peste et le choléra,

- Mariée jeune, mère de famille, elle est admirée par tout le beau monde et devenue un peu frivole.

- La sentence lue "Trop est avare à qui Dieu ne suffit" provoque sa conversion radicale qui se manifeste sous toutes les formes et en toute occasion

- Sa prière, son dévouement à l'Hôtel-Dieu, sa disponibilité à tous, son souci des pauvres et des prostituées,

- Ses extases qu'elle craint d'être d'origine démoniaque et qu'elle cache ;

- Ses stigmates invisibles très douloureux,

- Son extrême humilité et son obéissance absolue, notamment envers son mari au titre du devoir d'état,

- Elle subit sans faiblir le bannissement de son mari, la saisie de leurs biens et tout particulièrement de l'hôtel de la rue des Juifs, son propre dénuement, sa chute de cheval, son infirmité,

- Pierre Acarie est libéré, le patrimoine de la famille est rétabli. L'activité de Barbe porte désormais principalement sur l'orientation des jeunes religieuses, le conseil des personnes détenant une autorité religieuse, la réforme de communautés religieuses.

- Barbe reçoit de Dieu par l'intermédiaire de Thérèse d'Avila l'ordre d'introduire le Carmel en France, son rôle éminent, primordial est déterminant pour la réalisation de ce projet,

- Elle entre au Carmel d'Amiens ; elle y vit douloureusement des contradictions. Elle est transférée au carmel de Pontoise, apporte beaucoup à ses sœurs, et meurt le 18 avril 1618, en odeur de sainteté.

Elle est béatifiée le 5 juin 1791 pour servir d'exemple aux Français plongés dans le désordre religieux résultant de la Révolution. Le 1° avril 1893, à l’occasion du premier centenaire de cette béatification, le Cardinal archevêque de Paris souhaite qu'elle devienne la patronne des familles parisiennes.

SOURCE : http://www.madame-acarie.org/presentation.php?onglet=historique&type_page=1&nom_page=conf_biographie&stat=3


SENS DE LA COMMUNION À LA PASSION DU CHRIST



DANS LA VIE DE MADAME ACARIE,



PREMIÈRE STIGMATISÉE FRANÇAISE RECONNUE


Conférence du Frère Ephrem YON, prieur du prieuré de La Croix sur Ourcq

J’ai une certaine relation avec Madame Acarie.

J’habite en effet un Prieuré dans l’Aisne et, à deux kilomètres de ce lieu, se trouvait avant la Révolution une abbaye bénédictine de femmes, l’abbaye de Charmes. Madame Acarie y fit de fréquents séjours et a aidé et encouragé la mère Abbesse à entreprendre une réforme de son abbaye. Cette réforme aboutit grâce à l’intervention de Madame Acarie. Nous suivons nous-mêmes la Règle de Saint Benoît. Je demande donc à Madame Acarie, qui fut ma voisine de passage, de bien vouloir m’aider à mener à bonne fin l’œuvre entreprise. Comme je connais le charisme de fondatrice de Madame Acarie, je suis sûr qu’avec elle j’aurai une aide efficace.

Madame Acarie, bien avant son entrée en religion, dès 1593, reçut les stigmates du Seigneur, de façon invisible. De nombreux témoignages l’affirment de manière incontestable et parfaitement concordante. Elle ressentait aux jours de jeûne, les vendredis et samedis et les jours de Carême d’intenses douleurs aux pieds, aux mains, au côté, à la tête et elle se trouvait plongée dans une communion profonde et extatique à la personne de Jésus qui la laissait plusieurs heures durant comme absorbée en Dieu. Le Père Coton, jésuite, et le cardinal de Bérulle reçurent ses confidences sur ce point. Ces douleurs étaient d’ordre spirituel. Elles s’en allaient comme elles étaient venues. Et, une fois parties, plus rien ne se faisait sentir.

Un jour, au carmel d’Amiens, en 1615, sa prieure mère Isabelle de Jésus, la voyant fort endolorie et souhaitant la soulager, sœur Marie de l’Incarnation déclara qu’elle ne cherchait pas à être délivrée de ces peines mais qu’elle désirait en souffrir davantage. Elle fit plusieurs fois pareille déclaration. Les personnes non averties de ces choses, surtout à une époque anti-doloriste comme la nôtre, crieront à la morbidité. Ne peuvent comprendre que celles qui ont été saisies entièrement par l’amour du Seigneur. Elles savent que la participation à ses souffrances est communion à la vie même du Bien-Aimé et à son désir pour le monde. Ce qu’elles désirent avec ferveur c’est de ne faire qu’un avec l’Epoux.

Bien entendu, telle souffrance n’est pas recherchée. Elle est donnée. Unie au Christ, l’âme ne ressent plus ces douleurs comme un obstacle à la vie plénière mais comme un tremplin permettant une plus complète conformité à la personne de Jésus voulant sauver le monde et comme une union à sa vie même.

La mère prieure voulait la soulager car elle était peinée de voir sœur Marie de l’Incarnation souffrante. Peut-être n’avait-elle pas pleinement compris combien une telle souffrance mérite d’être vécue sans réserve, puisque c’est le Seigneur qui la donne ? On ne peut mépriser le don de Dieu, ni chercher à l’esquiver. Toujours est-il que la mère prieure a enjoint à sœur Marie de l’Incarnation, en vertu de l’obéissance, de faire en sorte que ces souffrances disparaissent. Aussitôt, dit-on, le mal se passa. Elle s’endormit sur le champ et se reposa fort bien.

Ce qui prouve que l’obéissance a grand prix puisque Dieu lui-même s’y soumet pour autant que la sœur s’y soumette elle aussi de plein gré. Preuve que ces douleurs étaient bien d’ordre spirituel, qu’elles étaient un don de l’Esprit fait à madame Acarie puis à sœur Marie de l’Incarnation après qu’elle se trouve en totale communion mystique avec la personne de Jésus.

Léon Bloy, dans « La femme pauvre » écrit (page 284) : « Nous avons appris de Saint-Paul qu’il y a toujours quelque chose qui manque aux souffrances de Jésus-Christ, et que ce quelque chose doit être accompli dans les membres vivants de son corps ».

