jeudi 12 avril 2012

Bienheureuse CATHERINE de SAINT-AUGUSTIN, religieuse augustine hospitalière


Augustine Hospitalière de la Miséricorde de Jésus

(1632-1668)

Issue de deux familles nobles du Cotentin, Catherine de Saint-Augustin naquit et fut baptisée le 3 mai 1632, à Saint-Sauveur-le-Vicomte, dans l'actuel département de la Manche, en France. Son père, Jacques Simon de Longpré, était avocat, et sa mère, Françoise Jourdan de Launay, fille d'un lieutenant civil et criminel.

L'éducation de la fillette fut confiée à ses grands-parents maternels. Les Jourdan tenaient chez eux une sorte d'hôpital où ils recevaient et soignaient les pauvres et les malades; Catherine fut très tôt initiée aux exercices de la charité et à la pratique de la vertu.

Catherine, attirée par la vie religieuse, encouragée par saint Jean Eudes entra comme postulante à l'Hôtel-Dieu de Bayeux le 7 octobre 1644. Elle avait douze ans et demi. Deux ans plus tard, elle fut admise au noviciat. C'est alors qu'elle conçut le désir d'aller en Canada, où des Augustines Hospitalières de la Miséricorde de Jésus avaient, en 1539, fondé l'Hôtel-Dieu de Québec.

Quand celles-ci demandèrent de nouvelles recrues, Catherine se porta aussitôt volontaire. Elle n'avait pas encore seize ans. On tenta de la dissuader, et son père s'opposa à son dessein; elle fit le voeu "de vivre et de mourir en Canada, si Dieu lui en ouvrait la porte". Tout le monde dut céder à ses raisons, et Catherine fit profession religieuse le 4 mai 1648, en prévision de son embarquement, le 27 mai. Le 19 août 1648, elle arrivait à Québec.

Mère Catherine de Saint-Augustin allait être d'un grand secours à sa communauté: elle y remplit les charges d'administratrice du monastère, de directrice de l'hôpital, de conseillère et maîtresse des novices. Pendant son premier triennat comme dépositaire, elle dirigea la construction du nouvel Hôtel-Dieu.

Pourtant, cette jeune moniale si active fut presque toujours malade. Elle eut plus de huit ans la fièvre sans garder le lit, sans se plaindre, sans désister de faire son obéissance, sans perdre ses exercices, soit de choeur, soit de ses offices, soit de communauté. Non seulement elle ne se plaignait pas, mais elle était toujours d'un abord si agréable et d'une si grande douceur que tout le monde en était charmé.

La discrétion de Catherine trompa même ses consoeurs sur ses dispositions intérieures. On considéra, de son vivant, qu'elle se comportait tout simplement comme une bonne religieuse, car, à l'exception de son directeur et de son évêque, personne ne savait ce qui se passait en elle. Les richesses de sa vie intérieure et les merveilles mystiques que l'Esprit-Saint opérait en son âme ne furent révélées qu'après sa mort.

On raconte, à son sujet, des "choses extraordinaires": visions, révélations, combats constants contre les démons. Le bienheureux François de Laval, son évêque, et la bienheureuse Marie de l'Incarnation firent plus grand cas, cependant, de ses solides vertus que "des miracles et des prodiges". Marie de l'Incarnation, pour sa part, estimait que "les grâces que Dieu lui a faites étaient fondées sur trois vertus, qui sont l'humilité, la charité et la patience".

Ces trois vertus, Catherine les pratiqua à un degré vraiment héroïque à partir de 1663, année où le Seigneur lui assigna sa mission personnelle au Canada: être "la victime pour les péchés d'autrui". Jamais, en effet, elle ne souffrit autant, en particulier de la part des démons, qui ne lui laissaient aucun repos, la torturant moralement et la rouant même de coups. Pourtant, jamais rassasiée de peines, l'humble hospitalière désirait s'immoler toujours davantage pour le salut des âmes et pour le bien spirituel de son pays d'adoption. Enfin, consumée par la phtisie, elle mourut le 8 mai 1668, à l'âge de trente-six ans.

Le bienheureux François de Laval, pour qui Catherine de Saint-Augustin était "l'âme la plus sainte qu'il eût connue", avait "une très particulière confiance" en son pouvoir, "car, si elle nous a secourus si puissamment pendant le temps qu'elle a été parmi nous, écrit-il, que ne fera-t-elle pas maintenant qu'elle connaît avec plus de lumière les besoins, soit du pasteur, soit des ouailles?"



