jeudi 8 décembre 2016

Saint ROMARIC (ROMARY), Abbé et fondateur


Saint Romaric : statue en pierre, XVIIe siècle

Musée Charles de Bruyères, Remiremont


Saint Romaric

Fondateur de Remiremont ( 653)

Romary ou Remiré. 

Père de famille, ancien courtisan du roi d'Austrasie, Théodebert, il était "leude" de la cour de Metz, ce qui signifie qu'il avait un lien personnel de servitude avec cette cour. Il vit ses biens confisqués par les partisans de la cruelle reine Brunehaut. 

Lorsque les affaires changèrent de face, et revenu en grâce à la cour, il resta convaincu de l'instabilité des choses humaines et fut converti à la vie monastique par saint Aimé, disciple de saint Colomban, venu de Grenoble. 

Devenu moine à Luxeuil, dans les Vosges, il fonda avec lui à Saint-Mont un monastère double (moines au bas de la montagne, religieuses au sommet, monastère fondé par deux de ses filles.) qui s'appellera 'Romarici Mons' qui deviendra l'actuel Remiremont. C'est là qu'il mourra en 653. 

Voir aussi sur le site internet du diocèse de Saint-Dié, le début de l'évangélisation du pays de Remiremont:

"Amé ou Aimé naît à Grenoble vers 570. Adolescent, il entre à l’abbaye de Saint-Maurice d’Agaune (Suisse). Il y vit pendant trente ans en moine exemplaire, puis se retire comme ermite dans une grotte. Saint Eustase le décide à l’accompagner à Luxeuil.

D’une mission prêchée à Metz, il ramène Romaric. Vers 620, Amé et Romaric gagnent le Mont Habend (futur Saint Mont). Sous la règle de Saint Colomban, ils y fondent deux monastères de moines et de moniales. 'La louange perpétuelle' est assurée par sept chœurs de religieuses. Amé en est le premier abbé.

Il meurt le 13 septembre 629. Romaric, devenu prêtre, lui succède. Il s’éteint à son tour le dimanche 8 décembre 653. Adelphe devient le 3e abbé. C’est le début de l’évangélisation du pays de Remiremont. Le 13 novembre 1049, le pape lorrain Saint Léon IX canonise les 'Corps Saints' par la translation de leurs reliques."

Au mont Hebend dans les Vosges, en 653, saint Romary, abbé. Proche du roi d’Austrasie Théodebert II, il se retira, après l’assassinat de celui-ci, au monastère de Luxeuil, puis il fonda un autre monastère sur son domaine, dont il fut le second abbé, après saint Amé.


Martyrologe romain

Dieu ami des humbles
tu as appelé les saints Amé, Romaric et Adelphe
à mener une vie fraternelle
dans la prière et le partage ;
Fais-nous la grâce de vivre comme eux
attentifs les uns aux autres,
à l’écoute de l’Esprit que tu nous a donné.


Saint Romaric, abbé

Diocèse de St Dié (et diocèse de Nancy et de Toul avant 1955).

Romaric,dit aussi Romary ou Remiré.

Père de famille, ancien courtisan du roi d’Austrasie, Théodebert, il était leuque (tribu celte de la région de Toul) mais demeurait à la cour d’Austrasie, ce qui signifie qu’il avait un lien personnel de servitude avec cette cour. Il vit d’ailleurs ses biens confisqués par les partisans de la reine Brunehilde.
Lorsque les affaires changèrent de face, et revenu en grâce à la cour, il resta convaincu de l’instabilité des choses humaines et fut converti à la vie monastique par saint Amé, disciple de saint Colomban, venu de Grenoble.

Devenu moine à Luxeuil, dans les Vosges, il fonda avec lui à Saint-Mont un monastère double (moines au bas de la montagne, religieuses au sommet, monastère fondé par deux de ses filles) qui s’appellera Romarici Mons et deviendra l’actuelle Remiremont. C’est là qu’il mourra en 653.

Le 13 novembre 1049, le pape lorrain Saint Léon IX canonise les "Corps Saints" de St Amé, St Romaric et St Adelphe, leur successeur par la translation de leurs reliques.

die 10 decembris

SANCTI ROMARICI
Abbatis
In Diœcesi Nanceiensi et Tullensi
(ante CR 1955 : duplex)

Ant. ad Introitum. Ps. 54, 8 et 10.
Ecce elongávi fúgiens, et mansi in solitúdine : quóniam vidi iniquitátem et contradictiónem in civitáte.
Ps. ibid., 2-3.
Exáudi, Deus, oratiónem meam, et ne despéxeris deprecatiónem meam : inténde mihi, et exáudi me.
V/. Glória Patri.

Oratio.
Omnípotens sempitérne Deus, qui beátum Romarícum aulæ terrénæ subdúctum perículis, ad cæléstis aulæ consuetúdinem mirabíliter traduxísti : da, quǽsumus ; ut cuius gaudémus méritis, eiúsdem et précibus adiuvémur, et formémur exémplis. Per Dóminum.

Léctio Epístolæ beáti Ioánnis Apóstoli
1 Ioann. 2, 15-17.
Filíoli : Nolíte dilígere mundum neque ea quæ in mundo sunt. Si quis díligit mundum, non est cáritas Patris in eo : quóniam omne quod est in mundo, concupiscéntia carnis est, et concupiscéntia oculórum, et supérbia vitæ ; quæ non est ex Patre, sed ex mundo est. Et mundus transit et concupiscéntia eius ; qui autem facit voluntátem Dei, manet in ætérnum.

Graduale. Ier. 51, 6.
Fúgite de médio Babylónis, et salvet unusquísque ánimam suam.
V/. Apoc. 18, 4. Exíte de illa, pópule meus, ne partícipes sitis delictórum eius.
Allelúia, allelúia. V/. Thren. 3, 27. [1] Thren. : Lamentations de Jérémie le Prophète.] Bonum est viro cum portáverit iugum Dómini ab adolescéntia sua. Allelúia.
¶ In Missis votivis post Septuagesimam, ommissis Allelúia et versu sequenti, dicitur
Tractus. Ps. 14, 1-2.
Dómine, quis habitábit in tabernáculo tuo ? aut quis requiéscet in monte sancto tuo ?
V/. Qui ingréditur sine mácula, et operátur iustítiam.
V/. Ibid., 5. Qui facit hæc, non movébitur in æternum.
Tempore paschali omittitur graduale, et eius loco dicitur :
Allelúia, allelúia. V/. Thren. 3, 27 Bonum est viro cum portáverit iugum Dómini ab adolescéntia sua.
Allelúia. V/. Ps. 132, 1. Ecce quam bonum et quam iucúndum habitáre fratres in unum. Allelúia.
+ Sequéntia sancti Evangélii secúndum Lucam.
Luc. 12, 32-34.
In illo témpore : Dixit Iesus discípulis suis : Nolíte timére, pusíllus grex, quia complácuit Patri vestro dare vobis regnum. Véndite quæ possidétis, et date eleemósynam. Fácite vobis sácculos, qui non veteráscunt, thesáurum non deficiéntem in cælis : quo fur non apprópiat, neque tínea corrúmpit. Ubi enim thesáurus vester est, ibi et cor vestrum erit.

Ant. ad Offertorium. Ion. 2, 10.
In voce laudis immolábo tibi : quæcúmque vovi, reddam tibi.

Secreta
Deus, qui in sanctis hábitas et pia corda non déseris : súscipe propítius múnera nostra ; et per intercessiónem beáti Romaríci, Con-fessóris tui, líbera nos a terrénis desidériis et cupiditáte carnáli : ut nullo in nobis regnánte peccáto, tibi soli Dómino líberis méntibus servíre valeámus. Per Dóminum nostrum.
Com. duarum Odavarum, Feriæ, ac S, Melchiadis.
Præfatio Immaculatæ Conceptionis, ratione Octavæ.

Ant. ad Communionem. Ps. 15, 11.
Notas mihi fecísti vias vitæ ; adimplébis me lætítia cum vultu tuo, Dómine.

Postcommunio
Per huius virtútem sacraménti, tríbue nobis, Dómine, beáti Romaríci exémplo, in sémita mandatórum tuórum iúgiter ambuláre : ut opus bonum quod cœpísti in nobis, ipse perfícías usque in diem Christi Iesu : Qui tecum vivit.
Com. duarum Odavarum, Feriæ, ac S, Melchiadis.

In Diœcesi Sancti Deodati
III classis (ante CR 1960 : duplex maius)
Missa ut supra.




SAINT ROMARIC
Abbé

Dans le Diocèse de Nancy et de Toul

(avant 1955 : double)
Introït
Voici que je me suis éloigné en fuyant, et j’ai demeuré au désert : car j’ai vu l’iniquité et la contradiction dans la ville.
Exaucez, ô Dieu, ma prière, et ne méprisez pas ma supplication : Écoutez-moi, et exaucez-moi.
Collecte
Dieu éternel et tout-puissant, vous qui avez conduit admirablement vers les coutumes de la cour céleste le bienheureux Romaric qui avait fui les périls de la cour terrestre : donnez-nous, nous vous en prions, puisque nous nous réjouissons de ses mérites, d’être soutenus par ses prières et formés par ses exemples.
Lecture de l’Épitre de saint Jean Apôtre.
Mes petits Enfants : N’aimez pas le monde, ni les choses qui sont dans le monde. Si quelqu’un aime le monde, l’amour du Père n’est point en lui, car tout ce qui est dans le monde est concupiscence de la chair, et concupiscence des yeux, et orgueil de la vie ; et cela ne vient pas du Père, mais du monde. Or le monde passe, et sa concupiscence avec lui ; mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement.
Graduel
Fuyez du milieu de Babylone, et que chacun sauve sa vie.
V/. Sortez du milieu d’elle, mon peuple, afin de ne point participer à ses péchés.
Allelúia, allelúia. V/. Il est bon à l’homme de porter le joug du Seigneur dès sa jeunesse. Alléluia.
¶ Aux Messes votives après la Septuagésime, on omet l’Alléluia et son verset et on dit
Trait
Seigneur, qui habitera dans votre tabernacle ? ou qui reposera sur votre montagne sainte ?
V/. Celui qui vit sans tache, et qui pratique la justice
V/. Celui qui se conduit ainsi ne sera jamais ébranlé.
Pendant le temps pascal, on omet le graduel et à sa place on dit :
Allelúia, allelúia. V/. Il est bon à l’homme de porter le joug du Seigneur dès sa jeunesse.
Allelúia. V/. Ah ! qu’il est bon et agréable pour des frères d’habiter ensemble ! Alléluia !
Suite du Saint Evangile selon saint Luc.
En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples : Ne craignez point petit troupeau ; car il a plu à votre Père de vous donner le royaume. Vendez ce que vous possédez et donnez-le en aumônes ; faites-vous des bourses qui ne s’usent point, un trésor inépuisable dans les deux, dont le voleur n’approche pas et que le ver ne détruit pas. Car où est votre trésor, là sera aussi votre cœur.

Offertoire
Je vous offrirai des sacrifices avec des cris de louanges ; tous les voeux que je vous ai faits, je les rendrai.

Secrète
O Dieu, qui habitez dans les Saints et n’abandonnez pas les cœurs pieux, recevez favorablement nos offrandes ; et par l’intercession du bienheureux Romaric, votre Confesseur, libérez-nous des souhaits terrestres et du désir de la chair : pour que, aucun péché ne nous dominant, nous puissions vous servir d’un esprit livre, vous le seul Dieu.
Mémoire des deux Octaves, de la Férie et de St Melchiade.
Préface de l’Immaculée Conception, en raison de l’Octave.

Communion
Vous m’avez fait connaître les voies de la vie ; Vous me comblerez de joie par votre visage, Seigneur.

Postcommunion
Par la vertu de ce sacrement, accordez-nous, Seigneur, à l’exemple du bienheureux Romaric, de marchez ensembles sur les chemins de vos commandements : ainsi vous accomplirez vous-même la bonne œuvre que vous avez commencée en nous, jusqu’au jour du Christ Jésus.
Mémoire des deux Octaves, de la Férie et de St Melchiade.

Dans le Diocèse de St Dié

IIIème classe (avant 1960 : double majeur)
Messe comme au diocèse de Nancy, Mémoires de la Férie et de St Melchiade seulement, préface de l’Avent. (avant 1955 : Mémoires de l’octave de l’Imm. Conc, de la Férie et de St Melchiade).


St. Romaric, Abbot

RENOUNCING the court of Clotaire II. in which he enjoyed the highest honours and dignities, he sold great part of his estates for the benefit of the poor; and, with the residue, founded two monasteries, one for men the other for women, at the foot of Mount Vosge, now in Lorrain. He took the monastic habit at Luxeu, and procured St. Amatus, a monk of that house, to be appointed first abbot at Remiremont, which was the name of the monastery which he had built. He spent several years under his direction in the same house, to which he removed. Upon the death of St. Amatus he was compelled to take upon him the government of that abbey. The world, from which he fled, he viewed at a distance with a pious dread, and in his sanctuary enjoyed that peace which heaven alone can give. The example of his life, and the severity which he used towards himself, were alone a censure of the slothful. Charity, sweetness, and humility formed the character of his virtue. Having made it his chief study, during the twenty-six years of his abbacy, to learn to die, he joyfully received the last summons, and departed from this life to a better in 653. His name is inserted in the Gallican and Roman Martyrologies. See his life written by a disciple, and Bulteau.

Rev. Alban Butler (1711–73).  Volume XII: December. The Lives of the Saints.  1866.


Saint Romaric of Remiremont

Also known as
  • Romaricus
Profile

Merovingian noble, Lord of Austrasia, and part of the court of King Clotaire II. Married layman. Converted by Saint Amatus. Monk at Luxeuil Abbey in Burgundy (in modern France). Founded the convent and monastery of Habendum at Remiremont (Romarici mons) and served as prior with Amatus as abbot. Romaricus became abbot in 623, a position he held 30 years. His two daughters, a grandson and a granddaughter all joined the houses under his leadership. Friend of Saint Arnulf of Metz. He died while on a mission to the Frankish court to petition for Dagobert to receive the crown.


dimanche 4 décembre 2016

Saint CLÉMENT d'ALEXANDIE, Père de l'Église


BENOÎT XVI

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 18 avril 2007

Clément d'Alexandrie

Chers frères et sœurs,

Après le temps des fêtes, nous revenons aux catéchèses habituelles, même si apparemment, il règne encore un climat de fête sur la Place. Avec les catéchèses, nous revenons, comme je l'ai dit, au filon commencé auparavant. Nous avons tout d'abord parlé des douze apôtres, puis des disciples des apôtres, et à présent des grandes personnalités de l'Eglise naissante, de l'Eglise antique. Dans la dernière, nous avions parlé de saint Irénée de Lyon, nous parlons aujourd'hui de Clément d'Alexandrie, un grand théologien qui naquit probablement à Athènes vers le milieu du deuxième siècle. Il hérita d'Athènes cet intérêt prononcé pour la philosophie, qui devait faire de lui l'un des hérauts du dialogue entre foi et raison dans la tradition chrétienne. Encore jeune, il rejoignit Alexandrie, la "ville symbole" de ce carrefour fécond entre différentes cultures qui caractérisa l'époque hellénistique. Il y fut le disciple de Pantène, jusqu'à lui succéder dans la direction de l'école catéchétique. De nombreuses sources attestent qu'il fut ordonné prêtre. Au cours de la persécution de 202-203, il quitta Alexandrie pour se réfugier à Césarée, en Cappadoce, où il mourut vers 215.

Les œuvres les plus importantes qui nous restent de lui sont au nombre de trois:  le Protreptique, le Pédagogue et les Stromates. Même s'il ne semble pas que cela fût l'intention originelle de l'auteur, le fait est que ces écrits constituent une véritable trilogie, destinée à accompagner de manière efficace la maturation spirituelle du chrétien. Le Protreptique,  comme  le dit la parole elle-même, est une "exhortation" adressée à celui qui commence et cherche le chemin de la foi. Mieux encore, le Protreptique coïncide avec une Personne:  le Fils de Dieu, Jésus Christ, qui se fait l'"exhortateur" des hommes, afin qu'ils entreprennent de manière décidée le chemin vers la Vérité. Jésus Christ lui-même se fait ensuite Pédagogue, c'est-à-dire l'"éducateur" de ceux qui, en vertu du Baptême, sont désormais devenus des fils de Dieu. Enfin, Jésus Christ est aussi Didascalo, c'est-à-dire le "Maître" qui propose les enseignements les plus profonds. Ceux-ci sont rassemblés dans la troisième œuvre de Clément, les Stromates, parole grecque qui signifie "tapisseries":  il s'agit, en effet, d'une composition non systématique de thèmes divers, fruit direct de l'enseignement habituel de Clément.

Dans son ensemble, la catéchèse clémentine accompagne pas à pas le chemin du catéchumène et du baptisé pour que, avec les deux "ailes" de la foi et de la raison, ils parviennent à une profonde connaissance de la Vérité, qui est Jésus Christ, le Verbe de Dieu. Seule cette connaissance de la personne, qui est la vérité, est la "véritable gnose", l'expression grecque qui signifie connaissance, intelligence. C'est l'édifice construit par la raison sous l'impulsion  d'un principe surnaturel. La foi elle-même édifie la véritable philosophie, c'est-à-dire la véritable conversion dans le chemin à prendre dans la vie. Donc, la "gnose" authentique est un développement de la foi, suscité par Jésus Christ dans l'âme qui est unie à Lui. Clément distingue ensuite deux degrés de la vie chrétienne. Premier degré:  les chrétiens croyants, qui vivent la foi de manière commune, mais toujours ouverte aux horizons de la sainteté. Et ensuite, le deuxième degré:  les "gnostiques", c'est-à-dire ceux qui conduisent déjà une vie de perfection spirituelle; dans tous les cas, le chrétien doit partir de la base commune de la foi, à travers un chemin de recherche, il doit se laisser guider par le Christ, et ainsi parvenir à la connaissance de la Vérité et des vérités qui forment le contenu de la foi. Cette connaissance - nous dit Clément - devient dans l'âme une réalité vivante:  ce n'est pas seulement une théorie, c'est une force de vie, c'est une union d'amour transformatrice. La connaissance du Christ n'est pas seulement pensée, mais elle est amour qui ouvre les yeux, transforme l'homme et crée la communion avec le Logos, avec le Verbe divin, qui est vérité et vie. Dans cette communion, qui est la parfaite connaissance et qui est amour, le chrétien parfait atteint la contemplation, l'unification avec Dieu.

Clément reprend en fin de compte la doctrine selon laquelle la fin ultime de l'homme est de devenir semblable à Dieu. Nous sommes créés à l'image et à la ressemblance de Dieu, mais cela est aussi un défi, un chemin; en effet, le but de la vie, la destination ultime, est vraiment de devenir semblable à Dieu. Cela est possible grâce à la connaturalité avec Lui, que l'homme a reçue au moment de la création, en vertu de laquelle il est déjà en lui-même - déjà en lui-même - l'image de Dieu. Cette connaturalité permet de connaître les réalités divines, auxquelles l'homme adhère tout d'abord par foi et qui, à travers la foi vécue, la pratique de la vertu, peut croître jusqu'à la contemplation de Dieu. Ainsi, dans le chemin de la perfection, Clément ajoute à l'exigence morale autant d'importance qu'il en attribue à l'exigence intellectuelle. Les deux vont de pair, car on ne peut pas connaître sans vivre et on ne peut pas vivre sans connaître. L'assimilation à Dieu et sa contemplation ne peuvent être atteintes à travers la seule connaissance rationnelle:  dans ce but, une vie selon le Logos est nécessaire, une vie selon la vérité. Par conséquent, les bonnes œuvres doivent accompagner la connaissance intellectuelle comme l'ombre suit le corps.