Selon la théologie de Saint-Paul, nous sommes les membres vivants du Corps du Christ ; nous sommes donc appelés à revivre en notre corps ce qui est destiné au corps total de l’humanité qui est le corps du Christ. Cette solidarité d’appartenance est justement appelée le Corps Mystique du Christ. Nous sommes appelés à faire partie du Corps mystique du Christ par la communion à sa Passion et à son Esprit de Ressuscité. Et cette communion, en vertu de la solidarité de tous dans le corps de l’humanité en Jésus, se diffuse en toute l’humanité. Ceux qui vivent consciemment et mystiquement cette participation à la mort et à la Résurrection de Jésus font beaucoup pour conduire l’humanité « à sa taille d’Homme parfait (avec un grand H), dans la force de l’âge, réalisant la plénitude du Christ » (Ephésiens 4-13). Ils entraînent le corps de l’humanité à devenir pleinement corps du Christ, tout en vivant dans leur corps personnel les souffrances de Jésus lui-même.

Comme le dit Saint-Paul dans la 2ème épître aux Corinthiens (4-10), « Nous portons partout et toujours en notre corps les souffrances de mort de Jésus, pour que la vie de Jésus soit, elle aussi, manifestée dans notre corps ».

Nous comprenons les stigmates : c’est pour que la vie de Jésus soit manifestée dans le corps que les souffrances de la Passion sont accordées. Il est évident que celles qui font peur et sont signes de mort ne sont pas à comparer aux souffrances des plaies de Jésus, porteuses de Vie et destinées à donner la vie de l’Esprit, premièrement à l’âme et au corps de la stigmatisée et, deuxièmement, à tous ceux qui en recevront les effets spirituels se diffusant dans le Corps mystique du Christ, c’est-à-dire le corps total de l’humanité. Il s’agit d’un charisme qui, comme tout charisme, sert à la construction du corps intégral du Christ en ce monde.

L’inscription dans le corps personnel de cette union mystique au Christ Jésus est riche d’enseignement.

Sainte Thérèse d’Avila, comme tous les grands mystiques, met en garde contre les illusions spirituelles. C’est du reste l’objet d’une vigilance constante à qui veut grandir en Dieu.

La meilleure façon de les éviter, c’est précisément, selon elle, de demeurer attaché à l’humanité corporelle de Jésus.

En communiant dans son propre corps à la Passion du Corps du Christ, on a la certitude que l’expérience vécue est réelle et non imaginaire puisque toute la personne s’y trouve associée jusque dans le corps, qui est, dans la personne, le point d’ancrage à la réalité. Alors que l’imagination vagabonde et délire facilement. Sainte-Thérèse d’Avila se méfie des fausses expériences spirituelles qui divaguent hors de la réalité et insiste fréquemment sur la nécessité de ne pas quitter l’humanité du Christ, en laquelle nous trouvons l’humilité et évitons les dérives imaginaires dont se nourrit l’orgueil.

Un jésuite psychanaliste, Denis Vasse, commentant Sainte-Thérèse d’Avila (« L’Autre du Désir et le Dieu de la Foi, lire aujourd’hui Thérèse d’Avila », page 32), écrit : « La rencontre en humanité avec la chair de Jésus nous donne d’exister, de sortir de la prétentieuse projection de nous-mêmes. Elle nous autorise à habiter dans le Corps de Parole que nous ne connaissons pas, un corps vivant de désir […] ». Car dans le corps, et a fortiori dans le corps stigmatisé, nous ne pouvons pas maîtriser ce qui nous advient ; nous sommes invités à accueillir et recevoir une expérience qui nous dépasse, qui vient de Dieu (L’Autre) et sur laquelle nous n’avons pas prise. Le danger qui guette l’esprit de l’homme c’est de vouloir se donner à soi-même ses propres représentations, prises pour Dieu. Dans le corps marqué par la Passion, tel risque est évité et l’âme repose sur le socle de l’humilité, par le biais du corps humilié et consentant à l’être, par amour du Seigneur bien entendu, et non dans une sorte de résignation stoïcienne ou, pire, dans une quête hystérique d’imitation d’un modèle extérieur.

Denis Vasse dit encore : « Il n’y a dans le monde qu’un seul lieu où « ça parle » : le corps humain. En lui, le Même s’ouvre à la dimension de l’Autre et à la rencontre dont le désir écrit l’histoire du monde ».

Au chapitre 12 de son « Autobiographie », Thérèse ne cesse de mettre en garde contre l’inflation et le « forcing » spirituel … Cette façon de se donner « en esprit , dans l’exaltation de l’imaginaire, ce qui ne nous est pas donné en vérité, dans l’abaissement de la chair, cache au creux de sa réussite délirante un manque d’humilité et de discernement. La volonté d’approcher Dieu par force dissimule le refus qu’il s’approche humblement de nous ». Dans les stigmates, c’est Dieu qui s’approche humblement de la personne aimée, elle-même dépossédée d’elle-même et poussée à s’abandonner totalement à la grâce qui la visite, obligée de reconnaître que rien ne vient d’elle et que tout vient de Lui. Elle est totalement habitée, comme dit D. Vasse, par le désir de la rencontre et l’embrasement du cœur dans l’union mystique. Bien entendu, c’est l’humilité qui est le signe de l’authenticité des stigmates.

Madame Acarie s’efforçait de ne rien laisser paraître. Elle se munissait d’un emplâtre qu’elle mettait tantôt sur un pied tantôt sur l’autre pour donner le change et ne pas laisser supposer l’extraordinaire.

Elle fit connaître ce fait à son confesseur, le père Coton, sous le sceau du secret et en lui demandant de ne le diffuser sous aucun prétexte avant sa mort.

La bienheureuse a relaté ce qu’elle avait expérimenté au cours d’une de ses rencontres avec le Seigneur, dans une lettre au cardinal de Bérulle datée de 1615.

Elle était alors, comme il a été dit plus haut, religieuse au carmel d’Amiens. C’était dans la semaine précédant sa profession. Cette rencontre particulièrement intense avec le Seigneur devait préparer son acte d’offrande totale.