Marie Catherine de St-Augustin


Missionnaire «en Canada» à 16 ans
 

Le 23 avril 1989, les Français et les Québécois ont eu la joie de voir monter sur les autels, Marie-Catherine de Saint-Augustin (Catherine de Longpré), 1632-1668, Moniale hospitalière de l’Hôtel-Dieu de Québec, surnommée «cofondatrice de l’Eglise canadienne». Une fleur de France épanouie au Canada. Elle a été proclamée “Bienheureuse” à Rome par Sa Sainteté le Pape Jean-Paul II.

Une fleur de France


Catherine de Longpré voit le jour le 3 mai 1632 à St-Sauveur le Vicomte, en Normandie, en France. Catherine est baptisée dans son église paroissiale dédiée à saint Jean-Baptiste, futur patron des Canadiens français.

Les parents de Catherine ont plusieurs enfants, c’est pourquoi la grand-mère maternelle prend l’enfant chez elle et se charge de son éducation. Chez les grands-parents, on reçoit les pauvres, les déshérités, les malades. Catherine est élevée au milieu de cette école de charité. A peine âgée de trois ans et demi, l’enfant brûle déjà d’un ardent désir d’accomplir la volonté de Dieu en tout. Elle ne fait rien sans en demander la permission à une image de la Sainte Vierge et elle révèle, dans son journal, que la Bonne Mère lui répond et qu’elle joue avec l’Enfant-Jésus.

A l’âge de 10 ans, elle signe de son sang son acte de donation totale à la très Sainte Vierge, acte rédigé par elle-même. En 1643, saint Jean Eudes vient prêcher une mission à Saint-Sauveur et prédit à Catherine qu’elle serait religieuse.

Le 7 octobre 1644, notre jeune héroïne, âgée de 12 ans, et sa soeur, frappent à la porte de l’Hôtel-Dieu de Bayeux dans l’intention de se consacrer totalement à Dieu et à Ses oeuvres dans l’Institut des Soeurs Hospitalières de Saint-Augustin. Le 24 octobre 1646, elle prend l’habit religieux en même temps que sa grand-mère qui, devenue veuve, l’a rejointe au monastère. Elle prend le nom de Marie-Catherine de Saint-Augustin.

Épopées canadiennes


C’est le temps des grandes épopées canadiennes. Soeur Marie-Catherine en entend parler et elle nourrit le désir de rejoindre ses devancières en ce pays sauvage. Le 12 avril 1648, elle signe son engagement pour le Canada.

Le navire «Le Cardinal» qui porte notre héroïne fait voile le 31 mai 1648. La traversée est pénible et longue, elle dure 3 mois. La maladie en fait périr plusieurs. Soeur Marie-Catherine est atteinte de la peste elle-même, maladie incurable. Elle va mourir, elle voit un affreux dragon se lancer sur elle. Cependant Dieu la veut au Canada, Il veille sur elle, la très Sainte Vierge la guérit et le dragon s’enfuit.

«Le Cardinal» jette l’ancre à Québec, le 19 août 1648. Toutes ces tribus, à l’exception des Iroquois, sont les amies des Français.

Les Ursulines sont onze et instruisent les filles françaises et amérindiennes. Et les Hospitalières, au nombre de cinq à l’arrivée de Soeur Marie-Catherine, soignent les malades. Elles ont à endurer la rigueur des hivers canadiens, la nourriture grossière, le manque de vivres, la crainte continuelle de l’Iroquois, l’isolement de toute civilisation séparée par l’océan.

À la tâche


Arrivée à Québec, Soeur Marie-Catherine se met courageusement à l’oeuvre, partage les durs travaux de ses devancières et apprend les langues indiennes. Elle manifeste vite de bonnes qualités d’infirmière et fait montre d’un sens pratique remarquable. Elle est aimée de tous. Elle exerce au sein de la Communauté les fonctions d’économe, de maîtresse des novices et de directrice générale de l’hôpital entièrement dévouée à la cause des malades et des plus démunis. La Supérieure, Mère Saint-Bonaventure se réjouit de posséder en Soeur Marie-Catherine un sujet d’une si haute perfection.