Deux vertus enrichissent en particulier l'âme du "véritable gnostique". La première est la liberté vis-à-vis des passions (apátheia); l'autre est l'amour, la véritable passion, qui assure l'union intime avec Dieu. L'amour donne la paix parfaite, et met le "véritable gnostique" en mesure d'affronter les plus grands sacrifices, même le sacrifice suprême, à la suite du Christ, et le fait monter degré après degré jusqu'au sommet des vertus. Ainsi, l'idéal éthique de la philosophie antique, c'est-à-dire la libération vis-à-vis des passions, est redéfini et conjugué avec amour par Clément, dans le processus incessant d'assimilation à Dieu.

De cette façon, l'Alexandrin crée la deuxième grande occasion de dialogue entre l'annonce chrétienne et la philosophie grecque. Nous savons que saint Paul à l'Aréopage, à Athènes, où Clément est né, avait effectué la première tentative de dialogue avec la philosophie grecque - qui avait été en grande partie un échec -, mais ils lui avaient dit:  "Nous t'écouterons une autre fois". A présent, Clément reprend ce dialogue et l'ennoblit au plus haut degré dans la tradition philosophique grecque. Comme l'a écrit mon vénéré prédécesseur Jean-Paul II dans l'Encyclique Fides et ratio, Clément d'Alexandrie parvient à interpréter la philosophie comme "une instruction propédeutique à la foi chrétienne" (n. 38). Et, de fait, Clément est arrivé au point de soutenir que Dieu aurait donné la philosophie aux Grecs "comme un Testament qui leur est propre" (Strom. 6, 8, 67, 1). Pour lui, la tradition philosophique grecque, presque comme la Loi pour les Juifs, est un lieu de "révélation", ce sont deux courants qui, en définitive, vont vers le Logos lui-même. Ainsi, Clément continue à indiquer avec décision le chemin de celui qui entend "donner raison" de sa propre foi en Jésus Christ. Il peut servir d'exemple aux chrétiens, aux catéchistes, aux théologiens de notre époque, à qui Jean-Paul II, dans la même Encyclique, recommandait de "reprendre et mettre en valeur le mieux possible la dimension métaphysique de la vérité afin d'entrer ainsi dans un dialogue critique et exigeant avec la pensée philosophique contemporaine".

Nous concluons, en faisant nôtres quelques expressions de la célèbre "prière au Christ Logos", avec laquelle Clément conclut son Pédagogue. Il supplie ainsi:  "Sois propice à tes fils"; "Accorde-nous de vivre dans ta paix, d'être transférés dans ta ville, de traverser sans en être submergés les flux du péché, d'être transportés au calme auprès de l'Esprit Saint et de la Sagesse ineffable:  nous qui, nuit et jour, jusqu'au dernier jour, chantons un chant d'action de grâce à l'unique Père,... au Fils pédagogue et maître, avec l'Esprit Saint. Amen!" (Ped. 3, 12, 101).

* * *

Je salue cordialement les pèlerins de langue française, en particulier les servants d’autel des diocèses de Lille, Arras et Cambrai accompagnés par leurs évêques, Mgr Defois, Mgr Garnier et Mgr Jaeger, les séminaristes de Rennes et leurs formateurs, ainsi que la Faculté de Droit canonique de Paris. Je vous invite à associer dans votre démarche l’ouverture de la raison et la bonté du cœur, pour progresser dans la connaissance du mystère du Christ.

© Copyright 2007 - Libreria Editrice Vaticana 



Saint Clément d'Alexandrie

Pére de l'Église ( v. 215)

SOURCE :
Tite Flavius Clément qui succéda à Panthène comme directeur de l'école d'Alexandrie où il avait Origène comme élève. Il a laissé de nombreux écrits. Son nom se trouva dans le martyrologe romain jusqu'en 1751. (source: 10000 saints, Ed Brépols)





Il naquit probablement à Athènes au milieu du IIe siècle, "d'où lui vint le fort intérêt philosophique qui en fit l'un des maîtres du dialogue 'foi raison' (*) dans le contexte chrétien. Il quitta Alexandrie où il s'était établi, à cause de la persécution de 202-203, pour mourir en Cappadoce vers 215.

Son œuvre majeure est une trilogie "destinée à soutenir la croissance spirituelle du chrétien". D'abord une "exhortation s'adressant aux catéchumènes" où "le Logos Jésus-Christ encourage les hommes à prendre sérieusement le chemin de la vérité". Ensuite, une œuvre dans laquelle "le Christ est pédagogue, l'éducateur de qui par la grâce du baptême est devenu fils de Dieu". Une œuvre enfin dans laquelle le Christ apparaît comme "le Maître qui propose les enseignements les plus profonds".

Ainsi la "catéchèse clémentine accompagne-t-elle continuellement le cheminement du catéchumène et du baptisé vers les deux ailes que sont la foi et la raison, liées à une connaissance profonde de la vérité qu'est le Christ. Seule cette connaissance de la personne qui est la vérité constitue la Gnose authentique".

Il rappelle aussi que "la doctrine selon laquelle la finalité de l'homme est le retour à Dieu n'est possible qu'en s'assimilant à lui, selon la marque reçue lors de la Création, lorsqu'il fut déjà image de Dieu. Cette similitude lui permet de connaître la réalité divine, à laquelle l'homme adhère par la foi et la pratique des vertus, et le conduire à la contemplation de Dieu".

Ces vertus sont d'abord "la liberté de la passion et de l'amour qui garantit l'union avec Dieu". Pour Clément, "l'idéal éthique de la philosophie antique, qui signifie la libération des passions, s'approche et se conjugue avec l'amour et l'assimilation en Dieu, tel un cheminement de perception de la véritable Gnose".

On doit à saint Clément d'Alexandrie "la seconde grande phase de dialogue entre annonce chrétienne et sagesse grecque". Presque comme la Loi, "qui est du domaine de la Révélation pour les Juifs, et quoique moins exhaustive  qu'elle, le Logos permet d'accéder aux prémices de la vérité". L'une comme l'autre constituent des "voies d'accès au Logos".

Le grand Père de l'Église doit servir d'exemple, a conclu Benoît XVI, pour les "chrétiens, pour les catéchistes et théologiens de notre temps", auxquels Jean-Paul II rappelait dans Foi et Raison que "retrouver et mettre au mieux en évidence la dimension métaphysique de la vérité pour entrer dans un dialogue critique et exigent...avec la pensée philosophique contemporaine".

Source: VIS 070418 (470)



"Dès les origines, le Christianisme se distingue par l'intelligence de la foi et l'audace de la raison. En témoignent des pionniers comme saint Justin et saint Clément d'Alexandrie, Origène et les Pères Cappadociens. Cette rencontre féconde de l'Évangile avec les philosophies jusqu'à l'époque contemporaine est évoquée par le Pape Jean-Paul II dans son encyclique Fides et Ratio... « La rencontre de la foi avec les différentes cultures a donné naissance de fait à une nouvelle réalité », elle crée ainsi une culture originale, dans les contextes les plus divers."


CLÉMENT D’ALEXANDRIE

QUEL RICHE PEUT ÊTRE SAUVÉ 

Ceux qui louent les riches, faisant ainsi semblant d'honorer les richesses qui, par elles-mêmes, ne méritent aucune louange, ne sont pas seulement de vils flatteurs, des esclaves lâches et rampants, ils sont des impies et des traîtres. Des impies : la louange appartient à Dieu, seul être bon et parfait, de qui tout vient, par qui tout existe, en qui tout réside; elle lui appartient, il se l'est réservée, et ils l'en privent! Ils font plus encore, ils la prostituent à des hommes livrés à la fougue de leurs passions, qui n'ont d'autre récompense à attendre de la justice divine que la punition de leurs crimes. Des traîtres : les richesses seules suffisent pour amollir, corrompre et détourner de la voie du salut ceux qui ont le malheur de les posséder ; les flatteurs le savent, et ils entretiennent les riches dans leur folie ; ils enorgueillissent leur orgueil, ils leur apprennent à tout mépriser, si ce n'est ces richesses, qui leur procurent tant d'honneurs. Ils ajoutent ainsi la flamme à la flamme, l'orgueil à l'orgueil, le poison de la flatterie au poison de l'or ; un poids déjà trop lourd qu'ils devraient alléger, ils l’aggravent ; une maladie dangereuse qu'ils devraient s'efforcer de guérir, ils la rendent mortelle et incurable. « L'arrogance et la vanité, a dit le Seigneur, seront punies par l'abaissement et la ruine. » Il est donc bien plus humain, bien plus charitable, au lieu de flatter les riches et de couvrir du bruit de nos louanges le bruit que leurs crimes élèvent autour d'eux, de venir à leur aide par de sages avertissements, et de leur apprendre par quels moyen» ils peuvent entrer et s'avancer sûrement dans la voie sainte du salut. C'est surtout par la prière vers ce Dieu, qui dispense ses faveurs à ses enfants et leur apprend à en faire un usage conforme et agréable à ses volontés, c'est par la grâce de notre Sauveur que nous pouvons guérir leur esprit : c'est en les éclairant, c'est en nous offrant pour guides à leur ignorance dans la recherche de la vérité. Celui-là seul, en effet, qui s'attache ardemment à la vérité, et qui s'environne de la lumière des bonnes œuvres, celui-là seul sera sauvé, et emportera le prix de la vie éternelle. Or, si d'un côté la prière, qui doit nous trouver infatigables et nous servir d'appui fidèle jusqu'à la dernière heure de notre vie, demande un esprit plein de force et de sérénité; d'un autre côté, la vie régulière demande un amour ardent de la justice et une obéissance éclairée à tous les préceptes du Sauveur.

Ce n'est pas une seule et simple cause, mais plusieurs, et de différentes sortes, qui font croire aux riches qu'il leur est plus difficile qu'aux pauvres de se sauver. Les uns en effet, saisissant sans réflexion, et prenant à la lettre ces paroles de notre Sauveur : « Il est plus facile à un câble de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le royaume des cieux, » se persuadent qu'ils n'ont aucune part à l'héritage céleste de tous les hommes, et suspendus entre le regret de la vie éternelle et les plaisirs de la vie périssable, ils se rejettent vers celle-ci et se perdent eux-mêmes, ne songeant pas à examiner quels sont ceux à qui le Seigneur et maître donne le nom de riches, ni comment ce qui est impossible aux hommes est possible a Dieu. Les autres comprennent bien, il est vrai, le sens caché de ces paroles, mais ils négligent les œuvres indispensables au salut, et perdent, par leur négligence, l'espérance qu'ils avaient conçue. J'applique ces deux réflexions aux riches qui croient au Sauveur, à sa puissance et à la vie éternelle qu'il nous procure ; je n'ai rien à dire de ceux qui n'y croient pas, et dont les ténèbres de l'erreur obscurcissent l'entendement

C’est donc un devoir, je le répète, pour tous ceux qui, aimant la vérité et leurs frères, ni ne s'élèvent insolemment contre les riches chrétiens, ni ne les flattent, par un coupable motif d'intérêt, d'arracher d'abord de leur cœur un désespoir insensé, en leur expliquant clairement le sens caché des oracles du Seigneur; et en leur prouvant que s'ils obéissent à ses préceptes, ils ont le même droit que nous à ses récompenses. Il faut ensuite leur faire observer qu'ils craignent à tort là où il n'existe aucun véritable sujet de crainte; leur rappeler que Dieu reçoit toujours dans son sein ceux qui veulent véritablement y être reçus, et leur apprendre enfin par quels moyens, par quelles œuvres, par quels sentiments se nourrit et se conservé cette espérance précieuse, dont la douceur ne leur est point refusée, mais dont aucun homme n'obtient l'accomplissement sans de pénibles et de continuels efforts.

Comparons ici un moment une récompense frivole et périssable à une récompense grande et incorruptible, et faisons sentir aux riches du siècle, par cette comparaison) que la lutte qu'ils ont à soutenir ressemble à celle des athlètes dans les jeux publics. L'athlète, en effet, qui, désespérant d'avance de la victoire, n'aura pas même donné son nom pour être inscrit parmi les combattants, ne l'obtiendra sans doute pas; mais celui qui, ayant conçu l'espérance de l'obtenir, n'aura point habitué son corps à la nourriture, aux travaux et aux exercices propres à ce genre de combat, ne l'obtiendra pas davantage ; son espérance aura été vaine, et il se retirera de la lice sans couronne. Que celui donc qui est riche des biens de la terre craigne d'abord, s'il est fidèle et s'il comprend bien toute l'étendue des miséricordes divines, de se retirer lui-même du combat, et de se priver des récompenses promises par le Sauveur ; mais, une fois descendu dans cette lice sacrée, qu'il n'espère pas non plus en sortir vainqueur sans s'y être auparavant couvert de sueur et de poussière. La couronne de l'immortalité ne s'acquiert qu'à ce prix. C'est au Verbe et à la raison, c'est au Christ, juge du combat qu'il doit se livrer et se soumettre tout entier. Ses préparatifs pour cette sainte lutte doivent être la lecture assidue du nouveau Testament de notre Seigneur, ses exemples à suivre, ses préceptes à méditer et à accomplir. Qu'il fasse de son âme un sanctuaire ouvert à toutes les vertus ; qu'il y reçoive et s'attache à y conserver la foi, l'espérance, la charité, la connaissance du vrai, la bonté, la douceur, la miséricorde, la chasteté ; ainsi lorsque le son de la dernière trompette lui donnera le signal d'une nouvelle course et l'avertira de sortir de cette vie mortelle comme un athlète de la lice, fort d'une bonne conscience, il sera conduit en vainqueur devant le juge du combat ; et, déclaré digne de sa céleste patrie, il y entrera couvert de couronnes, aux applaudissements des anges.

Puisse le Seigneur nous accorder de ne rien dire en commençant qui ne soit plein de convenance et de vérité, rien qui ne soit utile au salut de nos frères ! Nous parlerons d'abord de l'espérance, ensuite des moyens qui y conduisent et l'affermissent. Le même Dieu, qui fait l'aumône aux indigents, qui instruit ceux qui demandent à l'être, est aussi celui dont les discours, s'interprétant clairement les uns les antres, brisent les chaînes de l'ignorance et du désespoir. Je vous répéterai donc, et vous expliquerai avec confiance, les paroles suivantes de l'Évangile, qui vous ont troublés jusqu'ici, parce que votre ignorance ou votre faiblesse ne les ont pas comprises : « Comme il s'avançait dans la voie publique, un jeune homme, accourant, fléchit le genou devant lui, et lui dit : Bon maître, que dois-je faire pour acquérir la vie éternelle? Jésus lui dit : Pourquoi m'appelez-vous bon ? il n'y a que Dieu seul qui soit bon. Vous savez les commandements : Tu ne seras point adultère ; tu ne tueras point ; tu ne déroberas point ; tu ne porteras point un faux témoignage ; tu ne commettras point de fraude; tu honoreras ton père et ta mère. Le jeune homme répondant, lui dit : Maître, j'ai observé toutes ces choses dès ma jeunesse ; et Jésus, le regardant, l'aima et lui dit : Une chose te manque encore ; va, vends tout ce que tu as, et donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel ; puis, viens et suis-moi. Le jeune homme contristé par ces paroles, s'en alla en gémissant, parce qu'il avait de grands biens ; et Jésus, regardant autour de lui, dit à ses disciples : Qu'il est difficile que ceux qui ont des richesses entrent dans le royaume de Dieu ! » Or, ses disciples s'étonnèrent de ces paroles ; mais Jésus, leur répondant, leur dit : Mes enfants, qu'il est difficile que ceux qui se confient en leurs richesses entrent dans le royaume de Dieu. Les disciples s'étonnaient encore plus, se disant : Et qui peut être sauvé ? Et Pierre commença à lui dire : Nous, nous avons tout quitté, et nous vous avons suivi. Jésus, répondant, dit : Je vous le dis en vérité, que personne ne quittera pour moi et pour l'Évangile sa maison, ou ses frères, ou ses sœurs, ou son père, ou sa mère, ou ses enfants, ou ses biens, que, même dans ce siècle, il ne reçoive au centuple des maisons, des frères, des sœurs, des mères, des enfants et des richesses au milieu des persécutions, et, dans le siècle à venir, la vie éternelle. Mais plusieurs, qui auront été les premiers, seront les derniers ; et les derniers, les premiers. »

Ce récit, que nous trouvons dans l'Évangile de saint Marc, nous le trouvons aussi dans les autres évangélistes, avec quelque différence peut-être dans les paroles, mais sans rien perdre du même sens. Nous donc qui savons certainement que le Sauveur du monde n'a point parlé d'une manière familière aux hommes, mais a enveloppé ses instructions des voiles d'une sagesse divine et mystique, ne prenons pas ses discours à la lettre, ne les expliquons pas d'après nos idées charnelles; efforçons-nous plutôt d'en saisir le sens caché par une étude assidue et persévérante. Aucune recherche n'est plus digne de nos efforts. Ce que le Seigneur paraît avoir expliqué clairement à ses disciples, ce qu'il leur a dit plus obscurément et sous la forme presque d'une énigme, réclame, pour être compris, une égale et puissante attention. Ce que ses disciples, et ceux qu'il appelle lui-même les enfants du royaume, nous ont expliqué, a besoin de l'être encore davantage. Comment donc les choses qu'il a dites simplement, et dont aucun de ses auditeurs n'a songé à lui demander l'explication, toutes choses nécessaires et indispensables au salut, n'auraient-elles pas besoin d'être examinées avec les plus grands soins, étudiées avec la dernière, sollicitude ? Le son de ses paroles ne doit pas seulement, et comme au hasard, frapper nos oreilles ; leur sens doit frapper notre cœur. C'est à nous de l'y faire descendre et pénétrer profondément.

Le Sauveur du monde entendit sans doute avec complaisance une question qui lui convenait si parfaitement C'était, en effet, parler de la vie à celui qui est la vie même ; du salut au Sauveur, de la doctrine au maître, de la véritable immortalité à la vérité éternelle. C'était parler de la sagesse divine a cette sagesse même, de la perfection et de l'incorruptibilité à celui seul qui est parfait et incorruptible. La question qu'on lui donnait à résoudre était celle même pour laquelle il était descendu des deux, et dont la solution, qui ressort vivante de ses exemples et de sa doctrine, est la base de l'Évangile, la source de l'éternelle vie. Comme Dieu, il prévoyait qu'il allait être interrogé ; il savait d'avance la demande qu'il ferait lui-même, et la réponse qu'il recevrait. N'est-il pas le prophète des prophètes, l'arbitre et l'inspirateur de tout esprit prophétique ? Voyez comme il part du premier mot qu'on lui adresse, le mot de bon, pour asseoir la base de sa doctrine et tourner l'esprit de celui qui l'écoute vers un Dieu bon, seul dispensateur de la vie éternelle qu'il donne à son fils, et que son fils transmet aux hommes.

C'est donc, de tous les commandements qui conduisent à la vie, lé premier, le plus grand, celui que nous devons imprimer d'abord et le plus avant dans notre âme : connaître un Dieu éternel, dispensateur des choses éternelles, Dieu suprême, unique et bon, et mériter de le posséder par notre application à le connaître. Cette connaissance d'un Dieu rémunérateur qui crée et conserve tout est la base fixe et inébranlable sur laquelle s'appuie le salut. Sans cette connaissance, nous périssons, avec elle nous aimons Dieu, nous lui ressemblons, nous le possédons éternellement.