« Le Samedi-saint y étant, je me sentis reprise d’avoir eu les jours précédents si peu de sentiments des douleurs et tourments qu’avait soufferts notre seigneur Jésus-Christ pour mes péchés, et pour ceux de tous les hommes. Mon ingratitude et insensibilité me donna grande douleur. Quelque temps après, jetant l’œil extérieur sans dessein sur un crucifix, l’âme fut touchée si subitement, si vivement, que je ne pus pas même l’envisager davantage extérieurement, mais intérieurement. Je m’étonnais de voir cette seconde personne de la très sainte Trinité accomodée de cette sorte pour mes péchés et ceux des hommes. Il me serait du tout impossible d’exprimer ce qui se passa en l’intérieur, et particulièrement l’excellence et la dignité de cette seconde personne. Cette vue était si efficace et avait tant de clarté, qu’elle ne pouvait consentir et moins comprendre, qu’ayant tant d’autres moyens pour racheter le monde, il avait voulu ravilir une chose si digne et si précieuse jusqu’à ce qu’il plut au même Seigneur soulager les angoisses auxquelles elle était, (et crois que, si cela eût duré plus longtemps, elle ne l’eût pu porter), l’informer si particulièrement et si efficacement, et surtout avec tant de clarté, qu’elle ne pouvait nullement douter que ce fût lui qui donnait jour à ces ténèbres, et l’enseignait, comme ferait un bon père son enfant, ou un bon maître son disciple. Ce qui se sentait intérieurement ne se peut exprimer, et moins dire. Il me souvient bien que l’âme admirait sa sagesse, sa bonté, et particulièrement l’excès de son amour pour les hommes. La joie et la douleur tout ensemble faisaient divers effets, et rendaient l’âme fertile en conception. Que ne disait-elle à ce Seigneur, qui lui était si efficacement présent ? Quels besoins oubliait-elle ? Quels désirs et souhaits ? Quels remerciements, où elle employait tout le ciel et particulièrement cette très-sainte Trinité ? Oh ! Combien elle lui demandait l’efficace de ce qu’il avait opéré pour notre salut et de tous les hommes ! Les douleurs aux extrémités dont nous-1- nous sommes plainte depuis tant d’années, furent rendues douces et suaves quoique douloureuses ; de quoi elle remerciait notre Seigneur. Elle était lors sans crainte et sans ténèbres. Bref, je ne saurais dire comme j’étais ; cela dura le temps de l’oraison du matin, qui fut bien de quatre ou cinq heures. Depuis ce temps-là il m’est demeuré plus grande aide et facilité en l’oraison qu’auparavant ; où elle trouve une nourriture si solide, si fructueuse, et si pleine de suavité ; et particulièrement après la sainte communion, où je sens une efficace si grande, qu’il ne faut point de foi pour croire que cette réalité ne soit en l’âme, où tous les autres sens se ramassent pour l’y adorer. L’on démentirait tout pour soutenir cette vérité, qui est si efficacement en l’âme, qu’elle se sent toute consommée, ne pouvant souventes fois soutenir l’efficace de cette présence. Il y a une telle sérénité et paix en l’âme, que nous qui le ressentons, je ne le puis dire. Il y a tant de choses qui se passent en l’intérieur, où j’aurais grand besoin d’aide, que je ne puis nullement écrire. Si Dieu eût permis que vous eussiez fait le voyage que vous vous étiez proposé, c’eût été grand soulagement pour mon âme. Si vos saintes occupations pouvaient permettre quelques jours d’absence, je vous supplierais humblement de les prendre, remettant le tout à ce que notre Seigneur en ordonnera. Depuis que nous sommes en ce lieu, nous avons été fort affligée de ces douleurs d’entrailles, et avec telle extrémité, que je ne puis comprendre comme je suis en vie ; depuis quelque temps je suis mieux et ai du repos la nuit. Ce feu que je ressens au-dedans, que je croyais que l’âge pourrait diminuer, va augmentant en telle sorte, que je ne puis quelquefois vivre ; j’ai grand besoin d’avis sur ce point, pour dire ce qui s’augmente, et ne pense pas qu’il se puisse donner par écrit. Pour ces douleurs aux extrémités, il m’est venu de grandes craintes de ce que j’ai à y déduire, me souvenant de ce que le révérend père Benoît, capucin, m’en dit il y a dix-sept ou dix-huit ans »-2-.

En fait, sœur Marie de l’Incarnation semblait proche de la mort quand cette rencontre avec le Seigneur se produisit.

Ce que l’on remarque dans cette lettre : c’est l’humilité de ton qui s’en dégage : elle craint de se tromper, de s’égarer. Elle a conscience de sa misère.

Elle vit non pas la souffrance réduite à elle-même et comme lovée sur elle-même mais une souffrance qui l’unit à la peine du Seigneur pour les péchés du monde et les siens propres. Elle prend part au désir de salut du Seigneur voulant sauver les pécheurs et s’offrant pour cela au Père.

Elle est emplie d’une paix, d’une douceur indicible, dans le rassemblement de toutes ses facultés dans l’adoration aimante. Elle est visitée par un feu intérieur qui ne cesse d’augmenter jusqu’à avoir l’impression de mourir et qui n’est autre que le feu de l’Esprit consumant le cœur dans l’offrande à la Sainte Trinité.

On sait par ailleurs, qu’elle hésite à faire profession, se sentant indigne d’un si grand honneur et de l’exigence de pureté qu’elle représente : « Une religieuse doit porter en son intérieur cet esprit qui est humble, petit, soumis à tous, qui n’a point de raison, ni paraît rien et obéit à tous. De quoi, me voyant si éloignée, je ne puis aucunement me résoudre à faire profession ».

Au cours de cette maladie, peu après Pâques, elle fit profession.

L’expérience transformatrice qu’elle connut la montre aux yeux de tous comme transfigurée : « Il paraît en elle depuis sa profession quelque chose de si extraordinaire. On voyait reluire sur son visage une certaine innocente grâce et beauté telle que nous ne nous lassions pas de la regarder […]. Ce qui étonnait c’était de voir en même temps une innocence d’enfant jointe à une telle divine prudence et sagesse », témoigne Valence de Marillac au procès informatif.

Elle répète enflammée et animée d’une ardente ferveur : « Trop est avare à qui Dieu ne suffit ».

Elle vivait dans la souplesse de l’humilité : « Quand elle voyait que nous désirions quelque chose avec trop d’affection, encore même que ce fût pour notre avancement, elle nous disait : « Trop est avare à qui Dieu ne suffit », contentons-nous tout doucement, au petit pas ou en fait plus, faut être humble en nos désirs » rapporte encore Valence de Marillac.