Le 16 mars 1649, le Père Jean de Brébeuf est martyrisé par les Iroquois. Il a 56 ans. Il ne désirait que de verser son sang pour Jésus-Christ. Soeur Marie-Catherine est guidée dans son ascension vers la sainteté par le Père Paul Raguenau, Supérieur de l’Hôtel-Dieu et l’un des plus grands apôtres de la Nouvelle-France; et aussi par le Père Jean de Brébeuf qui lui apparaît très fréquemment.

Par sa bonne grâce et sa charité, notre jeune hospitalière gagne vite l’amitié des Amérindiens. Elle leur enseigne le catéchisme. Elle-même affronte la mort avec courage. En 1651, elle écrit ces admirables lignes au grand vicaire de Bayeux: «Nous sommes entre la vie et la mort. Il n’y a personne qui soit assuré d’être garanti de la fureur de ces barbares. Tout cela, je vous assure, ne me fait pas peur. Je sens mon coeur disposé à faire et à souffrir tout ce qu’il plaira à mon Bon Maître de m’envoyer...»

En 1652, Soeur Marie-Catherine est assaillie par deux tentations: l’une d’impureté et l’autre de retourner en France. Elle combat vaillamment la première, par la prière, le jeûne, les disciplines, se couchant sur la dure, etc. A la tentation de quitter le Canada, elle répond par un voeu de perpétuelle stabilité dans sa patrie d’adoption.

Soeur Marie-Catherine est gratifiée de quantité d’extases et de visions, visions de la Vierge dans son Assomption, vision merveilleuse de la Cité mariale dans le Paradis, visions fréquentes de Notre-Seigneur, visions de saint Michel, de saint Joseph, de plusieurs autres saints du Paradis dont le Père de Brébeuf que Dieu Lui-même lui donne comme directeur spirituel; visions d’âmes du purgatoire sauvées par elle; visions des consciences; visions de personnes décédées en France dont elle annonce la mort au Canada, avant que la nouvelle en arrive par les bateaux.

Monseigneur de Laval


Monseigneur de Laval, nommé le 24 juin (fête de saint Jean-Baptiste)1658, vicaire apostolique au Canada, sacré évêque le 8 décembre (fête de l’Immaculée Conception), arrive à Québec le 9 juin 1659.

Le 24 août (la Saint-Barthélemy) de la même année, il administre le sacrement de Confirmation à Soeur Marie-Catherine et à 100 Amérindiens. A cette occasion, Soeur Marie-Catherine voit se dérouler dans le Ciel, d’une manière mystique, le sacrement de Confirmation.

Mgr de Laval connaît déjà le trésor de sainteté que possède l’Hôtel-Dieu dans la personne de Soeur Marie-Catherine, il la consulte très souvent et recommande à ses prières les affaires les plus importantes du diocèse.

Obsession des démons


En 1660, on confie une possédée du démon aux bons soins de Soeur Marie-Catherine. Les démons enragés contre la sainte religieuse lui apparaissent et la battent atrocement. Ils lui donnent une aversion effroyable de la communion. Et quand elle prie pour les pécheurs, Dieu permet qu’elle soit comme une prison où les démons sont contraints de demeurer, ainsi, ils ne peuvent faire de mal à d’autres.

Tremblement de terre


Le commerce de l’eau-de-vie éclate comme un fléau sur la Nouvelle-France. Mgr de Laval décide de repasser en France pour recourir à l’autorité du Roi.

Soeur Marie-Catherine voit Notre-Seigneur extrêmement irrité. Elle le prie de convertir les coupables et s’accable de pénitences.

Le 5 février 1663, débute le prodigieux tremblement de terre par tout le Canada qui dure 7 longs mois. Dieu favorise Soeur Marie-Catherine de la vision du tremblement de terre au Canada avant qu’il ait lieu, afin de l’engager à prier et à s’offrir en holocauste pour les péchés du peuple. Pendant le séisme, elle s’offre en holocauste, enfin Dieu se laisse toucher et permet que tout le peuple se convertisse et, malgré les secousses violentes, (6.9) il n’y a aucune perte de vie.

Notre-Seigneur flagelléSoeur Marie-Catherine voit Notre-Seigneur fraîchement flagellé, tout couvert de sang.

La haine que les démons lui inspirent contre Dieu se change en un amour si fort et si tendre qu’elle en est entièrement transformée et elle conçoit une horreur très forte du péché.