Aussi est-ce le premier principe que Je Sauveur recommande de suivre à celui qui cherche la vie ; principe que « personne ne connaît, si ce n'est le Fils, et celui auquel le Fils l'aura révélé. » Après cette connaissance vient immédiatement celle de la grandeur du Sauveur et de sa grâce nouvelle ; car, comme le dit l'apôtre : « La loi a été donnée par Moïse, la grâce et la vérité ont été faites par Jésus-Christ. » Les dons que nous transmet un serviteur même fidèle sont au-dessous de ceux que le Fils lui-même nous apporte et nous distribue. Pourquoi, en effet, si la loi de Moïse eût été suffisante pour donner la vie, pourquoi le Christ eût-il souffert pour nous depuis sa naissance jusqu'à sa mort ! Pourquoi encore celui qui, dès sa jeunesse, avait accompli tous les préceptes de la loi, se fût-il jeté à ses pieds et lui eût-il demandé la vie éternelle? Remarquez que ce jeune homme n'avait pas seulement obéi à la loi, mais qu'il l'avait aimée dès sa jeunesse et s'était attaché de toutes ses forces à son accomplissement. Un vieillard réglé dans ses mœurs et délivré de l'esclavage des vices ne nous est pas un objet de surprise et d'admiration ; mais on admire justement, on regarde comme un athlète glorieux, le jeune homme qui, dans la fougue de l'âge et la chaleur des passions, se conduit comme un sage vieillard, et dont l'esprit et le jugement ont blanchi avant les cheveux. Cet homme, déjà si grand, savait donc bien qu'il ne lui manquait rien pour être juste; mais il sentait que la vie lui manquait, et il venait la demander à celui seul qui pouvait la lui donner. Il ne lui doit rien, il est et doit être tranquille à cet égard ; cependant il se prosterne aux pieds du Fils de Dieu ; de la foi, il passe à la foi, et, craignant que le port de la loi où il s'est retiré ne soit pas sûr et que son vaisseau ne s'y brise, il implore l'appui du Sauveur.

Jésus ne lui reproche point d'avoir négligé de remplir quelque précepte de la loi ; au contraire, il l'aime, il l'enveloppe, pour ainsi dire, de ses bras, et le félicite tendrement d'avoir observé avec un si ferme courage toute la loi dans laquelle il a été élevé. Seulement il le déclare imparfait en ce qui touche la vie éternelle, dont il n'a rien fait encore pour s'assurer la possession. Observateur exact de la loi, il est arrivé où la loi finit, il s'arrête où la vie commence. Cette fidélité à la loi était louable sans doute. La loi est comme un maître sévère qui nous instruit par la crainte ; elle est comme un chemin pour arriver à la grâce et à la perfection. Mais Jésus-Christ, qui justifie seul ceux qui croient en lui, est la plénitude de la loi. Ce n'est point un esclave qui fait des esclaves ; c'est un fils qui élève à la dignité de fils, de frères et de cohéritiers de Dieu, tous ceux qui accomplissent la volonté de son père.

« Si vous voulez être parfait. » Ce jeune homme ne l'était donc pas encore ; car qu'y a-t-il au-delà de la perfection ? Ces mots mystérieux et divins, « si vous voulez, » montrent bien la puissance de notre libre arbitre. C'est à l'homme de choisir, il est libre. C'est à Dieu de donner, il est le maître. Or, Dieu donne à ceux qui désirent, prient, et s'efforcent de tout leur pouvoir afin que le salut soit leur propre ouvrage. Dieu ne contraint personne; il est ennemi de la contrainte. Il fait trouver à ceux qui cherchent, il accorde à ceux qui demandent, il ouvre à ceux qui frappent. Si vous voulez donc, si vous voulez véritablement, si vous ne vous trompez pas vous-même, efforcez-vous d'acquérir ce qui vous manque. Ce qui vous manque, c'est ce qui demeure toujours, ce qui est bon, ce qui est au-dessus de la loi, ce que la loi ne contient pas, et par conséquent ne peut donner, ce qui appartient aux seuls vivants. De là vient que ce jeune homme, qui avait si hautement parlé de lui-même et de ses œuvres, ne put par ses œuvres acquérir la vie éternelle, dont le désir l'avait saisi, parce que la vie est un don du Sauveur et n'est point un don de la loi. Il se retira, triste et déconcerté, accablé sous le poids du commandement qu'il était venu solliciter, puissant pour mille travaux inutiles, impuissant pour le seul travail bon et nécessaire. Comme le Seigneur dit à Marthe que les soins du ménage auxquels elle se livrait tout entière remplissaient de distractions et de troubles, et qui reprochait à sa sœur de lui en laisser tout le fardeau et de se tenir en repos, disciple attentive aux pieds du maître, Marthe, Marthe, vous vous troublez du soin de mille choses ; mais Marie a choisi la meilleure part, et elle ne lui sera point ôtée, ainsi il ordonne à ce jeune homme de renoncer à ses occupations tumultueuses pour ne s'attacher qu'à lui seul et à sa grâce qui lui ouvrira l'entrée de la vie éternelle.

Qu'est-ce donc qui le mit en fuite et le fit s'éloigner du maître dont il était venu solliciter les secours? Qu'est-ce qui lui fit perdre l'espérance, la vie, et tout le prix des bonnes œuvres qu'il avait déjà faites pour l'acquérir? Ce furent ces paroles : « Vendez ce que vous avez. » Mais que veulent dire ces paroles? Non point certes ce qu'elles semblent dire d'abord : Dépouillez-vous de vos richesses, rejetez-les loin de vous ; ce n'est point là leur véritable sens. Mais arrachez de vos âmes les vains jugements que vous formez des richesses et celte honteuse plaie de l'avarice, source de mille soins impurs, épines du siècle, qui étouffent les semences de la vie. Se priver de ses richesses sans acquérir la vie, est-ce un sacrifice héroïque et qui mérite d'être unité? Mais à ce compte les mendiants et vagabonds de nos places publiques, qui ne possèdent absolument rien et vivent sans repos et sans consolation, lors même qu'ils ignorent Dieu et sa justice, seraient cependant, par ce seul motif qu'ils sont les plus pauvres de tous les hommes, seraient, dis-je, les plus heureux, les plus religieux, les seuls destinés à la vie éternelle. Cela est absurde à penser, d'autant plus que le sacrifice de nos richesses et leur distribution aux pauvres n'est pas un sacrifice nouveau et inconnu aux hommes. Plusieurs l'avaient déjà fait avant la venue du Sauveur : les uns, pour se livrer sans distraction à l'étude des lettres et d'une science morte; les autres, pour acquérir le vain renom d'une gloire frivole, tels qu'Anaxagore, Démocrate et Cratès.

Qu'y a-t-il de nouveau dans cette maxime du Sauveur, qui ne puisse venir que de Dieu, et qui donne la vie aux hommes, ce que n'a pu faire la pauvreté volontaire des anciens ? Qu'est-ce que le fils de Dieu, cette nouvelle créature, nous ordonne de si extraordinaire et de si excellent? Il ne nous ordonne rien qui tombe sous nos sens, rien de ce que d'autres ont fait avant lui. Ses paroles renferment quelque chose de plus grand, de plus divin, de plus parfait. Dépouillez-vous de vos vices, arrachez-les de votre âme, détruisez-les, rejetez-les loin de vous ; tel est son commandement et sa doctrine, bien dignes des fidèles et de lui-même! Les anciens, méprisant les choses extérieures, se dépouillèrent volontairement de leurs richesses et de leurs biens ; mais leurs vices et les troubles de leur esprit s'accrurent de ce sacrifice. Ils en devinrent plus orgueilleux, et regardèrent avec mépris le reste des hommes, comme s'ils eussent fait quelque chose bien au-dessus des forces de l'humanité. Comment donc le Sauveur, qui veut notre salut et nous le promet, nous ferait-il un ordre exprès d'un sacrifice qui pourrait nous le faire perdre ? Ne pouvons-nous pas brûler encore de l'amour et de la soif des richesses, après nous être dépouillés de celles que nous possédions ? Accablés sous le poids d'une indigence à laquelle nous n'étions pas accoutumés, ne pouvons-nous pas regretter amèrement les services qu'elles nous rendaient et nous repentir d'en avoir fait un sacrifice inconsidéré ? Il est impossible, en effet, que cette nouvelle nécessité de nous procurer, chaque jour et à chaque instant, les choses nécessaires à notre vie, ne brise pas les forces de notre âme, et ne la détourne pas des soins bien préférables du salut

Combien plus il est avantageux de posséder des richesses médiocres qui nous donnent la faculté de pourvoir à nos besoins et de secourir, parmi nos frères, ceux qui méritent d'être secourus ! Quelle société, quel commerce pourrait exister entre les hommes, si personne ne possédait rien ? Cette maxime, d'ailleurs, ne serait-elle pas en contradiction manifeste avec mille autres qu'il a également prononcées lui-même ? « Employez les richesses injustes à vous faire des amis, afin que, quand vous viendrez à défaillir, ils vous reçoivent dans les demeures éternelles. Amassez des trésors dans le ciel, où ni la rouille ni les vers ne dévorent, et où les voleurs ne fouillent ni ne dérobent. » Comment nourrir celui qui a faim, désaltérer celui qui a soif, couvrir celui qui est nu, ouvrir notre maison à l'étranger ; comment, dis-je, observer tous ces préceptes dont la non-observation est menacée du feu de l'enfer, si nous-mêmes ne possédons rien? N'a-t-il pas ordonné lui-même à Zachée et à Mathieu, qui étaient riches et publicains, de lui donner l'hospitalité, et loin de leur commander de se dépouiller de leurs richesses, n'a-t-il pas prononcé sur eux cet équitable jugement? « Aujourd'hui le salut s'est levé » sur cette maison, parce que celui-ci est aussi un fils d'Abraham. » Il loue donc l'usage des richesses, à condition qu'on en fasse part aux autres ; qu'on donne à boire à celui qui a soif, à manger à celui qui a faim, des habits à celui qui est nu, et qu'on ouvre à l'étranger une maison hospitalière. Que si personne, à moins d'être riche, ne peut remplir ces devoirs, et s'il nous ordonne en même temps d'être pauvres pour être sauvés, que fait-il autre chose, si ce n'est d'ordonner et de défendre à la fois ? Donner et ne pas donner, nourrir et ne pas nourrir, distribuer et ne pas distribuer, exercer l'hospitalité et ne pas l'exercer? Commandement absurde et inexécutable.

Il ne faut donc pas nous défaire d'une richesse qui peut être utile à notre prochain. La nature des richesses est d'être possédées et de secourir. Dieu lui-même les a formées et accommodées à notre usage. Elles sont, entre les mains de celui qui sait les employer, la matière et l'instrument du bien. Si quelqu'un fait un ouvrage d'après les règles de l'art, son ouvrage est bon ; s'il ne connaît point l'art, et qu'il ne l'emploie pas, son ouvrage est mauvais ; mais la faute en est à lui seul, et non pas à l'art, qu'il n'a pas employé. Il en est de même des richesses. Elles ne sont simplement qu'un instrument. En usez-vous avec justice, vos œuvres sont bonnes ; avec injustice, elles sont mauvaises. Leur nature est d'obéir, non de commander. Elles ne méritent par elles-mêmes ni louange ni blâme ; leur usage seul, qui dépend de nous, car Dieu nous a fait libres, détermine leur nature. Ce n'est donc pas nos richesses qu'il faut détruire, ce sont nos vices, qui nous empêchent de les faire servir aux bonnes œuvres et à la vertu. Devenez ainsi probes et pieux, vos richesses et leur usage le deviendront. Ces biens que nous possédons et qu'on nous ordonne de vendre ce sont nos passions, les troubles et les inquiétudes fatales du monde.

Une autre réflexion encore qui le prouve mieux. Il est des choses hors de notre âme; il en est d'autres qui sont en elle. Les choses qui sont hors de notre âme paraissent bonnes ou mauvaises, suivant l'usage que nous en faisons. Faut-il donc, je le demande, pour obéir au Seigneur, renoncer à des richesses qui n'emportent pas avec elles les troubles intérieurs de notre âme, ou n'est-ce pas plutôt ces troubles, dont la destruction sanctifie les richesses mêmes, qu'il faut étouffer et détruire ? Que sert au riche orgueilleux qui, sans se dépouiller de ses passions, se dépouille de ses richesses, que lui sert, dis-je, ce vain sacrifice ? Devenu pauvre des biens de la terre, resté riche de penchants honteux et de criminels appétits, il n'a plus, il est vrai, de quoi satisfaire ses passions ; mais ses passions vivent toujours dans son âme, et, par une puissance maligne qui leur est propre, elles s'y nourrissent et la dévorent. Il garde ce qu'il devait rejeter, il rejette ce dont il aurait pu faire un bon usage. Il se prive volontairement des secours que la richesse eût pu lui donner, et il rallume ses vices et ses passions au feu du besoin. Renoncez donc aux possessions nuisibles, conserve celles de qui l'usage pieux et modéré peut vous être utile. Songez que ce qui est hors de vous ne peut, sans vous, vous faire aucun mal. Jouissez des biens que le Seigneur vous donne, et dont lui-même vous indique l'usage ; rejetez vos vices et vos passions, qui corrompent ces biens et vous en font faire un emploi criminel ; vous obéirez ainsi au Seigneur.

C'est, en effet, la multitude de nos vices qui nous est mortelle ; c'est leur destruction qui nous est salutaire. C'est du vice qu'il faut appauvrir et dépouiller notre âme, afin d'entendre ces paroles consolantes du Sauveur : « Venez, suivez-moi. » La voix du salut s'ouvre à la pureté du cœur; elle se ferme à son impureté. Cette impureté n'est point dam vos richesses, elle est tout entière dans vos profanes amours, dans la flamme inextinguible de vos désirs ; car si, étant riche, vous reconnaissez tenir de la munificence divine l'or, l'argent et les maisons que vous possédez, et que vous les rendiez, dans la personne de vos frères, au Dieu qui vous les a donnés ; si vous reconnaissez que vous les possédez plus pour les autres que pour vous-mêmes ; si, vous élevant au-dessus de leur possession par la force de votre esprit, vous leur commandez au lieu de leur obéir ; si vous ne vous enfermez point dans des sentiments égoïstes comme dans une demeure impénétrable, mais que vous fassiez servir vos richesses à l'œuvre divine de votre salut; si, lorsque la nécessité l'exige, vous vous privez de vos trésors et supportez leur perte et la pauvreté qui en est la suite, avec la même tranquillité d'esprit, la même joie pure et inaltérable dont vous jouissiez au milieu de votre abondance, c'est vous que le Seigneur proclame heureux, et appelle pauvre d'esprit, héritier assuré du royaume des cieux, où vous n'entreriez pas si vous rejetiez le fardeau de vos richesses, par la seule impuissance de le porter.

Celui dont l'âme est toute pleine du sentiment impur de ses richesses, qui, fermant son cœur à l'esprit de Dieu, le remplit d'or et de terre, de qui l'esprit et le corps se fatiguent sans relâche à accroître ses biens sans mesure, esclave enchaîné par le monde et courbé vers cette terre de laquelle il est sorti et à laquelle il doit retourner, comment un tel homme pourra-t-il brûler du saint désir de posséder Dieu ? un homme, dis-je, qui ôte son cœur de sa poitrine pour y placer un froid métal : non, il est tout entier dans les richesses dont le coupable amour l'enchaîne, et c'est là que Dieu le retrouve ; car où est votre trésor, là aussi est votre cœur, le Seigneur reconnaît deux espèces de trésors ; l'un bon : « l'homme bon tire de bonnes choses d'un bon trésor; » l'autre mauvais : « et l'homme mauvais tire de mauvaises choses d'un mauvais trésor, car la bouche parle de l'abondance du cœur. » De ces deux trésors, l'un, si vous le trouvez, vous est une source de biens ; la possession de l'autre, loin d'être utile et désirable, entraîne, au contraire, votre perte et votre ruine. Les richesses, comme les trésors dont parle le Sauveur, sont de deux espèces, les unes bonnes, les autres mauvaises : les bonnes méritent notre amour; les mauvaises, notre mépris. La pauvreté spirituelle est la seule qui soit appelée heureuse. « Heureux les pauvres !» a dit saint Mathieu ; mais quels pauvres ? les « pauvres d'esprit, » a-t-il ajouté. Et pour mieux faire entendre sa pensée : « heureux ceux qui ont faim et soif de la justice de Dieu ! » Malheureux donc, au contraire, et bien malheureux, les pauvres qui, privés à la fois des biens célestes et terrestres, ne connaissent ni Dieu ni sa justice!

Ainsi donc, la difficulté qu'éprouveront les riches pour entrer dans le royaume des deux ne doit pas être comprise grossièrement et à la lettre, mais dans un sens spirituel et mystique. Notre salut ne dépend pas, en effet, des choses qui sont hors de nous : il importe peu que nous en soyons privés ou que nous les possédions avec abondance ; qu'elles soient grandes ou petites, illustres ou obscures, approuvées ou désapprouvées ; il dépend des vertus de notre âme : la foi, l'espérance, la charité, l'amour du prochain, la vraie science, la douceur, la modération, la vérité. Il est leur ouvrage et leur récompense. Un homme vivra-t-il pour être beau ? Périra-t-il pour être laid? Non; mais quelque soit le corps qu'il habite, il vivra, s'il le conserve chaste ; il périra, s'il le corrompt. Son corps est le temple de Dieu. La vie et la mort ne sont ni dans la beauté ni dans la laideur de nos membres, elles sont dans l'âme, qui les fait mouvoir. « Si quelqu'un te frappe au visage, nous dit le Sauveur, souffre-le. » Un homme robuste et vigoureux peut obéir à ce commandement, un homme faible peut le transgresser par la violence de son esprit Ainsi, un pauvre qui manque de tout peut s'enivrer d'impurs désirs; un riche, au contraire, peut leur résister, les vaincre, et, soumis a l'esprit de Dieu, mener une conduite pleine de modestie et de pureté. Si donc notre âme est la partie de notre être qui doit posséder la vie, et que la vertu la fasse vivre quand le vice la fait mourir, elle se sauvera, cela est évident, par la privation des voluptés que la richesse produit et enflamme ; elle périra par leur possession. C'est notre âme qui nous fait obéir ou désobéit à Dieu ; c'est elle qui nous rend purs ou impurs devant lui. Ne cherchons pas hors d'elle les causes de nos vices et de nos vertus, nous ne les y trouverions pas.

Le vrai riche, s'appuyant sur la vertu, fait de sa fortune, quelle qu'elle soit, un usage saint et agréable à Dieu. Le faut riche attache sa vie et toutes ses pensées ù une substance extérieure, tantôt périssant tout entière, tantôt passant d'un homme à un autre, et dont enfin rien ne demeure. Comme il y a de vrais et de faux riches, il y a de véritables et de faux pauvres. Les uns, en effet, sont pauvres d'esprit, ce qui est le caractère de la véritable pauvreté ; les autres le sont seulement des biens du siècle, ce qui n'a aucun rapport avec le commandement du Sauveur. C'est à ce dernier, pauvre des biens du siècle et riche de vices, non point à celui qui est pauvre d'esprit et riche selon Dieu, qu'il adresse ces paroles : « Abandonnez ces biens étrangers qui possèdent votre âme, afin que, devenant purs de cœur et d'esprit, vous voyiez Dieu. » Ce qui est dire, sous d'autres paroles, afin que vous entriez dans le royaume des cieux. Comment abandonner vos richesses? En les vendant. Quoi donc ! faudra-t-il que vous receviez en argent le prix de vos héritages? Echangerez-vous des richesses que vos yeux voient et que vos mains touchent contre un argent également frivole et périssable? Nullement; mais au lieu des richesses qui souillent votre âme que vous voulez sauver, acquérez-en d'autres qui vous rendent semblables à Dieu et vous le font voir. Vous obéirez ainsi véritablement à ses préceptes, et vous en recevrez, pour prix de cette obéissance, une gloire sans fin, une vie éternelle et incorruptible. Vous échangerez des biens superflus qui vous ferment les portes du ciel contre des biens invisibles qui vous les ouvrent. Laissez donc aux pauvres du siècle ces folles richesses, et, vous mettant en peine seulement des spirituelles, amassez-vous un trésor dans le ciel.