Je tiens à préciser ce point pour montrer que les stigmates qui étaient accompagnés d’un débordement de joie spirituelle intense, ne procédaient d’aucune volonté d’extraordinaire, d’aucun désir propre. Elle avait ce discernement des choses de Dieu qui l’empêchait de faire quoi que ce soit pour tenter de devancer la grâce et de mettre en avant une quelconque volonté personnelle. Elle tenait à ce qu’aucun vouloir propre ne vienne s’immiscer dans l’œuvre de Dieu qui s’opérait en elle.

« Il n’y a pas de plus grande preuve d’amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ». Dans les stigmates, Dieu prouve qu’Il aime de façon privilégiée celle qui se donne à Lui sans réserve. Comme le dit le père André Duval au procès apostolique de 1630, ils étaient, ces stigmates « les marques de tendresse par lesquelles, payant de retour les actes d’amour, Dieu montrait qu’Il aimait à son tour sa servante ». Les stigmates de la Passion signifient dans la chair que Dieu reconnaît l’offrande de sa servante et vient la faire participer à ce qui lui tient le plus à cœur : le salut du monde par la Croix. Mais on ne comprendrait rien à ces souffrances si on ne saisissait pas qu’elles sont remplies de tous les effets de la grâce : joie surabondante, tendresse compatissante, rassemblement de tout l’être dans la paix et le don de soi, extase d’amour dans le Feu de l’Esprit. Ces effets de la grâce signent l’authenticité indubitable des stigmates de sœur Marie de l’Incarnation.

Il est évidemment important de vérifier que ce phénomène des stigmates est authentique.

Les critères de vérification sont ceux qui concernent la personnalité spirituelle de la stigmatisée.

J’ai insisté à dessein sur le premier de tous : l’humilité.

Tout ce qui est faux spirituellement laisse entrevoir des racines d’orgueil. J’ai personnellement eu affaire à une personne qui prétendait avoir des prophéties du Seigneur. Les prophéties étaient belles, mais la personne a eu une forte réaction d’orgueil, refusant un pardon qui lui était donné parce qu’on lui avait manqué d’égards. J’ai immédiatement coupé court : les pseudo-prophéties n’étaient que des montages. Le critère est absolu.

Deuxième critère : la charité permanente et incontestable dans la vie de madame Acarie. Charité active et débordante, comme le dira monsieur Picard. Charité attentive et délicate, comme en témoigneront entre autres ses sœurs du Carmel. Droiture, vérité « Le meilleur moyen de réussir en tout est d’y mettre de la droiture. La droiture seule peut faire du bien et procurer la paix ».

Troisième critère : les charismes de l’Esprit. Si les stigmates n’étaient accompagnés d’aucun charisme, on serait à coup sûr, en présence d’une simulation car l’union au Seigneur permet, selon Saint-Jean, de faire ce que le Seigneur a fait. « Mes œuvres vous les ferez. Vous en ferez même de plus grandes car Je vais au Père ».

Elle eut le charisme de guérison, attesté entre autres par la guérison instantanée d’une épaule anormalement hypertrophiée, à la suite de la prière de sœur Marie de l’Incarnation à Amiens, alors qu’elle était novice (témoignage de Henry d’Orléans, duc de Longueville).

Elle avait le charisme de prophétie, de prédire certains événements à venir, de lire dans les cœurs, de discerner les esprits.

Cette richesse de dons manifestait que sœur Maire de l’Incarnation était entièrement mue par l’Esprit de Dieu.

Un témoin a pu dire : « Je ne sais point lui avoir jamais vu commettre une imperfection. Je pensais en la voyant si sainte et si parfaite que si tous les monastères étaient pleins de semblables religieuses, il n’y aurait guère de différence de la terre au ciel » cité par Bruno de J.M. in « La Belle Acarie », p. 613, n° 4.

Fête de l’Annonciation – Carmel de Pontoise

Notes :

-1- Marie de l’Incarnation, par humilité, parle d’elle-même à la troisième personne du singulier ; elle emploie également le nous et le je.

-2- Le père Benoît de Canfeld, capucin, rencontra madame Acarie en 1592 et lui certifia « tout ce qui se passe en vous est effet de la grâce ». Assurément, tout ce que vécut madame Acarie fut effet de la grâce.

SOURCE : http://www.madame-acarie.org/presentation.php?onglet=spiritualite&type_page=1&nom_page=conf_stigmates&stat=4


Lecture du tableau représentant la vision de Ste Thérèse d'Avila



à Mme Acarie à St Nicolas de Port lors de l'année jubilaire en 1602.



Œuvre du peintre lorrain Pierre-Dié Mallet-1- en 1954



pour le 350ème anniversaire de la fondation de l'Ordre du Carmel en France


Cette composition se lit de gauche à droite et retrace, comme l'indique l'épitaphe qui est en bas à droite: "Passant regarde et contemple quelques unes des fleurs du Carmel qui par "l'humble Acarie" ont sanctifié ta Patrie". Il s'agit en fait d'une partie de tableau ou plutôt deux tableaux qui ont été assemblés dans le même encadrement (1394 x 630 mm).

Cette œuvre se trouve actuellement à la communauté des Petites Sœurs du Sacré-Cœur de Jésus à St Parres les Vaudes (10), fondée par l'Abbé Georges de Nantes, ancien curé de la paroisse de Villemaur-sur-Vannes, où Barbe Avrillot avait acquis par son mariage avec Mr Acarie le titre de Vicomtesse de Villemaur.

Ce tableau a été remis à cette communauté vers 1980 par Mme Jeanne Mallet (1901-1995) originaire de St Flour et tertiaire de la province des Carmes d'Avignon-Aquitaine, épouse du peintre Pierre-Dié Mallet (1895-1976) oblat de l'Ordre de St Benoît.
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La partie haute du tableau représente la scène de l'apparition de la Sainte Vierge, le 16 juillet 1251, à Saint Simon Stock, religieux de l'ordre du Carmel. L'œuvre est datée de 1958 (897x630 mm).


La partie basse, datée de 1954, retrace la vision de Ste Thérèse d'Avila à Mme Acarie en la basilique Saint Nicolas de Port lors du Jubilé de 1602 (497x630 mm).