Elle offre aussi ses souffrances pour les âmes du purgatoire. Elle en délivre plusieurs.

Soeur Marie-Catherine obtient par ses prières et ses souffrances la conversion du gouverneur de la Nouvelle-France, M. de Mésy qui laissait libre cours au commerce de l’eau-de-vie. Puisse-t-elle obtenir aussi la conversion de nos ministres et députés actuels.

Modèle de l’hospitalière au chevet des malades, si elle leur prodigue tous les soins du corps, elle est mille fois plus préoccupée du salut de leur âme. Elle demande à Dieu et obtient la faveur que personne, de son hôpital, ne meure sans être en état de grâce.

Le Ciel s'ouvre


Le 20 avril 1668, elle est prise d’un crachement de sang. Elle s’éteint le 8 mai 1668, fête de saint Michel Archange. La belle âme de Soeur Marie-Catherine s’envole au Ciel, à l’Hôtel-Dieu de Québec à l’âge de 36 ans. Le corps de la sainte hospitalière est exposé dans la chapelle de l’Hôtel-Dieu. “Son visage, dit la «Relation des Jésuites», resta comme celui d’une personne qui serait en contemplation.” Toute la ville de Québec qui visite le corps de la sainte est témoin de cette merveille.

Pour avoir offert sa vie pour l’Église et le salut de la Nouvelle-France, Marie-Catherine de Saint-Augustin est considérée cofondatrice de l’Église du Canada. Le Saint-Père Jean Paul II l’a proclamée «Bienheureuse» le 23 avril 1989.

Notre patrie fondée par des saints

Oui, notre patrie a été fondée par le sang des martyrs, l’holocauste des saints, la sueur de nos colons. Ceux qui en ont pris possession l’ont fait au nom du Christ.

Comme le proclamait le Cardinal Pie pour la France, on peut le répéter pour notre Nouvelle-France :

«Jésus-Christ est la pierre angulaire de notre pays, le sommaire de notre histoire, Jésus-Christ, c’est tout notre avenir...»

Therese Tardif

Source: Documents du Centre Catherine de St-Augustin, 32 Charlevoix, Québec, QC, G1R 3R9 - Tél. 1 418 692 2492


Marie-Catherine de Saint-Augustin

Catherine de Longpré est née et baptisée le 3 mai 1632 à Saint-Sauveur-le-Vicomte, en basse Normandie. Élevée par ses grands-parents, Catherine entre vite en contact avec les pauvres et les malades que sa grand-mère reçoit chez elle. Elle n’a que 3 ans quand elle demande au Père Jésuite, ami de la famille ce qu’il faut pour plaire à Dieu. Celui-ci lui montre un malade en lui expliquant que c’est en acceptant sa maladie qu’il fait la volonté de Dieu. Ce sera son leitmotiv toute sa vie durant. Elle entre au Monastère des « Augustines de Bayeux » à l’âge de 12 ans et demi. Elle prend l’habit religieux à 14 ans le 24 octobre 1646 et se nommera désormais Marie- Catherine de Saint-Augustin.

À 16 ans, le 31 mai 1648, Soeur Catherine, quitte la France pour le Canada. Elle répond à une demande d’aide de la part des premières religieuses hospitalières venues fonder le premier hôpital en Amérique, au nord du Mexique, soit l’Hôtel-Dieu de Québec établi en Nouvelle-France depuis 1639. Le voyage en mer dure trois mois durant lequel elle attrappe la peste, maladie incurable, mais la Vierge Marie la guérit. Malgré son jeune âge elle a une grande mission à accomplir.

Arrivée à Québec le 19 août suivant, elle se met courageusement à l’oeuvre, partage les durs travaux de ses devancières et apprend les langues indiennes. Elle manifeste vite de bonnes qualités d’infirmière et fait montre d’un sens pratique remarquable. Elle est aimée de tous. Elle exerce au sein de la Communauté les fonctions d’économe, de maîtresse des novices et de directrice générale de l’hôpital entièrement dévouée à la cause des malades et des plus démunis.

Marie-Catherine de Saint-Augustin consacrera sa vie au service des autres, manifestant une charité exemplaire. Elle accomplit donc au Canada une mission apostolique de grande importance au service de ce nouveau pays qu’elle a adopté avec beaucoup d’ardeur et d’amour.