Le sens de ces paroles métaphoriques échappa à cet homme riche et attaché à la lettre de la loi. Il ne comprit pas comment il pouvait être riche et pauvre tout ensemble; avoir de l'argent et n'en point avoir ; user des biens du siècle et n'en pas user. Il se retira triste et déconcerté, abandonnant la vie qu'il avait bien pu désirer, mais qu'il ne put acquérir, en regardant comme impossible ce qui ne lui était que difficile. Sans doute, il est difficile de ne pas se laisser circonvenir et entraîner au mal par les charmes et les prestiges dont la possession de grands biens nous environne de toutes parts et nous enveloppe comme d'un réseau. Cependant, il n'est pas impossible que leur possesseur se sauve, si, se détachant de ces faux biens, il se tourne vers les véritables, que Dieu lui apprend à connaître, et s'il fait servir sa richesse temporelle à l'acquisition de l'éternelle richesse. Les disciples eux-mêmes, en entendant ces paroles, furent saisis d'étonnement et de frayeur. Pourquoi est-ce qu'ils possédaient de grands biens ? Ils avaient abandonné depuis longtemps quelques filets, quelques lignes, quelques méchantes barques qui composaient toutes leurs richesses. Pourquoi donc dirent-ils avec crainte : « Quel homme peut être sauvé ? » C'est que, disciples fidèles et attentifs, ils avaient parfaitement compris le sens caché des paroles de leur maître, et en avaient pénétré la profondeur et l'étendue. Assurés de s'être dépouillés volontairement de tout ce qu'ils possédaient des biens de la terre, et fondant sur ce sacrifice l'espérance de leur salut, ils ne l'étaient pas également de s'être dépouillés de leurs passions et de leurs vices (car ils étaient depuis peu au nombre des disciples du Christ et admis dans sa familiarité) ; aussi étaient-ils effrayés au plus haut degré, et comme ce riche, assez follement attaché à ses biens pour les préférer à la vie éternelle, ils désespéraient eux-mêmes de leur salut. Il leur paraissait digne d'une grande crainte que la richesse des vices fut assimilée à celle de l'argent, et ils craignaient d'être exclus du royaume des cieux, où Dieu ne reçoit que les âmes chastes et pures.

Le Seigneur répondit à leurs craintes : « Ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu. » Ces paroles sont à leur tour pleines d'une sagesse profonde. Aucun homme, en effet, ne peut, par l'unique secours de ses vertus et de ses œuvres, vaincre ses passions et apaiser les troubles de son esprit ; mais si ses désirs, élevés vers Dieu, s'enflamment encore davantage par la difficulté qu'il éprouve à les satisfaire; s'il redouble d'ardeur et d'efforts, la grâce divine lui vient en aide et réalise ses espérances. Voulez-vous véritablement, l'esprit de Dieu est avec vous; cessez-vous de vouloir, il se retire. Il est d'un tyran de sauver par force, il est d'un Dieu libéral et indulgent de céder à une volonté forte et librement exprimée. La mollesse et la volupté n'acquièrent point le royaume des deux; c'est la violence qui s'en empare. Cette violence, qui arrache à Dieu notre salut et notre vie, est la seule qui soit sainte et vertueuse. Juge suprême du combat que nous soutenons, contre lui, Dieu cède volontiers à ceux dont le courage ne faiblit point et ne se ralentit jamais. Il aime et se plaît à être vaincu. Aussi, lorsque, saint Pierre, ce disciple choisi et excellent entre tous, ce prince, dis-je, des disciples, pour qui seul le Seigneur voulut acquitter le tribut comme pour lui-même, eut entendu ce discours, il en saisit soudain le sens et la force ; autrement, pourquoi aurait-il dit : « Pour nous, vous le savez, nous avons tout quitté et vous avons suivi ? » S'il parle ainsi des biens terrestres qu'il a quittés, biens sans valeur, même aux yeux des hommes, ne semble t-il pas qu'il se glorifie bien imprudemment et qu'il demande une récompense bien au-dessus d'un si léger sacrifice ? Mais s'il parle, comme je le soutiens, de ses passions et de ses vices qu'il a vaincus et étouffés, c'est bien là le sacrifice que le maître ordonne et qui conduit au ciel. En effet, nous suivons le Sauveur en l'imitant, en rendant notre vie semblable à la sienne, en nous servant de sa conduite et de ses mœurs comme d'un miroir pour régler et embellir les nôtres.

Mais Jésus répondit ; « En vérité, je vous le dis, celui qui laissera tout ce qu'il possède, ses parents, ses frères et ses biens pour moi et pour l'Evangile, recevra au centuple. » Que ces paroles, ni celles d'un autre passage, encore plus dures : « Celui qui ne hait point son père, sa mère, ses enfants et même son âme, ne peut être mon disciple ; » que les paroles, dis-je, de ces deux passages, ne vous troublent point. Le Dieu de paix ne nous ordonne point de haïr ceux qui nous sont le plus chers, lui qui nous fait un devoir d'aimer nos ennemis mêmes. Si nous devons aimer des ennemis, a plus forte raison nos parents ; si nous devons haïr nos parents, à plus forte raison nos ennemis. Mais ces maximes, qui semblent se détruire entre elles, ne sont pas même opposées. Toutes les deux prennent leur source dans le même principe. Ne vous vengez pas de votre ennemi ; n'aimez pas votre père plus que le Christ. Le premier de ces commandements nous défend la haine et la volonté de faire le mal ; le second nous défend, envers nos parents, un trop grand amour, qui serait nuisible à notre salut. Si donc quelqu'un a un père, un fils, un frère infidèle, qui lui soit un empêche ment pour conserver la foi et acquérir le ciel, qu'il s'en éloigne, qu'il rompe tout commerce avec lui, qu'il remplace une amitié charnelle par une inimitié spirituelle.

Je suppose que le procès de cette séparation s'ouvre et s'instruit devant vous. D'un côté, le père se lève et dit : « C'est moi qui t'ai engendré et nourri, suis-moi donc, conduis-toi comme moi d'une manière impie ; n'obéis point à la loi du Christ, ou tout autre blasphème semblable, qu'un homme corrompu peut proférer. D'un autre côté, écoutez le Seigneur répondre : Je t'ai régénéré en te sauvant de la mort, à laquelle ta naissance t'avait condamné. Je t'ai délivré, je t'ai guéri, je t'ai racheté. Je te montrerai le visage de Dieu, qui est ton père. N'appelle point un homme ton père ; laisse les morts ensevelir les morts. Suis-moi, et je te conduirai dans ce sublime repos des biens cachés, dont personne ne peut exprimer la magnificence, qu'aucun œil n'a vus, qu'aucune oreille n'a entendus, où la pensée de l'homme ne peut atteindre, secrets mystères que les anges eux-mêmes désirent pénétrer, impatients de connaître et de voir les récompenses que Dieu prépare à ceux de ses enfants qui l'aiment. Je suis moi-même le pain dont je te nourrirai ; celui qui mange de ce pain ne meurt point. Je te verserai chaque jour un breuvage d'immortalité. La doctrine que j'enseigne est plus élevée que le ciel. J'ai combattu pour toi contre la mort et je l'ai vaincue. Les peines que méritaient tes crimes et ton incrédulité envers Dieu, à qui tu n'aurais pu les payer, j'ai bien voulu les payer pour toi. » Vous avez entendu les deux parties ; soyez juge dans votre propre cause, prononcez, mais n'oubliez pas que votre salut dépend de la sentence que vous prononcerez; et si votre frère, votre fils, votre femme, vous tiennent de semblables discours, repoussez-les, et donnez la victoire au Christ. Payez-lui le prix des combats qu'il a livrés en votre faveur.

Vous pouvez dire encore des biens du siècle que vous possédez : Le Christ ne me défend point leur possession ; le Seigneur ne me les envie point. Sans doute ; mais voyez-vous que leur passion soit prête à vous emporter et que la tranquillité de votre âme soit en péril ? Repoussez-les, rejetez-les, haïssez-les, abandonnez-les, fuyez-les. Si votre œil droit vous scandalise, arrachez-le sans retard. Il vaut mieux n'avoir qu'un œil et entrer dans le royaume de Dieu, qu'être jeté avec les deux dans le feu éternel. Si c'est votre main, si c'est votre pied, si c'est votre âme, haïssez-les. Mourez pour le Christ en ce monde, vous vivrez dans l'autre éternellement.

Tel est le sens des paroles suivantes ; « Maintenant et en ce temps-ci, qu'il reçoive cent fois autant, des champs, de l’argent, des maisons des frères, au milieu des persécutions. » Ainsi le Sauveur n'appelle pas à la vie ceux-là seulement qui n'ont ni argent, ni maisons, ni frères, il y appelle les riches comme les pauvres. Mais, comme nous l'avons déjà dit, il veut que ses frères soient dignes de lui ; que leurs mœurs soient semblables aux siennes; qu'ils soient tels que Pierre et André, Jacques et Jean, fils de Zébédée, en paix entre eux et avec lui-même. Il ne veut point que nos possessions nous soient une cause de persécution et de troubles. Tantôt la persécution nous vient du dehors, lorsque les hommes, par haine, par envie, par amour du gain, par les suggestions du démon, persécutent les fidèles ; tantôt, plus cruelle et plus redoutable, elle naît du fond même de notre âme. Elle se sert, pour nous combattre, de nos propres désirs, de notre penchant à la volupté. Elle nous remplit de coupables espérances, de songes vains, de folles chimères. Elle allume en nous des cupidités honteuses et des amours qui nous rendent semblables aux bêtes. Notre âme, ainsi tourmentée, devient furieuse et haletante ; ses sentiments, ses affections, sont autant d'aiguillons et de pointes de fer qui la déchirent et l'ensanglantent Quelle persécution plus cruelle que celle qui, naissant dans notre âme, nous est toujours présente et inévitable. Quel plus terrible ennemi que celui que nous portons sans cesse et en tout lieu avec nous ! La persécution vient-elle du dehors, elle nous éprouve par les feux de la tentation ; vient-elle du dedans, elle nous tue. La guerre que le hasard ou une cause étrangère allument contre nous, s'éteint facilement. La guerre que nous livrent nos passions ne s'éteint qu'avec notre vie. Sentez-vous que cette persécution intérieure s'allume en vous à cause des richesses, des frères ou des amis que vous possédez ; abandonnez cette possession funeste qui vous entraîne au mal, défaites-vous d'une maladie dangereuse, donnez-vous la paix à vous-même, et, vous tournant tout entier vers l'Évangile, choisissez le Sauveur pour guide, confiez-lui le soin de votre âme; il la conduira, la consolera, la fera jouir d'une éternelle vie. Ce qui est visible passe, ce qui est invisible ne passera point La vie de ce monde est passagère et ne s'appuie sur rien de solide, la vie future est éternelle.

« Les premiers seront les derniers, et les derniers les premiers. » Ces paroles renferment un sens profond qui exigerait, pour être compris, de longues et de sérieuses explications. Toutefois elles ne sont pas nécessaires à mon sujet; car ce passage ne s'adresse pas seulement aux riches, mais à tous les fidèles. Mes recherches n'iront donc pas plus avant, persuadé que je suis d'avoir prouvé d'une manière satisfaisante que le Sauveur ne condamne point les richesses et n'exclut pas de son héritage ceux qui les possèdent; pourvu qu'attentifs à observer tous ses préceptes, préférant la vie aux choses de la terre, les yeux fixés sur lui comme sur un sage pilote dans une navigation dangereuse, ils recherchent avec une sainte avidité ce qu'il veut, ce qu'il ordonne, ce qu'il exige, d'où ils doivent partir, et par quels moyens ils peuvent arriver au but qu'il leur montre et qu'ils se proposent d'atteindre. Quel crime, en effet, commet un homme qui, avant d'avoir embrassé la foi, réunit par son travail et son économie assez de bien pour mener une vie tranquille et honnête ? De quoi est coupable ce qui est encore plus fort, celui que Dieu place dès sa naissance, au milieu des richesses, de la puissance et des honneurs, sans aucune participation de sa volonté ? Si la vie lui est refusée seulement parce qu'il est riche, et s'il n'a point dépendu de lui de ne l'être pas, son créateur lui fait assurément injustice en le privant des biens éternels pour lés biens périssables qu’il lui adonnés. Qu'était-il besoin, d'ailleurs, que la terre produisit tant de richesses, si ces richesses donnent la mort? Dieu ne saurait être injuste. Si donc, étant riche et puissant, vous séparez votre cœur de votre pouvoir et de vos richesses; si vous êtes sobre dans leur usage et modeste dans vos pensées ; si vous cherchez Dieu uniquement, avide de le posséder et de vous entretenir avec lui, tout riche que vous êtes des biens du siècle, vous êtes pauvre selon Dieu, libre, invincible, invulnérable au milieu même de vos richesses. Si, au contraire, vous en abuser, c'est à vous que le Sauveur adresse ces paroles : « Il est plus facile à un câble de passer par le trou d'une aiguille, qu'à un riche d'entrer dans le royaume des cieux. » Tel est le vrai sens de cette expression mystérieuse que j'ai déjà expliquée dans l'exposition des principes de la théologie.

Exposons d'abord le sens le plus remarquable de cette parabole, et disons surtout à qui elle s'adresse ; qu'elle apprenne aux riches à ne point négliger leur salut, comme si toute espérance d'être sauvés leur était ravie; qu'elle leur apprenne, dis-je, non point à accuser la richesse et à la rejeter loin d'eux comme leur plus cruelle ennemie, mais à en faire un saint usage qui leur puisse acquérir le ciel. La crainte salutaire qu'ils ont de leurs richesses les empêche bien de périr; mais l'assurance qu'ils ont d'être sauvés ne suffit point pour qu'ils le soient effectivement Examinons donc quelle est l'espérance que Dieu leur prescrit, et comment leur richesse, qui semblerait devoir détruire leur espérance, leur prête, au contraire, un secours favorable pour en obtenir l'accomplissement Le maître, interrogé, répond que le plus grand de tous les commandements est celui-ci : « Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de toute votre âme et de toutes vos forces. » Ce commandement est, en effet et à juste titre, le premier et le plus grand de tous. Il nous explique nos devoirs envers Dieu, qui est notre père, qui a tout créé, qui conserve tout, dans le sein duquel reviendront tous les hommes qui seront sauvés. Avant que nous pussions le connaître et l'aimer, il nous a aimés et choisis ; ce serait donc une affreuse ingratitude de porter ailleurs notre amour, la seule chose qu'il nous demande pour tous les biens dont il nous comble, la seule enfin que notre faiblesse puisse lui donner, puisqu'il est parfait et n'éprouve aucune sorte de besoin. Cet unique et ardent amour qu'il exige de nous, il nous le paie par une récompense incorruptible. Plus nous l'aimons, plus nous lui ressemblons ; plus notre nature se mêle et se confond avec la sienne.

Le second commandement n'est pas, nous dit le Sauveur, de beaucoup inférieur au premier : « Vous aimerez votre prochain comme vous-même. » Vous aimerez donc votre Dieu plus que vous-même. Jésus-Christ, à qui un de ses auditeurs demandait : qui est mon prochain? ne le définit point, comme l'auraient fait les Juifs, par la proximité du sang. Il ne dit point : C'est votre parent, votre concitoyen, un prosélyte, un circoncis, un homme enfin qui obéit à la même loi ; il suppose un homme qui, descendant de Jérusalem à Jéricho, est attaqué par des voleurs, percé de coups, laissé sanglant et à demi-mort sur la route. Un prêtre le toit et passe outre ; un lévite passe et ne le regarde même pas ; un Samaritain, méprisé et séparé du reste des Juifs, exerce envers lui la miséricorde. Il ne vient pas en ce lieu comme amené par le hasard, il y vient apportant ou conduisant avec lui tout ce dont son frère blessé peut avoir besoin : de l'huile, des bandages, un cheval. II donne de l'argent au maître de l'hôtellerie ; il lui en promet encore. « Quel est celui des trois, dit ensuite Jésus-Christ, qui a été le prochain du blessé ? Et comme on lui répondit : Celui qui a exercé envers lui la miséricorde : Allez donc, reprit-il, et faites de même. » La charité est, en effet, la mère de la bienfaisance.