Grâce à la première biographie de Mme Acarie en religion Sœur Marie de l'Incarnation (1565-1618) éditée en 1621 à Paris par l'Abbé André du Val théologien et un des trois supérieurs de l'Ordre du Carmel français, nous pouvons connaître le contexte de ce pèlerinage : "Toutes ces choses (les procédures ecclésiastiques pour l'implantation des Carmélites en France) s'étant si heureusement acheminées, la Bienheureuse (Mme Acarie) eut le désir de mener en Lorraine Mademoiselle Florence d'Abra, de la famille de Raconis, qui voulait être Récollette en la ville de Verdun, où des filles de Ste Claire s'étaient naguère réformées, sous la conduite des Pères Récollets. Monsieur Acarie, son mari, et le Père de Bérulle l'accompagnèrent en ce voyage. Après avoir mis cette bonne demoiselle en religion, ils allèrent à Saint-Nicolas (de Port) en Lorraine-2- , où la sainte mère Thérèse apparut à notre Bienheureuse pour la troisième fois, lui déclarant qu'elle entrerait en l'Ordre et que Dieu voulait qu'elle fut sœur converse. Elle a dit à un de ses confesseurs qu'elle résista beaucoup, non pour être religieuse, car elle le désirait grandement, mais pour être sœur laie ; ce n'est pas qu'elle méprisât aucunement cette condition, qu'au contraire elle estimait grandement, mais elle avait la dévotion de chanter au chœur les louanges de Dieu, le chant de l'Eglise lui ayant toujours été agréable. Enfin, après avoir bien combattu, ne pouvant, comme saint Paul, regimber contre l'aiguillon, elle se rendit et accepta d'un si grand courage la condition que la sainte Mère lui prescrivait, qu'elle en fit vœu avant de se lever de la place où elle était à genoux. Cette révélation, avec la disposition d'esprit qu'elle y reçut, lui demeura tellement gravée dans le fond de l'âme, qu'elle me dit lorsqu'elle postula pour être religieuse après la mort de son mari (sans toutefois me déclarer particulièrement sa révélation), qu'elle l'avait journellement aussi présente qu'au moment où elle lui fut donnée."

Le peintre ayant eu connaissance de cette apparition l'a représentée sur la moitié gauche du tableau.

• A gauche du pilier un ecclésiastique en soutane et surplis tient en ses mains un trousseau de clés. J'y verrais le confesseur de la Bienheureuse, André du Val (1564-1638), qui a les clés de l'âme en tant que directeur de conscience. Sœur Anne-Thérèse de Jésus, archiviste du Carmel de Pontoise, qui va nous donner la suite de l'explication, y voit plutôt le défenseur de l'Eglise et du Pape.

• A droite du pilier debout la main gauche sur la poitrine serait Edmond de Messa, valet de la famille Acarie.

• Tenant dans ses bras un enfant Andrée Levoix la "servante" amie et confidente de Mme Acarie, qui sera la première Carmélite française sous le nom de Sœur Andrée de Tous les Saints décédée le Vendredi Saint de 1605. Un petit anachronisme concernant cet enfant, car à cet époque Geneviève, la dernière enfant des Acarie avait 12 ans. Elle entrera au Carmel le 24/06/1607 sous le nom de Sœur Geneviève de St Bernard et deviendra prieure des Carmels de Chartres puis de Sens.

• La personne à genoux pourrait représenter peut-être Florence d'Abra de Raconis dont parle l'Abbé du Val, mais elle est sensée être rentrée au couvent des Récollettes de Verdun quelques jours auparavant.

• Sur ces premiers personnages le peintre n'a laissé aucune trace du sens de cette composition. Sœur Anne-Thérèse de Jésus se demande si le groupe de personnages sur la gauche ne représenterait pas ces passants que le peintre invite à contempler la postérité glorieuse de Madame Acarie ? On y trouve les trois âges de la vie (un bébé, des personnes adultes, une personne âgée à genoux) ainsi que les deux états de vie (laïc et clerc) !

• Debout tenant son chapeau dans la main gauche et récitant son chapelet de la main droite, Monsieur Acarie (1560-1613) vicomte de Villemaure.

• A genoux, en soutane noire avec sa cape et sa calotte, l'Abbé Pierre de Bérulle (1575-1629) cousin de Mme Acarie, tient un livre de prière. C'est également un des trois supérieurs de l'Ordre avec l'Abbé du Val et l'Abbé Jacques Gallemant (1559-1631). Il participera activement à l'introduction des Carmélites en France en allant en Espagne pour dénouer les difficultés des supérieurs Carmes. Il est également le fondateur de la congrégation de l'Oratoire de France (1611) imité de l'Oratoire Romain de Saint Philippe Néri. Il sera nommé Cardinal en 1627. Sa mère entra au Carmel de Paris le 14 août 1605 à l'âge de 55 ans et décédera le 12 janvier 1628.

• Egalement à genoux, en extase, les mains jointes, Mme Barbe Acarie (1565-1618) reçoit la vision de Sainte Thérèse d'Avila. En ce début du 17ème siècle, elle fut le centre de la vie spirituelle française. Née le 2 février 1566, Barbe est la fille de Nicolas Avrillot et de Marie Luillier (descendante d'Etienne Marcel). A 16 ans, elle épousa Pierre Acarie (22 ans). Ils eurent six enfants (3 garçons et 3 filles) dont cinq rentreront dans la vie religieuse. Elle est considérée comme la Fondatrice du Carmel en France en 1604. Après la mort de son mari survenue le 17 novembre 1613, elle entrera au Carmel d'Amiens le 15 février 1614 et y prendra le voile des sœurs converses le 7 avril de la même année sous le nom de Sœur Marie de l'Incarnation. Elle finit sa vie religieuse au carmel de Pontoise où elle mourut le 18 avril 1618. Elle fut béatifiée le 5 juin 1791, sa fête est célébrée le 18 avril date de sa mort. Son corps peut être vénéré dans la chapelle du Couvent St Joseph de Pontoise.

La scène qui est ici représentée est la troisième vision de Sainte Thérèse à la future fondatrice du Carmel en France.-3-

• Le personnage central qui apparaît à Mme Acarie est Sainte Thérèse d'Avila, Mère Thérèse de Jésus (1515-1582), fondatrice des Carmélites Déchaussées en 1562,. En 1559, un séraphin lui apparaît, "il avait en main un long javelot d'or dont la pointe laisse échapper une flamme. Il me perça le cœur […] puis me laissa toute embrasée de l'amour de Dieu" (Vie, Ch. 24). Auteur de nombreux ouvrages spirituels comme La Vie, le Chemin de la Perfection, le Château de l'âme, … Canonisée en 1622, sa fête est le 15 octobre. Elle a été proclamée Docteur de l'Eglise par la Pape Paul VI en 1970.-4-

• Sur la moitié droite du tableau se trouve tout un groupe de religieuses, toutes Carmélites, qui sont les "fleurs du Carmel" comme dit l'artiste dans son épitaphe.