Elle s’éteint le 8 mai 1668 à l’Hôtel-Dieu de Québec à l’âge de 36 ans. Pour avoir offert sa vie pour l’Église et le salut de la Nouvelle-France, Marie-Catherine de Saint-Augustin est considérée co-fondatrice de l’Église du Canada. Reconnue « Vénérable » par Rome le 9 mars 1984, le Saint-Père Jean Paul II l’a proclamée « Bienheureuse » le 23 avril 1989.


SIMON DE LONGPRÉ, MARIE-CATHERINE DE, dite de Saint-Augustin, religieuse de l’Hôtel-Dieu de Québec, fille de Jacques Simon, sieur de Longpré, et de Françoise Jourdan, née le 3 mai 1632 à Saint-Sauveur-le-Vicomte (Basse-Normandie), décédée à Québec le 8 mai 1668.

      Enfant précoce, Catherine grandit sous la protection de sa grand-mère et de son aïeul maternel, M. de Launé-Jourdan, « homme d’oraison et grand aumônier, dont la vertu a été estimée de tout le monde ». À trois ans, elle se révèle éprise d’absolu et d’héroïsme, s’enquiert des moyens d’accomplir en tout la volonté de Dieu. Le père Malherbe, jésuite, son maître en spiritualité, le lui explique en présence d’un pauvre tout couvert d’ulcères. Et Catherine d’en conclure qu’il est plus facile de trouver Dieu dans les humiliations et les souffrances que dans la prospérité. La bambine se prend alors « avec des instances qui ne sont pas croyables » à souhaiter « bien des maladies ». Un mal d’oreilles qui dégénère en carie des os se met à la tourmenter. Catherine s’exerce à tout accepter dans la joie et guérit malgré les traitements des chirurgiens de l’époque, espèces de charlatans que Molière n’avait pas tort de ridiculiser. Sans sourciller, le père Ragueneau montre un de ces « opérateurs » en train de verser de la cendre rouge dans les oreilles de Mlle de Longpré.

      À dix ans, Catherine, « sans l’aide d’aucune personne visible », compose une donation à la Sainte Vierge. Pièce digne d’un adulte. Tout comme ses contemporains de la première partie du xviie siècle, la fillette se déclare avide de chevauchées épiques. Ainsi, son impétuosité éclate en formules absolues : « Eloignez de mon cœur toute impureté, faites-moy plutôt mourir maintenant que de permettre que mon cœur et mon âme soient soüilléz de la moindre tache. »

      Malgré leur parti pris de panégyrique, les hagiographes notent une volte-face dans l’attitude de Catherine. Simple crise d’adolescence ou prise de conscience d’une profonde et attachante féminité. Catherine s’aperçoit qu’elle est jolie, intelligente, aimable et se sert de ses charmes pour conquérir l’entourage. Elle imite un brin les précieuses de l’hôtel de Rambouillet, chante des chansons d’amour, lit des romans. Peut-être l’Astrée et Polexandre. Résumant cette courte période d’effervescence, Catherine écrit : « J’ay pris plaisir à être aimée et à rechercher de l’amitié sans le vouloir faire paroître, au contraire, témoignant beaucoup de rigueur, afin de passer pour un esprit fort. »

      À 12 ans et 6 mois, Catherine traverse une « rude secousse » : elle sent que Dieu l’appelle au cloître, mais se rebiffe parce que le monde l’attire. « Je tâchois, dit-elle, d’étouffer tout à force de divertissemens. » Mais toujours poursuivie par la hantise de contenter Dieu, elle entre chez les hospitalières de Bayeux, le 7 octobre 1644, où elle retrouve sa sœur aînée. Se trouvant « trop jeune et trop petite » pour prendre une décision définitive, elle avertit crânement les autorités de l’hôpital qu’elle ne vient pas au noviciat dans le dessein formel d’y rester, « mais seulement d’essayer et voir un peu comme les Religieuses font ». On l’éprouve « au double », de crainte que sa vocation ne soit fondée sur le respect humain. Cependant, Catherine demeure ferme, lance un défi à la maîtresse des novices : « Faites-moy tout ce que vous voudrez, vous ne m’ôterez point l’Habit, et je ne sortiray d’icy, sinon pour aller en Canada. »