Par l'un et l'autre de ces commandements, le Sauveur nous enseigne la charité et nous en fait une loi ; mais avec ordre et distinction. La première partie de cette vertu appartient à Dieu ; la seconde, à notre prochain. Mais quel autre fut notre prochain plus que le Sauveur lui-même ? Quel autre exerça envers nous de plus grandes miséricordes? Près de périr sous les blessures sans nombre que les esprits des ténèbres nous avaient portées, l'âme remplie par eux de fausses craintes, de désirs impurs, d'aveugles fureurs, de voluptés trompeuses et inquiètes, il a guéri tontes nos blessures, il a détruit et déraciné nos vices, non point comme la loi, dont les effets, se ressentant de la malignité de leur origine, sont faibles et impuissants; mais en portant lui-même Je tranchant de la hache au pied de l'arbre du mal, et en arrachant de ses mains toutes ses racines. Il a versé sur les blessures de nos âmes un vin précieux qui est le sang de la vigne de David ; il a tiré de ses entrailles l'huile abondante dont il les a arrosées. Il les a liées et réunies par des bandages indissolubles, la foi, l'espérance et la charité. Il a ordonné aux anges, aux principautés et aux puissances du ciel de nous servir, et il leur en a payé le prix en les délivrant de la vanité du monde dans la révélation de la gloire des fils de .Dieu. Aimons donc ce Dieu bienfaisant, aimons-le de toutes nos forces et plus que nous-mêmes. C'est l'aimer, que de faire sa volonté et d'obéir à ses préceptes. « Tout homme qui me dit : Seigneur, Seigneur, n'entrera point dans le royaume des cieux, mais celui qui fait la volonté de mon père. » Et ailleurs : « Pourquoi me dites-vous Seigneur, Seigneur, et.ne faites-vous pas ce que je dis? » Et ailleurs encore ; « Heureux vous qui voyez et entendez ce que ni les justes ni les prophètes n'ont vu; pourvu que vous fassiez ce que je dis ! »

Le premier donc est celui qui aime le Christ ; le second, celui qui aime ses frères et leur rend tous les bons offices qui dépendent de lui. Ce que nous faisons pour un des disciples du Seigneur, nous le faisons pour le Seigneur lui-même. Le Seigneur le reçoit et se l'attribue : « Venez, bénis de mon père, posséder le royaume qui vous a été préparé dès le commencement du monde. Car j'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger ; j'ai eu soif, et vous m'avez donné a boire; j'étais étranger, et vous m'avez recueilli ; j'étais nu, et vous m'avez revêtu ; j'étais malade, et vous m'avez visité ; j'étais en prison, et vous êtes venus à moi. » Alors les justes lui diront : Seigneur, quand est-ce que nous vous avons vu avoir faim et que nous vous avons donné à manger, ou avoir soif et que nous vous avons donné à boire ; quand est-ce que nous vous avons vu étranger et que nous vous avons recueilli; ou sans vêtements, et que nous vous avons revêtu ? Et quand est-ce que nous vous avons vu malade, on en prison, et que nous vous avons visité? Et le roi, répondant, leur dira : « Je vous dis, en vérité, qu'autant de fois que vous l'avez fait pour l'un des moindres de mes frères que vous voyez, vous l'avez fait pour moi. » Il dira, au contraire, à ceux qui n'auront rien donné : « En vérité, je vous le dis, toutes les fois que vous » avez refusé ces services au moindre de mes frères, c'est à moi que vous les avez refusés. » Il répète encore dans un autre passage : « Celui qui vous reçoit me reçoit, celui qui vous méprise me méprise. »

Il les appelle ses fils, ses amis, ses petits enfants, petits, en effet, dans ce monde, si on les compare à la grandeur future qui les attend au ciel. « Ne méprisez pas, nous dit-il, un seul de ces petits, car leurs anges voient toujours la face de mon père, qui est dans le ciel. » Et ailleurs : « Ne craignez pas, petit troupeau, car il a plu au Père de vous donner le royaume des cieux. » C'est encore pour cela qu'il disait que le plus petit dans. le royaume des deux, c'est-à-dire son disciple, était plus grand que Jean-Baptiste, quoique ce saint précurseur fût le plus grand d'entre les enfants des hommes. « Celui, dit-il encore, qui reçoit un juste ou un prophète, en qualité de juste ou de prophète, recevra la récompense d'un juste ou d'un prophète ; et celui qui donnera un verre d'eau froide à un de mes disciples en qualité de mon disciple, ne perdra pas sa récompense. » Et il ajoute : « Employez les richesses injustes à vous faire des amis, afin que lorsque vous viendrez à défaillir, ils vous reçoivent dans les demeures éternelles. » C'est dire assez que nos richesses ne doivent pas seulement être employées à notre usage, mais à celui de nos frères ; c'est nous apprendre à tirer la justice de l'injustice, en secourant quelqu'un de ceux à qui Dieu prépare son royaume. Remarquez d'abord qu'il ne vous ordonne point de souffrir qu'on vous demande, ni de permettre que les pauvres vous soient importuns ; mais de chercher vous-même ceux que vous devez secourir, les véritables disciples du Christ. L'apôtre a dit admirablement : « Dieu aime l'homme qui donne avec joie, qui se complaît dans ses bienfaits; qui donne sans murmure, sans distinction, sans regrets, véritable caractère de la bienfaisance. » Ce fidèle est encore plus grand, à qui le Sauveur dit dans un autre passage : « Donnez à tous ceux qui vous demandent. » C'est imiter, en effet, la bonté facile et inépuisable de Dieu. Cette doctrine paraît être élevée au-dessus même de la perfection, de ne pas attendre qu'on vous demande ; mais de chercher vous-même ceux qui sont dignes d'être secourus.

Quelle récompense cependant de votre charité et de vos bienfaits, les tabernacles éternels ! Quel admirable et divin commerce! échanger des biens qui périssent contre des biens qui ne périssent pas ! Vous bâtir de vos propres mains dans le ciel une demeure indestructible ! O vous qui êtes riches, si votre folie ne vous aveugle point, hâtez-vous, faites, concluez un marché si avantageux ! Parcourez, s'il le faut, la terre entière ; n'épargnez ni soins ni dangers. Tandis que cette vie vous est laissée, tandis que vous le pouvez encore, achetez le royaume des deux. Pourquoi mettre votre joie dans des pierres précieuses, dans des palais que le feu dévore, que le temps détruit, qu'un tremblement de terre ébranle et renverse, que l'injustice des tyrans vous ravit î Tournez vos vœux vers les palais célestes. Y voulez-vous régner avec Dieu ? Un homme vous les ouvrira. Partagez avec lui vos trésors terrestres; il partagera avec vous les trésors du ciel. Pressez, priez, suppliez pour qu'il accepte vos bienfaits. Craignez surtout qu'il ne les refuse. Il ne lui est point ordonné de les recevoir, il l'est à vous de les lui offrir. Le Seigneur enfin n'a point dit: Offrez, donnez, soyez bienfaisant et secourable, il a dit: « Faites-vous un ami. » Pensez-vous qu'un ami s'acquière par quelques présents ? Non, il y faut une longue habitude, une longue suite de soins et de bienfaits. Pensez-vous qu'il suffise d'être fidèle, patient, charitable un seul jour? Non, il faut l'être tous les jours de votre vie. Celui qui persévérera jusqu'à la fin sera sauvé.

Comment un homme nous distribuera-t-il les trésors du ciel? écoutez ce que dit le Seigneur: « Je ne donnerai pas seulement à mes amis, mais aux amis de mes amis. » Eh ! qui est l'ami de Dieu ? Ce n'est point à vous à juger lequel de vos frères est digne ou indigne de ce nom. Vous pourriez vous tromper en choisissant. Ne choisissez donc pas. Donnez à tous indistinctement ; n'enchaînez point votre bienfaisance par la crainte de la répandre sur ceux qui en sont indignes. Vous pourriez, par cette précaution dangereuse, passer sans les secourir auprès des amis de Dieu, et un seul, vous le savez, un seul d'entre eux que vous négligez de secourir, vous rend digne du feu de l'enfer. D'ailleurs, en donnant à tons ceux qui sont dans le besoin, vous donnerez infailliblement à celui qui peut faire votre salut auprès de Dieu. « Ne jugez point, de peur d'être jugés. La mesure que vous ferez aux autres est celle qui vous sera faite. » Dieu vous la rendra bonne, pleine et surabondante. » Ouvrez donc vos entrailles à tous vos frères inscrits au nombre des disciples du Seigneur, n'en repoussez aucun par dégoût de leur âge, de leur faiblesse ou de leur laideur. Ces haillons qui les couvrent, ces maladies qui rendent leur corps difforme ou défigurent leur visage, loin de vous inspirer de l'aversion, doivent, par un juste retour sur vous-mêmes, vous faire réfléchir que c'est une des nécessités de notre faible humanité, une leçon commune à tous les hommes. Songez d'ailleurs que, sous cet extérieur repoussant, sont cachés le Père et le Fils : le Père, qui nous a créés ; le Fils, qui est mort pour nous et qui ressuscite avec nous.

Cet extérieur offert à leurs yeux trompe la mort et le démon, à qui demeure invisible et cachée la beauté intérieure qu'il renferme. Pleins de mépris pour la chétive faiblesse de notre corps, ils s'élèvent contre lui avec une vaine fureur, aveugles qu'ils sont pour voir les richesses intérieures de notre âme, et ne comprenant pas combien est grand le trésor que nous portons dans ce vase d'argile, trésor défendu par la puissance du Père, par le sang du Fils, par la rosée du Saint-Esprit. Mais vous, qui avez goûté des fruits de la vérité et qui êtes jugés dignes des récompenses que le Sauveur vous a acquises par son sacrifice, craignez de tomber dans une si funeste erreur ! Rassemblez, contre l'usage ordinaire des autres hommes, rassemblez autour de vous, pour vous défendre, une armée inhabile à la guerre, impuissante à répandre le sang, que la colère ne trouble pas, que les vices ne souillent point ; des vieillards admirables de piété, des orphelins de mœurs pures et religieuses, des veuves instruites à la patience et à la douceur, des hommes ornés et embellis par la charité ; faites-vous-en, par vos richesses, des gardes vigilantes autour de votre âme et de votre corps. Dieu les commandera. Par eux, par les prières des saints, votre navire, prêt à s'enfoncer dans l'abîme, se relèvera et voguera légèrement vers le ciel. Par eux, toutes vos maladies seront vaincues, toutes vos craintes effacées et détruites, et la violence du démon se brisera impuissante contre la doctrine qu'ils vous apprendront à méditer et à suivre.

Aucun des membres de cette milice courageuse ne restera oisif et inoccupé, aucun ne vous sera inutile. Les uns verseront devant Dieu des prières pour votre salut ; les autres verseront des larmes. Ils vous consoleront dans, vos afflictions, vous instruiront dans votre ignorance. Ceux-ci vous reprendront avec hardiesse; ceux-là vous donneront des conseils pleins de bienveillance ; tous enfin, sans crainte, sans fard, sans dissimulation, sans flatterie, vous entoureront, comme d'un rempart, d'une sincère et solide amitié. Quelle douceur dans leurs bons offices! Quelle puissance dans la généreuse liberté de leurs conseils ! Quelle sincérité dans leur foi, garantie par la crainte de Dieu ! Quelle vérité dans leurs paroles, que le mensonge ne saurait souiller ! Quelle beauté dans leurs œuvres ! Choisis de Dieu pour le servir, pour le fléchir et pour lui plaire ; n'aimant pas votre corps, mais votre âme; vous parlant, .mais s'adressant au roi invisible qui habite en vous, roi des temps et de l'éternité.

Tous fidèles, tous admirables de justice et de probité, tous aimés de Dieu, auquel ils ressemblent, et le front ceint comme d'un diadème de la couronne éclatante de leurs bonnes œuvres. Il en est même parmi eux qui, choisis entre les choisis, élus entre les élus, brillent d'une gloire d'autant plus vive que, s'éloignant volontairement des dangers du monde, ils s'ouvrent, par leur modestie, un port assuré contre ses orages ; qui, craignant de paraître saints, rougissent quand on leur en donne le nom ; qui cachent au fond de leur cœur d'ineffables mystères, et dédaignent d'exposer leur gloire en spectacle aux regards des hommes. Ce sont ces justes que l'Ecriture Sainte appelle la lumière du monde et le sel de la terre, véritable semence de Dieu, son image et sa ressemblance, ses enfants et ses héritiers. Voyageurs exilés en ce monde par cette haute sagesse, dont leur destinée merveilleuse est d'accomplir les desseins cachés ; des choses que le monde enferme, soit visibles, soit invisibles, les unes ont été faites pour leur usage, les autres pour les éprouver, les purifier et les instruire. Le monde fut créé pour eux. Tant que cette semence divine germera et produira des fruits sur la terre, la terre ne périra point. La moisson faite et recueillie dans les tabernacles éternels, le monde entier se dissoudra.

Quel besoin, en effet, Dieu aura-t-il alors des mystères de la charité, puisque nous serons dans son sein, que son fils nous aura ouvert et dont seul il pouvait nous parler? Puisque Dieu est lui-même la charité, cette vertu puissante qui nous le fait vaincre et posséder. Notre père, par un pouvoir divin qui nous est caché, il est aussi notre mère par une miséricorde éclatante qui frappe nos yeux. Pour nous, il réunit dans son amour et dans ses bienfaits, la double nature de père et de mère. Il nous le prouve en engendrant un fils qui nous sauve ; et ce fruit de la charité est lui-même la charité. C'est pour elle qu'il est descendu du ciel; c'est pour elle que, se faisant homme, il a revêtu à la fois nos misères et notre corps, se mêlant et s'abaissant ainsi à notre faiblesse pour nous relever par sa force. Sur le point de mourir pour nous, il nous laisse son testament. « Je vous laisse, dit-il, mon amour. » Quel amour, grand Dieu ! et à quel excès n'est-il pas monté ! Il fait pour chacun de nous en particulier le sacrifice de sa vie, sacrifice que les âmes réunies de tous les hommes ne méritaient pas et ne sauraient payer. Il veut que nous l'imitions et que chacun de nous soit prêt à donner sa vie pour celle de son frère. Et quand il nous fait un devoir de nous aimer fraternellement et de mourir, s'il le faut, l'un pour l'autre ; quand l'alliance divine qu'il fait avec nous est à ce prix, nous enfermerons, nous réserverons poumons seuls des biens périssables, entièrement étrangers à la nature immortelle de notre âme ! Nous tiendrons sous la clé, nous nous refuserons l'un à l'autre de viles richesses que le feu doit bientôt dévorer ! Cette parole de saint Jean est vraiment divine et pleine d'une tendre sollicitude pour notre salut : « Celui qui n'aime point son frère est un homicide. » Race de Caïn, disciple du démon, sans entrailles, sans espérances, frappé de stérilité et de mort, il n'est point un rejeton de la vigne céleste éternellement vivante; il est une branche sèche, condamnée, coupée et jetée au feu.

Mais apprenez, en finissant, quelle est la voie par excellence qui conduit au ciel, et que saint Paul ouvre devant nous en ces termes : « La charité ne cherche point ses propres intérêts, mais elle se répand sur son frère et brûle pour lui d'un ardent amour qui semble aller jusqu'à la folie. La charité couvre la multitude des péchés, La charité parfaite bannit toute crainte; elle n'agit ni par envie ni par orgueil; elle ne se réjouit point de l'iniquité, mais elle se réjouit de la vérité ; elle supporte tout, elle croit tout, elle espère tout, elle souffre tout. La charité ne finira jamais, au lieu que les prophéties s'anéantiront, les langues cesseront, la science sera abolie. Or, ces trois choses, la foi, l'espérance et la charité, demeurent maintenant, mais la charité est la plus excellente des trois. » Quoi de plus vrai? La foi passe, en effet, quand nous voyons de nos yeux le Dieu auquel nous croyons. L'espérance s'évanouit quand nous possédons les objets dont le désir la faisait vivre. La charité s'accroît encore dans sa perfection et s'allume de plus en plus dans le sein de Dieu. Si quelqu'un embrasse cette vertu avec ardeur, quels que soient ses péchés et ses crimes, la charité, aidée d'une pénitence sincère, les effacera. Je vous le dis, afin qu'en quelque état que vous soyez, votre esprit ne se laisse point vaincre et abattre par le désespoir, afin que vous sachiez positivement quel est le riche qui a une place dans le ciel, et quel usage il fait de ses biens.

Si quelqu'un, surmontant les dangers soit de la richesse, soit de la pauvreté, s'approche chaque jour avec ardeur de la possession des biens célestes, mais qu'ensuite, par hasard, par ignorance, par accident, déjà marqué du sceau de Dieu et délivré de l'esclavage du vice, il retombe dans ses péchés et demeure comme accablé sous leur poids, Dieu le rejette et le réprouve. Tournez-vous vers Dieu de tout votre cœur ; il vous ouvrira lui-même les portes du ciel. C'est un bon père qui se réjouit du repentir vrai de son fils. Voulez-vous que votre repentir soit sincère, ne péchez plus. Arrachez avec soin de votre âme les habitudes vicieuses que vous sentez vous-même vous rendre coupable et digne de mort. Nettoyez votre âme de ses souillures, Dieu reviendra l'habiter. Lui-même il nous apprend que la conversion d'un seul pécheur, le remplit, lui et ses anges, d'une joie pure et incomparable. Aussi est-ce pour cela qu'il criait : « Je veux la miséricorde, non le sacrifice. Je ne veux pas que le pécheur meure, mais qu'il se repente. Vos péchés, fussent-ils rouges comme la pourpre, fussent-ils plus noirs que la suie, je les laverai et les rendrai plus blancs que la neige. » Il peut seul, en, effet, remettre à notre repentir les fautes que nous commettons envers lui, et il nous ordonne de remettre chaque jour au repentir de nos frères celles que nos frères commettent envers nous. Mais si nous, qui sommes mauvais, nous savons cependant pardonner le mal et faire le bien, combien plus le père des miséricordes, ce bon père de toute consolation, dont les entrailles sont toutes pleines de complaisance et d'amour, saura-t-il attendre avec patience la conversion et le retour de ses enfants ! Se repentir sincèrement, c'est ne plus pécher ; c'est ne plus regarder en arrière, ne plus revenir sur ses pas.

Dieu nous accorde le pardon de nos crimes passés. C'est à nous de n'en plus commettre. Regrettons amèrement ceux que nous avons commis; demandons lui avec ardeur qu'il les efface de sa mémoire, et que les couvrant des voiles de sa miséricorde et de la rosée du Saint-Esprit, ils soient devant lui comme s'ils n'étaient pas. « Dans l'état où je vous trouverai, dit-il, je vous jugerai. » Et chaque jour il nous montre notre fin prochaine dans la fin commune de tous les hommes. Il nous avertit, par ces paroles, que si nous nous détournons à la fin de nos jours de la bonne voie où nous aurons marché toute notre vie nos bonnes œuvres périront et ne nous défendront pas contre sa justice; que si, au contraire, après avoir vécu dans la dissolution et dans le crime, nous nous repentons sincèrement, et persistons jusqu'à la, fin dans la sincérité de notre repentir, tous nos péchés, quelque grands qu'ils aient été nous seront pardonnes et remis. Mais les maladies de l'âme ont besoin, pour être guéries, de soins plus assidus, d'une diète plus austère que celles du corps. Veux-tu, ô voleur, que ton crime te soit remis? Cesse de voler. Adultère, éteins les flammes d'une passion criminelle. Impudique, vis chastement. Détenteur injuste du bien d'autrui, restitue-le et ajoutes-y encore da tien. Faux témoin, apprends à être vrai. Parjure, cesse de jurer. Vous tous enfin, qui êtes vicieux, retranchez, coupez vos vices jusqu'à la racine; arrachez de votre âme la colère, la cupidité, l'envie, la crainte ; faites surtout la paix avec votre adversaire, afin que Dieu, à votre mort, vous trouve réconcilié avec lui. Je sais qu'il est bien difficile, et presque impossible, d'arracher tout d'un coup et à la fois des habitudes vicieuses et invétérées. Nous le pouvons cependant par le secours de la grâce de Dieu et des prières de nos frères, par une vraie pénitence et des méditations assidues.

Vous tous donc qui êtes riches, orgueilleux de votre puissance et de vos dignités, placez, il le faut pour votre salut, placez au-dessus de vous un homme de Dieu dont la vertu anime la vôtre et qui vous soit un guide fidèle et assuré. Ayez au moins un homme que vous respectiez, un homme que vous craigniez. Accoutumez-vous à l'entendre vous parler librement, soit qu'il vous blesse par ses reproches, soit qu'il vous touche par des discours pleins de tendresse et de douceur. Des objets toujours agréables fatiguent la vue et gâtent les yeux. Il faut pleurer quelquefois pour les conserver mieux. Il est bon de souffrir pour se bien porter : une volupté prolongée affaiblit et aveugle l'âme; elle se retrempe dans la douleur que lui fait éprouver une juste sévérité. Craignez-le donc quand il s'irrite, gémissez quant il gémit, respectez-le quand il s'efforce d'apaiser votre colère. Allez vous-même au-devant des peines qu'il s'apprête à vous imposer; qu'il passe en votre faveur de nombreuses nuits sans sommeil, versant devant Dieu des prières pour votre salut, et le touchant par les accents d'une voix qui lui est connue. Dieu est tout cœur et tout entrailles pour ceux qui sont ses enfants. Si vous honorez ce saint guide à l'égal d'un ange de Dieu; si vous ne l'attristez point, mais qu'il s'attriste de lui-même à cause de vous, ses prières pour votre salut seront pleines de puissance et de pureté, et votre pénitence ne sera point vaine. « Dieu ne sera ni moqué ni trompé; » de vaines paroles ne le désarmeront point. Il sonde nos reins et nos cœurs, il pénètre la moelle cachée de nos os. II entend ceux qui crient vers lui du milieu des flammes ; il exauce le repentir de celui qui pleure dans le ventre de la baleine. Toujours près des fidèles, il s'éloigne des infidèles ; mais il revient avec joie à ceux qui reviennent vers lui.