• Au dessus du groupe, la Mère Anne de Jésus de Lobera (1545-1621) tient les emblèmes de la Mère Thérèse de Jésus, la plume symbole de la rédaction de la nouvelle règle qui a réformé l'Ordre du Carmel et son cœur transverbéré dont nous avons parlé plus haut. Fille spirituelle de Ste Thérèse, elle est prieure du Carmel de Salamanque au moment de son départ d'Espagne pour la France. Elle sera désignée prieure du premier monastère de France ( Paris ) par le supérieur général. Elle fonda les Carmels de Pontoise en 1605 et de Dijon la même année, puis partit en 1607 pour la Belgique, où elle fonda encore les monastères de Bruxelles, de Louvain et de Mons.-5-

• Dans le groupe la première religieuse à gauche est la Bienheureuse Mère Anne de St Barthélemy Garcia (1549-1626) qui fut la première converse reçue par la Mère Thérèse de Jésus, qui la choisit pour compagne et mourut entre ses bras. Elle tient dans ses mains les Constitutions de 1581 de l'Ordre du Carmel Déchaussé. Elle fut la première prieure de Carmel de Pontoise fondé le 15 janvier 1605. Elle fut aussi prieure du Carmel de Paris puis fonda le Carmel de Tours, et établit le monastère d'Anvers où elle mourut. Elle fut béatifiée en 1917.-6-

• Puis à la droite de cette dernière est représentée Marguerite de Beaune tenant l'Enfant Jésus dans ses bras. Le carmel de Beaune, en Bourgogne, fut fondé par celui de Dijon en 1619. Mère Marie de la Trinité y fut chargée des Novices. Mère Élisabeth de la Trinité en devint la Prieure en 1626 et donna un grand essor à ce monastère. En 1630, elle y accueillit une orpheline de 11 ans 1/2, Marguerite Parigot, d'une famille de notables de Beaune; ce sera la Vénérable Marguerite du Saint Sacrement. Sous la conduite de ces deux Mères, la jeune novice orienta vers l'enfant Jésus sa piété précoce. Le divin Enfant combla la " petite épouse de sa crèche " de grâces mystiques. La pratique des vertus religieuses notamment de l'obéissance authentifiait ces expériences étonnantes chez une enfant.

Le Roi Louis XIII et la Reine Anne d'Autriche, mariés depuis une douzaine d'années n'avaient pas d'enfant n'avaient pas d'héritier pour le trône ! Toute la France invoquait le Ciel ! Sœur Marguerite eut encore une révélation dans sa prière : elle affirma que la Reine allait donner le jour au futur Louis XIV. La mère et le fils en manifestèrent leur gratitude au Carmel.-7-

• La Mère Thérèse de Saint Augustin (1737-1787), fille du Roi Louis XV. Elle tient la Croix et les trois lys de France. Louise de France naît à Versailles le 15 juillet 1737. Jusqu'à l'âge de 13 ans, elle est préparée à son métier de princesse royale à l'abbaye de Fontevrault. De retour à la Cour, sans en ignorer les travers, elle y vit jusqu'à 33 ans, consciente de sa dignité native et de sa responsabilité chrétienne. Entrée au Carmel de Saint-Denis en 1770, sous le nouveau nom de Thérèse de Saint-Augustin, elle meurt le 23 décembre 1787.-8-

• A sa gauche, derrière, la Mère Camille de l'Enfant Jésus de Soyecourt (1757-1849). Le premier essai de restauration du Carmel après la révolution fut réalisé par une vaillante fille de sainte Thérèse, la Mère Camille de l'Enfant-Jésus (1757-1849). Entrée au Carmel de la rue de Grenelle à Paris, Camille de Soyecourt, très douée sur le plan humain, se signala par sa ferveur et son esprit d'oraison. Elle partagea le sort de sa communauté durant la révolution et connut la prison, l'isolement et la misère matérielle. Demeurée Carmélite de toute son âme, elle réussit à racheter en 1797, l'ancien couvent des Carmes, rue de Vaugirard. Immédiatement, la communauté que Sœur Camille avait déjà rassemblée rue Saint-Jacques deux ans auparavant, s'y installa et, trois ans plus tard, élut prieure celle qui lui avait procuré ce nouveau monastère. La Mère de Soyecourt rendit des services signalés à Pie VII et aux cardinaux exilés en France. Elle aida aussi de tout son pouvoir les Carmels qui se réorganisaient en terre française et tenta personnellement de faire revivre le monastère de Compiègne en 1834. Mais de graves difficultés firent pour lors échouer son projet, qui n'aboutit qu'en 1865. Le couvent de la rue de Vaugirard étant trop vaste pour des Carmélites, la Mère Camille l'offrit d'abord aux Carmes de Belgique; mais ils ne purent accepter. Elle se rendit alors aux instances de Mgr Affre, archevêque de Paris, qui désirait y installer une école de hautes études ecclésiastiques, l'actuel Institut Catholique. Pour ses filles, la grande prieure aménagea, à l'avenue de Saxe, un monastère où elles entrèrent en 1845. Celle qu'on a appelée la restauratrice du Carmel de France mourut en 1849.-9-

• Puis Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face (1873-1897) jetant sa pluie de roses. Elle tient avec sa sœur Céline devenu Sœur Geneviève de la Sainte Face (1869-1959), le livre ouvert avec l'Enfant Jésus sur la main de Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et la Sainte Face sur la main de Sœur Geneviève pour avoir dessiné la première fois une reproduction fidèle à l'image réelle et vraie du visage de Jésus souffrant que nul n'avait eu sous les yeux avant 1898, date de la première photographie du Saint Suaire de Turin réalisée par Secondo Pia.-10- En effet avant l'invention de la photographie les peintres et les mosaïstes ont pris pour modèle une inexplicable et inesthétique empreinte, en la copiant positivement, quitte à l'interpréter ! Sœur Geneviève ayant eu sous les yeux la reproduction du négatif de l'original publié en 1902, qui a révélé toute la beauté du visage de Jésus souffrant pour nos péchés, a réalisé une image si fidèle que le Pape de l'époque Saint Pie X a autorisé en février 1906 sa reproduction et est toujours considérée comme la seule image officielle. Sainte Thérèse et Sœur Geneviève étaient toutes deux Carmélites à Lisieux. Sainte Thérèse était inscrite depuis le 26 avril 1885 sur les registres de la Confrérie réparatrice de la Sainte Face fondé par "le saint homme de Tours" Mr Dupont (1797-1876) suite à des révélations reçues par la Sœur Marie de Saint Pierre (1816-1848), dans le but de réparer les outrages et les blasphèmes qui ont défiguré et défigurent encore la Face du Sauveur.-11-