      Paroles prophétiques qui ne tardent pas à se réaliser. Les hospitalières de Québec demandent justement du renfort à leurs mères de France. En tête se présentent les deux sœurs de Longpré. Catherine, surtout, qui n’a pas l’âge de faire profession. Et la famille de s’alarmer. L’aînée cède aux instances de ses parents, mais la cadette brave toutes les poursuites. M. de Longpré s’indigne, présente « Requête en Justice » pour empêcher le départ de sa fille. Inflexible, la novice fait vœu de vivre et de mourir en Canada, si Dieu lui en ouvre les portes. Le papa s’adoucit et donne son consentement. De leur côté, les religieuses hésitent à perdre un sujet qui promet de rendre de si grands services au monastère de Bayeux. Enfin, Catherine s’embarque pour Québec. Elle n’a pas encore 16 ans, âge requis pour la profession. On lui permet de prononcer des vœux simples. À Nantes, elle fait profession dans la chapelle de Notre-Dame-de-Toute-Joie. Sur mer, elle pense mourir de la peste. Après trois mois de navigation, elle aborde en Nouvelle-France le 19 août 1648.

      À cette époque, Québec n’est qu’un petit bourg au sein de la barbarie. Catherine descend dans un Hôtel-Dieu qui ressemble « plutôt à une cabane qu’à un hôpital. » Et quelle atmosphère dans le pays ! Les Iroquois massacrent les Hurons, martyrisent les missionnaires, brûlent les habitations et menacent de ruiner la colonie. Dans une lettre du 9 novembre 1651, mère Catherine écrit : « Nous ne nous pressons pas pour achever le reste de nos bâtimens, à cause de l’incertitude où nous sommes, si nous demeurerons long-temps icy. »

      Bientôt mère Catherine se taille une réputation de religieuse exemplaire : on l’estime un trésor, on l’aime, on lui trouve un naturel accompli. Mais sa santé est si languissante que les hospitalières de Bayeux s’alarment et l’invitent à repasser en France. La jeune moniale décline ces offres : « Je tiens trop au Canada, s’exclame-t-elle, pour m’en pouvoir détacher. Croyez-moy, ma chère tante, il n’y a que la mort, ou un renversement général du pais qui puisse rompre ce lien. »

      On la voit tour à tour dépositaire (1659), première hospitalière (1663), maîtresse des novices (1665). En 1668, la communauté songe à l’élire supérieure. Le 20 avril de cette même année, elle est prise d’un crachement de sang. Le 8 mai, elle meurt âgée de 36 ans.

      Après 1668, les secrets de mère Catherine sortent de l’ombre. Au Canada, voire en Europe, on parle des faits extraordinaires survenus à l’Hôtel-Dieu de Québec. En 1671, le père Paul Ragueneau publie La Vie de Mère Catherine de Saint-Augustin. Du coup, le public plonge dans l’intimité de la jeune moniale. Jusque-là, elle avait paru en paix avec la terre et l’au-delà ; mais voici qu’on apprend une foule de choses troublantes au sujet de cette hospitalière si sereine et si empressée à passer inaperçue. Comme la sainteté lui a coûté cher ! Sa vertu s’est perfectionnée dans les combats. Dieu permit qu’elle fût obsédée, c’est-à-dire tourmentée d’une façon manifeste et extérieure par le diable. Parfois, affirme Ragueneau, une si grande foule de démons assaillaient mère Catherine qu’ils semblaient nombreux « comme les atomes qu’on voit en l’air à la faveur du Soleil » (p. 160). En compagnie de ces anges noirs, elle souffrait d’une sorte de dédoublement psychologique : nature affinée, elle cohabitait avec des êtres pervers. À ce supplice ontologique, ajoutez une espèce de dualisme moral : d’une part, elle éprouvait une haine inexprimable pour la moindre souillure ; d’autre part, elle sentait le péché comme imprimé dans son cœur et regrettait de n’être pas assez impie, pas « avec assez de plénitude semblable aux démons » (p.125). Rien d’étonnant qu’elle ait frôlé l’abîme du désespoir : « Je sentais un désir véhément d’être damnée au plûtost. » (p.206s.)