Afin d'accroître encore votre confiance que je vous engage à placer dans le repentir, et de vous assurer que si vous vous repentez sincèrement vos espérances de salut ne seront point vaines, écoutez ce qu'on nous raconte de l'apôtre saint Jean. C'est une histoire religieusement transmise et recommandée à la mémoire des fidèles. Ce saint apôtre, après la mort du tyran, revenu de l'île de Patmos à Éphèse, fut prié de visiter les églises voisines pour y établir des évoques, pour en régler et réformer la discipline, pour choisir et ordonner prêtres ceux que l'Esprit saint lui désignerait. Parmi les villes qu'il visita, il s'en trouvait une voisine d'Ephèse, dont plusieurs rapportent le nom, où tandis qu'il consolait ses frères par sa présence et par ses discours, il aperçut un jeune homme, aussi remarquable par l'élégance de son corps et la beauté de son visage que par la force de son caractère et la vivacité de son esprit ; se tournant aussitôt vers l'évêque du lieu, « je prends, lui dit-il, cette Église et le Christ à témoins que je vous recommandé ce jeune homme de tout mon pouvoir. » L'évêque le reçut de ses mains ; et tandis que saint Jean redoublait ses recommandations et ses instances, il promit de veiller fidèlement à son instruction et à sa conduite. Cependant l'apôtre revint à Éphèse, et l'évêque ouvrit sa maison au jeune homme qui lui avait été confié. Il l'éleva, l'instruisit, l'éclaira, et loi administra enfin le baptême ; mais alors s'imaginant sans doute que ces eaux saintes qui l'avaient marqué du sceau de Dieu lui étaient une sauvegarde assurée et éloignaient de lui tout danger, il se relâcha de ses soins, et son attention sur la conduite de son élève devint moins vive et moins sévère. Cette liberté prématurée fut fatale à ce jeune homme, qui se mêla à des jeunes gens de son âge, oisifs, dissolus, vicieux par choix et par habitude. Les joies de la table, des festins magnifiques, l'entraînèrent d'abord ; bientôt il descendit avec eux dans la rue pour y dépouiller les passants. De la, il s'abandonna à des projets de crimes encore pins grands et plus affreux. Semblable à un cheval jeune et vigoureux qui n'a point de bouche et que le mords ne peut retenir, plus ce jeune homme avait de force et de grandeur dans le caractère, plus il se lançait avec emportement dans la carrière qu'il s'était ouverte. Désespérant de son salut, et ne pouvant plus aller au grand par la vertu, il y voulait aller par le crime, content, puisqu'il était perdu, de périr avec les autres. Il réunit donc les compagnons de ses débauches, en forma une bande de voleurs, et, s'en faisant déclarer le chef, il se distingua entre tous par la violence de sa conduite et l'atrocité de ses crimes.

Cependant de nouveaux soins réclamèrent encore la présence de saint Jean dans cette ville. Il y vint donc ; et après avoir réglé et mis en ordre les affaires qui l'y avaient fait venir, « maintenant, dit-il à l'évêque, rendez-nous le dépôt que Jésus-Christ et moi vous avons confié en présence de cette église, dont vous êtes le chef et que nous avons appelée en témoignage. » L'évêque, pensant d'abord qu'on lui redemandait, par calomnie, un argent qu'il n'avait point reçu, demeurait surpris et interdit, ne pouvant croire qu'il eût en sa possession ce qu'il savait bien n'y pas avoir, et n'osant pas non plus se défier de saint Jean. Mais dès que l'apôtre, expliquant sa pensée, lui eut dit : « Je vous redemande le jeune homme que je vous ai confié ; je vous redemande l'âme de mon frère. » Le visage du vieillard se couvrit de larmes, et poussant un profond soupir, il s'écria : Il est mort ! Comment, reprit saint Jean ! de quel genre de mort? Il est mort à Dieu, répartit l'évêque; il s'est corrompu et perverti, et, ce qui est le comble du crime, il s'est fait voleur, et de l'église qu'il habitait il est passé sur une montagne voisine, où il commande une troupe d'assassins et de brigands comme lui. L'apôtre, à ce discours, déchira ses vêtements, et, se frappant la tête avec de grands cris : « J'avais certes choisi, en vous choisissant, un bon gardien pour l'âme de mon frère ! qu’on m'amène à l'instant un cheval et un guide ! » Il part aussitôt tel qu'il est de l'église, il presse son cheval, il se hâte. Arrivé sur la montagne, et saisi par les sentinelles des voleurs, il ne cherche point à prendre la fuite, il ne demande point qu'on l'épargne : « Saisissez-vous de moi, s'écrie-t-il, c'est pour cela que je suis venu ; conduisez-moi à votre chef. » Ce chef l'attendait tout armé ; mais il n'eut pas plutôt reconnu saint Jean qui s'approchait, que la honte le mit en fuite. Cependant saint Jean, oubliant sou grand âge, le poursuivait de toutes ses forces et s'écriait en le poursuivant: « Mon fils, pourquoi fuyez-vous votre père vieux et désarmé? Ayez pitié de moi, mon fils ne craignez point; ni votre salut ni votre vie ne sont encore désespérés. Je paierai votre rançon au Christ. Je donnerai ma vie pour la vôtre comme Jésus-Christ a donné la sienne pour tous les hommes. Arrêtez-vous seulement, et croyez. Je suis envoyé par le Christ. » Le jeune homme s'arrête enfin; il s'arrête, le visage baissé vers la terre, et, jetant ses armes loin de lui, tremblant de tous ses membres, pleure amèrement. Il embrasse le vieillard qui vient de le joindre, il expie, autant qu'il le peut, ses crimes par ses sanglots et ses gémissements ; il les lave, dans l'eau de ses larmes comme dans les eaux d'un second baptême ; seulement il cache encore sa main droite. Alors l'apôtre, l'assurant et lui protestant que le Sauveur le reçoit en grâce, le prie lui-même et se jette à ses pieds ; il cherche sa main, toute rouge encore du sang qu'elle a versé tant de fois, il la cherche, il la prend, il la baise comme déjà blanchie et purifiée par la pénitence, et ramène enfin un fils à l'Église. Là, par des prières ardentes et continuelles, par des jeûnes austères qu'il partage tous avec le coupable, combattant le courroux de Dieu et implorant sa miséricorde, il rassure cette âme effrayée, il la persuade, il la console par mille discours tendres et touchants, et ne la laisse point qu'il ne l'ait réconciliée avec elle-même, rendue à Dieu et à l'Église, pleine de force et de confiance. Grand exemple d'une pénitence sincère, admirable enseignement pour les générations à venir, trophée acquis au mystère de la résurrection future lorsqu'à la consommation des siècles, les anges porteront sur leurs ailes dans les habitations célestes ceux qui se seront repentis sincèrement pendant leur vie. Quel spectacle alors s'offrira à tous les regards ! D'un côté, les esprits célestes se réjouissant de leur gloire, chantant leurs louanges, leur ouvrant le ciel; de l'autre et avant tous, le Sauveur lui-même s'avançant au-devant d'eux et les recevant avec une ineffable douceur; répandant sur eux cette lumière que les ténèbres n'obscurcissent point, et qui dure autant que l'éternité, les conduisant enfin dans le sein de son père, dans la vie éternelle, dans la possession du royaume des cieux. Celui qui croit aux promesses divines, et, partageant la foi des disciples de Dieu, s'assure et se confie dans les paroles des prophètes, des évangélistes et des saints; qui, réglant sa vie sur leur doctrine, leur prêtant une oreille attentive et fidèle, conforme à cette doctrine sacrée sa conduite et toutes se» œuvres, en verra à la fin l'accomplissement, et la vérité brillera sans voile à ses yeux. Oui, si vous ouvrez votre cœur à l'ange de la pénitence, si vous l'y recevez avec joie, si vous ne l'en bannissez plus, votre âme en se séparant de son corps ne devra rien à la justice divine, et, lorsque le Sauveur, environné de l'année céleste, apparaîtra au monde expirant dans tout l'éclat de sa majesté, vous n'éprouverez aucune confusion des péchés que vous aurez expiés, aucune crainte des feux de l'enfer; mais si, au contraire, vous demeurez dans vos vices ; si vous vous y plaisez et que vous vous y enfonciez chaque jour davantage; si vous repoussez avec dureté le pardon que le Sauveur vous offre avec indulgence, n'accusez personne de votre perte, n'en accusez ni Dieu ni vos richesses ; c'est votre âme qui s'est perdue et vous a perdus avec elle. Tournez vos regards et vos soins vers le salut, désirez-le ardemment, demandez avec sollicitude que la force divine vienne en aide à votre faiblesse ; votre Père, qui est dans les cieux, vous inspirera un vrai repentir et vous donnera la vie éternelle. A lui donc, par son fils Jésus-Christ, roi des vivants et des morts ; à lui, par son Fils et le Saint-Esprit, gloire, honneur, puissance, éternelle majesté, maintenant et toujours, dans les générations des générations et dans les siècles des siècles. Amen.

FIN.

BENEDICT XVI

GENERAL AUDIENCE

St Peter's Square

Wednesday, 18 April 2007


Clement of Alexandria

Dear Brothers and Sisters,

After the period of celebrations, let us return to our normal Catecheses even if it is still visibly festive in the Square.

With the Catecheses we are returning, as I said, to the series begun previously. We have already spoken of the Twelve Apostles, then of the disciples of the Apostles and now of the important figures in the newborn Church, the ancient Church.

At the last one, we spoke of St Irenaeus of Lyons; today, let us speak of Clement of Alexandria, a great theologian who was probably born in Athens at around the middle of the second century.

From Athens he inherited that marked interest in philosophy which was to make him one of the pioneers of the dialogue between faith and reason in the Christian tradition. While he was still young, he arrived in Alexandria, the "city-symbol" of that fertile junction between the different cultures that was a feature of the Hellenistic age.

He was a disciple of Pantaenus until he succeeded him as head of the catechetical school. Many sources testify that he was ordained a priest. During the persecution of 202-203, he fled from Alexandria, seeking refuge in Caesarea, Cappadocia, where he died in about 215.

Of his most important works three are extant: the Protrepticus, the Paedagogus and the Stromata. Although it does not seem that this was the author's original intention, it is a fact that these writings constitute a true trilogy, destined to effectively accompany the Christian's spiritual growth.

The Protrepticus, as the word itself suggests, is an "exhortation" addressed to those who are starting out and seek the path of faith. Better still, the Protrepticus coincides with a Person: the Son of God, Jesus Christ, who makes himself the exhorter of men and women so that they will set out towards the Truth with determination.

Jesus Christ himself becomes the Paedagogus, that is, the "tutor" of those who, by virtue of Baptism, have henceforth become children of God.

Lastly, Jesus Christ himself is also the Didascalos, the "Master" who presents the most profound teachings. These are gathered in Clement's third work, the Stromata, a Greek term which means "tapestries": indeed, they are a random composition of different topics, direct fruits of Clement's customary teaching.

Overall, Clement's catecheses accompanied the catechumens and the baptized step by step on their way, so that with the two "wings" of faith and reason they might reach intimate knowledge of the Truth which is Jesus Christ, the Word of God. Only this knowledge of the Person who is truth is the "true gnosis, a Greek term which means "knowledge", "understanding". It is the edifice built by reason under the impetus of a supernatural principle.

Faith itself builds true philosophy, that is, true conversion on the journey to take through life. Hence, authentic "gnosis" is a development of faith inspired by Jesus Christ in the soul united with him. Clement then distinguishes two steps in Christian life.

The first step: believing Christians who live the faith in an ordinary way, yet are always open to the horizons of holiness. Then the second step: "gnostics", that is, those who lead a life of spiritual perfection.

In any case, Christians must start from the common basis of faith through a process of seeking; they must allow themselves to be guided by Christ and thus attain knowledge of the Truth and of truth that forms the content of faith.

This knowledge, Clement says, becomes a living reality in the soul: it is not only a theory, it is a life force, a transforming union of love. Knowledge of Christ is not only thought, but is love which opens the eyes, transforms the person and creates communion with the Logos, with the Divine Word who is truth and life. In this communion, which is perfect knowledge and love, the perfect Christian attains contemplation, unification with God.

Finally, Clement espouses the doctrine which claims that man's ultimate end is to liken himself to God. We were created in the image and likeness of God, but this is also a challenge, a journey: indeed, life's purpose, its ultimate destination, is truly to become similar to God. This is possible through the co-naturality with him which man received at the moment of creation, which is why, already in himself - already in himself - he is an image of God. This co-naturality makes it possible to know the divine realities to which man adheres, first of all out of faith, and through a lived faith the practice of virtue can grow until one contemplates God.

On the path to perfection, Clement thus attaches as much importance to the moral requisite as he gives to the intellectual. The two go hand in hand, for it is impossible to know without living and impossible to live without knowing.

Becoming likened to God and contemplating him cannot be attained with purely rational knowledge: to this end, a life in accordance with the Logos is necessary, a life in accordance with truth. Consequently, good works must accompany intellectual knowledge just as the shadow follows the body.

Two virtues above all embellish the soul of the "true gnostic". The first is freedom from the passions (apátheia); the other is love, the true passion that assures intimate union with God. Love gives perfect peace and enables "the true gnostic" to face the greatest sacrifices, even the supreme sacrifice in following Christ, and makes him climb from step to step to the peak of virtue.

Thus, the ethical ideal of ancient philosophy, that is, liberation from the passions, is defined by Clement and conjugated with love, in the ceaseless process of making oneself similar to God. 


In this way the Alexandrian creates the second important occasion for dialogue between the Christian proclamation and Greek philosophy.


We know that St Paul, at the Aeropagus in Athens where Clement was born, had made the first attempt at dialogue with Greek philosophy - and by and large had failed - but they said to him: "We will hear you again".

Clement now takes up this dialogue and ennobles it to the maximum in the Greek philosophical tradition.

As my venerable Predecessor John Paul II wrote in his Encyclical Fides et Ratio, Clement of Alexandria understood philosophy "as instruction which prepared for Christian faith" (n. 38). And in fact, Clement reached the point of maintaining that God gave philosophy to the Greeks "as their own Testament" (Strom. 6, 8, 67, 1).

For him, the Greek philosophical tradition, almost like the Law for the Jews, was a sphere of "revelation"; they were two streams which flowed ultimately to the Logos himself.

Thus, Clement continued to mark out with determination the path of those who desire "to account" for their own faith in Jesus Christ. He can serve as an example to Christians, catechists and theologians of our time, whom, in the same Encyclical, John Paul II urged "to recover and express to the full the metaphysical dimension of faith in order to enter into a demanding critical dialogue with both contemporary philosophical thought and with the philosophical tradition in all its aspects".

Let us conclude by making our own a few words from the famous "prayer to Christ the Logos" with which Clement concludes his Paedagogus. He implores: "Be gracious... to us your children.... Grant us that we may live in your peace, be transferred to your city, sail over the billows of sin without capsizing, be gently wafted by your Holy Spirit, by ineffable Wisdom, by night and day to the perfect day... giving thanks and praise to the one Father... to the Son, Instructor and Teacher, with the Holy Spirit. Amen!" (Paed. 3, 12, 101).

* * *

I greet all the English-speaking visitors and pilgrims present at today's Audience, including groups from Britain and Ireland, Gibraltar, Scandinavia, Asia and North America. I extend a special welcome to the ecumenical visitors from Finland and to the many students and teachers present. Upon all of you I invoke the abundant Blessings of this Easter Season, and I pray that your visit to Rome will bring you closer to Christ Our Risen Lord. May God bless you all!

© Copyright 2007 - Libreria Editrice Vaticana



St. Clement of Alexandria, Father of the Church

TITUS FLAVIUS CLEMENS was a native of Athens, began his studies in Greece, continued them in Italy, Asia Minor, Assyria, and Palestine, and ended his days in Egypt: for an insatiable desire of knowledge made him compass almost the whole world to improve himself in human literature. He mentions five eminent masters he had, one in Greece of the Ionic sect, 1 two in Calabria, and two more in the East. He was well skilled in the Platonic philosophy, but leaned more to the principles of the stoics; and, without tying himself to any particular institute, chose freely what appeared most excellent wherever he found it. One of the masters whom he had in Palestine, was of Jewish extraction, and probably a Christian: but the last he met with, whom he preferred before all the others, was Pantænus, who taught the catechetical school at Alexandria. In this search of truth he discovered the errors of idolatry, and came to the light of faith; for when he was rich in all the opulence of profane learning, he saw, nevertheless, that there was another kind of knowledge of more importance to the happiness of man, which was to be learned only from religion. From that instant his thirst after knowledge took a different turn, and fixed upon theology, “aiming at nothing,” as he says, “but a life perfected with all virtues.” He tells us, that some of those who immediately succeeded the apostles, and preserved the true tradition of the blessed doctrine from SS. Peter, James, John, and Paul, “have lived down to our time, to shed into our hearts the seed which they had received of the apostles their predecessors.” 2 Pantænus being sent by the Bishop Demetrius into the Indies, in 189, Clement succeeded him in the great school of the Christian doctrine at Alexandria, in which he taught with great success, and, among other scholars of great eminence, had Origen and St. Alexander, afterwards bishop of Jerusalem and martyr. His method of instructing consisted in teaching his scholars first what was good in the heathenish philosophy, and so leading them by degrees to Christianity; which they embraced more readily when they had relished many of its sublime maxims of morality derived from the light of nature, and scattered in the writings of the philosophers. 3 Clement was promoted to the priesthood about the beginning of the reign of Severus; for Eusebius gives him that title in the year 195. The persecution which that emperor raised against the church in 202, obliged him to abandon his employment. He went over to Cappadocia. Soon after we meet with him at Jerusalem, where he preached with great constancy and success, as appears in a letter written by Alexander. 4 Thence he passed to Antioch, and wherever he came he confirmed and enlarged the flock of Christ. From Antioch he returned to Alexandria.

The ancients have left great eulogiums of the virtue and learning of St. Clement; but his greatest and standing Eulogium are his writings, in which he communicated to others part of the treasure he had amassed. In his Exhortation (or advice) to the Gentiles, he laid open the absurdity of idolatry by giving an historical account of its mythology; through this work he has interspersed many curious discoveries he had made in his travels, by which he gave great force to his reasoning, and a surprising agreeableness to his work. His next composition is called Stromata, a word which signifies variegated hangings, or tapestry made up of great variety or mixture. It is a miscellany in eight books, without much order, which the author compares, not to a curious garden where the trees and plants are set in exact order, but to a thick shady mountain, where trees of all kinds grow promiscuously together. In this work (which he says he made to serve him as a collection in his old age, when his memory should fail him) he is thought to have shown too much of the philosopher, and to have expressed some things unwarily, which yet will generally admit a candid interpretation. The style is harsher than in his other works; yet there runs through it a surprising vein of materials and richness of sentiment, with a profusion of learning which seems prodigious; and many discourses on morality, metaphysics, various heresies, idolatry, and theology are joined together by a thread of reasoning. In the sixth book, he draws a character of the true Gnostic or good Christian. The principal strokes in his picture are, that the true Gnostic has the command over his passions, is exactly temperate, and allows his body no more than what is necessary; he loves God above all things, and creatures for God’s sake, and the relation they bear to him, and nothing is able to separate him from this love. He bears with patience all unfortunate accidents, and makes it his business to learn all things which relate to God. He is never overcome with anger; and prays continually by charity that unites him to God, begging the remission of his sins, and grace not to sin any more, but to do good. In the seventh book he goes on describing the virtues of his Gnostic; and says he employs himself entirely in honouring God, in loving him, in understanding, hearing, and imitating his Word which was made man for our salvation; that he is gentle, courteous, affable, patient, charitable, sincere, faithful, and temperate; that he despises the good things of this world, and is ready to suffer every thing for Jesus Christ; that he does nothing out of ostentation, fear, or desire of being rewarded, but acts out of pure love to the goodness and justice of God; lastly, that he is entirely holy and divine. The Gnostic prayeth in all places, but this he does in secret, in the bottom of his heart; whether he be in public places, or in conversation, or at work. He praiseth God continually, not only in the morning when he riseth, and at noon day, but when he is walking, resting, or dressing, he is always glorifying God like the seraphim mentioned by Isaias. St. Clement distinguishes the true from the false Gnostics, or heretics in his time who disturbed the church by abominable novelties and pretences to an imaginary perfection. The errors and extravagancies, into which many fall, concerning perfection, demonstrate that this subject is to be handled with extreme delicacy. St. Clement, to guard against the dangers of false mystics, lays down the nature and extent of each theological virtue, and particularly the purity of the love of God. He judiciously marks out the bounds between resignation and indifference, and treats on Activity, Transformation, and Union, so as to hold the form of sound words, and, to shun obscurity, the language of the deceiver, and the illusions of fanaticism. St. Clement’s short treatise entitled, Who is the rich man that shall be saved? is an exposition of the words of Christ to the young rich man, Mark x. showing, that in order to be saved, it is not necessary for a person absolutely to quit his riches, provided he make a good use of them. Here the author discourses of the love of God and our neighbour, and of repentance; to prove the efficacy of which, he relates the famous history of the young robber reclaimed by St. John.