• Ensuite sur la gauche du pilier de droite, la Bienheureuse Sœur Elisabeth de la Trinité (1880-1919), de Dijon. Née le 18 juillet 1880 à Avor près de Bourges, Elisabeth Catez joint à un tempérament d'artiste (premier prix de piano à treize ans !) un cœur assoiffé d'absolu. Elle entre au Carmel de Dijon à vingt et un ans, pour terminer sa vie sur terre dès le 9 novembre 1906, victime de la maladie d'Addison.

Elle fut béatifiée par le Pape Jean-Paul II le 25 novembre 1984.-12-

• A droite du pilier, une des dernières fleurs du Carmel français, Sœur Marie Angélique de Jésus (1893-1919) entrée au Carmel de Pontoise le surlendemain de sa majorité le 2 février 1914, après de grandes études de piano qui l'on fait fréquenter les plus grands virtuoses de l'époque.-13-

Le 3 mars 1919, elle décède à l'âge de 26 ans en odeur de sainteté.

Vers 1090, un Lorrain, Charles Aubert dit de Varangéville, rapporte de Bari une relique de Saint Nicolas sa " dextre bénissante " qui justifie en 1101 la construction d'une première église. Après la victoire de 1477, l'accueil des pélerins toujours plus nombreux, suscite alors la création d'une " grande église ", laquelle est aussi le témoignage de reconnaissance du duc René II.

C'est ainsi qu'en 1481, commence la construction de la Basilique, qui sera consacrée en 1560. Dés lors, ducs et personnages célèbres de Lorraine, princes et rois de France se succèdent pour demander la protection de Saint Nicolas.

La Basilique subit d'importantes dégradations au cours du XVII ème siècle alors que la ville perd de son importance commerciale. Elle est restaurée peu à peu mais la Révolution française et les bombardements de 1940 achèvent de détériorer l'édifice. Pie XII la consacre basilique en 1950.

A son décés en mars 1980, Camille Croué Friedman, Portoise d'origine, émigrée au Etats-Unis, lègue à l'Evêché une somme fabuleuse qui permet de lancer un fantastique chantier de restauration de la Basilique.

L'édifice est exceptionnel par l'unité de son architecture. Il se caractérise par une grande sobriété de style et surtout une déviation de la nef, due à de mauvaises évaluations de la composition du sol. Son plan de type basilical, en forme de croix latine, ainsi que sa façade occidentale, lui confère une harmonie et en font un des édifices gothiques flamboyants le plus majestueux de Lorraine et sans doute le plus homogène d'Europe.

Le trésor est composé de plusieurs pièces inestimables, dont le Bras reliquaire de Saint Nicolas en vermeil, or et argent. (http://www.saintnicolasdeport.com/basilic_perso1.htm)

Ouvrage terminé le 16 mai 2002

En la fête de Saint Simon Stock

 Notes

• -1- Pierre-Dié Mallet est né le 31 décembre 1895 à Rambervillers dans les Vosges. Il est décédé le 5 décembre 1976 à Nancy (54). Le jour de sa Confirmation il ajoutera à son prénom de baptême (Pierre) celui de son prénom de confirmé (Dié) par dévotion à St Déodat patron de la ville épiscopale de St Dié (88). Elève de Victor Prouvé de l'école de Nancy, son œuvre sera en grande partie religieuse, hagiographie et héraldique. Il peint avec une minutie scrupuleuse, avec le souci du détail multiplié jusqu'à en devenir foisonnant. Sa grande érudition historique lui permet d'enrichir ses thèmes de multiples précisions anecdotiques. Il est également un excellent sculpteur et l'auteur de la composition de la grande mosaïque de l'abside de la basilique Ste Jeanne d'Arc au Bois Chenu de Domrémy. Il réalisera une quantité d'images pieuses, de fresques, de vitraux pour les églises et les communautés religieuses de Lorraine. Il savait traiter les différentes techniques de peinture, d'aquarelle, de lavis, de pastel, allant jusqu'à inclure des feuilles d'or dans ses compositions. Il utilisait également la technique de la chrisographie qui consiste en la gravure à la pointe sèche d'une feuille d'or fin adhérente à une lame de verre. Le Musée de St Dié possède 1500 esquisses où l'on peut observer que l'artiste dessinait en premier lieu les personnages nus puis venait seulement la mise en place des drapés du vêtement.

• -2- Lieu de pèlerinage réputé depuis le 12 ème siècle, Saint Nicolas de Port, sur la rive gauche de la Meurthe, à 15 km de Nancy, possède une église dont la construction commencée par le curé Moyset n'était pas encore complètement terminée en 1550. Elle fut embellie aux 16 ème et 17 ème siècles, incendiée par les Suédois en 1635. Dom Deslisle nous indique que "les princes de Lorraine obtinrent du Pape que le Jubilé (de l'année jubilaire de 1600) durerait toute l'année 1602 dans l'église de St Nicolas de Port. Le concours y fut si extraordinaire que l'on y compta deux cent mille pèlerins, y compris 6000 prêtres, qui y dirent la messe, et 21 hérétiques qui y firent abjuration. Emile Badel, illustre historien portois nous précise que l'apparition eu lieu à gauche du chœur. Voir en dernière page une note sur la Basilique.

• -3- Lire : La vie admirable de la Bienheureuse Sœur Marie de l'Incarnation par M André du Val, publiée en 1893 d'après l'édition originale de 1621. ou de nombreux autres ouvrages.

• -4- Lire : Œuvres complètes de Sainte Thérèse de Jésus, Edition du Seuil, 1949.