      Au lieu de crier au secours, d’implorer sa délivrance, mère Catherine passe aux limites de la générosité et lance cette prière pathétique : « Mon Sauveur et mon Tout ! Si la demeure des démons vous est agréable dans mon corps, je suis contente qu’ils y fassent un aussi long séjour qu’il vous plaira ; pourveu que le péché n’entre pas avec eux, je ne crains rien, et j’espère que vous me ferez la grâce de vous aimer à toute éternité, quand bien même je serois au fond de l’enfer. » (p ;50)

      Catherine de Saint-Augustin raconte que Dieu lui a donné comme directeur le père Jean de Brébeuf lui-même, natif aussi de Bayeux et mort depuis 1649. Ce missionnaire n’avait jamais, de son vivant, rencontré mère Catherine de Saint-Augustin. La religieuse dit avoir souvent reçu, à partir de 1662, la visite de ce bienheureux jésuite chargé de la guider, de la consoler et parfois de la modérer dans ses mortifications. Mais à certains jours, lui-même semblait se dérober. Pour le gagner, Catherine lui parlait avec la simplicité d’une enfant : « Que je suis aise, mon Père, que vous ayez un peu de joye et de satisfaction maintenant, de me voir ainsi crucifiée : fâchez-vous contre moy tant qu’il vous plaira ; je vous regarderay et vous aymeray toujours comme mon bon et charitable Père. » (p.207)

      À maintes reprises, mère Catherine précise qu’elle souffre pour le Canada en passe de subir de graves châtiments pour les crimes qui s’y commettent. Ce rôle de victime assumé pour la colonie place Catherine au nombre des fondateurs de l’Église canadienne. Tandis que d’autres ont conquis la forêt, les fleuves, l’hiver et les Indiens, elle a porté les péchés de sa patrie d’adoption et combattu corps à corps avec les puissances infernales.

      Que penser de ces manifestations extraordinaires ? D’abord que le père Ragueneau les raconte d’une façon lourde, à la mode des anciens hagiographes plus habiles à dégoûter de la vertu qu’à bien camper leurs personnages. Cependant, le premier biographe de mère Catherine avertit qu’il a composé la Vie d’après le Journal même de l’hospitalière. Comme ce document est disparu, une critique interne s’impose pour apprécier l’œuvre du père Ragueneau. En attendant ce travail scientifique, il reste de nombreux témoignages en faveur de mère Catherine. Témoignages de contemporains qui s’accordent à faire l’éloge de l’héroïque moniale.

      D’abord, Les Annales de l’Hôtel-Dieu de Québec publient une notice nécrologique digne de mention. Notons ce paragraphe : « Cette chère Mère mourut en odeur de sainteté, le 8e de may 1668, âgée de trente-six ans et cinq jours, regrettée universellement de toute la Communauté et de toute la colonie, comme une âme qui attirait de grandes grâces sur ce pauvre pays. Elle a passé vingt ans au Canada, où elle a beaucoup édifié tout le monde et rendu à Dieu bien de la gloire par les actes héroïques de vertu qu’elle y a pratiqués, quoiqu’à l’extérieur elle menât une vie commune qui cachait soigneusement les trésors de grâces que Dieu avait mis en elle. »

      Plus loin, l’annaliste note que la Vie de mère Catherine eut l’avantage de déplaire aux Messieurs de Port-Royal « qui projetèrent de la déférer à la Sorbonne » apparemment pour la faire condamner.

      Voici comment la mère Marie Forestier de Saint-Bonaventure, supérieure de l’Hôtel-Dieu en 1668, annonce le décès de sa fille aux hospitalières de Bayeux : « De vous témoigner nos ressentimens sur une telle perte, c’est ce qui ne se peut ; car nous avons perdu ce que nous ne recouvrerons jamais, le meilleur et le plus aimable sujet qui se puisse jamais voir : Un naturel des mieux faits et le plus avantageux qui se puisse dire ; une fille paisible, charitable et prudente autant qu’il se peut imaginer : d’une vertu aussi rare que la conduite de Dieu sur elle étoit extraordinaire. Nôtre douleur est si juste et si sensible que nous n’en parlons et n’y pensons qu’avec larmes. »