The Pedagogue of St. Clement, in three books, is an excellent abridgment of Christian morality, and shows in what manner all good Christians lived in those early ages. In the first book, the author shows that Christ is the pedagogue, conductor, and pastor of men, and all stand in need of instruction: for a Christian’s whole life ought to be a continued series of virtuous actions. In the second book, rules are laid down for the regulation of certain particular duties, especially relating to abstinence, mortification, modesty, humility, silence, prayer, alms, and chastity, both in the state of marriage and in that of virginity. He prescribes plain food, barely as conducing to health and strength; but one meal a day, in the evening; or at the most only two, that is, besides the great meal, a breakfast of dry bread without drinking. He proves the moderate use of wine to be lawful against the encratiæ, but forbids it to young persons, and will have it only drunk at the evening meal, and then very sparingly. Luxury in furniture and apparel, he condemns and inveighs against, better than Juvenal or any ancient satirist had ever done before him. Sleep he orders to be moderate, and never allows it in the day; he requires the night to be begun by repeating the divine praises, and that we rise several times in the night to pray, and get up in the morning before day. Against the licentiousness of the pagans he shows that all impurities are sins against reason. In the third book, he speaks of modesty, &c., and shows that none but Christians are truly rich, their treasure being frugality. He concludes by exhorting men to hearken to the saving precepts of Christ, to whom he addresses a prayer, praising Him with the Father and the Holy Ghost, and returning him thanks for making him a member of the church. In this work many excellent rules are laid down for conducting souls to true perfection; but in a translation it would be necessary that certain expressions should be made agreeable to the manners of our times. 5

St. Clement’s style in his Pedagogue, and especially in his exhortation to the Gentiles, is florid, elegant, and sublime, as Photius observes; but the diction is not Attic or perfectly pure. Great erudition is displayed in all his writings, especially in his exhortation to the Gentiles. St. Jerom calls him: “the most learned of our authors.” 6 And Theodoret says: 7 “That holy man surpassed all others in the extent of his learning.” St. Alexander of Jerusalem and other ancients exceedingly commend the sanctity of his life. The late pious French author of the Bibliothèque portative des Pères de l’Eglise, observes, that Clement is one of the great masters of an interior life among the ancient fathers of the church, and that his principal maxims are, that the Gnostic or spiritual Christian ought to pray at all times; and in all places, both in the secret of his heart, and often by singing psalms and hymns to the Lord: that he must have crucified all inordinate desires, and must hold his passions in perfect subjection, and that though he be united by charity to his beloved, he pray assiduously for the pardon of his sins, and for the grace not to sin. St. Clement died at Alexandria, before the end of the reign of Caracalla, who was slain in 217. His name had a place in the martyrology of Usuard, which was long used in most churches in Gaul, but never in the Roman. Pope Benedict XIV., in his learned dissertation, addressed in the form of a brief, to the king of Portugal, prefixed to the edition of the Roman Martyrology, made in 1749, excellently shows, that there is not sufficient reason for ever inserting his name in the Roman Martyrology. The authority of certain private calendars, and the custom of sacred biographers suffices for giving his life in this place. See Tillemont, t. 3, Ceillier, t. 2, and John Potter, then bishop of Oxford, afterwards archbishop of Canterbury, in the accurate edition of the works of St. Clement of Alexandria, which he published with notes, at Oxford, in 1715, t. 1, p. 1. t. 2, p. 10, 40, et seq.

Note 1. The Ionic sect, founded by Thales, ended in Archelaus the master of Socrates: but this is only true of public schools of this sect, for many particular persons followed it much later. [back]

Note 2. S. Clem. Alex. Strom. l. 1, p. 274, et ap. Eus. l. 5, c. 11. [back]

Note 3. Strom. l. 1, p. 278. [back]

Note 4. Eus. l. 6, c. 3. [back]

Note 5. Photius, cod. 109, gives an abstract of several errors found in a book of this father called Hypotiposes. A fragment of this work is extant, entitled, An extract of the oriental doctrine of Theodotus (of Palestine.) Photius says, the heretics had corrupted this writing. St. Clement also copied sometimes the sentiments of philosophers and others, which he never approved or adopted. This charge, however, has weakened his authority, in points of doctrine; though it is certain that he lived and died in the communion of the church, and condemned all heresies which she condemned. [back]

Note 6. Catal. et Ep. ad Magn. [back]

Note 7. Hæret. Feb. l. 1, c. 8. [back]

Rev. Alban Butler (1711–73).  Volume XII: December. The Lives of the Saints.  1866.

SOURCE : http://www.bartleby.com/210/12/047.html

Clement of Alexandria

(Properly TITUS FLAVIUS CLEMENS, but known in church history by the former designation to distinguish him from Clement of Rome).

Date of birth unknown; died about the year 215. St. Clement was an early Greek theologian and head of the catechetical school of Alexandria. Athens is given as the starting-point of his journeyings, and was probably his birthplace. He became a convert to the Faith and travelled from place to place in search of higher instruction, attaching himself successively to different masters: to a Greek of Ionia, to another of Magna Graecia, to a third of Coele-Syria, after all of whom he addressed himself in turn to an Egyptian, an Assyrian, and a converted Palestinian Jew. At last he met Pantænus in Alexandria, and in his teaching "found rest".

The place itself was well chosen. It was natural that Christian speculation should have a home at Alexandria. This great city was at the time a centre of culture as well as of trade. A great university had grown up under the long-continued patronage of the State. The intellectual temper was broad and tolerant, as became a city where so many races mingled. The philosophers were critics or eclectics, and Plato was the most favoured of the old masters. Neo-Platonism, the philosophy of the new pagan renaissance, had a prophet at Alexandria in the person of Ammonius Saccas. The Jews, too, who were there in very large numbers breathed its liberal atmosphere, and had assimilated secular culture. They there formed the most enlightened colony of the Dispersion. Having lost the use of Hebrew, they found it necessary to translate the Scriptures into the more familiar Greek. Philo, their foremost thinker, became a sort of Jewish Plato. Alexandria was, in addition, one of the chief seats of that peculiar mixed pagan and Christian speculation known as Gnosticism. Basilides and Valentinus taught there. It is no matter of surprise, therefore, to find some of the Christians affected in turn by the scientific spirit. At an uncertain date, in the latter half of the second century, "a school of oral instruction" was founded. Lectures were given to which pagan hearers were admitted, and advanced teaching to Christians separately. It was an official institution of the Church. Pantænus is the earliest teacher whose name has been preserved. Clement first assisted and then succeeded Pantænus in the direction of the school, about A.D. 190. He was already known as a Christian writer before the days of Pope Victor (188-199).

About this time he may have composed the "Hortatory Discourse to the Greeks" (Protreptikos pros Ellenas) It is a persuasive appeal for the Faith, written in a lofty strain. The discourse opens with passages which fall on the ear with the effect of sweet music. Amphion and Arion by their minstrelsy drew after them savage monsters and moved the very stones; Christ is the noblest minstrel. His harp and lyre are men. He draws music from their hearts by the Holy Spirit: nay, Christ is Himself the New Canticle, whose melody subdues the fiercest and hardest natures. Clement then proceeds to show the transcendence of the Christian religion. He contrasts Christianity with the vileness of pagan rites and with the faint hope of pagan poetry and philosophers. Man is born for God. The Word calls men to Himself. The full truth is found in Christ alone. The work ends with a description of the God-fearing Christian. He answers those who urge that it is wrong to desert one's ancestral religion.

The work entitled "Outlines" (Hypotyposeis) is likewise believed to be a production of the early activity of Clement. It was translated into Latin by Rufinus under the title "Dispositiones". It was in eight books, but is no longer extant, though numerous fragments have been preserved in Greek by Eusebius, Oecumenius, Maximus Confessor, John Moschos, and Photius. According to Zahn, a Latin fragment, "Adumbrationes Clementis Alexandrini in epistolas canonicas", translated by Cassiodorus and purged of objectionable passages, represents in part the text of Clement. Eusebius represents the "Outlines" as an abridged commentary, with doctrinal and historical remarks on the entire Bible and on the non-canonical "Epistle of Barnabas" and "Apocalypse of Peter". Photius, who had also read it describes it as a series of explanations of Biblical texts especially of Genesis, Exodus, the Psalms, Ecclesiastes and the Pauline and Catholic Epistles. He declares the work sound on some points, but adds that it contains "impieties and fables", such as the eternity of matter, the creatureship of the Word, plurality of words (Logoi), Docetism, metempsychosis, etc. Conservative scholars are inclined to believe that Photius has thrown the mistakes of Clement, whatever they may have been, into undue relief. Clement's style is difficult, his works are full of borrowed excerpts, and his teaching is with difficulty reduced to a coherent body of doctrine. And this early work, being a scattered commentary on Holy Writ, must have been peculiarly liable to misconstruction. It is certain that several of the more serious charges can rest upon nothing but mistakes. At any rate, his extant writings show Clement in a better light.

Other works of his are the "Miscellanies" (Stromateis) and "The Tutor" (Paidagogos). The "Miscellanies" comprise seven entire books, of which the first four are earlier than "The Tutor". When he had finished this latter work he returned to the "Miscellanies", which he was never able to finish. The first pages of the work are now missing. What has been known as the eighth book since the time of Eusebius is nothing more than a collection of extracts drawn from pagan philosophers. It is likely, as von Annin has suggested, that Clement had intended to make use of these materials together with the abridgement of Theodotus (Excerpts from Theodotus and the Eastern School of Valentinus) and the "Eclogae Propheticae". Extracts from the Prophets (not extracts, but notes at random on texts or Scriptural topics) for the continuation of the "Miscellanies". In the "Miscellanies" Clement disclaims order and plan. He compares the work to a meadow where all kinds of flowers grow at random and, again, to a shady hill or mountain planted with trees of every sort. In fact, it is a loosely related series of remarks, possibly notes of his lectures in the school. It is the fullest of Clement's works. He starts with the importance of philosophy for the pursuit of Christian knowledge. Here he is perhaps defending his own scientific labours from local criticism of conservative brethren. He shows how faith is related to knowledge, and emphasizes the superiority of revelation to philosophy. God's truth is to be found in revelation, another portion of it in philosophy. It is the duty of the Christian to neglect neither. Religious science, drawn from his twofold source, is even an element of perfection, the instructed Christian — "the true Gnostic" is the perfect Christian. He who has risen to this height is far from the disturbance of passion; he is united to God, and in a mysterious sense is one with Him. Such is the line of thought indicated in the work, which is full of digressions.
"The Tutor" is a practical treatise in three books. Its purpose is to fit the ordinary Christian by a disciplined life to become an instructed Christian. In ancient times the paedagogus was the slave who had constant charge of a boy, his companion at all times. On him depended the formation of the boy's character. such is the office of the Word Incarnate towards men. He first summons them to be HIS, then He trains them in His ways. His ways are temperate, orderly, calm, and simple. Nothing is too common or trivial for the Tutor's care. His influence tells on the minute details of life, on one's manner of eating, drinking, sleeping, dressing, taking recreation, etc. The moral tone of this work is kindly; very beautiful is the ideal of a transfigured life described at the close. In the editions of Clement "The Tutor" is followed by two short poems, the second of which, addressed to the Tutor, is from some pious reader of the work; the first, entitled "A Hymn of the Saviour Christ" (Hymnos tou Soteros Christou), is, in the manuscripts which contain it, attributed to Clement. The hymn may be the work of Clement (Bardenhewer). or it may be of as early a date as the Gloria in Excesis (Westcott).

Some scholars see in the chief writings of Clement, the "Exhortation", "The Tutor", the "Miscellanies", a great trilogy representing a graduated initiation into the Christian lifebelief, discipline, knowledge — three states corresponding to the three degrees of the neo-Platonic mysteries — purification, initiation, and vision. Some such underlying conception was doubtless before the mind of Clement, but it can hardly be said to have been realized. He was too unsystematic. Besides these more important works, he wrote the beautiful tract, "Who is the rich man who shall be saved? (tis ho sozomenos plousios). It is an exposition of St. Mark, x, 17-31, wherein Clement shows that wealth is not condemned by the Gospel as intrinsically evil; its morality depends on the good or ill use made of it. The work concludes with the narrative of the young man who was baptized, lost, and again rewon by the Apostle St. John. The date of the composition cannot be fixed. We have the work almost in its entirety. Clement wrote homilies on fasting and on evil speaking, and he also used his pen in the controversy on the Paschal question.

Duchesne (Hist. ancienne de l'Église, I, 334 sqq.) thus summarizes the remaining years of Clement's life. He did not end his life at Alexandria. The persecution fell upon Egypt in the year 202, and catechumens were pursued with special intent of law. The catechetical school suffered accordingly. In the first two books of the "Miscellanies", written at this time, we find more than one allusion to the crisis. At length Clement felt obliged to withdraw. We find him shortly after at Caesarea in Cappadocia beside his friend and former pupil Bishop Alexander. The persecution is active there also, and Clement is fulfilling a ministry of love. Alexander is in prison for Christ's sake, Clement takes charge of the Church in his stead, strengthens the faithful, and is even able to draw in additional converts. We learn this from a letter written in 211 or 212 by Alexander to congratulate the Church of Antioch on the election Asclepiades to the bishopric. Clement himself undertook to deliver the letter in person, being known to the faithful of Antioch. In another letter written about 215 to Origen Alexander speaks of Clement as of one then dead.

Clement has had no notable influence on the course of theology beyond his personal influence on the young Origen. His writings were occasionally copied, as by Hippolytus in his "Chronicon", by Arnobius, and by Theodoret of Cyrus. St. Jerome admired his learning. Pope Gelasius in the catalogue attributed to him mentions Clement's works, but adds, "they are in no case to be received amongst us". Photius in the "Bibliotheca" censures a list of errors drawn from his writings, but shows a kindly feeling towards Clement, assuming that the original text had been tampered with. Clement has in fact been dwarfed in history by the towering grandeur of the great Origen, who succeeded him at Alexandria. Down to the seventeenth century he was venerated as a saint. His name was to be found in the martyrologies, and his feast fell on the fourth of December. But when the Roman Martyrology was revised by Pope Clement VIII his name was dropped from the calendar on the advice of Cardinal Baronius. Benedict XIV maintained this decision of his predecessor on the grounds that Clement's life was little known that he had never obtained public cultus in the Church, and that some of his doctrines were, if not erroneous, at least suspect. In more recent times Clement has grown in favour for his charming literary temper, his attractive candour, the brave spirit which made him a pioneer in theology, and his leaning to the claims of philosophy. He is modern in spirit. He was exceptionally well-read. He had a thorough knowledge of the whole range of Biblical and Christian literature, of orthodox and heretical works. He was fond of letters also, and had a fine knowledge of the pagan poets and philosophers; he loved to quote them, too, and has thus preserved a number of fragments of lost works. The mass of facts and citations collected by him and pieced together in his writings is in fact unexampled in antiquity, though it is not unlikely that he drew at times upon the florilegia, or anthologies, exhibiting choice passages of literature.

Scholars have found it no easy task to sum up the chief points of Clement's teaching. As has already been intimated, he lacks technical precision and makes no pretense to orderly exposition. It is easy, therefore, to misjudge him. We accept the discriminating judgment of Tixeront. Clement's rule of faith was sound. He admitted the authority of the Church's tradition. He would be, first of all, a Christian, accepting "the ecclesiastical rule", but he would also strive to remain a philosopher, and bring his reason to bear in matters of religion. "Few are they", he said, "who have taken the spoils of the Egyptians, and made of them the furniture of the Tabernacle." He set himself, therefore, with philosophy as an instrument, to transform faith into science, and revelation into theology. The Gnostics had already pretended to possess the science of faith, but they were, in fact, mere rationalists, or rather dreamers of fantastic dreams. Clement would have nothing but faith for the basis of his speculations. He cannot, therefore, be accused of disloyalty in will. But he was a pioneer in a difficult undertaking, and it must be admitted that he failed at times in his high endeavour. He was careful to go to Holy Scripture for his doctrine; but he misused the text by his faulty exegesis. He had read all the Books of the New Testament except the Second Epistle of St. Peter and the Third Epistle of St. John. "In fact", Tixeront says, "his evidence as to the primitive form of the Apostolic writings is of the highest value." Unfortunately, he interpreted the Scripture after the manner of Philo. He was ready to find allegory everywhere. The facts of the Old Testament became mere symbols to him. He did not, however, permit himself so much freedom with the New Testament.

The special field which Clement cultivated led him to insist on the difference between the faith of the ordinary Christian and the science of the perfect, and his teaching on this point is most characteristic of him. The perfect Christian has an insight into "the great mysteries" of man, of nature, of virtue — which the ordinary Christian accepts without clear insight. Clement has seemed to some to exaggerate the moral worth of religious knowledge; it must however be remembered that he praises not mere sterile knowledge, but knowledge which turns to love. It is Christian perfection that he extols. The perfect Christian — the true Gnostic whom Clement loves to describe — leads a life of unalterable calm. And here Clement's teaching is undoubtedly colored by Stoicism. He is really describing not so much the Christian with his sensitive feelings and desires under due control, but the ideal Stoic who has deadened his feelings altogether. The perfect Christian leads a life of utter devotion the love in his heart prompts him to live always in closest union with God by prayer, to labour for the conversion of souls, to love his enemies, and even to endure martyrdom itself.

Clement preceded the days of the Trinitarian controversies. He taught in the Godhead three Terms. Some critics doubt whether he distinguished them as Persons, but a careful reading of him proves that he did. The Second Term of the Trinity is the Word. Photius believed that Clement taught a plurality of Words, whereas in reality Clement merely drew a distinction between the Father's Divine immanent attribute of intelligence and the Personal Word Who is the Son. The Son is eternally begotten, and has the very attributes of the Father. They are but one God. So far, in fact, does Clement push this notion of unity as to seem to approach Modalism. And yet, so loose a writer is he that elsewhere are found disquieting traces of the very opposite error of Subordinationism. These, however, may be explained away. In fact, he needs to be judged, more than writers generally, not by a chance phrase here or there, but by the general drift of his teaching. Of the Holy Ghost he says little, and when he does refer to the Third Person of the Blessed Trinity he adheres closely to the language of Scripture. He acknowledges two natures in Christ. Christ is the Man-God, who profits us both as God and as man. Clement evidently regards Christ as one Person — the Word. Instances of the interchange of idioms are frequent in his writings. Photius has accused Clement of Docetism. Clement, however, clearly admits in Christ a real body, but he thought this body exempt from the common needs of life, as eating and drinking, and the soul of Christ exempt from the movement of the passions, of joy, and of sadness.