• -5- Lire : Histoire du Carmel de Pontoise Tome I, Jean-Dominique Mellot, Desclée de Brouwer, 1994

• -6- Lire : Anne de St Barthélemy autobiographie, Père Julian Urkiza, OCD, Carmelitana (Gand) 1989

• -7- http://www.carmel.asso.fr/histoire/beaune.shtml

• -8- Lire : Louise de France, carmélite à Saint-Denis, textes spirituels, D. Poirot, Présence du Carmel, ŒIL 1988.

• -9- http://www.carmel.asso.fr/histoire/renaissance.shtml

• -10- Lire : Le Saint Suaire preuve de la mort et de la résurrection du Christ. Frère Bruno Bonnet-Eymard. CRC 1987

• -11- Lire : Thérèse et Lisieux, Pierre Descouvemont et Helmuth Nils Loose, Office Central de Lisieux. CERF 1991

• -12- Lire : Elisabeth de la Trinité, Pensées, Foi vivante 208. CERF 1990, ou Elisabeth de la Trinité racontée par elle-même, Conrad De Meester, Foi vivante 200. CERF 1995

• -13- Lire : Routes de musique et de silence, par Elisabeth Rimaud, Edition Prière et vie 1964

• SOURCE : http://www.madame-acarie.org/presentation.php?type_page=1&nom_page=tableau_avila
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Bl. Marie de l'Incarnation

Known also as Madame Acarie, foundress of the French Carmel, born in Paris, 1 February, 1566; died at Pontoise, April, 1618. By her family Barbara Avrillot belonged to the higher bourgeois society in Paris. Her father, Nicholas Avrillot was accountant general in the Chamber of Paris, and chancellor of Marguerite of Navarre, first wife of Henri IV; while her mother, Marie Lhuillier was a descendant of Etienne Marcel, the famous prévôt des marchands (chief municipal magistrate). She was placed with the Poor Clares of Longchamp for her education, and acquired there a vocation for the cloister, which subsequent life in the world did not alter. In 1684, through obedience she married Pierre Acarie, a wealthy young man of high standing, who was a fervent Christian, to whom she bore six children. She was an exemplary wife and mother.

Pierre Acarie was one of the staunchest members of the League, which, after the death of Henry III, opposed the succession of the Huguenot prince, Henry of Navarre, to the French throne. He was one of the sixteen who organized the resistance in Paris. The cruel famine, which accompanied the siege of Paris, gave Madame Acarie an occasion of displaying her charity. After the dissolution of the League, brought about by the abjuration of Henry IV, Acarie was exiled from Paris and his wife had to remain behind to contend with creditors and business men for her children's fortune, which had been compromised by her husband's want of foresight and prudence. In addition she was afflicted with physical sufferings, the consequences of a fall from her horse, and a very severe course of treatment left her an invalid for the rest of her life.

At the beginning of the seventeenth century Madame Acarie was widely known for her virtue, her supernatural gifts, and especially her charity towards the poor and the sick in the hospitals. To her residence came all the distinguished and devout people of the day in Paris, among them Mme de Meignelay, née de Gondi, a model of Christian widows, Mme Jourdain and Mme de Bréauté, future Carmelites, the Chancellor de Merillac, Père Coton the Jesuit, St. Vincent of Paul, and St. Francis of Sales, who for six months was Mme Acarie's director. The pious woman had been living thus retired from the world, but sought by chosen souls, when, toward the end of 1601, there appeared a French translation of Ribera's life of St. Teresa. The translator, Abbé de Brétigny, was known to her. She had some portions of the work read to her. A few days later St. Teresa, appeared to her and informed her that God wished to make use of her to found Carmelite convents in France. The apparitions continuing, Mme Acarie took counsel and began the work. Mlle de Longueville wishing to defray the cost of erecting the first monastery, in Rue St. Jacques, Henry IV granted letters patent, 18 July, 1602. A meeting in which Pierre de Bérulle, future founder of the Oratory, St. Francis of Sales, Abbé de Brétigny, and the Marillacs took part, decided on the foundation of the "Reformed Carmel in France", 27 July, 1602. The Bishop of Geneva wrote to the pope to obtain the authorization, and Clement VIII granted the Bull of institution, 23 November, 1603. The following year some Spanish Carmelites were received into the Carmel of Rue St. Jacques, which became celebrated. Mme de Longueville, Anne de Gonzague, Mlle de la Vallieres, withdrew to it; there also Bossuet and Fénelon were to preach. The Carmel spread rapidly and profoundly influenced French society of the day. In 1618, the year of Mme Acarie's death, it numbered fourteen houses.

Mme Acarie also shared in two foundations of the day, that of the Oratory and that of the Ursulines. She urged De Bérulle to refuse the tutorship of Louis XIII, and on 11 November, 1611 she, with St. Vincent de Paul, assisted at the Mass of the installation of the Oratory of France. Among the many postulants whom Mme Acarie received for the Carmel, there were some who had no vocation, and she conceived the idea of getting them to undertake the education of young girls, and broached her plan to her holy cousin, Mme. de Sainte-Beuve. To establish the new order they brought Ursulines to Paris and adopted their rule and name. M. Acarie having died in 1613, his widow settled her affairs and begged leave to enter the Carmel, asking as a favour to be received as a lay sister in the poorest community. In 1614 she withdrew to the monastery of Amiens, taking the name of Marie de l'Incarnation. Her three daughters had preceded her into the cloister, and one of them was sub-prioress at Amiens. In 1616, by order of her superiors, she went to the Carmelite convent at Pontoise, where she died. Her cause was introduced at Rome in 1627; she was beatified, 24 April, 1791; her feast is celebrated in Paris on 18 April.

Sources

DU VAL, La vie admirable de la servante de Dieu, soeur Marie de l'Incarnation connue dans le monde sous le nom de Mdme Acarie (Paris. 1621; latest edition, Paris, 1893); HOUSSAYE, M. de Bérulle et les Carmélites de France (Paris, 1875); DE BROGLIE, La bienheureuse Marie de l'Incarnation, Madame Acarie (Paris, 1903).

Fournet, Pierre Auguste. "Bl. Marie de l'Incarnation." The Catholic Encyclopedia. Vol. 9. New York: Robert Appleton Company, 1910. 18 Apr. 2015 <http://www.newadvent.org/cathen/09667b.htm>.

SOURCE : http://www.newadvent.org/cathen/09667b.htm