      De son côté, Mgr de Laval* écrivait lui-même à la supérieure des hospitalières de Bayeux : « Ma chère Mère, il y a grand sujet de bénir Dieu de la conduite qu’il a tenuë sur nôtre Sœur Catherine de saint Augustin. C’étoit une âme qu’il s’étoit choisie pour luy communiquer des grâces très-grandes et très-particulières : sa sainteté sera mieux connuë dans le Ciel qu’en cette vie ; car asseurément elle est extraordinaire. Elle a beaucoup fait et beaucoup souffert avec une fidélité inviolable, et un courage qui étoit au dessus du commun. Sa charité pour le prochain étoit capable de tout embrasser pour difficile qu’il fût. Je n’ay pas besoin des choses extraordinaires qui se sont passées en elle pour être convaincu de sa sainteté ; ses véritables vertus me la font parfaitement connoître. »

      Intrigué par toutes les histoires merveilleuses qui circulaient sur le compte de mère Catherine, le père Poncet de La Rivière, ancien missionnaire de la Nouvelle-France, consulte Marie de l’Incarnation [V. Guyart]. Après l’incendie de son monastère (30 décembre 1650), celle-ci avait vécu trois semaines à l’Hôtel-Dieu de Québec. Ce séjour lui avait permis de rencontrer mère Catherine et de la trouver admirable. Cependant mère Marie de l’Incarnation se montre prudente dans sa réponse au père Poncet : « De vous dire mon sentiment sur des matières si extraordinaires, ainsi que vous le désirez, je ne le puis, et je vous supplie de m’en dispenser, voiant que des personnes de science et de vertu y suspendent leur jugement, et demeurent dans le doute, n’osant pas se fier à des visions extraordinaires de cette qualité. Le révérend Père Ragueneau y est sçavant et la tient pour bien-heureuse, parce qu’elle a toujours été fidèle dans ses devoirs, et qu’elle n’a jamais cédé au démon, sur lequel elle a toujours été victorieuse. J’estime que cette fidélité dans ses obligations et dans ses combats la rende grande dans le Ciel, et je m’y appuie plus volontiers que sur les visions que j’en entend dire. Et ce qui a encore étonné les personnes de vertu et d’expérience, c’est qu’elle n’a jamais dit un mot de sa conduite à sa Supérieure, qui est une personne très éclairée, d’une grande expérience, et d’une singulière vertu. » Plus loin, Marie de l’Incarnation précise : « Ce n’est pas manque de fidélité ni de soûmission qu’elle a tenu tout cela secret, mais par l’ordre qu’elle en avoit de ses Directeurs, pour la nature de la chose qui eût été capable de donner de la fraieur. »

      Par sa vie débordante d’activité, sa discrétion, sa belle humeur, mère Catherine prouve qu’elle n’avait rien d’une hystérique. Conscient d’écrire un livre propre à soulever des controverses, le père Ragueneau commence par des avis au lecteur. Dans cette apologie liminaire, mère Catherine apparaît parfaitement équilibrée, à l’abri de tous les pièges de l’imagination. Cette Vie s’ouvre sur une image symbolique gravée à la demande de Mgr de Laval. En bas, on aperçoit Satan et les âmes du purgatoire ; au centre, des anges et mère Catherine tenant une grande croix ; dans le ciel, le père de Brébeuf, une palme à la main ; au sommet, la Vierge et Jésus-Christ. Sorte de raccourci biographique, cette image ne fait pas fortune au xxe siècle. À cette iconographie compliquée, nous préférons le visage délicat de mère Catherine de Longpré, celui qui orne le petit oratoire de l’Hôtel-Dieu de Québec. Vive, délurée, cette délicieuse petite Normande s’est élancée au paradis au galop de l’héroïsme. Qu’on la présente surtout comme missionnaire en terre lointaine, comme infirmière, comme femme entreprenante, morte le Te Deum aux lèvres. Et mère Catherine sortira glorieuse de l’ombre pour rassurer théologiens et psychiatres.

Marie Guyart de l’Incarnation, Lettres (Martin) ; Lettres (Richaudeau).— JR (Thwaites), XXXII.— Juchereau, Annales (Jamet).— Paul Ragueneau, La vie de Mère Catherine de Saint-Augustin (Paris, 1671).— P.-G. Roy, La Ville de Québec, I : 207s.— Les Ursulines de Québec, I : 9.



Hudon, L. et Bégin, Louis-Nazaire. Vie de la mère Marie-Catherine de Saint-Augustin, religieuse de l'Hôtel-Dieu du Précieux-Sang de Québec, 1632-1668 : http://www.ourroots.ca/e/toc.aspx?id=1733