Editions

The works of Clement of Alexandria were first edited by P. Victorius (Florence, 1550). The most complete edition is that of J. Potter, "Clementis Alexandrini opera quae extant omnia" (Oxford, 1715; Venice, 1757), reproduced in Migne, P.G. VIII, IX. The edition of G. Dindort (Oxford, 1869) is declared unsatisfactory by competent judges. A new complete edition by O. Stahlin is appearing in the Berlin "Griechisehen christlichen Schriftsteller", etc. So far (1908) two volumes have been published: the "Protrepticus" and the "Paedagogus" (Leipzig, 1905), and the "Stromata" (Bks. I -VI, ibid., 1906). The preface to the first volume (pp. 1-83) contains the best account of the manuscripts and editions of Clement. Among the separate editions of his works the following are noteworthy: Hort and Mayor, "Miscellanies", Bk. VII, with English translation (London, 1902); Zahn, "Adumbrationes" in "Forschungen zur Geschiehte des Neutestamentlichen Kanons", III, and "Supplementum Clementinum" (Erlangen, 1884); Köster, "Quis dives salvetur?" (Freiburg, 1893). The last-mentioned work was also edited by P.M. Barnard in "Cambridge Texts and Studies" by W. Wilson (1897), and translated by him in "Early Church Classics" for the S.P.C.K. (London, 1901). For an English translation of all the writings of Clement see Ante-Nicene Christian Library (New York).

Havey, Francis. "Clement of Alexandria." The Catholic Encyclopedia. Vol. 4. New York: Robert Appleton Company, 1908. 4 Dec. 2016 <http://www.newadvent.org/cathen/04045a.htm>.

Transcription. This article was transcribed for New Advent by Joseph P. Thomas.


SOURCE : http://www.newadvent.org/cathen/04045a.htm

Ecclesiastical approbation. Nihil Obstat. Remy Lafort, Censor. Imprimatur. +John M. Farley, Archbishop of New York.

BENEDETTO XVI

UDIENZA GENERALE

Piazza San Pietro

Mercoledì, 18 aprile 2007

Clemente Alessandrino

Cari fratelli e sorelle,

dopo il tempo delle feste ritorniamo alle catechesi normali, anche se visibilmente in Piazza è ancora festa. Con le catechesi ritorniamo, come detto, al filone iniziato prima. Abbiamo parlato dapprima dei Dodici Apostoli, poi dei discepoli degli Apostoli, adesso delle grandi personalità della Chiesa nascente, della Chiesa antica. L’ultima volta avevamo parlato di sant’Ireneo di Lione, oggi parliamo di Clemente Alessandrino, un grande teologo che nacque probabilmente ad Atene intorno alla metà del secondo secolo. Da Atene ereditò quello spiccato interesse per la filosofia, che avrebbe fatto di lui uno degli alfieri del dialogo tra fede e ragione nella tradizione cristiana. Ancor giovane, egli giunse ad Alessandria, la «città-simbolo» di quel fecondo incrocio tra culture diverse che caratterizzò l’età ellenistica. Lì fu discepolo di Panteno, fino a succedergli nella direzione della scuola catechetica. Numerose fonti attestano che fu ordinato presbitero. Durante la persecuzione del 202-203 abbandonò Alessandria per rifugiarsi a Cesarea, in Cappadocia, dove morì verso il 215.

Le opere più importanti che di lui ci rimangono sono tre: il Protrettico, il Pedagogo e gli Stromati. Anche se non pare che fosse questa l’intenzione originaria dell’autore, è un fatto che tali scritti costituiscono una vera trilogia, destinata ad  accompagnare efficacemente la maturazione spirituale del cristiano. Il Protrettico, come dice la parola stessa, è un’«esortazione» rivolta a chi inizia e cerca il cammino della fede. Meglio ancora, il Protrettico coincide con una Persona: il Figlio di Dio, Gesù Cristo, che si fa «esortatore» degli uomini, affinché intraprendano con decisione la via verso la Verità. Lo stesso Gesù Cristo si fa poi Pedagogo, cioè «educatore» di quelli che, in forza del Battesimo, sono ormai diventati figli di Dio. Il medesimo Gesù Cristo, infine, è anche Didascalo, cioè «maestro» che propone gli insegnamenti più profondi. Essi sono raccolti nella terza opera di Clemente, gli Stromati, parola greca che significa «tappezzerie»: si tratta in effetti di una composizione non sistematica di argomenti diversi, frutto diretto dell’insegnamento abituale di Clemente.

Nel suo complesso, la catechesi clementina accompagna passo passo il cammino del catecumeno e del battezzato perché, con le due «ali» della fede e della ragione, essi giungano a un’intima conoscenza della Verità, che è Gesù Cristo, il Verbo di Dio. Solo questa conoscenza della Persona che è la Verità, è la «vera gnosi», l’espressione greca che sta per «conoscenza», per «intelligenza». È l’edificio costruito dalla ragione sotto impulso di un principio soprannaturale. La fede stessa costruisce la vera filosofia, cioè la vera conversione nel cammino da prendere nella vita. Quindi l’autentica «gnosi» è uno sviluppo della fede, suscitato da Gesù Cristo nell’anima unita a Lui. Clemente distingue poi due gradini della vita cristiana. Primo gradino: i cristiani credenti che vivono la fede in modo comune, ma pur sempre aperta agli orizzonti della santità. E poi il secondo gradino: gli «gnostici», cioè quelli che conducono già una vita di perfezione spirituale. In ogni caso il cristiano deve partire dalla base comune della fede, e attraverso un cammino di ricerca deve lasciarsi guidare da Cristo e così giungere alla conoscenza della Verità e delle verità che formano il contenuto della fede. Tale conoscenza, ci dice Clemente, diventa nell’anima una realtà vivente: non è solo una teoria, è una forza di vita, è una unione di amore trasformante. La conoscenza di Cristo non è solo pensiero, ma è amore che apre gli occhi, trasforma l’uomo e crea comunione con il Logos, con il Verbo divino che è Verità e Vita. In questa comunione, che è la perfetta conoscenza ed è amore, il cristiano raggiunge la contemplazione, l’unificazione con Dio.

Clemente riprende al termine la dottrina secondo cui il fine ultimo dell’uomo è divenire simile a Dio. Siamo creati ad immagine e similitudine di Dio, ma questo è anche una sfida, un cammino; infatti lo scopo della vita, l’ultima destinazione è veramente divenire simili a Dio. Ciò è possibile grazie alla connaturalità con Lui, che l’uomo ha ricevuto nel momento della creazione, per cui egli è già di per sé immagine di Dio. Tale connaturalità permette di conoscere le realtà divine, a cui l’uomo aderisce anzitutto per fede e, attraverso la fede vissuta, la pratica della virtù, può crescere fino alla contemplazione di Dio. Così nel cammino della perfezione Clemente annette al requisito morale tanta importanza quanta ne attribuisce a quello intellettuale. I due requisiti vanno insieme, perché non si può conoscere senza vivere e non si può vivere senza conoscere. L’assimilazione a Dio e la contemplazione di Lui non possono essere raggiunte con la sola conoscenza razionale: a questo scopo è necessaria una vita secondo il Logos, una vita secondo la Verità. E di conseguenza, le buone opere devono accompagnare la conoscenza intellettuale come l’ombra segue il corpo.

Due virtù soprattutto ornano l’anima del «vero gnostico». La prima è la libertà dalle passioni (apátheia); l’altra è l’amore, la vera passione, che assicura l’intima unione con Dio. L’amore dona la pace perfetta, e pone «il vero gnostico» in grado di affrontare i più grandi sacrifici, anche il sacrificio supremo nella sequela di Cristo, e lo fa salire di gradino in gradino fino al vertice delle virtù. Così l’ideale etico della filosofia antica, cioè la liberazione dalle passioni, viene da Clemente ridefinito e coniugato con l’amore, nel processo incessante di assimilazione a Dio.

In questo modo l’Alessandrino costruisce la seconda grande occasione di dialogo tra l’annuncio cristiano e la filosofia greca. Sappiamo che san Paolo sull’Aeropago in Atene, dove Clemente è nato, aveva fatto il primo tentativo di dialogo con la filosofia greca – e in gran parte era fallito –, ma gli avevano detto: «Ti sentiremo un’altra volta». Ora Clemente riprende questo dialogo, e lo nobilita in massimo grado nella tradizione filosofica greca. Come ha scritto il mio venerato Predecessore Giovanni Paolo II nell’Enciclica Fides et ratio, l’Alessandrino giunge a interpretare la filosofia come «un’istruzione propedeutica alla fede cristiana» (n. 38). E, di fatto, Clemente è arrivato fino al punto di sostenere che Dio avrebbe dato la filosofia ai Greci «come un Testamento loro proprio» (Strom. 6,8,67,1). Per lui la tradizione filosofica greca, quasi al pari della Legge per gli Ebrei, è ambito di «rivelazione», sono due rivoli che in definitiva vanno al Logos stesso. Così Clemente continua a segnare con decisione il cammino di chi intende «dare ragione» della propria fede in Gesù Cristo. Egli può servire d’esempio ai cristiani, ai catechisti e ai teologi del nostro tempo, ai quali Giovanni Paolo II, nella medesima Enciclica, raccomandava di «recuperare ed evidenziare al meglio la dimensione metafisica della verità, per entrare così in un dialogo critico ed esigente … con il pensiero filosofico contemporaneo» (n. 105).

Concludiamo facendo nostra qualche espressione della celebre «preghiera a Cristo Logos», con la quale Clemente conclude il suo Pedagogo. Egli supplica così: «Sii propizio ai tuoi figli»; «concedi a noi di vivere nella tua pace, di essere trasferiti nella tua città, di attraversare senza esserne sommersi i flutti del peccato, di essere trasportati in tranquillità dallo Spirito Santo e dalla Sapienza ineffabile: noi, che di notte e di giorno, fino all’ultimo giorno cantiamo un canto di ringraziamento all’unico Padre, … al Figlio pedagogo e maestro, insieme allo Spirito Santo. Amen!» (3,12,101).


Saluti:

Je salue cordialement les pèlerins de langue française, en particulier les servants d’autel des diocèses de Lille, Arras et Cambrai accompagnés par leurs évêques, Mgr Defois, Mgr Garnier et Mgr Jaeger, les séminaristes de Rennes et leurs formateurs, ainsi que la Faculté de Droit canonique de Paris. Je vous invite à associer dans votre démarche l’ouverture de la raison et la bonté du cœur, pour progresser dans la connaissance du mystère du Christ.

I greet all the English-speaking visitors and pilgrims present at today’s Audience, including groups from Britain and Ireland, Gibraltar, Scandinavia, Asia and North America. I extend a special welcome to the ecumenical visitors from Finland and to the many students and teachers present. Upon all of you I invoke the abundant blessings of this Easter season, and I pray that your visit to Rome will bring you closer to Christ our Risen Lord. May God bless you all!

Endlich begrüße ich ganz herzlich die Audienzteilnehmer deutscher Sprache und danke allen, die in diesen Tagen aus Anlaß meines 80. Geburtstags nach Rom gekommen sind, besonders auch für die musikalischen Beiträge. Wir werden ja wohl auch noch die Alphornbläser hören dürfen. Unter den vielen, die ich gerne persönlich grüßen würde, kann ich leider nur einige Gruppen nennen: die Pilger, ganz besonders natürlich aus dem Erzbistum München und Freising mit Kardinal Wetter, mit den Weihbischöfen und dem Domkapitel, dazu die Marianische Männerkongregation Regensburg, die Alphornbläser aus Bayern und Baden-Württemberg sowie die Deggendorfer mit ihrer Bäckerinnung. Wir haben eine gewaltige Torte zum Geschenk bekommen! Ich grüße auch gerne die großen Pilgergruppen aus den Bistümern Mainz und Trier. Ich freue mich über die Glückwünsche und danke vor allem für euer Gebet, mit dem ihr mich und meinen Hirtendienst begleitet. Vergelt's Gott dafür! Der auferstandene Herr Jesus Christus, den uns diese österliche Festzeit in der heiligen Liturgie besonders nahebringt, stärke euch in der Gemeinschaft im Glauben und in der Liebe und schenke euch seinen Frieden. Euch alle schütze und führe der gütige Gott in diesen Tagen mit seinem Segen und mit seiner Gnade!

Saludo con afecto a los visitantes de lengua española. En especial, a los peregrinos venezolanos de Mérida con su Arzobispo Mons. Baltazar Porras Cardozo; a los grupos parroquiales de España y Venezuela, así como a los profesores y estudiantes españoles. Saludo igualmente a los demás peregrinos venidos de Argentina, Colombia, Puerto Rico y México. En este tiempo pascual reafirmemos nuestra fe en Cristo resucitado, que ha dado su vida por cada uno de nosotros, y seamos con nuestras obras testigos de su amor entre los demás. ¡Muchas gracias por vuestra visita!

Saúdo com amizade e gratidão o grupo de Belo Horizonte e demais peregrinos de língua portuguesa aqui presentes: Que Deus vos seja propício e Se compraza nesta vossa romagem até à Sé de Pedro. Há quatrocentos anos, o Papa Paulo V tudo predispunha para uma digna recepção da embaixada do Reino do Congo – hoje Angola – guiada pelo primo do rei Álvaro II, Dom António Emanuel ne Vunda, que as crónicas romanas cognominaram o «Negrita», o primeiro Embaixador negro de um reino cristão de África. O desejado encontro teve lugar na noite de 5 de Janeiro de 1608, nos palácios do Vaticano, com o meu Predecessor que não hesitou em vir pessoalmente confortá-lo, detendo-Se à cabeceira do leito onde jazia, gravemente doente, este nobre filho cristão do Congo, cuja vida e reino encomendou à protecção do Sucessor de Pedro.

Na linha desta significativa e emblemática ocorrência, em que o povo de Angola se espelha, invoco a benevolência de Deus sobre a Nação inteira para que cada um contribua para consolidar a paz assinada há cinco anos com a promessa de dar a voz ao povo e assim instaurar uma autêntica vida em democracia. A todos peço perseverança na obra de reconciliação dos corações que ainda sangram com as feridas da guerra; alegro-me com a obra de reconstrução em acto e recordo às autoridades religiosas e civis a obrigação que têm de privilegiar os pobres. Deus abençoe Angola!

Saluto in lingua polacca:

Pozdrawiam pielgrzymów polskich. Dziękuję serdecznie za modlitwy w mojej intencji z okazji urodzin i drugiej rocznicy Pontyfikatu. Pozdrawiam szczególnie pielgrzymów z Diecezji Legnickiej, przybyłych z okazji 15. rocznicy ustanowienia Diecezji. Polecam was Matce Bożej Łaskawej z Krzeszowa. Wszystkich ogarniam moją modlitwą i z serca błogosławię.

Traduzione italiana del saluto in lingua polacca:

Saluto i pellegrini polacchi. Vi ringrazio cordialmente per le vostre preghiere in occasione del mio genetliaco e del secondo anniversario del pontificato. Saluto in modo particolare i pellegrini dalla Diocesi di Legnica, i quali vengono nell’occasione del 15° anniversario della erezione della loro Diocesi. Vi raccomando alla Divina Madre, Madonna delle Grazie di Krzeszów. Prego per voi tutti e di cuore, tutti, vi benedico.

Saluto in lingua ceca:

Srdečně vítám poutníky z Prahy, Chodova a Hodonína. Prosím Boha, aby vás naplnil radostí z Kristova Zmrtvýchvstání a aby vás vždy provázel svými hojnými dary. K tomu vám rád žehnám! Chvála Kristu!

Traduzione italiana del saluto in lingua ceca:

Un cordiale benvenuto ai pellegrini di Praha, Chodov e Hodonín. Prego Iddio affinché infonda in voi la gioia della Risurrezione di Cristo e vi accompagni sempre con i suoi numerosi doni. Con questi voti volentieri vi benedico! Sia lodato Gesù Cristo!

Saluto in lingua slovacca:

S láskou vítam slovenských pútnikov z Bratislavy a Zuberca. Bratia a sestry, ďakujem vám za modlitby, ktorými sprevádzate moju službu Nástupcu svätého Petra a zo srdca žehnám vás i vašich drahých. Pochválený buď Ježiš Kristus!

Traduzione italiana del saluto in lingua slovacca:

Con affetto do un benvenuto ai pellegrini slovacchi provenienti da Bratislava e Zuberec. Fratelli e sorelle, vi ringrazio per le preghiere con le quali accompagnate il mio servizio del Successore di San Pietro e cordialmente benedico voi ed i vostri cari. Sia lodato Gesù Cristo!

Saluto in lingua ungherese:

Isten hozta a magyar zarándokokat, különösen is a tiszaföldvári csoport tagjait. Római utatok e húsvéti időben legyen számotokra a lelki megújulás ideje. A Feltámadott Úr kísérjen Titeket és adja meg a békét. Dicsértessék a Jézus Krisztus!

Traduzione italiana del saluto in lingua ungherese:

Saluto con affetto i fedeli ungheresi, specialmente il gruppo arrivato da Tiszaföldvár. La vostra visita a Roma nel Tempo di Pasqua sia per ognuno di voi occasione del rinnovamento spirituale. Il Signore Risorto vi accompagni con la sua pace. Sia lodato Gesù Cristo!

* * *

Rivolgo un cordiale benvenuto ai pellegrini di lingua italiana. In particolare saluto i fedeli delle Diocesi della Toscana, qui convenuti con i loro Vescovi in occasione della Visita ad Limina Apostolorum. Cari amici, anche le vostre comunità ecclesiali sono chiamate a proseguire con rinnovato slancio la loro missione spirituale nella società. Il nostro tempo ha più che mai bisogno dell'apporto generoso dei discepoli di Cristo per affrontare le attuali sfide culturali, sociali e religiose. Non stancatevi, pertanto, di attingere con coraggio dal Vangelo la luce e la forza per contribuire alla realizzazione di un'autentica rinascita morale e sociale della vostra Regione. Siate testimoni gioiosi del Signore risorto e infaticabili costruttori del suo Regno di giustizia e di amore. Saluto, inoltre, le Religiose partecipanti all'incontro promosso dall'USMI e i rappresentanti dell'Istituto Ospedaliero "Gaslini" di Genova, come anche quelli dell'Istituto "Giovanni Cena" di Cerveteri.

Sono lieto poi, di salutare con affetto i numerosi ragazzi e studenti, specialmente quelli della Diocesi di Foligno, accompagnati dal Vescovo Mons. Arduino Bertoldo, e qui convenuti a conclusione del Sinodo diocesano dei Giovani. Cari giovani, come ai primi discepoli, Gesù rivolge anche a voi l'invito ad essere suoi amici. Se rispondete con gioia a questo suo appello, sarete seminatori di speranza nel cuore dei vostri coetanei. Il mio pensiero va infine ai malati e agli sposi novelli. Per voi, cari malati, la risurrezione di Cristo sia fonte inesauribile di conforto e di speranza. E voi, cari sposi novelli, siate testimoni del Signore risorto con il vostro fedele amore coniugale.

© Copyright 2007 - Libreria Editrice Vaticana


CLÉMENT D'ALEXANDRIE. Le Divin Maître, ou Le Pédagogue : http://remacle.org/bloodwolf/eglise/clementalexandrie/table.htm
Voir aussi : http://jesusmarie.free.fr/clement_d_alexandrie.html